Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
27 février 2022 7 27 /02 /février /2022 21:05

L'âge de l'eau - La constellation du chien Tome 1 - L'âge d'eau - Benjamin  Flao - cartonné - Achat Livre ou ebook | fnac

Partout, les eaux sont montées et ont submergé les villes, les maisons, les gares, les aéroports. La misère règne sur la France. Hans rejoint, dans une chaloupe brinquebalante, sa mère qui vit avec son fils muet et simplet et un étrange chien bleu dans une maison posée sur l’eau. Là, la vieille femme survit comme elle peut, elle chasse, cueille, cultive et tire le meilleur des immenses étendues d’eau qui l’entourent. Hans est venu chercher son frère, le géant Gorza, qui détient des records de plongée en apnée et peut ainsi se révéler utile et gagner de l’argent. Les deux frères sont à la recherche d’un endroit calme où la mère ne se fera pas chasser et où elle pourra continuer à « cultiver sa soupe ». En effet, les autorités contraignent la plupart des gens à rejoindre des centres d’hébergement, ce dont les trois ne veulent pas. Le chien bleu est doté de pouvoirs, Gorza n’est pas en reste puisque, même s’il ne s’exprime que par onomatopées, il sait souvent régler les problèmes des personnes qu’il rencontre après les avoir devinés. Mais le monde est devenu hostile, les hommes sauvages et la méfiance omniprésente.

Je suis rapidement tombée amoureuse des dessins, les épais contours des personnages, les paysages noyés sous l’eau, la variété des graphismes. Il y a une vraie harmonie entre ce qu’on voit et ce qu’on lit. Mon très petit bémol s’explique par le fait que j’ai eu du mal à adhérer complètement à l’histoire. On a déjà rencontré un « chien bleu » chez Nadja, Gorza aussi attachant soit-il m’a d’emblée fait penser au héros de La Ligne verte. Mais ce récit d’anticipation dissémine un message d’alerte évident, privilégiant les êtres marginaux à l’écoute de la nature. Et puis, les dessins, je me répète mais bon sang, que c’est beau !        

« La nuit se remplit d’une joie secrète, tout le profond du bois s’anime d’un puissant chahut. Un vent doux amène des parfums sauvages d’eau et de mystère. J’écoute mon sang battre. Demain nous partons glisser dans les bras gigantesques du fleuve… »

« Gorza. Il a soif du ciel. Il a faim d’infini. Et il n’emmerde personne avec son appétit… »

« Quand la nature envoie un signal, l’homme ne comprend jamais le message. Il plonge dans le déni comme un gamin qui fait une connerie. »

 

Partager cet article
Repost0
24 février 2022 4 24 /02 /février /2022 15:16

Les trois mousquetaires - Classiques français de Dumas Alexandre | Achat  livres - Ref R240163441 - le-livre.fr   Les trois mousquetaires, Alexandre Dumas, Livres, LaProcure.com   Les trois Mousquetaires - Alexandre Dumas - Livre de Poche Jeunesse - ebook  (ePub) - Le Hall du Livre NANCY   Achetez les trois occasion, annonce vente à Rennes (35) WB161247277

Cela fait des années que je voulais réparer cette lacune de lecture. J’ai décidé de découvrir le très célèbre roman en version audio, en tentant, pour la première fois, un site de livres audio gratuits, litteratureaudio.com Je m’auto-félicite parce que l’écoute a duré… plus de 28 heures !

D’Artagnan est un jeune étourdi un peu maladroit mais plein de bons sentiments qui arrive à Paris, débarquant de sa Gascogne natale. Suite à quelques malentendus, il provoque en duel chacun des mousquetaires, Athos, Porthos et Aramis. Finalement, les quatre hommes se liguent contre les gardes du Cardinal qu’ils combattent victorieusement et se jurent amitié. Ce n’est pourtant qu’à la moitié du roman que le jeune Gascon revêt officiellement le titre de mousquetaire. Entre combats, histoires d’amour et manigances, il va gagner en maturité et, surtout dans les derniers chapitres, tout faire pour attraper la plus grande ennemie des mousquetaires, Milady.

