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13 novembre 2022 7 13 /11 /novembre /2022 10:47

Un poulpe à la gorge de Zerocalcare - BDfugue.com

L’auteur-narrateur se remémore sa jeunesse et notamment ses années collège. Un jour particulièrement a été marqué au fer rouge : suite à un « T’es pas cap », trois copains, Zero le narrateur, Secco et Sarah bravent l’interdit et se rendent dans le petit bois à côté du collège. Là-bas, ils découvrent une tête de mort. A leur retour, pris sur le fait, Zero dénonce Sarah en l’accusant d’être à l’origine de la bêtise. Ce mensonge qu’il ne révélera jamais et vaudra une punition corsée à Sarah sera son poulpe qui lui sert le cou, sa culpabilité qu’il va porter des années durant. Les ados grandissent, les bêtises changent : les copains vont voler des revues porno dans une maison abandonnée ou bien plus tard, faire le bazar lors de l’enterrement de la prof honnie.

J’ai emprunté cette grosse BD roborative à la bibliothèque complètement au hasard. Perplexe devant la couverture et les premières planches, j’ai pourtant été très agréablement surprise. L’intrigue est prenante, les personnages attachants et il y a beaucoup de tendresse et d’empathie dans la narration de ces souvenirs. L’épisode des Chevaliers du Zoodiaque qu’il faut absolument avoir vu à la télé sous peine de disgrâce éternelle dans la cour de récré, les « T’es pas cap », la game boy confisquée, les moqueries entre élèves, leur mauvaise foi pour ne pas perdre la face… qui n’a pas vécu ces petits et grands drames ? Entre humour et gravité, l’auteur revient sur ces moments de vie pas si anodins que cela et qui construisent l’adulte à venir. J’ai beaucoup aimé cette découverte tendre et amusante et je n’en resterai pas là.  Zerocalcare est un jeune bédéiste italien qui connaît un énorme succès dans son pays.

                                                                                                                             

La prof qui passait son temps à confisquer les affaires des élèves sans jamais les rendre est morte. Secco essaie de convaincre son pote de l’accompagner à l’enterrement :

« -  Il y aura des gens qu’on n’a pas vus depuis dix ans. Si ça tombe on peut pécho.

  -  (…) Je ne rentre pas dans l’église, moi. On va tellement se faire chier. Plutôt m’arracher les yeux avec une cuillère à thé. »

Un Poulpe à la Gorge - (Zerocalcare) - Comédie [LIBRAIRIE M'ENFIN, une  librairie du réseau Canal BD]

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9 novembre 2022 3 09 /11 /novembre /2022 10:36

Cher connard, de Virginie Despentes | Éditions Grasset

Je ne souhaitais pas forcément lire ce livre à sa sortie, en août, et puis, à force d’entendre et de lire divers avis, plutôt positifs, l’envie s’est installée. Aucun regret.

Oscar, écrivain looser, et Rébecca, belle actrice vieillissante, correspondent. Un peu par hasard. Lui a une sale affaire Me too sur le dos, une attachée de presse, Zoé Katana, qu’il a aimée dix années plus tôt l’accuse de harcèlement. Il admet lui avoir fait une cour très pressante mais, trop souvent bourré ou drogué, il ne se rappelle pas l’avoir agressée. Rébecca, même si elle devient copine avec lui, ne tente pas de minimiser ce qui s’est passé et voit souvent Zoé. L’attachée de presse a droit à la parole aussi, régulièrement. Et le covid survient, le premier confinement change la donne : Oscar, déterminé à se sortir des tréfonds de la drogue réussit à convaincre Rébecca de la rejoindre lors des visios Zoom des Narcotiques Anonymes. Il s’en sortent petit à petit, ensemble et à distance alors que Zoé sombre dans la dépression.

