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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 14:49

 

 

           Nikonor Pierre de la Charlanne est un très vieil ermite perfide et asocial. Il a une haute estime de lui-même. Il nous fait l’honneur suprême de nous raconter sa vie, ses odieuses pensées et l’étendue sans fin de ses connaissances. Accablé d’une sœur jumelle aussi idiote que lui est intelligent, notre Nikonor a très tôt inventé à la fois des techniques de défense et des solutions d’attaque pour contrer la bêtise de cette Anastasie. Il a hérité de son père une passion pour les champignons, mais attention, il ne les mange pas, il les étudie, les cueille, les observe et ce sont les champignons vénéneux qui l’intéressent le plus. Il va utiliser toute la science de ce poison naturel pour en faire son métier si vous voyez ce que je veux dire… N’oublions pas aussi que la littérature a accompagné l’homme toute sa vie. Avant l’âge adulte, il avait dévoré tout Zola, tout Flaubert, tout Châteaubriand et j’en passe. Quelques dizaines (centaines ?) de cadavres plus tard, on retrouve Nikonor dans son château de Corrèze à essayer d’esquiver les tentatives de meurtre d’Anastasie sur sa propre personne. Ce roman aurait pu avoir pour sous-titre « Mémoires d’un vieux fou méchant ».

          Je n’avais lu jusqu’à maintenant que des avis positifs voire enthousiastes, ma déception est donc proportionnelle à cet engouement. Oui c’est vrai, je me suis parfois amusée avec ce cruel Dexter érudit aux allures hautement désuètes, l’humour british parfois teinté de noir se fond parfaitement bien dans cette Corrèze forestière qui fleure le champignon. L’écriture comme son personnage est assez raffinée érudite. Mais outrecuidante aussi ! Que de références mycologiques ! Que de références littéraires ! J’ai cru mourir étouffée (ou empoisonnée ?!) victime d’un trop-plein de références, de définitions, de digressions, avant la dernière page. Fin d’ailleurs qui m’a laissée sur ma faim. Généralement adepte de l'ironie et d'une certaine impertinence, je n'ai pas du tout accroché à ce roman. Tant pis.

 

« J’aurais eu, je crois, beaucoup à apporter aux humanités en général. »

Nikonor imagine la pauvre vie de sa pauvre sœur sans lui : « Il fait peu de doute que mon infatigable inventivité, mon imagination scientifique d’inspiration vernienne mon ingéniosité naturelle, durent lui sembler irremplaçables. Bref, je lui avais retiré, sans m’ne rendre pleinement compte, l’astre qui avait illuminé toute son enfance et, d’une certaine manière, j’arrive à comprendre ce qu’elle a dû ressentir. »

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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 10:34

 

 

           Le scénariste de cette BD nous en informe dans sa préface : l’arrière-plan de cette BD nous renvoie à la dictature argentine des années 70 et 80 mais le récit reste une fiction.

           Fils d’un colonel dictateur et tortionnaire désormais mort, Elvio Guastavino vit dans une Argentine plus démocratique (même si ce n’est pas encore ça…). Fonctionnaire travaillant dix heures par jour, il vit seul avec sa vieille mère qu’il nourrit à peine dans un bouge peu ragoûtant. S’il néglige tant sa mère, c’est parce qu’il économise pour s’acheter la poupée de ses rêves qu’il a baptisée Luisita et qu’un antiquaire garde précieusement dans sa vitrine. Il fantasme sur cette poupée qui devient son unique centre d’intérêt, son seul objectif d’une vie détruite dès la petite enfance. Le jour où il apprend que « sa » poupée a été vendue à une petite fille de riche, il met tout en œuvre pour la récupérer.