Roman de cape et d’épée par excellence, le livre est évidemment un roman d’aventure qui m’a fait sourire aussi. D’Artagnan est montré, surtout au début, comme un butor, une sorte d’ours mal léché qui sort de sa cambrousse. Les autres mousquetaires ne sont pas en reste en matière de beuverie, de légèreté et de maladresse. Le personnage de Milady qui ne prend de l’ampleur que dans la seconde moitié du roman est intéressant parce qu’elle séduit par sa beauté mais aussi par les mots. Je n’ai pas grand-chose à reprocher à la lecture faite par Cocotte, elle n’est pas très expressive et un peu lente mais elle a l’avantage d’être uniforme, sans surjeu et sans accroc. J’ai quand même bien contente d’être arrivée à la fin du 68e chapitre. J’en ai appris pas mal sur l’Histoire, Richelieu est décrit comme un odieux et perfide personnage, Louis XIII un peu faiblard et certains personnages m’ont particulièrement plus comme Anne d’Autriche et son amoureux, le prince de Buckingham. J’ai retrouvé la verve et le panache si présents dans Le Comte de Monte-Cristo (Dumas aurait écrit les deux romans à peu près à la même période, tous deux publiés en feuilletons dans les journaux de l’époque).

 

Les premières citations que je vous ai réservées sont une belle représentation de la misogynie de l’époque :

Charmante réplique d’Athos : « il en est des valets comme des femmes, il faut les mettre tout de suite sur le pied où l’on désire qu’ils restent. »

Dans la même séduisante tonalité, Aramis : « La femme a été créée pour notre perte, et c'est d'elle que nous viennent toutes nos misères »

« Un mouvement de terreur lui rappela qu’elle était femme » (elle a le vertige, une peur réservée aux femmes uniquement, c’est bien connu, n’est-ce pas…)

La déclaration d’amour du prince de Buckingham à Anne d’Autriche : « où trouveriez-vous un amour pareil au mien, un amour que ni le temps, ni l’absence, ni le désespoir ne peuvent éteindre ; un amour qui se contente d’un ruban égaré, d’un regard perdu, d’une parole échappée ? Il y a trois ans, madame, que je vous ai vue pour la première fois, et depuis trois ans je vous aime ainsi. Voulez-vous que je vous dise comment vous étiez vêtue la première fois que je vous vis ? voulez-vous que je détaille chacun des ornements de votre toilette ? Tenez, je vous vois encore : vous étiez assise sur des carreaux à la mode d’Espagne ; vous aviez une robe de satin vert avec des broderies d’or et d’argent ; des manches pendantes et renouées sur vos beaux bras, sur ces bras admirables, avec de gros diamants ; vous aviez une fraise fermée, un petit bonnet sur votre tête, de la couleur de votre robe, et sur ce bonnet une plume de héron. Oh ! tenez, tenez, je ferme les yeux, et je vous vois telle que vous étiez alors ; je les rouvre et je vous vois telle que vous êtes maintenant, c’est-à-dire cent fois plus belle encore ! »

 

Lors de la beuverie avant le départ pour le siège de La Rochelle : « On ne peut combattre l’extrême préoccupation que par l’extrême insouciance »

 

Partager cet article
Repost0
20 février 2022 7 20 /02 /février /2022 10:05

Connemara | Actes Sud

Entre Epinal, Nancy et Cornécourt, en 2017. Il y a la belle et combattive Hélène d’abord. Celle qui s’isolait des autres quand elle était ado, dans les années 80, parce qu’elle était excellente élève et qu’elle voulait quitter cette cambrousse qui l’horripilait. Et effectivement, elle a réussi, a gravi les échelons, est devenue une femme d’affaires talentueuse et agressive comme il faut. Sa carrière l’a menée dans les plus grosses boîtes, dans les plus grandes villes. Sa vie de couple, par contre, est sur la pente déclinante. Avec Philippe, rien ne va plus, elle a l’impression de faire le gros du boulot à la maison et pour leurs deux filles. De l’autre côté, il y a Christophe. Lui n’a jamais vraiment quitté la région, sa femme vient de le quitter, il doit s’occuper de son fils mais aussi de son père devenu sénile, et il est nostalgique des matchs de hockey et de sa gloire d’ado. Christophe et Hélène vont se recroiser, et, d’une étincelle fulgurante, vont devenir amants. Mais, s’ils ont un passé et un contexte spatial communs, ils n’ont pas évolué de la même manière et surtout, chacun a vieilli et changé. Ou pas.