C’est un roman épistolaire agréable à lire, globalement intelligent (j’ai été agacée par certaines conneries quand même – le combat hommes vs machines, le féminisme excessif ridiculisé, l’omniprésence et omnipotence des réseaux sociaux) et qui propose une vision nuancée des protagonistes de Me Too. La fiction côtoie le genre de l’essai, j’ai aimé le format par lettres même si finalement il ne donne pas plus de rythme au récit comme on pourrait le supposer et l’espérer. Quant au style… certaines phrases m’ont beaucoup plu par leur vivacité, leur humour et leur côté incisif et au paragraphe d’après, le soufflet retombe et la phrase est plate, le vocabulaire est celui qu’on entend dans la cour d’un collège. Ce que j’ai préféré finalement, c’est la confidence sans limite des protagonistes qui ne montrent pas leur meilleur visage, j’ai aussi aimé cette apologie des Narcotiques anonymes, vraiment, même si je me sens à mille lieues de cette association. Que conclure ? J’aurais pu adorer avec quelques pages en moins et un style un peu plus soigné.

« le mec est pas mal gaulé pour un auteur »

Rébecca évoque l’image de l’auteur ivre et drogué : « T’as raison, c'est le seul truc un peu viril chez toi … Ecrivain, c'est difficile à concilier avec une masculinité un tant soit peu dynamique. C’est tellement proche de la broderie, votre truc. Tu vas décevoir beaucoup de monde si la prochaine fois que tu ouvres ta boutique tu annonces que tu es devenu sobre. »

« plutôt crever que faire du yoga »

« Je voudrais pouvoir te dégueuler hors de ma vie. Ça fait des semaines qu’on s’écrit et tu es devenue la personne la plus proche de moi. »

Oscar est clean depuis des semaines : « Parfois ça me retombe dessus. J’ai envie de céder, juste histoire que cette tension cesse. Que ce soit fait, bordel. Succomber. Rien que le mot est joli. Tomber à la renverse. Perdre connaissance. Tomber par terre, glisser le long du bar, se vautrer dans l caniveau, vomir. Perdre. Ce qu’on aime en buvant c’est ce qu’on aime en fumant c’est ce qu’on aime dans la passion amoureuse c’est ce qu’on aime dans des boulots bien payés qui rendent malheureux- c’est aimer ce qui est plus fort que soi. »

« T’es toujours un peu connard, mais t’es notoirement moins connard qu’avant. »

Vernon Subutex 1

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5 novembre 2022 6 05 /11 /novembre /2022 19:20

Stardust, de Léonora Miano | Éditions Grasset

L’autrice revêt le prénom de Louise pour nous raconter son séjour en centre d’hébergement pour jeunes femmes appelé Crimée. Partie du Cameroun et arrivée en France quelques années auparavant, elle a vécu une histoire d’amour avec un homme qui s’est finalement montré lâche et qu’elle a eu le courage de quitter. Avec dans ses bras sa petite fille de quelques mois, Bliss, et son gros baluchon, la jeune femme de 23 ans va tenter de surmonter l’insurmontable, c’est-à-dire se faire une place dans la société française en tant qu’émigrée africaine. Dans le foyer qui l’héberge, elle épie et observe ses congénères sans lier de véritable amitié, sans s’intégrer réellement. De concessions et sacrifices, elle fera tout pour être admise dans ce pays et donner le meilleur à sa fille. Elle parviendra à ses fins en entrant dans une maison maternelle à la fin du récit.

Roman autobiographique écrit durant les années de jeunesse de l’autrice et publié tout récemment, à une époque où, après avoir eu moult récompenses et prix littéraires, elle n’a plus rien à prouver. Un livre nécessaire qui dénonce les injustices mais aussi les dysfonctionnements de notre système, la quasi impossibilité de s’en sortir quand on est une femme, Noire, célibataire avec enfant. Comme j’ai déjà pu le constater pour Contours du jour qui vient, la belle plume de Léonora Miano est un uppercut qui marque, elle varie les rythmes, tranche dans le vif, lacère la petite tranquillité du confort du lecteur. Diversité qui se retrouve aussi dans la narration : tantôt à la première personne, tantôt à la 3ème, les écrits sont des lettres adressées à la grand-mère maternelle restée au pays mais également des retranscriptions des voix des autres femmes. A la fois témoignage et récit intime d’un souvenir fondateur, le roman est surtout un formidable hommage rendu à ces femmes à la marge de la société.

