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17 mars 2022 4 17 /03 /mars /2022 11:54

Surface- Olivier Norek - LIBRAIRES DU SUD

Le capitaine Noémie Chastain, une jeune femme belle, amoureuse et compétente, a été défigurée lors d’une intervention ; la moitié de son visage fait désormais peur à tous, à commencer par elle-même. Elle a perdu son mec, elle a perdu en partie ses responsabilités professionnelles puisqu’on l’a mise à l’écart du 36 de Paris pour l’Aveyron. Là, avec six bleds à sa charge, elle doit surtout évaluer la nécessité ou non de fermer ou maintenir le commissariat. C’est donc à reculons qu’elle se rend en province, résignée à s’y ennuyer. Elle tisse cependant des liens avec Romain et sa famille, elle apprécie petit à petit l’air de la campagne, et surtout, elle tombe sur un cadavre qui va être le début d’une enquête qui va tenir Chastain au premier plan.

 

Ce roman est un très bon polar mais après avoir lu Entre deux mondes (qui n’est pas un polar mais un petit bijou que je ne peux que vous conseiller), on peut se sentir un peu déçu de ne pas éprouver la même fulgurance d’émotions, ces mêmes bouleversements intenses ressentis avec les personnages de Calais. Mais oui, c’est un très bon polar rehaussé par un personnage atypique, la flic défigurée qui reste une superwoman, rehaussé par un contexte original, ce village englouti qu’on sort des eaux, par un rythme haletant, comme souvent chez Norek. L’écriture de l’auteur est, par sa simplicité et son efficacité, d’une justesse assez incroyable qui convient parfaitement au genre policier. Ni trop ni trop peu. Une lecture qui m’a beaucoup plu.

Noémie, défigurée, de retour au 36, après son arrêt de travail : « Meurtres violents, scènes de crime sanglantes, sans oublier les autopsies de cadavres de tous âges et en tous états : de par leur quotidien, les flics sont difficilement impressionnables. Pourtant, chez tous ceux qui la croisent en lui souhaitant d'un mot chaleureux un bon retour, elle nota le même léger tressaillement. Une fraction de fraction de seconde, mais suffisante pour que Noémie, à l'affût de chaque réaction, le décèle. Un presque rien qui, traduit en mots, aurait donné : « On m'avait prévenu, mais tout de même… »

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13 mars 2022 7 13 /03 /mars /2022 16:59

La plus secrète mémoire des hommes - Mohamed Mbougar Sarr - Philippe Rey -  ebook (ePub) - Place des Libraires

Diégane Faye est un jeune écrivain sénégalais exilé à Paris. Il entend parler d’un livre hors du commun, Le Labyrinthe de l’inhumain qu’une maîtresse, Siga surnommée l’Araignée-mère, lui offre enfin. Ce livre est sans doute doté de pouvoirs mystérieux puisque chacun de ses lecteurs en sort changé, avec la ferme volonté d’en savoir plus sur son auteur considéré comme le « Rimbaud nègre », qui a disparu de la circulation avant la 2e Guerre mondiale. L’écrivain, Elimane, est tour à tour accusé de plagiat et considéré comme un génie. Des allers-retours entre la France, le Sénégal ou encore l’Argentine vont donner lieu à des considérations sur l’écriture mais aussi sur la colonisation et les difficultés de l’exil à être ni tout à fait Français ni vraiment Africain, et enfin sur l’amour.