Le talent de Nicolas Mathieu a quelque chose à part. Est-ce parce qu’il est réaliste au point pour le lecteur d’en avoir la chair de poule ? Est-ce parce qu’il place son histoire non loin de chez moi ? Est-ce parce qu’il pique le gras du bide, c’est-à-dire qu’il pointe les défauts de chacun ? Est-ce parce qu’il est foncièrement pessimiste, magnifique portraitiste du temps qui passe et se fout de notre gueule ? En tous cas, il me plaît vraiment, vraiment beaucoup. Les deux pieds bien campés dans notre époque et le regard lucide tourné vers les années 80, Nicolas Mathieu m’a renversée en réveillant des saveurs oubliées, des souvenirs enfouis ou refoulés. Ses descriptions de l’adolescence et son immersion dans le cerveau féminin sont pour moi les deux points forts de ce roman, parmi tant d’autres. Car il parle aussi du monde de l’entreprise (certains passages sont un poil longuets d'ailleurs quand on n'y connaît rien de rien), de la relation avec un père malade, de l’amitié par-delà les années, de la province et de tous ses travers, d’un retour aux sources voulu ou inconscient. Et puis, c’est souvent drôle - la mère de Christophe qui se plaint régulièrement : « Si on m’avait dit que j’enfanterais un engin pareil », un mariage est dépeint avec ce qu’il a de plus burlesque et il y a bien sûr ce « Connemara » qui revient tel un refrain qu’on aime et déteste à la fois. L’écriture manie aussi bien les tournures orales que les phrases brillamment ciselées. Un COUP DE CŒUR, évidemment.

« A ce gosse qui était tout et pour lequel il ne trouvait jamais le temps. Le sentiment de gâchis, la lassitude et l'impossible marche arrière. Il fallait vivre pourtant, et espérer malgré le compte à rebours et les premiers cheveux blancs. Des jours meilleurs viendraient. On le lui avait promis. »

« L’amour c'étaient des listes de courses sur le frigo, une pantoufle sous un lit, un rasoir rose et l'autre bleu dans la salle de bains. Des cartables ouverts et des jouets qui traînent, une belle-mère qu'on emmène chez le pédicure pendant que l'autre va porter de vieux meubles à la déchetterie, et tard le soir, dans le noir, deux voix qui se réchauffent, on les entend à peine, qui disent des choses simples et sans relief, il n'y a plus de pain pour le petit-déjeuner, tu sais j'ai peur quand t'es pas là. Mais justement, je suis là. »

« Sur cette nappe des mains d’enfants avaient couru, des doigts humides de salive qui ramassaient les miettes de pain entre la poire et le dessert. On y avait vu défiler des mets de familles prospères et simples, potées, choucroutes, bœufs bourguignons, et beaucoup de bonnes bouteilles. Autour d’elle, des corps avaient rapetissé, des maris étaient morts de vieillesse, des femmes de chagrin, et inversement. La nappe aurait pu tout raconter. Le tissu renfermait dans sa trame le secret total d’une famille, qui remontait loin. Il y avait même eu un cousin qui aimait les garçons et qui, une fois, avait ramené son « copain ». C’est le lot commun, la banale affaire. Des héritages avaient tué des fratries, des crises s’étaient succédé pour rien, on avait versé des larmes et un peu de sang, perdu des sous et refait sa vie, le temps avait passé, mais la nappe était restée blanche. »

Partager cet article
Repost0
16 février 2022 3 16 /02 /février /2022 18:36

L'Etoile du nord - broché - D. B. John, Antoine Chainas - Achat Livre ou  ebook | fnac

C’est mon homme qui m’a offert ce roman et, à cause de son aspect très volumineux et de ses plus de 600 pages, je l’ai laissé traîner dans ma bibliothèque. Qui eût cru que ce livre était tellement passionnant ?

Trois histoires en parallèle : celle de Jenna, jeune Américo-coréenne, brillante trentenaire célibataire, hantée par la disparition, en Corée du Sud, de sa sœur jumelle, douze ans plus tôt. Quand on lui propose d’intégrer la CIA avec, à la clé, une lueur d’espoir pour retrouver sa sœur, elle accepte. Elle devient une espionne très douée et va finir par faire un séjour éclair en Corée du Nord. Ensuite, il y a Cho, ce diplomate nord-coréen qui a toujours voué au Grand Leader, Kim Il-sung, une grande admiration. Pourtant, son frère lui laisse entendre que leurs véritables parents (ils ont été adoptés à 4 ans) seraient des Ennemis du Grand Dirigeant. Cho, en visite aux Etats-Unis, y découvre une autre vie, y fait la connaissance de Jenna, et en même temps, craint plus que jamais pour son poste et pour sa vie. Enfin, la vieille Moon est celle qui se situe en bas de l’échelle sociale nord-coréenne. Elle peine à se nourrir avec un mari chômeur et se lance dans le marché noir. En vraie battante, elle affronte les répressions, les bagarres, les enfants errants et chapardeurs -les Hirondelles sauvages-, et parvient toujours à ruser pour survivre. Ces trois-là risquent leur vie. Ces trois-là décident d’affronter leur principal ennemi, cette dictature obscure et terrifiante, isolée du reste du monde.

