Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 20:52

 

 

            Delphine de Vigan nous livre une grande partie de sa vie. C’est le suicide de sa mère qui a été pour elle l’élément déclencheur et le point de départ de l’écriture de ce livre autobiographique. Elle tente d’expliquer le geste de sa mère et pour cela, entreprend de raconter la vie de celle qu’elle n’appelle pas « maman » mais « Lucile ».

            Zoom sur la vie foisonnante des grands-parents maternels de l’écrivain, Liane et Georges. Une famille extensible à souhait puisqu’elle est allée jusqu’à contenir une douzaine de membres. Des enfants, des enfants, et encore des enfants. Lucile se démarque de ses frères et sœurs par sa réserve mais aussi par sa grande beauté qu’elle voit plutôt comme un obstacle qu’un avantage. Son souhait le plus cher, d’ailleurs, est d’être invisible, ne pas capter l’attention des autres : « Lucile se demandait si un jour […], elle deviendrait une vieille dame rabougrie et voûtée, qui échapperait au regard. Ainsi serait-elle enfin libre d’aller et venir, infiniment légère, et presque transparente. Ainsi n’aurait-elle plus peur, plus peur de rien. »

            Des drames et des tragédies marquent cette famille pourtant douée pour le bonheur et la gaité. C’est le petit frère Antonin qui meurt tragiquement d’abord, tombé au fond d’un puits. Jean-Marc le « remplacera » (c’est dit ainsi dans le livre), un gamin adopté à sept ans. Il se fond dans l’univers familial mais meurt étouffé dans un sac plastique. Il ne sera pas évident de savoir s’il y avait suicide ou pas. Malgré tout, cet essaim continue de bourdonner, il faut dire que la matriarche, Liane, est surprenante d’énergie, de joie de vivre et d’optimisme. C’est le personnage coup de cœur du livre, pour ma part.

            En plus des drames qu’on ne pouvait éviter, se glisse un serpent noir et malsain, celui du doute. Un doute qui plane sur les relations ambiguës qu’a pu avoir Georges avec Lucile mais aussi avec d’autres jeunes filles de l’entourage familial.  Mais on a posé le couvercle des apparences sur les révélations qu’a osé faire Lucile déjà adulte. Sans le dire directement, l’écrivain explique le comportement de sa mère. Et bon sang ce qu’elle en a bavé avec ou à cause d’elle à l’adolescence. Folie, dépression, bipolarité, on comprend que Delphine et sa sœur Manon ont dû s’élever toutes seules, privées de la tendresse, de la protection d’une mère.

            On tire les leçons qu’on veut de ce livre, c’est toujours en rapportant les récits de ses proches qui ont bien voulu jouer le jeu, que le fil se déroule petit à petit. Comme les êtres qui ont eu un passé douloureux, une immense fragilité côtoie une force contagieuse. Alors que sa vie d’enfant, d’adolescente, de jeune adulte n’est que désordre, bohême et liberté, la narratrice ne rêve que d’une « vie cadrée, confinée, réglée  comme le papier millimétré qui accueillait les errements de mes exercices de géométrie ».

            Je n’ai eu qu’un souhait après cette lecture : que Delphine de Vigan puisse trouver apaisement et sérénité après cette œuvre thérapeutique.

            J’ai eu la chance de lire successivement deux romans que j’ai considérés comme excellents. Pour des raisons totalement différentes. Chez Sylvie Germain, c’est l’érudition, la beauté du style, le travail sur le langage qui détonent. A tel point qu’à chaque phrase lue, on peut lâcher un « whaouh » admiratif. Chez De Vigan, tout est plus simple et plus naturel, c’est un voile qu’on soulève doucement pour faire apparaître un trésor, un trésor vivant et réel. On se laisse glisser dans ce livre avec une facilité réconfortante, comme on entrerait dans un bain à température idéale.

 

« L’écriture ne peut rien. Tout au plus permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire »

« Je n’ai interrogé aucun des hommes qui ont partagé la vie de Lucile et, à la réflexion, il me semble que c’est aussi bien. Je ne veux pas savoir quelle épouse ni quelle amante Lucile a été. Cela ne me regarde pas.

J’écris Lucile avec mes yeux d’enfant grandie trop vite, j’écris ce mystère qu’elle a toujours été pour moi, à la fois si présente et si lointaine, elle qui, lorsque j’ai eu dix ans, ne m’a plus jamais pris dans ses bras. »

J’avais déjà apprécié  No et moi du même auteur.

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

delphine-olympe 10/04/2014 22:09


J'ai moi aussi été profondément touchée par ce livre et j'avoue avoir eu le coeur extrêmement serré à la scène du décès de Lucile.


Delphine de Vigan arrive à parler de cette histoire familiale avec humour, tendresse et sincérité à la fois. C'est une vraie prouesse.


J'ai ensuite lu Les heures souterraines, que j'ai également trouvé magnifique, sans doute aussi, au-delà de son talent, parce que cela faisait écho à une expérience personnelle.

Violette 11/04/2014 09:47



on est d'accord, je trouve que ce sont les deux meilleurs romans de l'auteur.



Depras 23/09/2013 21:46


Bonjour Violette,


Ce livre a deux ans, mais je ne l'ai lu que cet été. Et je dois dire que je l'ai trouvé magnifgique ! Moi aussi j'ai pleuré en lisant les dernières pages du livre.


