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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 09:42

 Michel Quint utilise les mêmes ingrédients : une citation d'Apollinaire en guise de titre, un récit enchâssé, un enchevêtrement d'histoires liées également à l'Histoire, un va-et-vient passé/présent avec une petite lucarne rose ouverte sur l'avenir et des surprises en veux-tu en voilà...

    Le narrateur est montreur de marionnette mais aussi ludothérapeute, il se rend dans les hôpitaux pour distraire, voire soigner les enfants malades. C'est au chevet de Louis, un adolescent plongé dans le coma, qu'il se rend cette fois-ci. A travers ses marionnettes, Suzy et Momo, il raconte sa propre vie. Une vie faite de mensonges, de blessures, de pertes d'êtres chers mais aussi de retrouvailles.
    Enfant, le narrateur n'a pas connu sa mère,le seul héritage qu'elle lui a laissé, c'est cette marionnette, Suzy, qui lui ressemble tant. Le père, quant à lui, se montre maladroit dans l'éducation de son fils (il lui trouve un "ami de location" qu'il soudoie pour que son fils ne soit pas seul) mais aussi dans ses amours (il ne sait pas séduire cette belle Algérienne, Aïcha).
Le narrateur, lui, n'aime que la fille d'Aïcha, Halva. Aïcha lui offrira Momo, fabriqué par ses soins avec un peu de ses propres cheveux. "Et j'ai pas pu, mes yeux sont devenus comme quand je les ouvrais sous l'eau dans la baignoire, j'ai écrasé Momo sur mon coeur, et je suis monté d'une traite à ma chambre. Et j'ai présenté Momo à Suzy. Tout de suite, pas à me tromper, ils se sont aimés, Suzy sur mon bras gauche, Momo sur le droit. Ils ont rien dit, juste tendu les bras et leurs mains se sont touchées, et Suzy s'est laissée aller contre Momo ; et voilà, pas la peine d'en dire plus..."
Le narrateur apprendra aussi  que son père militait pour l'OAS, que sa mère a manqué de l'assassiner... Fi du manichéisme, personne n'est tout bon ni tout mauvais dans ce livre.
Quint nous prouve une fois de plus, son profond respect pour les artistes, leur manière si subtile et si touchante de communiquer les sentiments...
   Je ne saurais dire pourquoi mais j'ai moins accroché avec ce livre-là, pourtant beau et touchant. C'était peut-être le livre de Quint de trop. Il faut savoir faire une pause même avec les meilleurs...

   Une petite remarque concernant les couvertures des éditions Joelle Losfeld, toujours simples et magnifiques... sauf que pour celle-ci, une petite erreur a été commise, Gardel, le narrateur maniait des marionnettes à gaines et non à fils (oui, oui, c'est très important... )

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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 14:04
Yann Queffélec a obtenu le prix Goncourt 1985 avec son excellent roman, Les Noces barbares.

La dégustation (publié en 2003) mêle plusieurs thèmes : les dangers de l'alcool, la collaboration sous la Seconde Guerre mondiale, l'amour.
    Michel, 50 ans, est producteur du "château-bellevue", un vin renommé. Il tombe amoureux et épouse Ioura, 20 ans. Ce n'est pas la différence d'âge qui crée le fossé entre ces deux êtres mais le passé de Michel. C'est un ancien collabo chargé de réquisitionner les condamnés aux camps.
Quant à Ioura, "sa mère avait connu les camps, mais Ioura vivait dans un camp, elle aussi, lorsqu'elle habitait chez cette écorchée vive - aucune intimité, aucune vie privée, dévotion permanente au malheur de la tribu. Juifs, ils étaient juifs, condamnés à traîner derrière eux à tout jamais la fumée des crématoires." 