Je le répète, ce roman est passionnant à souhait ! Non seulement les pages se tournent vite et avec un véritable plaisir mais les personnages sont bien dessinés. Différents et tous attachants, ils nous emmènent dans cette contrée mystérieuse qu’est la Corée du Nord. J’y ai appris beaucoup et c’est aussi angoissant que fascinant. Quelques exemples (l’auteur s’est appuyé sur des faits vrais) : aucun habitant n’a de carte de crédit, toutes les chansons occidentales sont classées dangereuses, une seule religion doit être pratiquée : le culte au Cher Leader (quiconque possède une Bible risque la peine de mort), 10 cookies qui proviennent du « village d’en bas » (= la Corée du Sud) valent deux mois de salaire au marché noir, le bingdu est la drogue locale, coupures d’électricité et sirènes antiaériennes constituent une routine, les grandes famines ont contraint -entre autres- certains à « fouiller des excréments de bœuf à la recherche de plantes non digérées »… pendant que le Grand Leader mène une vie d’opulence et d’extrême richesse.                

Même si le tout prend des allures de film américain à la James Bond (surtout à la fin : haute teneur en romanesque !) ce roman d’espionnage est un édifiant divertissement. J’ai adoré.

L’auteur, journaliste, a fait un court séjour en Corée du Nord. Il a également coécrit l’autobiographie d’une jeune Nord-Coréenne qui a réussi à s’enfuir du pays, je la lirai très bientôt.

Moon cuisine au marché de la gare – et vend sa marchandise : « Il faisait un froid de canard mais Moon n’avait jamais vu le marché si actif. Une coupure d’électricité avait interrompu les transports. Deux trains étaient immobilisés à quai. Et qui disait trains disait clients. Il ne restait plus une place sur les bancs. Une longue file d’attente se formait devant les stands. Les poêles fumaient, les odeurs planaient, des baguettes s’entrechoquaient. On buvait la soupe chaude à même le bol. Peu de paroles échangées. Les températures polaires empêchaient quiconque de demeurer assis trop longtemps. Le ciel avait des reflets de plaque d’étain. La neige menaçait. »

 

Partager cet article
Repost0
12 février 2022 6 12 /02 /février /2022 20:32

Chroniques 2019 Les guerres intérieures de Valérie Tuong Cuong - Des Livres  et Moi

Première découverte pour moi de cette romancière.

Pax est comédien. Plus tout jeune, il peine à trouver le rôle de sa vie, celui qui lui permettra de faire basculer sa carrière. Peut-être que le dernier film de Sveberg, Don’t, sera un de ces tremplins tant attendus. Le jour de l’audition, Pax quitte son appartement à la va-vite, pourtant inquiet des cris et du tapage qui se fait entendre dans l’immeuble. Plus tard, il apprend qu’un jeune étudiant s’est fait rouer de coups. Pax culpabilise terriblement pour son absence de réaction. Il travaille également dans une société qui propose du coaching théâtral. Et, lorsqu’il intervient dans une entreprise de déménagement pour remotiver les salariés et leur donner confiance en eux, il ne s’attend pas à tomber amoureuse de la responsable, Emi. Franco-japonaise, divorcée elle aussi, la femme à la beauté froide se laisse séduire par le charme du comédien. Epanouis dans cette belle histoire d’amour, les tourtereaux ne sont pourtant pas au bout de leurs surprises.

Le récit hésite subtilement entre enquête policière et tragédie antique et gravite autour deux thèmes centraux : celui de la résilience et celui de la culpabilité. Et l’autrice a trouvé le moyen de broder une histoire d’amour par-dessus tout ça. Les personnages sont aussi attachants pour leurs qualités que pour leurs défauts et cette histoire d’agression sans témoins est bigrement d’actualité. Le point de départ du récit remonte à une véritable agression qu’a connu le fils de la romancière, un voisin est passé sans intervenir.  De petits détails qui pourraient être considérés sans grande importance m’ont plu également : la réflexion sur le travail du comédien, la double culture d’Emi, la justesse quant à l’évocation du rôle des parents divorcés, la référence à Baudelaire. J’ai vraiment beaucoup aimé cette lecture qui m’a happée et interpellée ; ce n’est pas un immense coup de foudre (j'aurais aimé quelques dizaines de pages en plus) mais un petit coup de cœur pour le bon temps passé et le plaisir ressenti.

