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9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 09:36


       Erik Orsenna nous emmène encore une fois à la découverte de la grammaire.
Après La Grammaire est une chanson douce, Les Chevaliers du Subjonctif et La Révolte des accents, son dernier livre : Et si on dansait ?
Cette fois-ci, c’est la ponctuation qui est à
l’honneur.
       Nous sommes toujours avec Jeanne, une adolescente passionnée de mots et de grammaire, qui nous explique
qu’elle est un
écrivain fantôme, rédigeant des discours pour des chefs d’état, des élèves, des adultes. Venue écrire un discours pour le président sénégalais Léopold Sédar Senghor, elle découvre sur la plage une « étrange pollution » : un bateau contenant des livres a fait naufrage, la mer a décollé les mots des pages, les mots ont été  mélangés, amalgamés, formant une immense mare noirâtre. « Un mot sorti de son histoire est comme un poisson hors de la mer ».

 « quasisantêteétaittuoujoursheureuxdaiderlesnouveauxdegryffondor » : Il s’agit d’abord de retrouver l’histoire d’appartenance de ces mots (facile ici, qui a trouvé ?), puis de placer les « blancs » aux bons endroits. Et on apprend, au passage, « que les blancs, les espaces entre les mots, n’avaient été employés en Europe que vers l’an 800, à l’époque de Charlemagne. Ces blancs avaient été les toutes premières ponctuations ». Jeanne, ensuite, avec l’aide d’un orchestre (parce que la ponctuation constitue la musique de la phrase !) et de Monsieur Traversière, un typographe, donne du rythme à ces mots en y intégrant les signes de ponctuation. Les mots, ravis d’avoir retrouvé leur dignité, remercient Jeanne « « Plus jamais, jamais, nous ne te jouerons la mauvaise blague du mot sur la langue, tu sais bien, Jeanne, ce mot qu’on sent tout proche et qui refuse de se montrer. Fini, ces espiègleries ! Maintenant, nous sommes de vrais alliés, Jeanne, A la vie, à la mort ! A partir de maintenant, dès que tu auras l’idée d’un mot, ce mot apparaîtra ».
Là, je souris. Je savais bien qu’ils ne tiendraient pas leur parole. Il est dans la nature des mots de jouer avec la patience de l’écrivain. »




     Comme les autres livres d’Orsenna, celui-là est frais, léger, surréaliste, égayé par  les nombreuses illustrations.

     La cause de l’écrivain est bien noble, il la rappelle lui-même dans ses remerciements « tenter, en racontant, de donner le goût de la grammaire aux jeunes générations », mais est-ce que ça fonctionne vraiment ? Je n’ai encore jamais étudié La Grammaire est une chanson douce avec mes élèves (contrairement à certains collègues), mais je me permets d’être dubitative


  
    Merci à Monsieur Orsenna de faire revivre la langue française, ou simplement de nous ouvrir les yeux sur ces pattes de mouche qui n’en sont pas mais qui font la richesse de notre langue.




Et MERCI à Stef pour ce joli cadeau  

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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 12:28

     C’est avec un a priori plutôt négatif que j’ai commencé la lecture de ce roman. Les livres à couverture super archi colorées, je fuis généralement. Finalement, ce fut une bonne surprise ! Il est drôle, juste, légèrement caricatural, moderne.
    C’est une mère de famille, la quarantaine bien tassée, qui essaye de vivre (ou de survivre) avec ses filles ou plutôt avec les milliers de problèmes de ses filles. Petite Chérie, Joséphine, est en pleine crise d’adolescence et Fille Aînée n’en est pas encore vraiment sortie  Donc, premier Grand Amour, première pilule, sexualité, scolarité, mariage, problèmes domestiques, premières vacances sans papa-maman sont quelques-uns des thèmes évoqués. C’est frais, parfois hilarant et ça se lit très bien.