Merci à Michaël pour ce joli cadeau !

« Vivre ici m’enseigne chaque jour ce qu’est le sous-développement. Atrophie de la matière grise. Ignorance. Je pense à mes camarades de faculté, aux questions stupides qu’ils me posaient. Pourquoi je parlais si bien leur langue. Parce qu’ils s’en croyaient les propriétaires, après que leurs ancêtres l’avaient répandue dans nos pays à coups de trique. Comment j’étais arrivée là. Comme si j’avais pu faire le voyage à la nage. Longtemps, je leur ai fait croire que nous habitions dans un arbre. »

« Louise oscille encore. Elle vit sur la frontière, ni d’un côté, ni de l’autre. Dans un espace sans nom, sans réalité physique. Peu à peu, elle se met à haïr les concepts de nation, de patrie. »

Les femmes de Crimée : « Les galériennes habitent étrangement leur corps. Le mouvement est soit un hurlement, soit un effacement. Elles prennent l'air, vaquent au meurtre du temps. Assassinat sans fin. Crime toujours imparfait car illusoire. Le temps est impérieux. Il est une distance à tenir. Une obligation d’endurance, vaille que vaille. Il lui faut des activités, des objectifs. Sans quoi, il érode le vivant. »

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2 novembre 2022 3 02 /11 /novembre /2022 17:58

Le petit astronaute | lapasteque

La narratrice, Juliette, est une sœur. On pourrait ne garder pour elle que ce qualificatif-là, elle évoque son petit frère qu’elle a toujours imaginé venant d’une étoile lointaine, ne parlant pas la même langue que les Terriens, ne sachant pas se déplacer de la même façon. En effet, Tom est né avec une paralysie cérébrale : il ne parle pas et ne marche pas mais, au-delà des difficultés du quotidien, des moqueries et des jugements des autres, les parents arrivent à s’organiser. Le père bricole des meubles et accessoires adaptés au handicap de Tom, la mère jongle comme elle peut entre son métier d’assistante cinématographique et les obligations parentales. Et Juliette, surnommée Tourniquette, lit des histoires de lune à son petit frère, lui envoie des textos auxquels lui ne répond pas, fait face comme elle le peut à la problématique de la courte durée de vie de son frère qu’elle aime. Car il est aimé, ce petit garçon qu’on a envie de connaître et qui communique uniquement par cases imagées.

Cet album, vous vous en doutez, est très émouvant, déjà par le thème traité mais aussi par la manière dont cette sœur se montre pleine d’amour et de reconnaissance envers ce petit frère différent. Si le sujet a déjà été évoqué maintes fois, cet album prouve à quel point on peut (pour ne pas dire « il faut ») accepter une situation complexe en l’entourant d’amour. Il y a peu de lamentations et de jérémiades, le petit être fragile est intégré au maximum à la vie ordinaire de cette famille et devient une petite merveille étincelante de vie. L’auteur sait de quoi il parle puisqu’il est le papa d’un fils qui vit, heureux, à 20 ans, avec une paralysie cérébrale. Je le répète, c’est bouleversant mais très beau aussi. A lire.

Au centre spécialisé, c’est la différence qui est devenue une norme : « Notre rôle, c’est de les aider à réussir leur vie. Qu’elle dure 5 ou 90 ans, ça n’a pas d’importance. »

Le Petit astronaute, bd chez La pastèque de Eid

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29 octobre 2022 6 29 /10 /octobre /2022 23:50

Le serpent majuscule - Pierre Lemaitre - Albin Michel - ebook (ePub) - Librairie  Le Failler RENNES

Sur les recommandations répétées d’une bonne amie mais aussi de ma bibliothécaire (« qu’est-ce que vous allez vous marrer ! »), j’ai enfin mis la main sur ce roman.