          Cet album n’est vraiment pas à mettre entre toutes les mains ! Les dessins m’ont tout de suite déstabilisée, cet Elvio avec ses yeux globuleux derrière ses culs de bouteille n’inspire déjà pas confiance. Mais quand le scénariste nous fait entrer dans son monde bâti sur ses hallucinations, ses délires sexuels et fétichistes, ses souvenirs terrifiants, ça fait franchement froid dans le dos ! Et pourtant ça fonctionne, je n’ai pas lâché cet album à l’univers sordide, malsain et effrayant ! D’une efficacité redoutable, il donne une nausée à peine calmée à la fin de la lecture et rivalise avec les plus abominables Stephen King. Ce n’est pas forcément ma tasse de thé mais les auteurs ont bien fait leur boulot, il faut le reconnaître !

 

« 15/20 »

 

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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 13:03

 

 

           Je ne connaissais pas du tout le Marcel Aymé dramaturge, j’en ai découvert un pan avec cette comédie en quatre actes.

          C’est l’effervescence chez les Maillard. Le père de procureur est très attendu… mais oui, il a gagné, il  réussi à obtenir la tête de son accusé ! Malgré sa bonne tête sympathique, Valorin est condamné à mort pour meurtre. L’épouse Juliette est si fière de Maillard, ses amis sont un peu jaloux, son copain Bertolier procureur lui aussi, ne s’en cache pas « c’est votre troisième tête. Pensez-y bien mon cher. Votre troisième tête. A trente-sept ans, c’est joli. » Avant de démarrer la petite sauterie dans la joie et dans la bonne humeur, on surprend Maillard avec Roberte, la femme de Bertolier. Ils sont amants depuis quelque temps. Mais ils ne sont pas seuls, … coup de théâtre : Valorin, l’accusé condamné à mort par Maillard apparaît, armé d’un revolver. Il s’est évadé et demande que la véritable justice soit rendue, car il est innocent. Son alibi est sans faille : il était avec une femme le soir du meurtre, ce n’est pas lui le coupable. Il ignorait le nom de cette femme mais il la reconnaît désormais : c’est Roberte ! Alors que Maillard a tout intérêt à camoufler la vérité, Bertolier va découvrir sa débauchée de femme sous un nouveau jour et Juliette, l’épouse prude et naïve va s’éprendre du beau Valorin.

           Certes, la pièce  a l’apparence d’un vaudeville classique où on s’échange les épouses et où les quiproquos se succèdent mais c’est bien plus que ça. En situant la pièce en Poldavie, ce pays imaginaire, Marcel Aymé, en fait une satire de la justice digne de La Farce de Maître Pathelin. Les procureurs sont les types les plus malhonnêtes du monde et c’est un délice d’entendre Maillard revendiquer une certaine morale sortie du chapeau quand lui-même est en danger de mort. Tous les personnages sans exception sont vils, sournois et hypocrites. L’ensemble respire la cruauté, la mauvaise foi. La pièce a été créée à Paris au théâtre de l'Atelier en 1952, dans une mise en scène d'André Barsacq. Elle fit immédiatement scandale prônant explicitement l’abolition de la peine de mort.

         J’ai beaucoup aimé ce texte bien écrit, audacieux, truculent et original. Dommage qu’il souffre de quelques longueurs pas toujours nécessaires. Il me semblait avoir entendu parler d’une représentation parisienne mais je n’ai pas retrouvé l’info. Quelqu’un pourra peut-être m’en dire plus !

 

Renée, une amie de la famille : « Être l’épouse d’un homme qui dispose de la vie des autres, voilà qui doit être passionnant ! »

 

 

Et une pièce de plus pour le challenge spécial Théâtre d’Eimelle !