   Un petit aperçu : l’aînée, Justine, a emménagé avec son amoureux. « A la demande pressante de Justine, vous admirez les murs peints de couleurs différentes et fluorescentes. Chouette, non ? Ca clashe, hein ? Oui, ma chérie, pour clasher, ça clashe ! Le reste du décor vous surprend également. Des posters hyperréalistes d’accidents de voiture. Un tube de dentifrice géant qui pend du plafond et dans lequel vous vous heurtez le front à plusieurs reprises. Des plantes vertes partout. Vous n’aviez jamais soupçonné que Justine aimait à ce point les plantes vertes. Vous lui proposez des boutures de vos géraniums de la maison du Lot. Pouah, pas de géraniums ! s’écrie-t-elle avec dégoût. C’est une plante typiquement petite-bourgeoise. Ah bon ! Vous ignoriez que la lutte des classes s’étendit aux fleurs. Mais ce qui vous frappe le plus, c’est l’ingénieux système de rangement adopté par votre fille. Pas de placards mais des cageots à fruits et légumes repeints de toutes les couleurs où sont pliés les pulls-tee-shirts-chemises, etc. du jeune couple. Pantalons et robes sont eux, suspendus à lune longue ficelle traversant le studio».

     Viendront aussi le baby-sitter - sénégalais et colosse - qui manquera de causer un infarctus à tante Madeline, le mariage que la fifille voudra très graaaand (donc bourgeois !?), les disputes du jeune couple et d’autres drôleries tellement vraies !

    Une jolie peinture de notre société, des conflits générationnels, de la place de la mère (ou plutôt de l’absence de vie personnelle de la mère de famille !!!). En tant que mère, ça donne parfois la chair de poule, et je me dis que les enfants en bas âge ce n’est finalement pas si mal   En tant que fille, j’ai bien envie de donner le livre à lire à ma maman, histoire qu’elle constate quel ange j’ai toujours été

A lire les jours de déprime!

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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 09:03

Un roman très attendu, une suite à L’Ombre du vent… et pourtant une déception !

     Barcelone, les années 20. David Martin est un écrivain de talent qui se voit proposer un contrat un peu particulier. L’éditeur Corelli lui demande en effet de « créer un religion ». Ce pacte diabolique vaudra une série d’événements malheureux et sordides au héros. Le roman oscille entre enquête policière, surnaturel et histoire d’amour.

Évidemment, ça reste du Zafon et ça se lit aussi bien que se boit un bon petit vin blanc sucré. Mais l’auteur a rajouté un peu trop de sucre et l’ensemble comporte beaucoup d’invraisemblances, les relations entre les personnages ne sont pas toujours cohérentes et crédibles et je trouve que le romancier espagnol cède souvent à la facilité. Ça sent le déjà-lu, l’intrigue est moyennement surprenante.
L’Ombre du vent est un roman qu’on n’oublie pas, qui bouscule, touche,  qui allie merveilleusement magie, poésie et mystère. Le Jeu de l’Ange n’est pas déplaisant à lire, certes, mais n’est pas du même acabit, sans doute trop commercial... Zafon ne s'en cache même pas puisqu'il écrit sur son site Internet anglais « I am in the business of storytelling » (« Mon boulot, c’est de raconter des histoires ») ... mouais!

Heureusement que l’on retrouve l’univers barcelonais ! Le parc Güell, l’auditorium du Palau de la Musica, la Rambla, Gaudi, la Sagrada Familia, Montjuïc  et le fameux Cimetière des livres oubliés (nostalgie de l’Ombre !)

Au bout du compte, on passe un bon moment, du moins ce fut le cas pour moi, la première partie m’a bien plu, mais il n’y a pas "le petit plus" qui fait toute la différence !

Un extrait :

« Mes seuls amis d’alors étaient d’encre et de papier. A l’école, j’avais appris à lire et à écrire bien avant les autres gamins du quartier. Là où les camarades voyaient de l’encre semée de chiure de mouche sur des pages incompréhensibles, je voyais de la lumière, des rues et des êtres humains. Les mots et le mystère de leur science cachée me fascinaient et m’apparaissaient comme une clé permettant d’ouvrir un monde infini, bien loin de cette maison, de ces rues et de ces jours opaques où, j’en avais déjà l’intuition, ne m’attendait qu’un avenir sans intérêt. »

Dernière remarque : pour le prix du bouquin, Robert Laffont pourrait s’efforcer de ne pas oublier la ponctuation, c’est énervant !