La première rencontre : « Elle ne s’attendait pas à ce désordre brutal dans son cœur, à cette fébrilité qui s’insinue dans chacun de ses organes. Son trouble la gagne, gagne Pax, une conversation silencieuse s’installe entre eux, de courte durée néanmoins car elle se lève pour faire diversion et mettre fin à sa propre fascination, alertée aussi bien par un sixième sens qui lui chuchote que cet homme est dangereux, que par sa conviction qu’elle n’a plus ni le temps, ni l’espace, ni le droit de s’autoriser une relation privée, qu’elle soit sensuelle, sexuelle ou sentimentale. »

 

Partager cet article
Repost0
9 février 2022 3 09 /02 /février /2022 10:06

La jeune femme et la mer - cartonné - Catherine Meurisse, Catherine Meurisse  - Achat Livre ou ebook | fnac

J’ai toujours aimé tout ce que j’ai vu et lu de Catherine Meurisse, cet album se range à mon engouement même s’il n’est pas mon préféré.

La narratrice-dessinatrice arrive au Japon pour une résidence d’artistes et rencontre un peintre nippon farfelu qui peint aussi peu qu’elle qui est en panne d’inspiration. Elle se promène dans la nature, savoure ses merveilles. Elle croise un tanuki (une sorte raton-laveur japonais) qui s’amuse à se moquer d’elle. De légendes d’une femme noyée dans la mer en références picturales, la femme avance dans ce pays et apprend, à la manière d’un récit initiatique, à connaître ce qui l’entoure et peut-être un peu d’elle-même.

J’avoue que les premières pages m’ont un peu fait peur, cette rencontre inexpliquée avec un autre peintre qui ne s’exprime que par haïkus, ce tanuki qui parle et donne des pinceaux à notre Catherine… je suis restée un peu en dehors. Ensuite, il y a le Japon. Et là. Catherine Meurisse magnifie ses paysages, sublime les îles, les plages, les montagnes, les fleurs. Ces rêveries d’une promeneuse solitaire sont entourées d’une aura magique, je ne sais pas si c’est un peu l’essence nippone qui traverse les planches mais c’est d’une beauté émouvante et contagieuse. Alors je sais ce que les détracteurs vont reprocher à la BD : ces personnages de genre comique à la Bretécher et ces estampes et aquarelles qui se superposent étrangement, cette dimension sans doute un peu stéréotypée du Japon (personnellement, je n’y ai jamais été donc ça me convient) mais pour moi, la splendeur des panoramas dessinés rattrape ces petites faiblesses. A découvrir donc plus pour ces dessins-chefs-d’œuvre que pour l’intrigue. Et si vous n’avez jamais lu Meurisse, préférez La Légèreté ou Les grands espaces.

« Ils doivent se demander pourquoi leur nature me plaît tant. Je serais bien incapable de leur expliquer. Je n’en ai jamais vu de semblable avant de pénétrer sur ce territoire. La rondeur des collines, l’essence des arbres, les mousses, le vert des champs de thé… les formes, les lignes, les odeurs… c’est inédit et pourtant, ça ne me déstabilise pas. Ça devrait être facile à peindre ! Un champ de choux, ça je connais. Un champ de choux au pied d’un volcan qui fume, voilà qui est nouveau. Le colza est le même que celui de mon pays natal, je le connais par cœur. Mais le colza mélangé aux camélias, mon cœur ne connaît pas. Le blé coupé, les foins, j’ai toujours vu ça. Mais le riz amassé et séché de la sorte, quelle étrangeté… La glycine, bien sûr. Des « arbres de glycine » en pleine forêt ? Je ne savais pas. »

La jeune femme et la mer de Catherine Meurisse, Isabelle Merlet -  BDfugue.com

Partager cet article
Repost0
5 février 2022 6 05 /02 /février /2022 22:24

Editions du Sonneur - Roman - Le sanctuaire (Laurine Roux)

 