 

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21 mars 2016 1 21 /03 /mars /2016 19:34

 

 

          Fiona est juge à la chambre des affaires familiales. Elle a 59 ans et son mari est sur le point de la quitter, non par amour pour une autre mais parce qu’il veut, une dernière fois, s’amuser et connaître l’extase. Le métier de Fiona est de savoir exactement quel est « l’intérêt de l’enfant » et d’abonder en ce sens, coûte que coûte. Il ne s’agit souvent que de banales histoires de divorce, parfois il faut savoir quel enfant sauver chez des siamois, mais ce qui préoccupe Fiona dans ce roman, c’est l’histoire d’Adam. Adam est à quelques semaines de ses 18 ans. Il est atteint d’une leucémie qui nécessite une transfusion sanguine. Oui mais Adam est Témoin de Jéhovah et sa religion s’oppose fermement à cet acte. Non seulement les parents d’Adam prennent le risque de le laisser mourir plutôt que désobéir aux principes de leur secte mais Adam lui-même s’entête dans son opposition : il ne veut pas avoir le sang d’un autre. Fiona se rend dans sa chambre d’hôpital pour le constater elle-même : beau, intelligent, il est absolument sûr de lui tout en ayant conscience des affres qui l’attendent. Et pourtant, … ne lisez pas plus loin si vous souhaitez découvrir le roman – et pourtant, Fiona va se prononcer en faveur de la transfusion sanguine. Dès lors, une étrange relation va s’établir entre Fiona et l’adolescent.

          C’est le McEwan que j’aime que j’ai retrouvé ici. Celui qui nous emmène on ne sait où, celui qui met à mal les préjugés, celui qui n’est pas là où on l’attend. Le personnage de Fiona est très intéressant (le roman tout entier est d’ailleurs passionnant !) car ambigu, incertain, changeant. N’avoir pas eu d’enfant, elle le regrette parfois ; voir son mari partir la rend triste mais quand il revient, ça ne l’apaise pas vraiment ; prendre des décisions cruciales pour des enfants souvent en souffrance, elle y arrive facilement mais ça la hante parfois. Eclatant de justesse et de réalisme, ce roman montre à quel point le monde n’est pas manichéen. J’ai également adoré le personnage d’Adam, un ado qui apprend à vivre, entier, pur et impulsif.

         C’est mon 5ème roman de l’auteur et je suis d’accord avec la critique du Guardian apposée en 4ème de couverture, c’est « son meilleur roman depuis Sur la plage de Chesil. » La simplicité est au service de la puissance et de l'émotion. Un beau moment.

 

« Dans la profession, on louait la juge Fiona Maye, même en son absence, pour la concision de sa prose mi-ironique mi-compatissante, et pour l’économie de moyens avec laquelle elle exposait un différend. »

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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 15:05

 

 

          Tout ce que j’ai déjà lu de Chabouté m’a plu. Cet album ne fait pas exception.

           Un fou s’est évadé d’un asile. Un couple en camping-car l’accepte dans son véhicule sans savoir qui il est. Le fou s’appelle Jorn, il tient des propos incohérents sur les pouvoirs et les dangers de l’industrie du tabac, non, ce ne sont pas des propos « incohérents », il raconte simplement ce que tout le monde sait déjà mais il prétend aussi détenir certains documents très compromettants. Il faut donc éviter les foules et les endroits publics. Le couple à l’esprit hippie vaguement inquiet face au flingue de Jorn, plutôt intrigué par son discours voire amusé par ses théories du complot, l’emmène où il veut. Le gars se fout de Jorn mais, étrangement, lui obéit tout de même. Quand la fille découvre qu’il est recherché par la police, le rythme s’accélère encore…

          A travers un road-movie plus amusant que terrifiant, Chabouté nous manipule en réalisant une mise en abyme délicieuse quoiqu’un peu étonnante. J’ose le dire, j’ai presque eu l’impression qu’il ne savait plus trop quoi raconter à la fin et qu’il s’en est sorti avec cette petite pirouette finale. Mais bon. C’est Chabouté. Avec des dessins en noir en blanc qui se suffisent à eux-mêmes, avec une intrigue qu’on ne lâche pas, avec des personnages parfaitement dessinés au sens propre comme au sens figuré (sauf la fille peut-être, un peu fade…). Donc, quelques ombres au tableau … qui reste cependant agréable à lire. Je suis donc quand même plus positive que Jérôme, Noukette ou encore Mo’ !