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22 septembre 2009 2 22 /09 /septembre /2009 13:56
    James Meek est un grand reporter londonien, ses reportages sur l'Irak et Guantanamo on reçu de grands prix internationaux.
        L'auteur s'est sans aucun doute inspiré de son vécu et de ses expériences professionnelles pour écrire ce roman. Le personnage principal, Adam Kellas est un reporter anglais, lui aussi, qui part couvrir la guerre en Afghanistan. Là-bas il rencontre Astrid dont il tombe amoureux.
De retour en Angleterre, il pense rompre la monotonie et l'ennui de sa vie en écrivant un best-seller (tout en sachant et en proclamant ouvertement qu'il ne le fait que pour l'argent...) et d'autre part, en prenant le premier avion, sans bagages ni affaires, pour rejoindre Astrid aux États-Unis. Le roman porte bien son nom puisque les ambitions du "héros" (ou de l'anti-héros...) n'aboutissent aucunement, mais ses projets avortent les uns après les autres. 

Un roman sur la difficulté de communiquer avec l'autre et sur les désillusions de la vie.

    Je m'attendais à une écriture et un style journalistiques, il n'en est rien. Meek multiplie les digressions et les récits enchâssés, évite les clichés et traite ses personnages avec distance et ironie. Son analyse est presque chirurgicale, souvent très froide :
(Kellas dit à Lucy qu'il la trouve sexy) "Kellas lui-même était surpris d'avoir prononcé ces mots à voix haute. C'était comme découvrir que les roches qui vous séparent de la lave en fusion, sous vos pieds, sont infiniment plus fines que vous ne l'imaginiez, quelques centimètres tout au plus. Une croûte fragile, c'était là tout ce qui l'éloignait de gestes incontrôlables, incompatibles avec la paix."

    Quant à moi ... je n'ai pas aimé le livre, et j'ai presque du mal à expliquer pourquoi. Je ne suis pas entrée dans l'histoire, je me suis ennuyée et je n'ai pas toujours compris où l'auteur voulait en venir. Beaucoup de réalisme et de lucidité, certes, mais aussi un grand pessimisme et au fond une grande tristesse. 
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17 septembre 2009 4 17 /09 /septembre /2009 10:31

   Tu t’apprêtes à lire un résumé et l'avis d’un livre d’Italo Calvino. Tu t’étonnes d’être ainsi interpellé, tutoyé, toi, lecteur de ce blog. Ca t’amuse mais il y a cette pointe de gêne, tu as l’impression qu’on t’observe, qu’on te voit, assis sur ta chaise, les yeux fixés sur l’écran de ton ordinateur, la main droite collée à la souris… Tu te demandes ce qui te fait poursuivre la lecture, pourtant, plus que jamais, tu as envie de savoir ce qui suit.

    Ce misérable pastiche n’est rien à côté de l’immense talent d’Italo Calvino !
Quel toupet ! L’écrivain italien ose l’original, use et abuse d’insolite, de jamais-vu. Il dévoile les ficelles du travail de l’écrivain, nous fait découvrir les coulisses de l’œuvre, démantèle le squelette du roman, les mille choix qui rongent un auteur quand il écrit son texte.
«  La ville, là, dehors, n’a pas encore de nom ; nous ne savons pas si elle restera hors du roman ou si elle le contiendra tout entier dans sa noirceur d’encre. » et nous offre ainsi un brouillon de son œuvre. Du moins, c’est ce qu’il prétend. En réalité, l’écriture est fluide, virtuose, brillante et achevée, et ne manque jamais d’humour, d’ironie et de subtilité.

« C’est sans doute la raison pour laquelle l’auteur accumule supposition sur supposition dans de longs paragraphes dépourvus de dialogues : pour que je puisse passer inaperçu et disparaître dans l’épaisseur serrée opaque du plomb ».

   C’est un roman qu’il est très difficile de résumer. Le Lecteur puis la Lectrice en sont les personnages principaux. Le Lecteur est contrarié de ne lire que des incipit. Ainsi le roman est une alternance de chapitres consacrés à ces incipit (de genre et de style différents) et de chapitres dédiés au voyage initiatique du Lecteur.

Un roman sur les romans, un roman sur la dualité écriture/lecture où la frontière entre personnage, auteur, lecteur et narrateur est on ne peut plus floue. Une mise en abyme où rien n’est défini, aucune trame n’est linéaire, tout n’est qu’hypothèse. Mais aussi une farce de très très bon goût, l’auteur se moque des lecteurs mais aussi des écrivains (donc de lui-même !) et des genres romanesques et remet en question le roman traditionnel (dans la lignée des Surréalistes).