   Ioura est sur le point de devenir oenologue, elle passe le concours, ce "tournoi porte-couilles" réservé traditionnellement aux hommes. Certains passages sont une véritable ode au vin, alléchante et enivrante :
"Le serveur lui présenta le verre n°3, belle couleur de mûre ou de pif de cow-boy écrasé par une pouliche de bastringue. Elle approcha son nez et reconnut à coup sûr un américain, mais un deuxième choix. Du picrate, aurait dit Michel. Quelque vin massif de Nappa Valley, surmusclé, dressé comme une bête de concours, issu d'une vinification gonflette. Elle but une demi-gorgée, mâcha pour la forme et déglutit distraitement.
- Un beau parleur, déclara-t-elle avec emphase. Il a la puissance du cabernet sauvignon, un avant-goût de chêne à merrains, la fantaisie du fruit rouge, le tonus de l'alcool. Certes il est agréable au nez mais le goût précipité nuit à la bonne lisibilité des sensations. En fait, un ensemble aromatique chargé masque la finesse du cabernet. Le bois veut signaler la qualité d'un vieillissement en tonneau, le fruit rouge veut flatter les gosiers profanes, l'effet de brouillage est significatif. Outre la standardisation du goût, il cache peut-être un défaut majeur, comme le stress hydrique d'une vigne ayant subi les coups de chauffe, ce qui est la caractéristique de régions comme Nappa Valley. C'est donc un vin d'outre-Atlantique mal vieilli, d'où cette impression de comestible confit, façon chutney
".
En dire tant sur une seule gorgée m'a toujours épatée!

Le roman part un peu dans toutes les directions, Queffélec n'est pas tendre avec ses personnages et les liens qu'il tisse entre eux ne sont pas clairs : entre Michel et Ioura, haine ou amour? Rancoeur ou pardon?

Le roman est à lire si on aime le vin, si on aime aussi les descriptions de l'auteur, à la fois cruelles, réalistes, terrifiantes et sans appel.


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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 16:13

Je suis en passe de devenir une fan de Quint!

   L'auteur nous prouve, une fois de plus, qu'il adore les poèmes d'Apollinaire. Comme "Effroyables jardins" et "Aimer à peine", "Et mon mal est délicieux" est une citation du poète extraite de "Marie".

    Une histoire d'amour triangulaire.
Max aime Luz mais Luz n'a d'yeux que pour Gérard Philippe.
Non, c'est plus joli que ça. Le narrateur écoute le récit de Max Klein devenu vieux (oui, Quint est un adepte des récits enchâssés). Ce Max raconte une ancienne histoire d'amour qui le hante encore. Enfant, il tombe amoureux d'une gamine de chiffonniers qu'il compare à Chimène. "Sa peau bise de gitane adolescente aux trouées de sa robe trop grande pour elle, trop lâche du décolleté, ses manières de dévoyée, jamais coiffée, nu-pieds, brûlante et belle, belle, noiraude aux zyeux bleus, rien ne collait avec mes tenues à l'amidon, mes dégaines de grand cul. On n'était pas du même monde. mais j'aurais donné tous mes univers de gosse de riche pour qu'elle m'ouvre son pauvre enfer. Chimène des bas-fonds, Rodrigue des beaux quartiers".
    Ce conte cruel parfumé au jasmin nous transporte dans le monde du théâtre, Luz "ne connaissait, ne voulait que cette pièce : Le Cid, tragi-comédie de Pierre Corneille." Elle s'invente des représentations et Max lui donne la réplique jusqu'au jour où elle tombe amoureuse de la gueule d'ange de Gérard Philippe qu'elle croit rencontrer un soir de 1940. Tous deux font une promesse, il reviendra jouer Le Cid  pour elle, quand il sera un comédien célèbre. Luz ne vit alors plus que pour Gérard dont elle garde toutes les coupures de presse, toutes les photos, tous les articles.
Max se tait, aime la gitane en silence. Mais la jeune fille  est atteinte de monoplégie crurale, son corps s'affaiblit, sa vue baisse. Max, pour elle, "monte" à Paris et devient comédien pour approcher la star et rapporter à son "éternelle fiancée" tous les potins. Mais Gérard Philippe revient et joue Rodrigue... cependant, les apparences sont trompeuses.
Je n'en dis pas plus, la fin est touchante, bouleversante même. Un homme qui n'oublie pas le baiser d'un soir, prénomme sa fille Chimène pour "payer une dette de bonheur".

Michel Quint trouve les mots qu'il faut pour picoter notre corde sensible. C'est beau, c'est tendre, c'est humain.
"Parce que avec du vif, sincère, sans fard, sans frime, ta vie dans tes paumes ouvertes, tu m'as dit aussi l'humanité nue. Pas l'idéal, celle des religions et des philosophies, ni la créature politique, mais celle qui a mal aux dents, qui essaie d'aimer à grande douleur et immenses espoirs, malgré son gros nez, malgré la maladie, les préjugés, malgré les gloires savoureuses et les bravos, la ballottée d'histoire, l'oubliée des guerres et des destinées jolies, la minuscule, celle qui trahit et tue, et celle qui a peur, l'innocente et l'héroïque ordinaire, celle qui veut enfermer l'univers dans son poing fermé et ne peut y tenir un papillon."