« 16/20 »

 

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 13:33

 

 

              Irène est une femme mariée qui a tout pour être heureuse, épouse d’un avocat, mère de deux enfants. Autant par hasard que par ennui, elle va avoir une liaison avec Edouard, un musicien qu’elle rencontrera tous les mercredi après-midis. Sauf qu’un jour, en sortant de chez lui, Irène se fait agresser par une femme antipathique et rustre qui lui réclame des explications, lui assenant qu’Edouard est à elle. Irène, affolée, va donner de l’argent à cette femme qui n’aura de cesse de la suivre, de l’épier, de la harceler. La peur s’installe. Irène, dans la crainte que son mari ne découvre tout, quitte aussitôt son amant, mais, plus jamais elle ne retrouvera la sérénité.

              De cette nouvelle narrative bien connue,   Elodie Menant, metteur en scène, en a fait une pièce de théâtre. Comment ? Elle a d’abord imaginé les dialogues entre les personnages mais elle a aussi inventé un passé à ce couple en rupture. Sur fond de musiques des années 70. Fritz travaille trop, Irène s’ennuie sans lui. Irène dessine des croquis de mode, Fritz ne s’y intéresse que trop peu. Les enfants, dans leur couple, ne les aident pas à resserrer des liens qui se distendent de plus en plus. Jusqu’au jour où Irène va voir ailleurs si on l’écoutera et on l’aimera mieux, avec Edouard, le musicien.

           La pièce est remarquablement jouée par trois comédiens de la compagnie Carinae, des acteurs rigoureux et précis comme j’aime. Ils évoluent dans un décor sur roulettes qui représente tantôt l’appartement du couple, tantôt la rue où Irène rencontre sa persécutrice. Musique et lumières rapprochent le texte de Zweig d’une atmosphère hitchcockienne. La tension monte, les silences importent autant que le texte, le crescendo dans l’angoisse de la révélation de l’adultère rend Irène (jouée par Hélène Degy) encore plus belle et pitoyable. Le personnage de Fritz (Aliocha Itovich) est parfois rassurant, parfois très inquiétant. La seule petite anicroche pour moi a résidé dans les modifications apportées au texte de Zweig (je peux être puriste quand je veux). Très tôt, on comprend dans la pièce que le mari est l’instigateur du harcèlement. De plus, malgré la plongée dans les années 70, certaines résonnances  m’ont paru trop actuelles (des termes familiers, des allusions au divorce). Et pourquoi changer la toute fin ? Néanmoins, si ça peut vous rassurer, les amis qui m’accompagnaient et qui ne connaissaient pas la nouvelle de Zweig ont adhéré à 100% à cette pièce.

Quelques dates de tournée de la compagnie Carinae

1 avril à Cambrai
26 avril à Séléstat
12 mai à Franconville
20 mai à Livry Gargan

 

Et comme d'hab', je participe au challenge théâtral d'Eimelle!

 

 

 

 

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12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 11:49

 

 

Ou quand la putréfaction côtoie le grandiose…

 

       C’est l’histoire d’une errance, celle d’un homme, Vernon Subutex, qui a tout perdu et se retrouve à la rue. Son ami et star de la musique, Alex Bleach, est mort, et c’est lui qui lui payait le loyer. Vernon va squatter chez des potes, renouer avec des nanas à qui il plaisait bien, dormir à droite, à gauche.  Ancien disquaire, la cinquantaine bien entamée, il repense à tous ceux qu’il a déjà vu partir, morts trop tôt. Il n’ose avouer sa véritable situation, prétextant un passage en France avant de retourner vivre au Canada. Ses rencontres et ses souvenirs se font sur fond sonore de rock, ça sent l’alcool - et la drogue - et le sexe. Les personnages sont tous des paumés, dépendants d’une substance illicite ou non, acteurs de film porno, dépressifs, aigris, bourreaux ou victimes, et souvent en mal d’amour. Vernon semble traverser ce monde qu’il connaît très bien pour s’en détacher progressivement. Le sentiment d’indifférence l’emporte, il préférera sa liberté de clochard aux contraintes de l’amant entretenu.