                Mathilde a 63 ans, elle est « petite, large et lourde. » Elle est presque née tueuse en série. C’est lors de la Seconde guerre mondiale, toute jeune, en tant que résistante, qu’elle s’est mise à tuer sans scrupule ni vergogne. Sous la tutelle et la direction du commandant Henri secrètement amoureux d’elle, elle n’a jamais arrêté et ses allures de vieille dame presqu’impotente l’ont rendue encore plus insoupçonnable. Seulement, à 63 ans, elle se met à faire des conneries : elle tue le chien de la cible, s’acharne sur les parties intimes de la victime, oublie de planquer l’arme du crime. Bref, rien ne va plus et Henri songe sérieusement à se débarrasser de Mathilde… En parallèle, les enquêtes désastreuses de flics incompétents s’accumulent, les cadavres se multiplient et on perd les personnages principaux les uns après les autres.

Il s’agit du premier roman de l’auteur, écrit en 1985, que le romancier lui-même a décidé de faire publier tel quel en 2021. Alors si j’ai apprécié l’ensemble qui m’a permis de souffler, de sourire, de m’amuser, de rire, de me divertir… je dois admettre avoir senti qu’il n’y avait pas encore là tout le talent du Lemaitre que nous connaissons aujourd’hui. L’irrévérence et le détachement par rapport aux personnages sont déjà bien présents mais le style n’est pas aussi renversant que celui du Grand Monde, les phrases sont simples, souvent courtes. L’ambiance, la dimension noire et comique et cette petite vieille tueuse en série (mais quel aplomb!) m’ont fait penser à La Daronne et, mission accomplie, je me suis bien marrée.  Je n’ai pas boudé mon plaisir je le répète, mais j’ai été un tout petit petit chouïa déçue parce que l’attente était grande.

« Avec Mathilde, jamais une balle plus haut que l'autre, du travail propre et sans bavures. Ce soir est une exception. Une fantaisie. Elle aurait pu agir de plus loin, faire moins de dégâts, et ne tirer qu'une seule balle, bien sûr. »

« C’est une permanente confirmation pour elle, sa fille n'est vraiment pas une lumière, sinon, pourquoi aurait-elle épousé un con pareil… et américain de surcroît. Mais surtout très con. Bref, américain. Heureusement qu'ils n'ont pas d'enfants, elle espère vraiment que sa fille est stérile. Ou lui. N’importe lequel des deux, parce qu’elle n’ose pas imaginer les mômes qu’ils auraient…  Des têtes à claques, à tous les coups. Mathilde aime les chiens, mais elle déteste les mômes. Surtout les filles. »

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26 octobre 2022 3 26 /10 /octobre /2022 16:53

La Mémoire de l'eau - broché - Miranda Cowley Heller, Karine Lalechère -  Achat Livre ou ebook | fnac

Ellie a la cinquantaine. Mère de trois enfants, épanouie dans son mariage avec Peter, elle passe chaque année ses vacances au « camp », une demeure familiale au bord d’un vaste étang, au fin fond du Massachussetts. Une nuit, elle fait l’amour avec son ami d’enfance, Jonas. Et se rend compte qu’elle l’aime, qu’elle l’a toujours aimé et réalise qu’il l’aime aussi. Démarre un ballet fait de regards, de mensonges, de gêne et d’aveux. Au-delà de la banale histoire d’adultère, le lecteur va découvrir, chapitre après chapitre, l’essence de cette relation très particulière, cette histoire d’amitié d’abord qui a démarré presque 40 ans plus tôt, les sombres secrets de l’adolescence, les aléas de la vie et les révélations qui rendent désormais cette histoire d’amour possible et même justifiée. Mais entre l’amour solide, fiable et confortable de Peter et les risques d’une nouvelle vie amoureuse qui chamboulerait inévitablement sa famille, Ellie va longtemps hésiter.