Une cabane isolée dans la montagne, dans le « Sanctuaire », vaste étendue où une famille s’est réfugiée à la suite d’une pandémie provoquée par les oiseaux. Le père, autoritaire et débrouillard, est le seul à se rendre régulièrement hors du Sanctuaire pour des rapines, la mère nostalgique du passé en bord de mer, raconte des histoires à ses deux filles. June, l’aînée, se souvient encore du temps des bonbons, des copains et de l’école. La narratrice, Gemma, n’a toujours connu que le Sanctuaire et elle manie à la perfection l’arc et les couteaux pour anéantir les oiseaux leurs pires ennemis, ou des proies comestibles. Un jour cependant, elle tombe nez à nez avec un vieil homme qui semble avoir apprivoisé des rapaces. Elle-même s’en approche, constatant que non seulement ils ne présentent aucun danger pour elle, mais la séduisent par leur majestuosité. Un aigle, particulièrement, capte son attention, et l’attirance semble réciproque. Gemma va désormais considérer cette vie en autarcie d’un autre œil.

Entre roman d’anticipation et nature writing, le livre rappelle Dans la forêt ou encore Le Fils de l’homme mais cette relation aux oiseaux est une originalité qui donne un cachet au roman. Les relations familiales, parce qu’elles évoluent dans un huis clos, engendrent forcément tensions et réactions disproportionnées. L’écriture est aussi séduisante qu’efficace, ce roman aux allures de conte ou de fable est donc un concentré (il n’y a que 147 pages) de vigueur, de souffle, d’images où chaque lecteur y trouvera son compte. La fin est superbe. Une belle trouvaille que je dois à Krol, merci !

« En saisissant l’arc, je vacille. A peine, mais cela suffit. Le chevrillard lève la tête. Je ferme les yeux, cesse de respirer. Papa m’a appris Pierre, tu es une pierre. Alors je répète Pierre, je suis une pierre. Une fois, deux fois, trois fois. A la dixième, je relève les paupières. L’animal broute de nouveau. »

« personne n’aura mon secret. C’est mon pépin d’or enrobé de lumière. »

« Et Maman fait ce qu’elle sait le mieux faire. Elle se met à parler. A parler du monde d’avant. Elle dit la mer et les bateaux qui quittent le port. Elle dit les pistes de décollages et les lucioles de la ville quand on atterrit la nuit. Elle dit les gares et leurs horloges au ventre rond. La langue énorme des escaliers qui donnent sur l’avenue et les vendeurs à la sauvette sur les marches. »

Partager cet article
Repost0
2 février 2022 3 02 /02 /février /2022 16:54

Jeu blanc - Richard Wagamese - 10/18 - Poche - Librairie Gallimard PARIS

J’avais déjà lu le beau roman Les étoiles s’éteignent à l’aube du même auteur. Il me tardait d’en découvrir davantage de cet écrivain indigène canadien.

Saul est un Indien de la tribu Ojibwé. Enfant, il a été élevé dans les traditions amérindiennes, entre légendes, pêche et culture du riz. Puis, il a tout perdu : sœur et frère ont été kidnappés par les Blancs, ses parents sont partis sans plus jamais revenir, sa grand-mère est morte d’épuisement et de faim à vouloir le sauver, lui. Le petit garçon a donc été placé, à sept ans, dans une pension, St. Jerome’s. Là, c’est l’enfer : les religieux font vivre aux orphelins de telles humiliations, maltraitances et atrocités que certains enfants deviennent fous, d’autres fuient, d’autres encore -nombreux- se suicident.  Saul sera « sauvé » par le hockey sur glace, ce sport que lui fait découvrir le Père Leboutilier, un religieux qui semble bon avec lui. Dans des conditions misérables, avec un crottin en guise de palet, des patins trop grands et une glace qu’il doit lui-même préparer, Saul va s’entraîner, s’améliorer, se perfectionner, devenir un des meilleurs au point de pouvoir quitter cette pension sordide. Recueilli par une famille où il va connaître un certain équilibre heureux, il va intégrer l’équipe amérindienne des Moose avant de se voir proposer l’entrée dans la Ligue nationale de Hockey. Mais face aux marques de racisme, aux injures, aux coups, il fuit et trouve refuge dans l’alcool.