       Le texte de Despentes est d’une lucidité effroyable. Elle met dans la bouche de certains personnages toute la haine et la rancœur qu’on peut trouver dans notre société, le racisme, le sexisme, l’abandon de soi. Elle brosse le portrait d’un Paris violent et cruel, d’une société âpre et en déclin. Acide et efficace, l’écriture laisse à peine au lecteur (ou auditeur) le temps de souffler. Beaucoup ont parlé de claque, c’est vrai qu’on n’en ressort pas indemne, et, même si je n’ai pas tout aimé, j’apprécie les livres qui bousculent et je ne manquerai pas de lire ou d’écouter la suite. A souligner la remarquable interprétation du lecteur Jacques Frantz qui, avec une telle voix, incarne si bien Vernon et son monde…

Merci Audiolib !

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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 15:40

 

 

         Première découverte pour moi de ce dessinateur-scénariste de BD.

         C’est l’histoire de quatre copains musiciens qui se voient offrir « un cadeau temporaire » par le père de l’un d’eux : un local perdu, rien qu’à eux, où ils peuvent tranquillement répéter. Les conditions, c’est de ne rien dégrader et de ne pas faire de conneries.  Petit à petit, on en apprend un peu plus sur chacun. L’un a une copine et sa maigreur le complexe, l’autre est toujours en retard, le troisième aime afficher des posters nazi dans sa chambre… Ils sont en fait très différents mais liés par la musique, par cette énergie et ces frissons que procurent les sons. Ça se passe en Italie (Gipi est italien !),  les chapitres sont des titres de chansons et la fin est plus positive qu’on pourrait le supposer.

         J’ai beaucoup aimé les dessins de Gipi, les aquarelles sont superbes, notamment celles représentant des paysages, tout en finesse et en simplicité. Par contre, l’intrigue m’a laissée complètement indifférente. Dès les premières planches, je me suis demandée où on m’emmenait et, à la dernière, je n’ai toujours pas su répondre. Certes il y a un peu de parcours initiatique pour ces quatre grands ados mais tout de même… j’ai frôlé l’ennui. Je suppose que je n’ai pas choisi la bonne BD !

 

« 13/20 »

 

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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 10:07

 

 

            C’est un peu méfiante que j’ai commencé ce bouquin, le titre et la couverture me faisant craindre un énième roman feel good. Je me suis trompée !

           L’auteur-narrateur raconte sept années de sa vie à partir de la naissance de son fils Lev. Etgar est un écrivain juif israélien qui, comme tous les parents, voit sa vie chamboulée à partir de la naissance de son premier enfant. Mais il a ceci de particulier qu’il vit dans un pays où les attentats sont monnaie courante ; il a ceci de particulier qu’il voyage énormément et passe un temps fou dans l’avion. Ce roman aux allures sacrément autobiographiques raconte des anecdotes, Etgar Keret propose des réflexions personnelles sur sa vie, sa famille, l’amour, l’amitié, la guerre. En vrac, ça donne ça : l’abandon temporaire des tâches ménagères face à la menace d’une attaque iranienne ; l’envie de certains Suédois lorsque Keret évoque les rites et habitudes de sa « religion si merveilleuse » ; les nombreux voyages en Pologne, terre natale de ses parents ; la position sandwich pastrami improvisé par les parents du petit Lev sur le bas-côté d’une autoroute alors que retentit la sirène d’alerte ; le radicalisme de la sœur du narrateur (mère de onze enfants !), l’idolâtrie de Keret pour son frère, etc.