Le contexte m’a tout de suite fait penser à l’excellent Là où chantent les écrevisses. C’est en tous cas, un étang avec tout ce qu’il a à la fois de familier et de mystérieux, qui va être au cœur de cette belle fiction. Pour l’intrigue, c’est une histoire d’amour, passionnée et passionnelle, aux maints revirements, aux retrouvailles brûlantes ; une histoire d’amour associée à l’amitié et à leurs frontières si ténues. Le livre se lit délicieusement bien, sa température est idéale pour passer de bons moments loin de chez soi, il est suffisamment dense pour qu’on s’attache aux membres de cette famille. J’ai beaucoup aimé cette lecture hypnotisante, cinématographique et savoureuse. Je crois bien que je l’estampillerais d’un « coup de cœur », j’hésite encore 😊. Krol a lu le roman et sans doute moins aimé que moi. Premier essai réussi pour cette éditrice diplômée de Harvard qui vit entre la Californie et Londres, un lieu qui revient souvent dans le roman.

« Cet été-là, Jonas devint comme mon ombre. Lorsque je traversais l’étang à la nage ou en bateau pour rejoindre l'océan, il m'attendait de l'autre côté, sûr de me voir. Si à la place j'y allais à pied par les bois, je le trouvais assis sur un tronc abattu, occupé à dessiner dans le petit carnet de croquis qu'il trimballait partout avec lui- une branche cassée sur un pin, un ténébrion. A se demander s’il avait un sixième sens, une boussole intérieure qui lui indiquait où je serais. »

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23 octobre 2022 7 23 /10 /octobre /2022 09:57

https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L400xH544/arton28625-dfa3a.jpg?1663875476

En 1940, le journal belge Le Soir est « emboché », c’est-à-dire que des collabo ont pris le pouvoir et le journal, devenu le Soir volé, a perdu toutes libertés et prône les nombreux bienfaits de l’occupation allemande. En 1943, un petit groupe de résistants journalistes décide de publier clandestinement un « Faux Soir », un pastiche du journal nazi. Il faut trouver des rédacteurs, des imprimeurs, du papier, des coursiers, jouer avec le temps, le Faux doit paraître avant le vrai… Cette course contre la montre s’avère un vrai succès puisqu’en novembre 1943, 50000 exemplaires ont pu être distribués dans les kiosques bruxellois et en province. Les lecteurs rient dans les rues, le journal à la main, découvrant les parodies des auteurs, les moqueries visant les Allemands. Malheureusement, la plupart des responsables de cette vaste blague se retrouveront arrêtés et, pour certains, exécutés.

J’ignorais tout de cet épisode historique qui est une belle démonstration d’audace et de bravoure de la part d’un groupe de résistants. Paraît-il qu’en Belgique, l’histoire est bien connue de tous, tant mieux. Un va-et-vient entre présent et passé permet de suivre les réflexions des trois auteurs à l’origine de cet album. Un fac-similé accompagne la BD, j’avoue que je n’ai pas compris toutes les allusions et subtilités du pastiche mais rien que les petites annonces sont drôles « Mari trompé, rondouillard, millionnaire, disposant loisirs, désire épouser Miss, pour alibi. Ecrire Degrelle, dit Boubouroche, Katastrofenstrasse, Berlin. » ou : « Peau de l’U.R.S.S. vendue trop tôt, toujours disponible, chez A. Hitler, Blitzkriegsallee, Berchtesgaden. »

J’avais déjà pu apprécier les dessins de Durieux lors de la lecture des Gens honnêtes ou d’Appelle-moi Ferdinand.

Le Faux Soir - (Christian Durieux / Denis Lapière / Daniel Couvreur) -  Documentaire-Encyclopédie [BDNET.COM]

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19 octobre 2022 3 19 /10 /octobre /2022 10:34

Juste avant l'oubli de Alice Zeniter - Editions Flammarion

J’avais tellement aimé L’Art de se perdre que je m’étais fait la promesse de lire encore cette autrice.