Je vais être franche, je n’ai pas tout aimé dans ce livre, la fin de la lecture a même été très laborieuse. Je l’ai lu à un moment où j’étais débordée et je crois qu’il réclame calme et attention. J’ai parfois souri aux mises en abyme qui me parlaient complètement comme « Avec le temps et les relectures tu la comprendras. Elimane est un écrivain qu’on ne comprend qu’en le relisant. » Maintenant, à la question de savoir si le roman mérite le Goncourt, je répondrais oui. Il est brillant, protéiforme, envoûtant, drôle parfois (Jésus se décloue et descend de sa croix pour se taper la discute avec le narrateur pendant que ses deux potes copulent bruyamment dans la chambre d’à côté), intelligent, subtil et très riche. Mais je pense qu’il est beaucoup moins « tout public » que les prix attribués les années précédentes, par ses réflexions sur l’écriture et la lecture, par sa construction complexe, par ses références culturelles, littéraires et même politiques. Une danse assez folle très colorée, désarticulée et sensuelle, voilà à quoi me fait penser ce livre. Je crois que je l’ai tour à tour adoré puis détesté. N’importe quel lecteur admettra qu’en changeant constamment de narrateur et d’époque, l’auteur se fiche un peu de nous. Pourtant, c’est le ton grave employé quasi en continu - même pour les scènes de sexe (très fréquentes) – que j’ai le moins apprécié. Une sorte de solennité élitiste m’a tenue éloignée. Quand je pense que certaines personnes se contentent d’avoir pour seule lecture annuelle le Goncourt… voilà de quoi rebuter. Dommage.

« Les grandes œuvres appauvrissent et doivent toujours appauvrir. Elles ôtent de nous le superflu. De leur lecture, on sort toujours dénué : enrichi, mais enrichi par soustraction. »

« Un grand livre n’a pas de sujet et ne parle de rien, il cherche seulement à dire ou découvrir quelque chose, mais ce seulement est déjà tout, et ce quelque chose aussi est déjà tout. »

« Je me suis dit qu’un monde où on pouvait encore débattre ainsi d’un livre jusque tard n’était pas si perdu, même si j’avais bien conscience de ce que des personnes discutant de littérature toute une soirée avaient de profondément comique, vain, ridicule, peut-être même irresponsable. »

« Je me fiche de la réalité. Elle est toujours trop pauvre devant la vérité. »

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9 mars 2022 3 09 /03 /mars /2022 18:09

La fille qu'on appelle - broché - Tanguy Viel - Achat Livre ou ebook | fnac

Laura a rendez-vous avec le maire de la ville. Fille du chauffeur particulier de ce même maire, à 20 ans, elle cherche un logement et éventuellement un travail que l’élu pourrait lui apporter sur un plateau d’argent. D’emblée, on comprend que cette entrevue s’est passée d’une bien drôle de manière que le lecteur découvre petit à petit. A vingt ans, Laura est très belle. A 48 ans, le maire devenu ministre, se croit tout permis. Inutile de vous faire un dessin. Le père de Laura, Max, boxeur sur le retour, va prendre une grande place pour casser ce duo malsain. Le tout se joue dans une ville en bord de mer, qui vit au rythme des marées.

J’ai mis un petit temps à comprendre que « la fille qu’on appelle » était la traduction de « call-girl » ! Cela étant dit, j’aime toujours autant l’écriture de Tanguy Viel, maligne et joueuse. On devine rapidement de quoi il peut s’agir mais l’auteur étire le suspense, le rend élastique, tire sur les cordes de l’intrigue, tourne autour du drame principal et prend son temps pour en venir aux faits. Et pour moi, il a peut-être trop pris son temps. Même si le livre est très court (174 pages), la longueur des phrases et les détours m’ont un peu égarée. Il n’y a pas que ça. Si l’écriture est originale, le traitement du thème n’a, d’après moi, rien révolutionné. C’est assez prévisible et on frôle le cliché… J’ai tout de même apprécié que ce soit un homme qui évoque le sujet et que la déposition de Laura insiste sur l’idée d’un piège tendu de manière insidieuse.  Mais cette lecture restera une légère déception, surtout par rapport à Article 353 du code pénal que j'ai tellement aimé.

« Dans toutes les histoires il y a cela, un passé minéral qui sert de socle à tous, du genre qui dans les livres se rédige au plus-que-parfait, paysage de ruines qu’on trouve en arrière-plan sur certains vieux tableaux. »

« Et tout ce que je peux vous dire, elle a repris, c’est ce qui nous étouffe quelquefois, ce n’est pas la panique de l’instant, plutôt la vue qu’on a soudain sur son propre futur. »

« Il ne vous a rien demandé ? Non. Pas vraiment. Donc vous l’avez fait de votre propre volonté ? Non, je vous dis, c’était ce que je devais faire, ça ne veut pas dire que c’était ma volonté. »

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6 mars 2022 7 06 /03 /mars /2022 17:04

Rose Royal | Actes Sud

Parmi les auteurs contemporains, il y en a un que je place sur le podium, c’est Nicolas Mathieu qui m’a tellement captivée avec Leurs enfants après eux et tout récemment Connemara.