         J’ai beaucoup aimé ce livre dont la force réside dans le lieu d’où il vient. Je me disais que je n’avais jamais lu de littérature israélienne et que c’était bien dommage vu la force et le passif de ce pays. L’auteur ne s’apitoie pas sur son sort, à aucun moment. Il fait preuve d’ironie, d’humour, des qualités sans doute héritées de son père rescapé de la Shoah. Une grande tendresse émane de ces quelques pages ; dans un contexte difficile, la vie est plus forte que tout. L’auto-dérision et l’indulgence font partie des grandes qualités de cet écrivain très connu dans son pays. C’est une lecture « tout public », et pour une fois, ce qualificatif est largement mélioratif venant de moi…

 

 

Les histoires-souvenirs que son père lui racontait : « elles étaient destinées à faire mon éducation. A m’apprendre quelque chose du désir non pas d’embellir la réalité, mais de ne jamais renoncer à trouver un angle qui mette la laideur sous un meilleur éclairage et suscite affection et empathie pour les verrues et les rides de son visage ravagé. »

Etgar Keret, au début de sa carrière d’écrivain, s’interroge sur le contenu et la portée des dédicaces, il veut éviter le côté trop conventionnel des « Avec tous mes vœux » ou « En espérant que mon livre vous plaira ! » : « j’ai créé mon propre genre : la dédicace fictionnelle. Puisque les livres eux-mêmes sont de la fiction, pourquoi les dédicaces devraient-elles être vraies ? « Pour Danny, qui m’a sauvé la vie dans la plaine de la Bekaa. Sans ton garrot, je n’aurais jamais survécu et pu écrire ce livre. »

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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 09:59

 

 

           Pourquoi ai-je tant attendu pour me replonger dans un bon gros William Boyd ?

           Adam Kindred, climatologue américain en voyage à Londres, discute un petit bout de temps avec un monsieur bien sympathique dans un restaurant italien. Ce même monsieur oublie un de ses dossiers, Adam le rattrape dans son appartement où ce cher Monsieur Wang agonise, un poignard dans le ventre. C’est en tentant de retirer ledit poignard qu’Adam met involontairement fin aux jours de Philip Wang. Ne sachant que faire, il fuit avant de comprendre l’ampleur de sa bêtise : c’est bien lui qu’on va accuser du meurtre ! Par un malheureux concours de circonstances, Adam se fait voler ses papiers et les sous qui lui restaient. Il devient un clochard, il tente de survivre via le système D. Des rencontres heureuses ou malheureuses vont faire de lui un autre homme. En parallèle, on suit le parcours du type qui a tué Wang et qui veut désormais supprimer Adam, mais aussi celui de la jeune et jolie flic, Rita, et encore celui du richissime homme d’affaires Ingram Fryzer. Si on a tué Philip Wang, c’est qu’il avait trouvé le moyen de contrôler l’asthme chronique, traitement finalement pas si miraculeux qu’il n’y paraît…

           Ce roman roboratif est un pur délice ! Passionnant, il peut se faire l’ennemi de la déprime, de l’ennui, d’une panne de lecture, des soucis du quotidien. Les personnages sont tous parfaitement convaincants, à commencer par ce cher Adam auquel on s’attache très vite. Il change de nom, de métier, de visage, de combines pour pouvoir survivre, on le plaint et on l’admire à la fois. Il y a aussi Mhouse, une prostituée qui héberge un temps Adam et son petit garçon Ly-on que sa mère bourre de somnifères pour pouvoir aller « travailler » tranquillement. Jonjo, c’est le meurtrier, le gros dur qui veut choper Adam, il lui court après, le frôle un instant puis le voit filer encore… La Tamise en voit passer des escrocs et des paumés dans ce thriller original qui est aussi une satire de la société londonienne du XXIème siècle, et pourtant, le roman parvient à garder une certaine joie de vivre, une envie d’aller de l’avant. Une bien sympathique lecture !

 

« Adam se réveilla à l’aube. Au-dessus de lui, les mouettes déchiraient l’air de leurs cris répétés, volant bas, piquant agressivement du bec, et, un court instant, il songea : ah oui, bien sûr je rêve, rien de tout ça n’est arrivé. Mais le froid dans ses jambes, l’impression générale d’humidité et les démangeaisons de crasse l’obligèrent à se rappeler la dangereuse situation dans laquelle il se trouvait. »

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