Franck est infirmier et vit avec Emilie, une professeure qui a décidé de faire une thèse sur un auteur de polars réputé, Galwin Donnell, disparu en 1985 au large d’une île écossaise, Mirhalay. Sa mort est une énigme, le corps n’a jamais été retrouvé, on le soupçonne de s’être volontairement jeté à la mer. Emilie vient donc participer aux Journées d’études internationales et Franck la rejoint sur l’île où se trouvent déjà une dizaine d’autres conférenciers. Ce séjour sera l’occasion d’aviver la jalousie de Franck mais aussi de creuser l’écart entre les amoureux ; Emilie se rapproche d’un autre conférencier très charismatique, Emilie veut passer deux années à Cambridge, Emilie ne veut pas encore de l’enfant que lui réclame son compagnon… Bref, Franck noie son chagrin dans l’alcool et dans des balades improbables avec Jock, le gardien de l’île.

J’ai bien aimé me plonger dans cette ambiance un peu dixpetitsnègresques (oui, oui…) où le huis clos - cette petite île hostile - permet au mystère de prendre toute sa place entre deux groupes de personnes : Franck et son nouveau pote le gardien et les conférenciers qui ont leur jargon, leur langue, leu univers à eux, complètement gagas de ce Galwin Donnell. Le huis clos exacerbe aussi les tensions et les émotions, on assiste ainsi à une histoire d’amour qui se termine… Evidemment, le roman n’a absolument rien à voir avec L’Art de se perdre mais je l’ai trouvé très agréable et le fait que l’île et le romancier sortent de l’imagination de l’autrice ne m’a pas dérangée. Elle pousse le bouchon jusqu’à citer très souvent des extraits des romans de cet auteur. C’est bien fichu, joliment écrit aussi et mystérieux ; j’ai lu des avis mitigés voire négatifs, je ne les suis pas du tout. Transparaît déjà ici la belle plume de l’autrice, maligne et délicate.

Ce roman a obtenu le prix Renaudot des lycéens 2015, Alice Zeniter n’avait même pas encore 30 ans.

« Donnell existait auprès d’Emilie comme une excroissance littéraire, ou plutôt comme un membre fantôme que personne ne pouvait voir mais donc elle sentait la présence, les démangeaisons. Lorsqu’elle se couchait près de Franck, elle apportait Donnell dans le lit – « avec eux », pensait-elle, « entre eux », aurait-il dit. »

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15 octobre 2022 6 15 /10 /octobre /2022 17:06

Et rester vivant - Livre de Jean-Philippe Blondel

Je fais partie de celles/ceux qui ont découvert cet auteur tardivement. Parmi mes précédentes lectures, c’est La mise à nu que j’avais préférée.

Le narrateur a tout perdu. Ado, son frère et sa mère sont morts dans un accident de voiture. Maintenant, à 22 ans, il vient d’apprendre le décès de son père avec qui il n’était plus très lié, certes, mais il devient alors l’héritier, le seul survivant de la famille. Il accède aussi à une liberté totale, celle de ne plus rendre de compte à personne. Il en profite pour foutre le camp, aller aux Etats-Unis avec ses deux meilleurs amis, Laure qui est son ex, et Samuel qui est devenu l’amoureux de Laure. Autant dire que rien n’est stable, tout est mouvant dans cette existence qui semble devenue bancale et périlleuse. Les trois jeunes voyagent aux USA au petit bonheur la chance : Los Angeles, le Grand Canyon, Las Vegas et même le Mexique. Le narrateur se lie d’une amitié fugace avec Rose, 50 ans, une gérante d’un petit hôtel perdu. Puis il veut à tout prix rejoindre Morro Bay, en Californie, l’endroit évoqué dans sa chanson préférée, celle de Lloyd Cole.

