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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 14:43

 

         Ce livre est le roman de la rentrée littéraire qui m’avait le plus tentée. Les hasards de lecture ont fait que ce n’est que maintenant que je l’ai enfin pris en main et découvert.

         Le livre s’ouvre sur une lettre. Une lettre qu’a reçue l’écrivain-narrateur d’une lectrice passionnée par son dernier roman. Il s’agit de Bénédicte Ombredanne, professeur de français, mariée, deux enfants, trente-six ans. C’est la remarquable profondeur, l’intelligence, la qualité d’écriture qui ont fait que le romancier s’est intéressé à cette lectrice lorraine et lui a proposé de la rencontrer.

            Dès lors, Bénédicte Ombredanne se livre, elle raconte sa vie principalement axée sur son mari qui la rabaisse, la broie, la mutile moralement. Un soir, après avoir écouté une émission de radio, Jean-François, le mari de Bénédicte, se reconnaît dans le personnage du mari harceleur. Pour lui, c’est un choc. Pour elle qui croyait que son comportement vis-à-vis d’elle était « normal », c’est un choc aussi, il avoue implicitement qu’il lui a fait du mal toutes ces années et qu’elle n’est en rien responsable. Cette révélation va lui permettre de réaliser, l’unique fois dans sa vie d’épouse, un acte de rébellion. Dans un élan de liberté, elle s’inscrit sur un site de rencontres sur internet. C’est le coup de cœur avec Christian qu’elle va rencontrer quelques jours plus tard et avec qui elle va vivre une brève liaison.

          Dans une habile construction narrative et par le biais de trois narrateurs différents, on découvre petit à petit les différentes strates de la personnalité et de la vie de Bénédicte. C’est à travers le récit de sa sœur jumelle, dans la dernière partie du livre, cette sœur que le romancier aurait rencontrée, qu’on apprend que la vie de Bénédicte, surtout après sa visite à Christian,  n’est plus qu’une longue descente aux enfers.

          Le roman est bluffant, tant par son écriture, que par sa structure ou que par son contenu. Bénédicte est une femme maltraitée qui choisit de rester auprès de son bourreau par idéalisme. C’est paradoxal mais la contradiction est peut-être le maître mot de ce magnifique et fascinant livre. Bénédicte vit une histoire d’amour aussi courte qu’intense dans une sorte d’aura comparable à celle d’un conte de fée (j’ai adoré ce passage, vraiment), elle a des occasions de changer de vie mais elle s’y refuse. Ce n’est pas par amour pour ses deux enfants qui, formatés par leur père, finissent par ne plus éprouver d’affection pour leur mère.

          Certains passages sont brillants, étincelants, sublimes. Le style de Reinhardt puissant, lyrique et romantique permet une introspection assez rare en littérature. On a envie de se perdre en forêt avec ce roman !  J’ai adoré ce mélange subtil de bovarysme et de l’univers onirique d’Hermann Hesse. J’ai moins aimé le récit de la sœur jumelle de Bénédicte, plus terre-à-terre et trop larmoyant. Le personnage de l’héroïne est un vrai mystère mais celui du mari, encore plus obscur. Dénué d’humanité - ne parlons même pas d’amour - ce monstre est capable de pire envers celle qu’il a choisi d’épouser, en sourdine, indirectement, sournoisement.

          Parce qu’il est extrêmement dense, riche et envoûtant, ce roman mérite qu’on s’y intéresse. Je ne vais pas l’oublier de si tôt. Et c’est un homme qui l’a écrit !

 

 

« moi aussi j’attends des livres que j’entreprends d’écrire qu’ils me secourent, qu’ils m’embarquent dans leur chaloupe, qu’ils me conduisent ers le rivage d’un ailleurs idéal. »

« Je préfère le profond, ce qui peut se pénétrer, ce en quoi il ets envisageable de s’engloutir, de se dissimuler : l’amour et les forêts, la nuit, l’automne, exactement comme vous. »

La journée avec Christian : « Cette journée est miraculeuse, elle ne reviendra pas, c’est certainement la dernière journée heureuse de toute ma vie. Je suis en train de flamber intégralement : en même temps que cette journée irréelle se déroule, je me consume de bonheur tout entière, mais vraiment tout entière, de l’intérieur, vous comprenez ? Je suis en train de brûler de joie, de l’intérieur, intégralement. Quand je partirai d’ici, il ne restera plus rien de ma personne qu’un petit tas de cendres. »

Christian lui a envoyé une lettre : « À cette journée aux beautés indicibles tu as adjoint une lettre  absolument sublime, la plus émouvante qu’on m’ait jamais écrite, pareille à un fermoir serti de pierres précieuses : avec ces phrases tu as bouclé la boucle, cette  journée du 9 mars est un cercle enchanté, nous resterons tous deux à l’intérieur,  intacts, inaltérables, idéalisés par le fait même qu’on ne se sera vus qu’une seule  fois, un peu comme deux personnages d’un tableau de Fragonard accroché au mur  d’un musée, lui avait-elle écrit : éternellement dans la vitesse de leur désir, dans la  beauté de leur élan vers le bonheur. Repensons à cette journée comme on regarderait un tableau au musée : elle n’est pas près de nous lasser, cette journée,  c’est moi qui te le dis, car nous nous y verrons pour toujours miraculeux et ingénus, beaux et timides, instantanés, inespérés, exactement comme dans un grand  chef-d’œuvre immortel, ce qu’a été notre après-midi… Je ne veux pas rouvrir ce cercle : nous ne ferions que détruire ce qui se trouve à l’intérieur, nous ne ferions que  nous détériorer aux yeux l’un de l’autre, et je perdrais ce que j’ai de plus précieux  aujourd’hui, au lendemain de cette journée : l’estime que j’ai sentie dans tes yeux à  l’égard de ma personne. »

« Elle s’était sentie autorisée à attendre beaucoup de l’existence, car elle avait toujours suivi son chemin avec foi et ferveur, guidée par l’idée simple que si l’on vit les choses sincèrement, avec droiture, sans dévier, concentrée, au plus près de ses intimes convictions, sans se parjurer ni se mentir ni faire des concessions, la réalité n’est pas en mesure de vous décevoir : même, elle ne peut qu’exercer vos volontés les plus secrètes et vos rêves les plus fous. »

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commentaires

L'or rouge 19/01/2015 21:56

Il est dans ma PAL et tu en parles magnifiquement bien :0) J'espère pouvoir l'en sortir très vite mais il n'est pas le seul dans ce cas ;0) Bonne semaine Violette

Violette 20/01/2015 17:50

merci pour le compliment ! C'est vraiment une très belle lecture, à placer dans tes priorités... mais je ne veux pas t'influencer :-) Bonne soirée.

Emma 12/01/2015 08:48

Il faudra que je le lise.

Violette 12/01/2015 09:24

il est formidable!

Noukette 08/01/2015 22:57

Il m'attend...!

Violette 11/01/2015 11:51

ne le fais pas attendre trop longtemps, il ne le mérite pas!

Alex-Mot-à-Mots 08/01/2015 18:49

Une lecture bouleversante.

Violette 11/01/2015 11:51

tout à fait!

L'Irrégulière 08/01/2015 16:41

un roman magnifique !

Violette 11/01/2015 11:32

extrêmement bien écrit et touchant.

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