Le mot qui me vient à l’esprit et qui m’a poursuivie durant toute ma lecture : VIRTUOSITE ! On ne peut qu’admirer cette œuvre d’art, le génie de ce très Grand écrivain !

Deux extraits :

«  Ne crois pas que le livre te perde de vue, Lecteur. Le tu qui était passé à la Lectrice, il peut d’une phrase à l’autre se braquer sur toi. Tu demeures toujours l’un des tu possibles. Qui oserait te condamner à la perte du tu, catastrophe non moins terrible que la perte du moi ? Pour qu’un discours à la seconde personne devienne un roman, il faut au moins deux tu distincts et concomitants, qui se détachent de la foule des lui, des elle, des eux.) »


lorsque découverte charnelle et lecture se mêlent :
« A la différence de la lecture des pages écrites, la lecture que les amants font de leur corps (de ce concentré d’esprit et de corps dont les amants font usage pour aller au lit ensemble) n’est pas linéaire. Elle commence à un endroit quelconque, saute, se répète, revient en arrière, insiste, se ramifie en messages simultanés et divergents, converge de nouveau, affronte des moments d’ennui, tourne la page, retrouve le fil, se perd. (…) Ce par où l’étreinte et la lecture se ressemblent le plus, c’est ceci : en elles s’ouvrent des espaces et des temps différents de l’espace et du temps mesurables."

       Le roman, Se una notte d'inverno un viaggiatore a été publié en 1979, après la venue de Calvino à Paris, alors qu’il fréquente des cercles littéraires comme l'OuLiPo et rencontre Roland Barthes, Raymond Queneau et Georges Pérec.


Ce roman n'est donc pas à lire comme un autre roman, il est déroutant, parodique et finalement, pédagogique!


 Remarque sur la couverture du bouquin : l'auteur est un peintre suisse, Dominique Appia, dont l'oeuvre s'apparente à celle de Dali.

La plus connue :

Entre les trous de la mémoire

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13 septembre 2009 7 13 /09 /septembre /2009 21:54

      
   Un livre changeant, fait de hauts et de bas, de crescendo et de diminuendo. Ca commence par de bons sentiments (une ado qui veut aider une SDF à s’en sortir) et quelques clichés (l’ado en question est une surdouée, donc hypersensible, donc boulimique de connaissances, donc isolée des autres, etc.), mais on sort progressivement d’un monde en quête d’idéal pour une peinture de la réalité assez juste.
 
   Quelques personnages  :
- Lou Bertignac, enfant précoce de 13 ans. Petite. Réservée. En classe de 2nde, elle doit présenter un exposé en cours de SES : il s’agit de retracer le parcours et l’histoire d’une jeune femme sans abri.
– le personnage du prof archi sévère « La Terreur du lycée » qui « doit avoir une douzaine de paires d’yeux invisibles réparties sur tout le corps, un détecteur d’inattention greffé dans les narines et des antennes de limace » … portrait qui m’a fait sourire, bien sûr. Moi aussi, je les ai, ces douze paires d’yeux aurais-je parfois envie de dire à mes élèves, mais je les ferme souvent, je les voile pour ne pas que le cours ne soit que réprimandes, chasse aux bavardages et mises au garde-à-vous. Et puis, je dois avouer qu’en tant qu’élève, j’aimais aussi qu’on me foute la paix, et j’essaie, en tant que prof, de m’en souvenir. Parenthèse fermée.
- Lucas, le « chef de la classe », très grand, très beau et qui n’en fiche pas une, « le genre de personne à qui la vie ne fait pas peur ». Au début du roman, on se dit, ok, la petite surdouée docile avec le grand cancre insolent, mouais mouais…, à la fin … (n’avez qu’à la lire, la fin !).
– No enfin -Nolwenn- la SDF de 18 ans pour qui tout a mal tourné et « qui connaît de la vie quelque chose qui fait peur ». C'est la rencontre No-Lou qui constitue le noeud de l'intrigue.
    
   La première partie du roman semble donc être une petite histoire joliment racontée, puis petit à petit, la tension monte, notre intérêt s’amplifie, cet univers romanesque qu’on croyait manichéen se complexifie, s’obscurcit aussi. « Il ne faut pas espérer changer le monde car le monde est bien plus fort que nous". Ce qui est intéressant et assez réussi : l’œuvre mûrit en même temps que l’héroïne, l’écriture se fait plus réfléchie au fur et à mesure que Lou perd ses illusions, sa naïveté, ses espérances, lorsqu’elle sort de l’adolescence.
La fin est surprenante et somme toute, ce roman est à la fois poignant et attendrissant (malgré quelques petits recours à la facilité), à mettre entre toutes les mains, très réaliste. J’ai passé un bon moment.