Un petit bonheur de lecture. Court mais dense, c’est un concentré tonique et percutant où il est question de résilience, d’apprentissage de la vie, de renaissance, d’amitié. Ou quand celui qui se retrouve seul, vraiment seul, se demande pourquoi il est encore là et quelle est sa tâche à part « rester vivant ».  Les phrases sont courtes, l’auteur va à l’essentiel et ça fait mouche. Je n’ai pas réussi à savoir quelle est la part exacte d’autobiographie dans ce texte d’une belle sensibilité mais on s’en fout, on s’y reconnaîtra tous, à se demander quels peuvent être les différents sens de la vie, pourquoi certains meurent si tôt, pourquoi d'autres restent. Un beau roman à mettre entre toutes les mains.

« Je peux faire de moi ce que je veux. Salto arrière. Flip. Lune.

Je ne rends plus de compte à personne. »

 

« Une liberté radicale.

C’est rare.

C’est cher.

C’est terriblement cher. »

 

« J’emporte Rose et ses cinquante ans. Elle garde ici l'idée de mes vingt-deux ans tandis que de l'autre côté de l'Atlantique, je voyagerai ma vie entière avec elle, sans qu’elle vieillisse jamais. Même quand elle mourra, elle continuera de se mouvoir en moi. »

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12 octobre 2022 3 12 /10 /octobre /2022 17:59

Guacamole vaudou , bd chez Seuil de Judor, Fabcaro

Vu les noms des auteurs, on pense savoir à quoi s’attendre… c’est pire en réalité !

                Une agence de pub perdue quelque part dans les années 80. Les meilleurs côtoient les winners et les forces vives de l’entreprise… sauf un. Stéphane Chabert est un looser, on se moque de lui, on l’exclut, on l’insulte, il ne donne que des idées pourries, il mange seul à la cantine, vit seul, se fait rejeter par celle qu’il aime, Marie-Françoise, la préposée aux photocopies. Quand il découvre une petite annonce pour « un week-end découverte vaudou » qui promet de régler ses problèmes et de changer sa vie, il n’hésite pas une seconde. Après des rencontres avec des gens plus cinglés les uns que les autres, le gourou réussit effectivement à ensorceler Stéphane grâce à un mot de passe étonnant : « Guacamole ». A partir de ce jour, tout change : Stéphane devient populaire, adulé, célèbre. Il gravit les échelons dans son entreprise, multiplie les conquêtes et finit par briguer le poste de Président de la République, oui, rien que ça, toujours grâce à son mantra « Guacamole ». Mais ce secret sera découvert et alors…

Soyons totalement sincère, c’est con, totalement et profondément con de la première à la dernière page. Le support du roman-photo renforce la stupidité naïvement imbécile (ne craignons pas les pléonasmes, l’album le vaut bien) des personnages, de l’intrigue, des dialogues.  Des êtres perruqués avancent dans un monde psychédélique et surfait où les pensées et les idées sont creuses, abyssalement creuses. Cette surenchère de conneries fait pourtant sourire, voire rire. Eh oui, tout arrive dans ce bas monde. Je ne vais pas dire que c’est un livre indispensable dans votre bibliothèque (la couverture risque un peu de jurer) mais j’ai passé un bon moment après une grosse semaine de boulot. J’en profite pour avouer un plaisir coupable : j’étais une fan absolue des « Mots d’Eric et Ramzy » (fin des années 90), on peut encore trouver certaines vidéos. Bien absurde, comme j’aime !

Merci à Soukee de m’avoir rappelé ce titre, elle me comprend, elle 😊

Après avoir pris Véronique pour maîtresse, Stéphane pense qu’il vaut mieux - il la quitte : « Tu sais, Véroni, la vie est insaisissable, elle est faite de mille choses… Parfois c’est un cheval fou dans le menu best of des sentiments, et puis le lendemain c’est une tente Quechua en banlieue de Strasbourg… Mes nouvelles responsabilités de Master boss managing winner force me laissent peu de temps, Véroni, je suis désolé… »

Guacamole Vaudou - broché - Fabrice Caro, Eric Judor - Achat Livre ou ebook  | fnac

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