Ce court livre comporte deux nouvelles.

« Rose Royal « : Rose a la cinquantaine. Célibataire ayant connu des dizaines d’aventures, elle a l’habitude de boire un demi au Royal, ce bistro qui ne paie pas de mine. Un soir, elle se sent obligée d’utiliser le revolver qu’elle s’était procuré un jour où elle s’était sentie menacée par un compagnon. Elle a achevé un chien qui venait d’être renversé devant le bistro… et est tombée amoureuse de son maître. D’amour, il en n’en est peut-être pas question d’ailleurs. Disons que Luc lui convient mieux qu’un autre ? Alors même si elle a failli le quitter maintes fois, elle se laisse convaincre, elle va vivre avec lui, même travailler pour lui… jusqu’à se rendre compte qu’il lui a progressivement et sournoisement pris toute sa liberté. Le revolver va servir encore, mais pas comme on l’imagine.

« La Retraite du juge Wagner » confronte un juge vieillissant, célibataire et solitaire, et un petit délinquant de la banlieue de Colmar. Le jeune avait piqué l’arme du juge qui l’a facilement retrouvé sur les réseaux sociaux. Il permet au paumé de renouer avec le travail et les études mais des Corses rôdent et veulent se venger…

         La première nouvelle, « Rose Royal », m’a prise aux tripes pour deux raisons. Elle dépeint l’amour et la vieillesse (enfin, cette vieillesse qui commence à 40 ans déjà) d’une manière pessimiste et désolante, et pourtant (trop) lucide. Deux personnes restent ensemble pour ne pas être seules, en dépit de leurs différends, en dépit du manque d’amour ; ils se rassurent en se trouvant des points communs aussi ridicules que dérisoires. Ensuite, on le comprend assez vite, le texte évoque l’emprise qu’un homme peut avoir sur une femme sans qu’elle en prenne véritablement conscience. Thierry, parce qu’il se montre vulnérable sur un point, attire la compassion de Rose qui ne va pas le quitter. Quelle justesse dans cette narration haletante ! Et ça fait du bien de savoir que c’est un homme qui a écrit ce texte.

       La seconde nouvelle se révèle assez pessimiste aussi même si ce juge sait se montrer clément et généreux. J’ai aimé que l’histoire se passe dans ma région et que, mise à part l’évocation féérique de la Petite Venise de Colmar, on y montre un versant plus sombre que celui habituellement présenté quand on parle de l’Alsace.

En somme, une belle lecture ! C’est Tiphanie que je remercie 😉          

"Les gens qui nous plaisent ont toujours cet aspect familier, cet air de bibelot.

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2 mars 2022 3 02 /03 /mars /2022 21:12

Page des Libraires

Nous sommes en 2038, Jake est une Guide qui va promener des touristes pleins aux as, les seuls qui peuvent encore se targuer de faire une excursion au cœur même de la nature. Eh oui, après le Grand Dépérissement, les arbres de notre planète sont morts, des nuages de poussière toxique tuent les humains condamnés à souffrir ou à s’exiler. Mais Jake, sans le sou et seule, va faire une découverte qui va chambouler sa vie et peut-être même la Terre entière. Retour en arrière : en 2008, on suit un bout de parcours du père de Jake, Liam, qui a des problèmes relationnels avec Willow, une mère célibataire distante parce que trop attachée à son rôle d’hippie écolo. En 1974, la même Willow attend son oncle, Everett, à sa sortie de prison. Elle ne le connaît pas, du moins, c’est ce qu’elle pense… car il lui a sauvé la vie lorsqu’elle n’était qu’un bébé abandonné. C’est en 1934 qu’on découvre d’où vient cette petite Willow. Et en 1908, on apprend enfin à connaître l’enfance des protagonistes du roman, Everett et Harris, des frères sans en être, des orphelins débrouillards qui vont s’éloigner pour mieux se retrouver. Et on remonte la pente chronologique en se projetant à nouveau en 1934 puis en 1974, etc. La boucle est bouclée, le lecteur a enfin toutes les cartes en main d’un jeu complexe et passionnant.