Roman initiatique par excellence dans un univers raciste où même un talent incroyable ne suffit pas à se faire une place dans le monde. J’ai souvent été émue et bouleversée au cours de ma lecture par ce parcours hors normes d’un garçon qui a toujours su rester humble et discret malgré son passé terrifiant, malgré ses prouesses sportives incomparables. L’écriture de Wagamese a quelque chose d’hypnotique, il rend le hockey sur glace passionnant pour ceux ou celles qui, comme moi, n’y connaissent rien. Il sait aussi, à la manière de son personnage principal, se faire subtil et sobre dans cette dénonciation de l’intolérance alors qu’on aimerait crier à l’injustice avec lui. Les dernières pages gagnent encore en puissance avec le retour de Saul sur les traces de son enfance et la révélation d’une effarante vérité trop longtemps cachée. Ce roman très fort qui nous emmène dans les forêts canadiennes mais aussi sur un stade hockey à la découverte de ce « jeu blanc » est un petit bijou qui mérite d’être lu, prêté, donné. Je me dis que j’ai beaucoup de chance, depuis mon petit village alsacien, de découvrir cette culture ojibwé et la voix de ce romancier. La magie de la littérature.

 COUP DE COEUR !

« A St. Jerome’s, j’ai vu des enfants mourir de tuberculose, de grippe, de pneumonie et de cœur brisé. J’ai vu des jeunes garçons et des jeunes filles mourir debout sur leurs deux pieds. J’ai vu des fugitifs qu’on ramenait, raides comme des planches à cause du gel. J’ai vu des corps pendus à des fines cordes fixées aux poutres. J’ai vu des poignets entaillés et les cataractes de sang sur le sol de la salle de bains, et une fois, un jeune garçon empalé sur les dents d’une fourche qu’il s’était enfoncée dans le corps. J’ai observé une fille remplir de pierres les poches de son tablier et traverser le champ en toute sérénité. Elle est allée jusqu’au ruisseau, s’est assise au fond et s’est noyée. Ça ne cesserait jamais, ça ne changerait jamais, tant qu’ils continueraient à enlever des jeunes Indiens à la forêt et aux bras de leur peuple. Alors je me suis réfugié en moi-même. »

Dans l’équipe des Moose, ces « vagabonds du hockey », qui jouent de ville en ville : « Des petits bonheurs. Tous reliés les uns aux autres, imbriqués pour former une expérience que nous n’aurions échangés contre aucune autre. Nous étions une ligue de nomades, fous de ce jeu, fous de la route, fous de la glace et de la neige, un vent arctique sur le visage et une rondelle gelée sur la palette de nos crosses. »

Malgré ses exploits, Saul a droit à des « Peau-Rouge déchaîné », des poupées indiennes en plastique ou encore des crottins de cheval : « Je voulais atteindre de nouveaux sommets, être l’une des rares étoiles. Mais ils ne voulaient pas me laisser être tout simplement un hockeyeur. Il fallait toujours que je sois un Indien. »

Partager cet article
Repost0
29 janvier 2022 6 29 /01 /janvier /2022 12:25

MOLIERE L'ECOLE DES FEMMES COMEDIE LAROUSSE 1938 CLASSIQUES LAROUSSE TEATRO  | eBay

Non, je n’allais pas laisser passer janvier, mois anniversaire de la naissance de notre fameux Jean-Baptiste Poquelin, sans en toucher un mot. Je lis et relis beaucoup le dramaturge pour mon plaisir et pour mon travail, je ne m’en lasse pas et il m’épate à chaque fois.

            Arnolphe est un vieux (42 ans…) célibataire qui, plutôt que de se marier et de se retrouver cocu, a largement anticipé : il a « élevé » depuis ses 4 ans une fille, Agnès, l’a protégée du monde extérieur, l’a éduquée à sa manière, l’a rendue aussi sotte qu’ignorante. Il épousera donc celle qui, à dix-sept ans, se demande « si les enfants qu’on fait se faisaient par l’oreille. » Malheureusement pour Arnolphe, un « jeune homme bien fait » croise son chemin et elle raconte ingénument à son protecteur qu’un amour aussi subit qu’imprévisible a immédiatement lié les deux jeunes gens. Parallèlement, Horace, le fils d’un ami d’Arnolphe, vient confier au barbon qu’il est tombé amoureux d’Agnès, « ce jeune astre d’amour de tant d’attraits pourvu » et que ses « affaires sont en fort bonne posture ». Arnolphe enrage et multipliera les ruses pour défaire cet amour et épouser au plus vite cette jeune femme qui, parce qu’elle lui échappe, trouve de plus en plus grâce à ses yeux. Mais Agnès écoute son cœur et, si elle obéit à Arnolphe quand il lui demande, par exemple, de jeter une pierre à la tête d’Horace, elle l’accompagne également d’une lettre d’amour. Arnolphe persévère en apprenant à Agnès les « maximes du mariage » qui, plutôt que d’assagir la belle ingénue, vont l’effrayer et la faire fuir, « chez vous le mariage est fâcheux et pénible (…) [Horace] le fait, lui, si rempli de plaisirs, que de se marier il donne des désirs. » Un retournement de situation final va légitimer l’union des jeunes gens et laisser Arnolphe … sans voix.