   L'auteur, Delphine de Vigan, écrit là son 4ème roman. Son premier, Jours sans faim est paru en 2001 sous le pseudonyme de Lou Delvig : il s’agit d’un roman autobiographique sur le combat et la guérison d’une jeune fille anorexique de 19 ans.
La romancière a également fait sa rentrée littéraire ce mois-ci en publiant Les Heures souterraines.
 


                                                           

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4 septembre 2009 5 04 /09 /septembre /2009 18:48
    Dans le top 20 de mes auteurs préférés, John Irving s'y trouve en bonne place ; La veuve de papier et Le monde selon Garp (écrit près de 20 ans plus tôt que l'oeuvre commentée) sont d'agréables souvenirs. 





    Ici, on a à faire à une autobiographie sélective qui décrit les années d’études de l’auteur : Exeter, Pittsburgh, New Hampshire puis un an à Vienne, ses débuts en tant que professeur puis écrivain. Un cahier central accompagne le livre : de nombreuses photos de tournois et championnats de lutte mais aussi des clichés plus personnels de John Irving et sa famille (tout ça pour constater que John est un bel homme…) .
    Irving évoque tour à tour la lutte et l'écriture pour finalement mêler les deux passions de sa vie. Il faut l'avouer, les descriptions, récits et autres commentaires ayant trait à la lutte (l'homme a été lutteur puis arbitre et enfin entraîneur) ne m'ont pas réellement passionnée, mais tout de même, ce cher John peut nous raconter ce qu'il veut sur n'importe quel thème, on  lit, on suit, on poursuit sa lecture!
  
    On découvre que le bonhomme est fan de Dickens et de Graham Greene, et on assiste également à l'écriture de ses premiers manuscrits, ses premières nouvelles et ses premiers émois littéraires. Humilité et auto-dérision sont au rendez-vous, l'auteur n'a de cesse de se qualifier de "passable " ou de "tout juste passable". Il évoque les remarques et critiques de ses premiers professeurs : "Kurt Vonnegut m'a demandé pour sa part si je trouvais intrinsèquement drôles les vers "guigner" ou "lorgner". Il voulait seulement dire que j'en abusais sciemment et avec une certaine coquetterie ; il n'avait pas tort."
Un peu plus loin, les différentes allusions à Oscar Wilde m'ont bien sûr fait sourire...
"Non, ce que je déteste chez Wilde, c'est que cet écrivain de second ordre s'est complu à décocher ses phrases lapidaires contre les grands -fallait-il qu'il fût jaloux de Dickens et de Flaubert pour les avoir ainsi accablés de son mépris!"
Hum... lisez un peu mes citations... quel perspicacité, John!

    Il souligne, dans les notes en fin de livre, que son autobiographie aurait été largement incomplète s'il n'avait accentué le rapport, l'intime corrélation entre l'écriture et la lutte.
"Mon expérience de la lutte se compose d'un huitième de talent et de sept huitièmes de discipline. Je crois que mon expérience de l'écriture respecte la même proportion."
et :
"Je suis tout à fait convaincu que la lutte m'a appris davantage que les ateliers d'écriture. Écrire bien, c'est réécrire ; de même, bien lutter est affaire de récurrence ; on répète le mouvement inlassablement, jusqu'à ce qu'il devienne une seconde nature. je ne me suis jamais vu comme un écrivain-"né", pas plus que comme un athlète "naturel", ni même un bon athlète, d'ailleurs. En revanche, je sais réécrire. Je n'arrive jamais à ce que je veux du premier coup, je ne sais que réviser, encore et toujours."

          Au final, on découvre un homme franc, généreux, modeste et tout simplement humain.
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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 13:25

     Il était temps ! C’est avoir des œillères que manquer ce roman (aux neuf prix !) présent en tête de gondole dans toutes les librairies !



Premières impressions : l’univers andalou du XIXème siècle qui est le cadre du roman m’a transportée dans un autre univers : celui de la littérature maghrébine féminine (Assia Djebar, Nina Bouraoui, ...) – le même tragique, une place particulière accordée à la femme, une importance attribuée à la mort… Puis c’est aux griots africains que j’ai pensé, ceux qui assurent le maintien de la littérature orale, ceux qui transmettent, par la parole, les histoires du temps passé. 