Je m’attendais à complètement autre chose, sans doute proche de L’arbre-monde de Richard Powers (dont je n’ai pas tout apprécié), écolo radical. Pas du tout, c’est un roman qui s’étale sur plusieurs décennies, une saga familiale qui, par ses ingénieux retours en arrière, devient de plus en plus captivante au fil des pages. Michael Christie est un excellent conteur (un peu à la manière de Timothée Fombelle, ai-je trouvé), ses personnages sont forts et complexes et la structure narrative est d’une prouesse telle qu’on a l’impression d’entrer dans un vaste tourbillon délicieusement vertigineux. Les arbres occupent une grande place dans cette boucle temporelle - l'auteur parvient réellement à les rendre vivants, et les réflexions sur l’héritage familial, le lien de filiation, les choix de vie sont menées avec une brillante sagesse et une grande délicatesse. Mais les intrigues secondaires ne sont pas en reste, ce Stradivarius fabriqué par amour, cet homme payé pour être « descripteur », décrire à un aveugle les beautés qui l’entourent, l'obusite d'Everett, cette tornade effrayante et magnifique qui projette de centaines de livres dans les airs.

          Cette lecture a été un feu d’artifice d’émotions pour moi, un immense plaisir de lecture et donc un grand grand COUP DE CŒUR !

 

Le Grand Dépérissement : « A mesure que succombent et disparaissent les forêts primaires partout sur le globe, le sol se dessèche faute d'arbres pour protéger la terre des rayons du soleil implacables, ce qui entraîne la formation de nuages de poussière assassins, dont les particules extrêmement fines étouffent la terre. »

Très drôle : « ça sert à quoi, une bibliothèque, à part rappeler discrètement à ses invités qu'on est un esprit supérieur ? »

Quand Everett a recueilli et pris sous son aile la petite Willow, bébé : « [il] se rend compte que, depuis ce premier soir où il l'a entendue pleurer, elle l'a refaçonné, jusqu'à faire de lui quelqu'un de entièrement neuf. Pas un type bien, un homme digne de respect ou d'admiration. Mais quelqu’un qui donne plus de valeur à une autre vie qu’à la sienne. Et cette transformation a refermé en lui une plaie demeurée longtemps purulente. »

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27 février 2022 7 27 /02 /février /2022 21:05

L'âge de l'eau - La constellation du chien Tome 1 - L'âge d'eau - Benjamin  Flao - cartonné - Achat Livre ou ebook | fnac

Partout, les eaux sont montées et ont submergé les villes, les maisons, les gares, les aéroports. La misère règne sur la France. Hans rejoint, dans une chaloupe brinquebalante, sa mère qui vit avec son fils muet et simplet et un étrange chien bleu dans une maison posée sur l’eau. Là, la vieille femme survit comme elle peut, elle chasse, cueille, cultive et tire le meilleur des immenses étendues d’eau qui l’entourent. Hans est venu chercher son frère, le géant Gorza, qui détient des records de plongée en apnée et peut ainsi se révéler utile et gagner de l’argent. Les deux frères sont à la recherche d’un endroit calme où la mère ne se fera pas chasser et où elle pourra continuer à « cultiver sa soupe ». En effet, les autorités contraignent la plupart des gens à rejoindre des centres d’hébergement, ce dont les trois ne veulent pas. Le chien bleu est doté de pouvoirs, Gorza n’est pas en reste puisque, même s’il ne s’exprime que par onomatopées, il sait souvent régler les problèmes des personnes qu’il rencontre après les avoir devinés. Mais le monde est devenu hostile, les hommes sauvages et la méfiance omniprésente.

