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C’est un peu méfiante que j’ai commencé ce bouquin, le titre et la couverture me faisant craindre un énième roman feel good. Je me suis trompée !
L’auteur-narrateur raconte sept années de sa vie à partir de la naissance de son fils Lev. Etgar est un écrivain juif israélien qui, comme tous les parents, voit sa vie chamboulée à partir de la naissance de son premier enfant. Mais il a ceci de particulier qu’il vit dans un pays où les attentats sont monnaie courante ; il a ceci de particulier qu’il voyage énormément et passe un temps fou dans l’avion. Ce roman aux allures sacrément autobiographiques raconte des anecdotes, Etgar Keret propose des réflexions personnelles sur sa vie, sa famille, l’amour, l’amitié, la guerre. En vrac, ça donne ça : l’abandon temporaire des tâches ménagères face à la menace d’une attaque iranienne ; l’envie de certains Suédois lorsque Keret évoque les rites et habitudes de sa « religion si merveilleuse » ; les nombreux voyages en Pologne, terre natale de ses parents ; la position sandwich pastrami improvisé par les parents du petit Lev sur le bas-côté d’une autoroute alors que retentit la sirène d’alerte ; le radicalisme de la sœur du narrateur (mère de onze enfants !), l’idolâtrie de Keret pour son frère, etc.
J’ai beaucoup aimé ce livre dont la force réside dans le lieu d’où il vient. Je me disais que je n’avais jamais lu de littérature israélienne et que c’était bien dommage vu la force et le passif de ce pays. L’auteur ne s’apitoie pas sur son sort, à aucun moment. Il fait preuve d’ironie, d’humour, des qualités sans doute héritées de son père rescapé de la Shoah. Une grande tendresse émane de ces quelques pages ; dans un contexte difficile, la vie est plus forte que tout. L’auto-dérision et l’indulgence font partie des grandes qualités de cet écrivain très connu dans son pays. C’est une lecture « tout public », et pour une fois, ce qualificatif est largement mélioratif venant de moi…
Les histoires-souvenirs que son père lui racontait : « elles étaient destinées à faire mon éducation. A m’apprendre quelque chose du désir non pas d’embellir la réalité, mais de ne jamais renoncer à trouver un angle qui mette la laideur sous un meilleur éclairage et suscite affection et empathie pour les verrues et les rides de son visage ravagé. »
Etgar Keret, au début de sa carrière d’écrivain, s’interroge sur le contenu et la portée des dédicaces, il veut éviter le côté trop conventionnel des « Avec tous mes vœux » ou « En espérant que mon livre vous plaira ! » : « j’ai créé mon propre genre : la dédicace fictionnelle. Puisque les livres eux-mêmes sont de la fiction, pourquoi les dédicaces devraient-elles être vraies ? « Pour Danny, qui m’a sauvé la vie dans la plaine de la Bekaa. Sans ton garrot, je n’aurais jamais survécu et pu écrire ce livre. »

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