Dans la foulée, j'ai lu Les heures souterraines, que, pour d'autres raisons, j'ai également trouvé très fort.


 

Violette 25/09/2013 21:53



j'ai aussi beaucoup aimé Les Heures souterraines. Un auteur à suivre, c'est sûr  !



Amaliah 21/04/2012 18:25


Coucou Violette!


J'ai pensé à toi parce que je viens de finir ce livre et je me souvenais que tu en parlais sur ton blog. J'avais envie de savoir ce que tu en avais pensé car je sais que tu as du mal avec les
histoires qui évoquent la mort. Là, pour le coup, c'est moi qui me suis sentie opprimée pendant la deuxième moitié du livre (la folie de Lucile), puis terriblement mal. J'ai pleuré pendant
toute la fin du livre (la découverte du corps sans vie de sa mère)...


Tu as écrit un bel article en tout cas! A bientôt.

Violette 23/04/2012 11:40



merci pour ta visite! Je vais t'écrire très bientôt, je ne t'oublie pas! Quant à ce livre, je l'ai trouvé très beau, ma gorge s'est serrée à plusieurs reprises aussi et j'ai trouvé la démarche de
l'auteur très courageuse. Biz!



carolinette 25/11/2011 11:59


de vigan bien sûr !!! oups la coquille

carolinette 25/11/2011 11:58


et bien décidément, je pense que nous avons les mêmes goûts en matière de livre ! en même temps je ne sais pas comment on ne peut pas être accroché par ce bouquin et le ton si juste de de
vigant...


je te mets le lien d'un article posté après sa lecture justement http://bazartdesfilles.canalblog.com/archives/2011/09/20/22105790.html

Violette 25/11/2011 12:07



merci, je vais voir!



Philippe D 21/11/2011 21:55


J'ai reçu ce roman dans le cadre d'un partenariat. Il m'a beaucoup plu. Difficile d'imaginer tant d'événements importants dans une seule vie!


Merci pour la visite et bonne soirée.

Anne Sophie 16/11/2011 22:05



j'ai adoré no et moi !!!



Violette 17/11/2011 09:36



moi aussi j'avais aimé. Ce roman, Rien ne s'oppose à la nuit, n'a pourtant rien à voir. Il est autobiographique.



alinea 12/11/2011 10:17



j'ai noté ce livre dont je n'ai ententu que du bien.



Violette 12/11/2011 23:28



c'est vrai, je n'ai rien lu de négatif non plus!



Fransoaz 11/11/2011 12:45



J'ai acheté et prêté ce livre avant de le lire. Les lecteurs époustouflés par ce roman sont très vite venus me le rendre afin que je puisse en commencer la lecture!


Le plaisir est parfois dans l'attente mais là je ne vais plus pouvoir différer.



Violette 11/11/2011 16:30



arrache le livre aux mains des emprunteurs!!!



keisha 11/11/2011 10:45



J'espère le lire, et ce qu'on me dit du regard de l'auteur sur cette écriture d'un texte très perso m'intéresse ausssi.



Violette 11/11/2011 16:32



moi qui n'aime pastellement les histoires vécues (je l'ai dit pour Carrère ou Ernaux), j'ai complétement adhéré à celle-là.



Leiloona 10/11/2011 21:15



Un superbe récit, oui ! ♥



Violette 11/11/2011 16:38



courageux aussi !



Alex-Mot-à-Mots 10/11/2011 13:25



Une très belle plume, enfin récompensée.



L'irrégulière 08/11/2011 11:53



ce "roman" est effectivement très fort !



Violette 09/11/2011 11:27



elle lui en fallu du courage, à l'écrivain, pour en arriver là!



Noukette 07/11/2011 23:39



J'ai hâte de me plonger dans ce livre, j'admire qu'on puisse se livrer autant...



Violette 09/11/2011 11:28



oui! et c'est fait avec justesse.



Lystig 30/10/2011 21:59



je devrai le lire prochainement !



Violette 01/11/2011 21:39



je sais déjà que tu l'aimeras ;-)



sophie57 30/10/2011 21:48



j'aime beaucoup ton article, tu en parles de manière originale...mais en ce qui concerne le personnage de Liane, même si elle paraît efffectivement tellement solaire, pour ma part je lui en veux
beaucoup: comment une mère peut-elle ainsi laisser sa propre fille se détruire, sans réagir? 



Violette 01/11/2011 21:44



tu sais qu'en écrivant que c'était un personnage coup de coeur, je me disais en même temps que ses "abandons" en tant que mère étaient condamnables? Je vais dire une chose cruelle mais je crois
que c'est l'effet famille nombreuse. Qu'on me dise ce qu'on veut, quand on a une flopée de gamins, on ne peut s'en occuper parfaitement. Mais c'est justement que Liane ait conservé son
individualité, sa personnalité de femme et non de mère qui m'a plu. Je ne suis pas si je suis claire... ;)



Présentation

  • : Le blog de Violette
  • Le blog de Violette
  • : Un blog consignant mes lectures diverses, colorées et variées ... et d'autres blabla en prime.
  • Contact

à vous !


Mon blog se nourrit de vos commentaires...

Rechercher

Pages