Je suis rapidement tombée amoureuse des dessins, les épais contours des personnages, les paysages noyés sous l’eau, la variété des graphismes. Il y a une vraie harmonie entre ce qu’on voit et ce qu’on lit. Mon très petit bémol s’explique par le fait que j’ai eu du mal à adhérer complètement à l’histoire. On a déjà rencontré un « chien bleu » chez Nadja, Gorza aussi attachant soit-il m’a d’emblée fait penser au héros de La Ligne verte. Mais ce récit d’anticipation dissémine un message d’alerte évident, privilégiant les êtres marginaux à l’écoute de la nature. Et puis, les dessins, je me répète mais bon sang, que c’est beau !        

« La nuit se remplit d’une joie secrète, tout le profond du bois s’anime d’un puissant chahut. Un vent doux amène des parfums sauvages d’eau et de mystère. J’écoute mon sang battre. Demain nous partons glisser dans les bras gigantesques du fleuve… »

« Gorza. Il a soif du ciel. Il a faim d’infini. Et il n’emmerde personne avec son appétit… »

« Quand la nature envoie un signal, l’homme ne comprend jamais le message. Il plonge dans le déni comme un gamin qui fait une connerie. »

 

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24 février 2022 4 24 /02 /février /2022 15:16

Les trois mousquetaires - Classiques français de Dumas Alexandre | Achat  livres - Ref R240163441 - le-livre.fr   Les trois mousquetaires, Alexandre Dumas, Livres, LaProcure.com   Les trois Mousquetaires - Alexandre Dumas - Livre de Poche Jeunesse - ebook  (ePub) - Le Hall du Livre NANCY   Achetez les trois occasion, annonce vente à Rennes (35) WB161247277

Cela fait des années que je voulais réparer cette lacune de lecture. J’ai décidé de découvrir le très célèbre roman en version audio, en tentant, pour la première fois, un site de livres audio gratuits, litteratureaudio.com Je m’auto-félicite parce que l’écoute a duré… plus de 28 heures !

D’Artagnan est un jeune étourdi un peu maladroit mais plein de bons sentiments qui arrive à Paris, débarquant de sa Gascogne natale. Suite à quelques malentendus, il provoque en duel chacun des mousquetaires, Athos, Porthos et Aramis. Finalement, les quatre hommes se liguent contre les gardes du Cardinal qu’ils combattent victorieusement et se jurent amitié. Ce n’est pourtant qu’à la moitié du roman que le jeune Gascon revêt officiellement le titre de mousquetaire. Entre combats, histoires d’amour et manigances, il va gagner en maturité et, surtout dans les derniers chapitres, tout faire pour attraper la plus grande ennemie des mousquetaires, Milady.

Roman de cape et d’épée par excellence, le livre est évidemment un roman d’aventure qui m’a fait sourire aussi. D’Artagnan est montré, surtout au début, comme un butor, une sorte d’ours mal léché qui sort de sa cambrousse. Les autres mousquetaires ne sont pas en reste en matière de beuverie, de légèreté et de maladresse. Le personnage de Milady qui ne prend de l’ampleur que dans la seconde moitié du roman est intéressant parce qu’elle séduit par sa beauté mais aussi par les mots. Je n’ai pas grand-chose à reprocher à la lecture faite par Cocotte, elle n’est pas très expressive et un peu lente mais elle a l’avantage d’être uniforme, sans surjeu et sans accroc. J’ai quand même bien contente d’être arrivée à la fin du 68e chapitre. J’en ai appris pas mal sur l’Histoire, Richelieu est décrit comme un odieux et perfide personnage, Louis XIII un peu faiblard et certains personnages m’ont particulièrement plus comme Anne d’Autriche et son amoureux, le prince de Buckingham. J’ai retrouvé la verve et le panache si présents dans Le Comte de Monte-Cristo (Dumas aurait écrit les deux romans à peu près à la même période, tous deux publiés en feuilletons dans les journaux de l’époque).