Si je ne me retenais, je citerais tout le livre.

Et une furieuse envie de relire Le Cid

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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 14:55

 

     Décidément, ma recherche de bons polars reste infructueuse ! (Mauvaise pioche déjà avec le bouquin de Iain Pears)
     J’avais déjà lu plusieurs nouvelles de Daeninckx ; j’avais, entre autres, apprécié « Noces d’or » pour sa chute, « La sécabilité du chef » pour son style, mais le roman Cannibale ne m’ a pas laissé un souvenir impérissable. Je crois que désormais, je peux dire « cet auteur-là, pas pour moi ! ». 
    Attention, cet avis reste tout personnel, ce n’est pas un « mauvais » livre mais mon intérêt n’a pas été stimulé pour un sou, c’est tout. Je reconnais que la plume de Daeninckx est parfois savoureuse, les jeux de mots bien trouvés, les tournures de phrases brillantes.

     Maxime Lisbonne enquête sur l’affaire « des disparues de Châteauroux ». En journaliste très impliqué et consciencieux, il va sur le terrain, fouille, fouine lorsqu’il apprend qu’un ancien collaborateur est trouvé assassiné dans son immeuble, au 12 rue Meckert. C’est alors la course-poursuite aux indices, aux relations entre différents suspects, aux révélations surprises. 

   Daeninckx est lui-même journaliste, et ça se sent. Les nombreuses digressions historiques, journalistiques et descriptives m’ont barbée, les noms propres s’accumulent à la plus grande joie des Parisiens, sans doute.
J’attends d’un roman policier qu’il me scotche à la page, ce ne fut pas le cas ici. J’ai eu du mal à terminer ma lecture.  

  Didier Daeninckx est un auteur engagé qui s'attache au problème de la mémoire historique en dénonçant avec obstination ce qu'il considère comme relevant du négationnisme.
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9 novembre 2009 1 09 /11 /novembre /2009 14:32

    Il s'agit du 2ème volet de Effroyables jardins.  Le narrateur est le même, ce petit garçon devenu grand, le fils du clown. Michel Quint nous ressert les ingrédients de son premier opus. Et recourt, une fois encore au retour en arrière : c’est sur la tombe de son père que le jeune homme lui raconte et se remémore les rencontres qui l’ont marqué. D’abord Inge, cette Allemande au comportement si ambigu dont il s’éprend dès le premier regard. Puis ce soldat allemand qui s’avère être le tortionnaire de son père, celui qui l’avait arrêté puis déporté.
     On tangue sans cesse entre culpabilité, pardon, rancune, rancœur, souvenirs. Le narrateur est si humain, plein de défauts, manquant de courage, ne se défendant pas et n’osant défendre son père face à l’ancien soldat allemand : « Il en riait presque… Et revenait à ton aventure, me regardait, cherchait à retrouver tes traits d’autrefois sur les miens… Il t’avait condamné à mort puis gracié et envoyé vers une autre mort, la déportation, il avait eu ce pouvoir exorbitant sur ta vie et en parlait comme d’un souvenir tendre… »

      Les passages à vide sont plus nombreux que dans Effroyables jardins, en tous cas je l’ai vécu comme ça. Mais tout s’explique à la fin, et le dénouement est fait de surprises et d’émotions. L’écriture de Quint nous colle à la peau, épouse le rythme des battements du cœur. Phrases nominales, phrases courtes et hachées. Langage oral mais soutenu à la fois. J’aime beaucoup. Il réussit avec brio à nous transmettre l’intensité des personnages, les caprices du destin, les blessures de l’Histoire. Tout est si vivant sous sa plume !