         Carole Martinez nous raconte effectivement, à travers la narratrice Soledad, la saga d’une famille espagnole, celle de Fraquista Carasco et de ses sept enfants. Le roman est constitué de nombreux chapitres qui pourraient être lus comme de petits contes à part entière. L'auteur manie les mots avec virtuosité, les descriptions avec grand talent ; aucune phrase n'est ordinaire, les métaphores sont récurrentes, vives, douces et savoureuses.

       Frasquita est mariée très jeune à José Carasco, ce mariage arrangé qui devrait attrister la jeune femme, la met en joie : la robe de mariée portée par toutes les femmes de la famille, cet "horrible petit bout de chiffon" sera à elle. Elle pourra l'embellir, le rouir, le tisser, le filer, le coudre et le broder à sa guise.
"Frasquita fit jaillir une splendide corolle de drap blanc de la petite robe grise. La découpe, les broderies, les ajouts de tissu transcendèrent ce torchon, témoin d'un siècle d'épousailles consommées".
Le talent de couturière de Frasquita sera le fil directeur du roman. Un linceul brodé de ses mains attire tellement les regards que la défunte qui le porte est oubliée, sa tombe sera profanée et le suaire volé.

Le cœur cousu est le cœur brodé par cette mère, Fraquista, et offert à la Madone, la Vierge bleue, à qui il manquait un corps. Le père Pablo « s’approcha de la Madone, tout doucement, comme s’il craignait de dissoudre le mirage. Arrivé à portée de main de l’apparition, il constata qu’attaché au squelette à l’aide d’un réseau de fils de couleurs un cœur bordé vibrait, sensible au moindre souffle. Le visage de la Madone semblait s’éclairer d’une joie nouvelle, il s’animait presque sous les feux de ce qui s’agitait en son sein ».

        La seconde partie du roman dédié à la révolte et à l'errance nous éloigne du village de Santavela et nous transporte encore un peu plus dans l'univers du conte et de la poésie. Les enfants de Frasquita sont mis à l'honneur : Pedro, l'unique fils artiste peintre, Anita muette puis conteuse, Angela, la fille à la voix d'or,  Martirio, fille des ténèbres au baiser mortel, Clara, l'enfant-lumière...

Cette immense fresque, est une fable féerique qui nous dépayse, nous pétrit de mots, nous transporte dans un monde de femmes liées entre elles par un coffret magique et transgénérationnel.
J'émettrais un petit bémol, ce roman dépaysant est un plaisir pour les yeux tant il est riche et coloré, c'est un vrai chef d'oeuvre mais qui, par ses mêmes qualités, crée en contrepartie, une distance avec le lecteur. C'est ce que j'ai ressenti, je suis parfois restée en dehors du récit, et je pense également que c'est un roman de et pour les femmes, un homme s'y ennuierait peut-être un peu...

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25 août 2009 2 25 /08 /août /2009 14:30

       Une vraie découverte, un coup de cœur !



      Nancy Huston a une biographie en béton : Née au Canada en 1953, c’est le traumatisme créé par l’abandon de sa mère qui la pousse à écrire, à se nourrir d’imaginaire. Elle arrive en France à 20 ans et devient l’élève de Roland Barthes ! (c’est une écrivain-sémiologue-structuraliste-critique littéraire cité à peu près un millier de fois/seconde sur les bancs de la Fac de Lettres modernes…) C’est en traduisant un de ses romans de l’anglais au français qu’elle s’aperçoit que la traduction améliore l’original, et hop ! elle écrira tous ces prochains livres dans les deux langues ! Pour clore le tout, elle vit avec un autre sémiologue archi connu :Tzvetan Todorov ! Inutile d’ajouter qu’elle rafle de nombreux prix et concours ! Grande amatrice de musique, de préférence baroque et jazzy, elle aime faire résonner sa passion dans ses œuvres.