L’École des femmes date de 1662 et reprend les thèmes majeurs de L’École des maris qui date de l’année précédente. Molière y dénonce clairement l’éducation trop stricte des filles et ce carcan étriqué d’un mariage qui n’a jamais rien d’authentique. La pièce a fait polémique, justement parce que le sacrement du mariage était pointé du doigt. J’ai complété ma (re)lecture par une adaptation de Stéphane Braunschweig qui m’a d’abord un peu déstabilisée (la pièce commence dans une salle de sport) et finalement convaincue. Cette version se veut moderne et sensuelle, laissant toute la place à la femme, maîtresse de ses désirs. Suzanne Aubert incarne parfaitement la jolie Agnès pas si bête qu’il n’y paraît et Claude Duparfait apporte une sincérité intéressante au personnage d’Arnolphe, rendu, ainsi, presqu’attachant. La pièce comme cette représentation-là apportent une fraîcheur, une soif de liberté et une envie de briser contraintes et asservissements que chacun pourra reprendre à son compte.

La mise en scène de Braunschweig 

 

Une des maximes du mariage ou « devoirs de la femme mariée » :

« Elle ne se doit parer

Qu’autant que peut désirer

Le mari qui la possède :

C’est lui que touche seul le soin de sa beauté ;

Et pour rien doit être compté

Que les autres la trouvent laide. »

 

Morale prononcée par Chrysalde, l’ami d’Arnolphe :

 « Si n’être point cocu vous semble un si grand bien,

Ne vous point marier en est le vrai moyen. »

    Théâtre : la leçon de «L'École des femmes» - Le Parisien

Partager cet article
Repost0
26 janvier 2022 3 26 /01 /janvier /2022 20:12

Abélard - Alvin -3- Alvin - L'héritage d'Abélard 

 

  Je n’en connais que très peu de ces deux auteurs, je n’avais lu que le tome 1 d’Abélard, il y a presque 10 ans.

Dans le premier tome, L’héritage d’Abélard, Gaston, se console de la perte de son ami Abélard en fréquentant une amie et prostituée, Purity. Celle-ci décède après avoir fait promettre à Gaston de s’occuper de son fils Alvin. Gaston pense placer le petit garçon dans une famille d’accueil mais, d’échecs en échecs, il décide de retrouver la famille de Purity, très loin de New-York, à Crapeville. Sur la route, le duo croise une sorte de prêcheur de foire, Ezéchias, qui expose ses « monstres », des créatures nées avec une différence. Gaston et Alvin décide, une nuit, de libérer ces prisonniers mais seul Jimmy, un être étrange à la tête ronde comme la lune, les suit.

Le second tome, Le Bal des Monstres, débute comme un road-trip entre New-York et Crapeville. Le trio retrouve Ezéchias, plus fou et sadique que jamais mais ils sauront déjouer ses plans machiavéliques. Nos personnages préférés se lient également d’amitié avec des êtres isolés, les « gens du bayou », ceux qui passent leur journée à jouer du banjo ou de la clarinette, et ça ne plaît pas à tout le monde.

Cette lecture tombait à pic, un soir d’hiver morose. Par ses couleurs, sa douceur, ses personnages attachants, elle m’a redonné le sourire. Même si certains passages sont un brin caricaturaux, les deux albums glissent avec justesse des thèmes tels que la différence, le fanatisme, la paternité et l’amitié. Le chapeau d’Abélard récupéré par Gaston qui passe de tête en tête et de main en main délivre régulièrement un petit papier magique qui comporte un proverbe, une phrase bien tournée, je vous en livre de petits exemples ci-dessous. Une jolie lecture apaisante et doucement colorée !

J’ai finalement retrouvé une autre BD de Dilliès que j’avais lue, Saveur coco, et, si j’avais bien aimé les dessins, j’avais moins apprécié l’intrigue. Le duo Dilliès – Hautière fonctionne donc très bien !

« Chaque individu est différent des autres. Notre différence à nous est juste un peu plus visible. »

« Qui veut faire quelque chose trouve un moyen. Qui ne veut rien faire trouve une excuse. »

« Seuls les poissons morts nagent avec le courant. »

 

Abélard - Alvin -4- Alvin - Le Bal des Monstres

Partager cet article
Repost0