    La rencontre avec la famille qui héberge le narrateur : « Theodor est un castard à tête carrée, un type en granit, tu le croirais d’un bloc, buté-borné. Sinon qu’il vient à toi, mains tendues, avec une modestie de geste, une retenue de consolant. Et attentif à autrui. D’évidence, pas faiseur pour deux sous. Gertrud, houlàlà, c’est indiscutablement pas la walkyrie que tu imagines ! Une musaraigne, un animal des bois, une gerboise, une gerbe de blé brun plantée sur le crâne, des yeux de joujou en faïence, toujours à caqueter qu’on n’y comprend rien et à rire rien que par-devers elle et qui te sort de nulle part, sans que t’aies rien vu arriver, quel que soit le lieu de l maison où tu la croises, une assiette de gâteau et un verre de vin du Rhin, pour une petite ripaille impromptue ! »

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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 10:04
    Ça fait un petit moment que le livre me faisait de l'oeil... offert par la Fnac, la curiosité me poussait à savoir ce qu'il "valait".
    C'est une histoire de coeur, au sens propre du terme : Bruce Boutard, un quadragénaire divorcé, asocial, brusque, misogyne, réunit tous les clichés de l'homme dépourvu de sensibilité, de finesse, de tact. Souffrant d'une pathologie du muscle cardiaque, Bruce se voit greffer un coeur avec succès. Il vivra mieux déjà parce qu'il sera en bonne santé, mais surtout parce qu'il se découvrira tout autre : il nettoie et décore son appartement, il ne prend plus les femmes pour de vulgaires objets qu'on utilise puis qu'on jette, il s'habille de manière élégante, il sort, se cultive, devient souriant, agréable et courtois. Bref, l'ours s'est transformé en gentleman... qui se pose des questions ! Pourquoi tant de changements? Il comprend petit à petit que ce nouveau coeur, ce coeur "prêté" lui fait connaître de nouveaux horizons. C'est un coeur de femme, celui de Constance, décédée dans un accident de voiture à 29 ans.  Et là, j'ai adoré le féminisme sous-jacent de l'auteur. Du côté des femmes : la finesse, le goût, la noblesse, la générosité, l'art... du côté des hommes : la rudesse, la goujaterie, la lâcheté!
Bruce a donc hérité d'un coeur qui lui permet de vivre, mais aussi d'un grand nombre de sentiments jamais éprouvés, de centres d'intérêt ignorés jusque là.
En outre, cette donneuse morte a une histoire bien particulière aussi. Elle était restauratrice de tableaux anciens, plus particulièrement ceux de Paolo Uccello. Elle était aussi très amoureuse d'un homme marié plus âgé qu'elle... je n'en révèle pas plus.
    Mon avis? Agréable à la lecture, c'est cependant un livre qu'on oublie vite, je pense. Certains passages sont intéressants (le thème tout simplement de la greffe de coeur, les liens avec la peinture, la découverte de la Toscane), d'autres sont drôles, mais l'histoire finit en eau de boudin, c'est un peu dommage. Les clichés sont nombreux (parfois jouissifs, il faut l'avouer), les femmes sont toutes belles et débordantes de qualités.
Pour faire vite, je dirais que j'ai plus ou moins adhéré au fond, un peu moins à la forme.

Un extrait où l'ex-femme de Bruce parle du changement radical qui s'est opéré chez lui "J'ai divorcé d'un alcoolique fumeur, égoïste, rabat-joie, mal habillé, vivant dans un taudis... bégaya-t-elle, hilare. Et je me retrouve à boire le thé dans un salon qui sent le Pliz, chez un type branché, souriant, impeccable, qui s'intéresse à mon travail pour la première fois de sa vie !"

Tatiana de Rosnay est journaliste pour Elle et critique littéraire pour Psychologies magazine.
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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 10:47
 Livre lu pour mes 5ème!
Je n'ai aucun regret d'avoir choisi ce roman pour la section "roman d'aventure". Quel plaisir de relire ce livre!
   Reprenons les choses dans l'ordre : Alexandre Selkirk est un marin écossais. Suite à un désaccord avec son capitaine, il refuse de poursuivre la route et exige qu'on le laisse sur une île, dans l'archipel Juan Fernandez, à quelque 400 milles des côtes chiliennes. Il passera 4 ans 1/2 sur cette île déserte entouré de chats et de chèvres. La presse londonienne s'arrache son histoire et Daniel Defoe s'en inspire également pour créer son personnage de Robinson Crusoé. Michel Tournier puisa à son tour dans le roman Robinson Crusoé pour écrire, dans un premier temps, Vendredi ou Les Limbes du Pacifique (1967), destiné aux adultes car complexe et philosophique. Dans un second temps, l'auteur désira simplifier et adapter l'intrigue à un plus jeune public, et c'est ainsi qu'on obtint, Vendredi ou La Vie sauvage (1971). 