      Polyphonie, c’est le sous-titre du livre. Polyphonie de voix, de narrateurs qui permet à la fois de voir le même épisode sous des regards différents et de glisser d’une histoire à une autre, d’un personnage à un autre.
C’est le livre d’une naissance prématurée ; Maya est née à 24 semaines.
Le destin de trois femmes :
- Sofia, la « babouchka », la grand-mère russe, la pragmatique, la posée, la croyante qui parle à Dieu « merci aussi pour cette bonne plaquette de chocolat, c’est vraiment délicieux. Pardonne-moi si je ne me lève pas après pour me laver les dents une deuxième fois ».
Lara, sa fille, la pianiste qui veille sur son bébé prématuré, qui se bat pour sa vie et sa survie, qui lui inculque la musique et lui transmet sa passion du piano. Quand Maya aura grandi, qu’elle sera forte et montrera ses talents de « prodige », Lara finira par ne plus supporter la perfection de la musique de sa fille, en manque profond du sentiment d’utilité qui la portait tellement. Elle part acheter du pain et ne revient plus pendant des jours et des jours. C’est dans un état d’ « épuisement total » qu’on la retrouve puis surgit l’écho ou le refrain, les premiers mois de vie de Maya se mêlent à ce moment où c’est la fille qui veille sa mère, la rassure, lui parle, lui parle…
- Maya, la grande prématurée, la sauterelle, la libellule pour qui la musique est un « don de Dieu » mais aussi un amusement sans fin. D’autres personnages jouent les trémolos de ce trio féminin : Robert le papa de Maya parti parce qu’il était de trop dans la complicité mère/fille mais qui revient tous les week-ends malgré le divorce "c’est elles ensemble que j’aime, Lara-et-Maya en un seul mot, dans cette mystérieuse symbiose née de la chambre blanche, et qui m’exclut."
Lucien est le voisin fabricant de vitraux, triste d’avoir perdu sa femme.
Son neveu, Benjamin, est passionné de vers à soie et amoureux de Maya, de sa fraîcheur, de son enthousiasme, de sa franchise, de son innocence. 
L'auteur doit se retrouver dans le personnage de Lara puisqu’elle avoue que malgré sa passion pour la musique «J'ai toujours joué du piano dans le malheur. J'avais le trac, je ne me sentais pas assez bonne et, pendant les auditions, je perdais totalement mes moyens.»

   L’ensemble du roman est cependant une symphonie, une succession d’arpèges, on entend les notes, les voix, LA voix qui maintient Maya puis Lara en vie, la voix matriarcale de la sagesse.

Une très jolie partition !

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19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 21:27

   

       C’est avec ce roman que j’ai découvert l’auteur Maxence Fermine (Monsieur né en 1968 et qui a vécu entre Paris et l’Afrique, le chanceux). Qu’on se le dise d’emblée, je n’ai pas été emballée plus que ça. J’ai pensé à Paulo Coelho tout au long de ma lecture, et désolée pour les fans, mais Coelho et le genre mystico-ésotérique, je n’en peux plus…
Ici, dans Le Labyrinthe du Temps, c’est du temps dont il s’agit (tiens donc…).
Vassili Evangelisto (oui, nom qui en jette, je sais), archimandrite (ça aussi ça le fait hein ? c’est en réalité un supérieur ecclésiastique orthodoxe), donc Vassili est un archimandrite russe envoyé par le Tsar, loin de sa Russie natale, en mission d’évangélisation en Arabie. Cette info donnée dans l’incipit (= début du livre pour les non-initiés…) se perd peu à peu au fil du roman. Vassili fait l’acquisition d’un petit coffret en olivier de Tahar le Sage, il apprend qu’il existe deux autres coffrets de Tahar, l’un en ébène et l’autre en cèdre. Chaque coffret contient 7 serrures, celui qui saura en percer le secret trouvera une clé. C’est très joli tout ça, mais ça tourne en rond, le brave Vassili se retrouve du l’île du Labyrinthe où il réveille ses habitants paralysés par le temps (?). Cette île mystérieuse, on y entre, mais on n’y sort jamais ! Il s’y produit tout un tas de sortilèges ; des personnages effrayants, magiques ou sympathiques s’y côtoient et les événements exceptionnels comme le naufrage d’un bateau et la venue d’un étranger sont annoncés par une pluie de papillons bleus. Elle est poétique cette image, n’est-ce pas ?
   Je n’en dirais pas plus pour ceux qui aiment ce genre de roman. Je rajouterai simplement que ça se lit bien, c’est une histoire toute mignonnette ! Avis aux amateurs, moi je n’ai pas été charmée…

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