                                                         


       Le navire La Virginie fait naufrage dans la région de l'archipel Juan Fernandez, à 600 km du Chili. Un seul survivant se retrouve sur la plage de l'île la plus proche : Robinson. Ce jeune homme consacre tous ses efforts pour construire un bateau, L'Evasion, pour quitter l'île. En vain. Ensuite viendra la période où il travaille dans le but de civiliser l'île, il construira une maison, une horloge, cultivera des champs et domestiquera des chèvres, s'efforcera de respecter une certaine discipline et des horaires contraignants. Cependant, par désespoir et par solitude, il s'isole parfois dans la niche d'une grotte (tentant de retrouver un cocon maternel dans cette position foetale) ou se glisse dans la souille, avec les pécaris... Un groupe d'Indiens aux moeurs cruelles débarque un jour sur l'île pour massacrer un des leurs. Celui-ci, dont la peau est plus foncée que les autres, s'enfuit à travers la forêt de l'île. Robinson lui sauvera la vie en tuant un des ses poursuivants. Il le recueille, lui apprend l'anglais et fait de lui un serviteur modèle. Il le prénomme Vendredi (en hommage au jour de leur rencontre) et lui inculque toutes les bases de la civilisation occidentale : s'habiller, manger proprement, suivre un emploi du temps strict, obéir aux lois de la charte établie par son "maître", labourer les champs, faire la cuisine, traire les chèvres ou encore cirer les bottes. 
    Cette soumission, cet esclavagisme prendra fin le jour de l'explosion. Vendredi manie en effet, malencontreusement, la poudre récupérer du bateau, faisant exploser la maison mais aussi les réserves de céréales, les habits, l'horloge, ...Robinson se rend compte que tout ça n'était qu'illusoire voire ridicule. C'est désormais Vendredi qui mènera le jeu.
   C'est la deuxième période. Vendredi et Robinson vivent en harmonie avec la nature, consacrant leur temps aux siestes, aux jeux, au plaisir. Vendredi fera preuve d'intelligence, de sensibilité tout en respectant ce qui l'entoure et en évitant la violence. Les rôles sont inversés et les deux hommes finissent par vivre heureux.
   C'est sans compter l'arrivée impromptue d'une goélette anglaise... Vendredi est émerveillé devant tant de luxe et de brillance, Robinson, lui, apprend qu'il a passé plus de 28 ans sur l'île qu'il a lui-même surnommée Speranza! Il s'aperçoit également que ses concitoyens sont des brutes avares, violentes et cruelles. Il décide de rester sur l'île. Le lendemain du départ de la goélette, il se félicite de son choix mais ...ne trouve pas Vendredi! Son ancien compagnon a lui, fait le choix de rejoindre l'Angleterre!
    Le livre se termine sur une belle surprise, Robinson trouve un enfant caché dans la grotte, il s'agit du mousse du bateau qui, ayant subi tant de maltraitances et d'humiliations de la part des autres hommes, a fui l'équipage. Robinson lui prouve son amitié et son affection en l'appelant Dimanche.
"Une vie toute neuve allait commencer, aussi belle que l'île qui s'éveillait dans la brume à leurs pieds".
"Désormais, tu t'appelleras Dimanche. C'est le jour des fêtes, des rires et des jeux. Et pour moi tu seras toujours l'enfant du dimanche".


    J'adore cette histoire. J'avais étudié Vendredi ou Les Limbes du Pacifique pour le bac français, il y a presque 15 ans. Je ne m'en lasse pas et j'espère que les élèves accrocheront aussi.
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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 11:00
Avertissement : si vous faites un régime, ne lisez pas ce livre!
Il a eu le Prix du Meilleur Livre de Littérature gourmande 2000. Et ce n'est pas pour rien...

     Le plus grand critique culinaire du monde n'a plus que deux jours à vivre. Il s'en fiche, tout ce qui lui importe c'est de retrouver "une saveur qui me trotte dans le coeur. (...) cette saveur-là, c'est la vérité première et ultime de toute ma vie (...) elle détient la clef d'un coeur que j'ai fait taire depuis".
Pour retrouver ce goût qui l'a fait vibrer, ce monsieur imposant et égoïste va passer en revue ses préférences gustatives... Les sardines de sa grand-mère, la viande grillée de Tanger, la tomate crue de la tante Marthe, un repas imprévu et rustique à la campagne, ... autant dire, une explosion de descriptions qui nous mettent l'eau à la bouche! 
    C'est bien écrit, j'aime le style de Muriel Barbery, L'Elégance du hérisson reste un de mes romans préférés, mais dans Une gourmandise, certains effets paraissent un peu artificiels, on sent trop souvent la recherche stylistique consciencieuse et appliquée. On ne s'ennuie pas, le livre n'est pas épais mais des descriptions de bouffe les unes à la suite des autres, c'est parfois excessif et indigeste. Un exemple :
"Qui n'a jamais osé malaxer longuement de ses dents, de sa langue, de son palais et de ses joues le coeur du pain, n'a jamais tressailli de ressentir en lui l'ardeur jubilatoire du visqueux. Ce n'est plus ni pain, ni mie, ni gâteau que nous mastiquons alors, c'est un semblant de nous-mêmes, de ce que nous pétrissons ainsi de nos bouches expérimentées où la salive et la levure se mêlent en une fraternité ambiguë" (bon, tout ça pour une boulette de pain!). De même, il raffole de son chien qui sent la brioche tiède... mouais, mouais, très rare, le cabot!
   Le plan du livre est simple, linéaire, sans surprise. Sont énumérés les goûts préférés du gastronome, liste parfois interrompue par les réflexions des personnes qui vivent autour de l'auguste personnage (réflexions le plus souvent désobligeantes, vous l'aurez compris). Puis vient la révélation, l'illumination, LA saveur tant recherchée depuis le début de l'agonie...

   Le personnage principal, ce critique gastronomique, est pourtant jouissif : il est détesté de tout le monde (ou presque), ses enfants le haïssent, il a un caractère impossible, dominateur, brutal, sans aucune tendresse pour l'humain, n'aimant ni sa femme, ni ses enfants. Cet extrait le prouve "que sont les enfants sinon de monstrueuses excroissances de nous-mêmes, de pitoyables substituts à nos désirs non réalisés? Ils ne sont dignes d'intérêt pour qui, comme moi, a déjà de quoi jouir dans la vie, que lorsqu'ils partent enfin et deviennent autre chose que vos fils ou filles. Je ne les aime pas, je ne les ai jamais aimés et n'en conçois aucun remords." 
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12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 13:53


     Roman relu pour la 3ème fois, et qui sera étudié pour et avec (surtout avec, j’espère !) mes chers troisièmes que je n’ai pas encore eu le privilège de rencontrer.
    Pour moi, la lecture de ce livre est un réel plaisir. Il n’est pas autobiographique, Michel Quint nous rappelle même que c’est une fiction « à 95% », mais s’apparenterait plutôt à une autofiction, c’est-à-dire que certains éléments sont bien réels, voire historiques et d’autres, complètement inventés.

    Le narrateur a honte de son père. Honte de son père qui régulièrement se déguise en clown pour amuser et divertir les anniversaires, les fêtes d’entreprises, les kermesses. Les descriptions ne sont pas tendres : « Larges tatanes, pif rouge, et tout un fourbi bricolé de ses vieux costumes, des ustensiles de cuisine mis au rencard (…) dans un numéro pathétique de niais solitaire contraint de s’infliger tout seul des baffes et des coups de pieds au cul ». Tout le roman est comme ça, drôle à souhait, à la fois cru, familier et très littéraire.



     Mais pourquoi ce père se prend-il pour un clown ? C’est l’oncle Gaston qui va raconter, dans un langage fleuri, l’épopée de deux soldats français sauvés, pendant la 2ème guerre mondiale, par un soldat allemand, un « soldat-clown ». Ce soldat n’est autre que Bernhard Wicki, le réalisateur du film Le Pont. Le narrateur va alors comprendre que son père est un héros, lui aussi, qui rend hommage à l’homme qui les a sauvés, lui et Gaston. Ce livre fait aussi un magnifique bras d’honneur au manichéisme non, tous les Allemands n’étaient pas des ordures, non, tout n’est pas tout blanc ou tout noir Un Allemand au grand cœur (Bernd), un Français qui est une ordure (Papon).



A lire absolument, c’est court, lu en 1h. Simple mais noble, fort et émouvant.

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    Michel Quint est un ancien prof de lettres classiques qui s'est d'abord tourné vers le théâtre avant d'écrire quelques romans noirs et de recevoir, en 1989, le Grand prix de la littérature policière pour Billard à l'étage. Dans Aimer à peine (2002), on retrouve le narrateur d'Effroyables jardins.
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     Je
an Becker s'est inspiré d'Effroyables jardins pour en faire un film, sorti en 2003, avec les célèbres Thierry Lhermitte,
Jacques Villeret, et André Dussollier. La version cinématographique, forcément, rallonge la sauce par rapport au livre. Mais certaines modifications m’ont gênée : les références au procès Papon sont complètement absentes, l’histoire d’amour est tronquée (dans le livre elle semblait extraordinaire, dans le film elle a un caractère très banal) et pourquoi ceux qui devaient être Gaston et Nicole dans le film sont-ils si âgés ? La dichotomie pitrerie/tragique est souvent trop marquée. Le personnage interprété par Thierry Lhermitte, est, d’après moi, inutile. On passe un bon moment, les scènes qui sont tournées dans la fosse et l’arrestation sont assez réussies mais c’est toujours pareil : après le livre, le film déçoit. Je comprends que Jean Becker ait dû étoffer l’histoire pour « tenir » 1h30 mais il n’aurait pas dû effectuer certains changements. Peut-être a-t-il fait ce choix pour que le film soit « grand public » ? ou pour éviter toute polémique (d’où le mutisme au sujet de Papon) ? Dommage !
    Des changements mineurs et somme toute insignifiants m’ont fait sourire : les quatre prisonniers se connaissent grâce à l’équipe de foot dans le roman, dans le film ce sont les parties de pétanques qui constituent leur point commun. C’est sûr, la pétanque fait plus pittoresque, plus vieillot, plus « France profonde » que le foot !



Bref, lisez d’abord le livre !
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9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 10:36


       Erik Orsenna nous emmène encore une fois à la découverte de la grammaire.
Après La Grammaire est une chanson douce, Les Chevaliers du Subjonctif et La Révolte des accents, son dernier livre : Et si on dansait ?
Cette fois-ci, c’est la ponctuation qui est à
l’honneur.
       Nous sommes toujours avec Jeanne, une adolescente passionnée de mots et de grammaire, qui nous explique
qu’elle est un
écrivain fantôme, rédigeant des discours pour des chefs d’état, des élèves, des adultes. Venue écrire un discours pour le président sénégalais Léopold Sédar Senghor, elle découvre sur la plage une « étrange pollution » : un bateau contenant des livres a fait naufrage, la mer a décollé les mots des pages, les mots ont été  mélangés, amalgamés, formant une immense mare noirâtre. « Un mot sorti de son histoire est comme un poisson hors de la mer ».

 « quasisantêteétaittuoujoursheureuxdaiderlesnouveauxdegryffondor » : Il s’agit d’abord de retrouver l’histoire d’appartenance de ces mots (facile ici, qui a trouvé ?), puis de placer les « blancs » aux bons endroits. Et on apprend, au passage, « que les blancs, les espaces entre les mots, n’avaient été employés en Europe que vers l’an 800, à l’époque de Charlemagne. Ces blancs avaient été les toutes premières ponctuations ». Jeanne, ensuite, avec l’aide d’un orchestre (parce que la ponctuation constitue la musique de la phrase !) et de Monsieur Traversière, un typographe, donne du rythme à ces mots en y intégrant les signes de ponctuation. Les mots, ravis d’avoir retrouvé leur dignité, remercient Jeanne « « Plus jamais, jamais, nous ne te jouerons la mauvaise blague du mot sur la langue, tu sais bien, Jeanne, ce mot qu’on sent tout proche et qui refuse de se montrer. Fini, ces espiègleries ! Maintenant, nous sommes de vrais alliés, Jeanne, A la vie, à la mort ! A partir de maintenant, dès que tu auras l’idée d’un mot, ce mot apparaîtra ».
Là, je souris. Je savais bien qu’ils ne tiendraient pas leur parole. Il est dans la nature des mots de jouer avec la patience de l’écrivain. »




     Comme les autres livres d’Orsenna, celui-là est frais, léger, surréaliste, égayé par  les nombreuses illustrations.

     La cause de l’écrivain est bien noble, il la rappelle lui-même dans ses remerciements « tenter, en racontant, de donner le goût de la grammaire aux jeunes générations », mais est-ce que ça fonctionne vraiment ? Je n’ai encore jamais étudié La Grammaire est une chanson douce avec mes élèves (contrairement à certains collègues), mais je me permets d’être dubitative


  
    Merci à Monsieur Orsenna de faire revivre la langue française, ou simplement de nous ouvrir les yeux sur ces pattes de mouche qui n’en sont pas mais qui font la richesse de notre langue.




Et MERCI à Stef pour ce joli cadeau  

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