 

Les premières citations que je vous ai réservées sont une belle représentation de la misogynie de l’époque :

Charmante réplique d’Athos : « il en est des valets comme des femmes, il faut les mettre tout de suite sur le pied où l’on désire qu’ils restent. »

Dans la même séduisante tonalité, Aramis : « La femme a été créée pour notre perte, et c'est d'elle que nous viennent toutes nos misères »

« Un mouvement de terreur lui rappela qu’elle était femme » (elle a le vertige, une peur réservée aux femmes uniquement, c’est bien connu, n’est-ce pas…)

La déclaration d’amour du prince de Buckingham à Anne d’Autriche : « où trouveriez-vous un amour pareil au mien, un amour que ni le temps, ni l’absence, ni le désespoir ne peuvent éteindre ; un amour qui se contente d’un ruban égaré, d’un regard perdu, d’une parole échappée ? Il y a trois ans, madame, que je vous ai vue pour la première fois, et depuis trois ans je vous aime ainsi. Voulez-vous que je vous dise comment vous étiez vêtue la première fois que je vous vis ? voulez-vous que je détaille chacun des ornements de votre toilette ? Tenez, je vous vois encore : vous étiez assise sur des carreaux à la mode d’Espagne ; vous aviez une robe de satin vert avec des broderies d’or et d’argent ; des manches pendantes et renouées sur vos beaux bras, sur ces bras admirables, avec de gros diamants ; vous aviez une fraise fermée, un petit bonnet sur votre tête, de la couleur de votre robe, et sur ce bonnet une plume de héron. Oh ! tenez, tenez, je ferme les yeux, et je vous vois telle que vous étiez alors ; je les rouvre et je vous vois telle que vous êtes maintenant, c’est-à-dire cent fois plus belle encore ! »

 

Lors de la beuverie avant le départ pour le siège de La Rochelle : « On ne peut combattre l’extrême préoccupation que par l’extrême insouciance »

 

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20 février 2022 7 20 /02 /février /2022 10:05

Connemara | Actes Sud

Entre Epinal, Nancy et Cornécourt, en 2017. Il y a la belle et combattive Hélène d’abord. Celle qui s’isolait des autres quand elle était ado, dans les années 80, parce qu’elle était excellente élève et qu’elle voulait quitter cette cambrousse qui l’horripilait. Et effectivement, elle a réussi, a gravi les échelons, est devenue une femme d’affaires talentueuse et agressive comme il faut. Sa carrière l’a menée dans les plus grosses boîtes, dans les plus grandes villes. Sa vie de couple, par contre, est sur la pente déclinante. Avec Philippe, rien ne va plus, elle a l’impression de faire le gros du boulot à la maison et pour leurs deux filles. De l’autre côté, il y a Christophe. Lui n’a jamais vraiment quitté la région, sa femme vient de le quitter, il doit s’occuper de son fils mais aussi de son père devenu sénile, et il est nostalgique des matchs de hockey et de sa gloire d’ado. Christophe et Hélène vont se recroiser, et, d’une étincelle fulgurante, vont devenir amants. Mais, s’ils ont un passé et un contexte spatial communs, ils n’ont pas évolué de la même manière et surtout, chacun a vieilli et changé. Ou pas.

Le talent de Nicolas Mathieu a quelque chose à part. Est-ce parce qu’il est réaliste au point pour le lecteur d’en avoir la chair de poule ? Est-ce parce qu’il place son histoire non loin de chez moi ? Est-ce parce qu’il pique le gras du bide, c’est-à-dire qu’il pointe les défauts de chacun ? Est-ce parce qu’il est foncièrement pessimiste, magnifique portraitiste du temps qui passe et se fout de notre gueule ? En tous cas, il me plaît vraiment, vraiment beaucoup. Les deux pieds bien campés dans notre époque et le regard lucide tourné vers les années 80, Nicolas Mathieu m’a renversée en réveillant des saveurs oubliées, des souvenirs enfouis ou refoulés. Ses descriptions de l’adolescence et son immersion dans le cerveau féminin sont pour moi les deux points forts de ce roman, parmi tant d’autres. Car il parle aussi du monde de l’entreprise (certains passages sont un poil longuets d'ailleurs quand on n'y connaît rien de rien), de la relation avec un père malade, de l’amitié par-delà les années, de la province et de tous ses travers, d’un retour aux sources voulu ou inconscient. Et puis, c’est souvent drôle - la mère de Christophe qui se plaint régulièrement : « Si on m’avait dit que j’enfanterais un engin pareil », un mariage est dépeint avec ce qu’il a de plus burlesque et il y a bien sûr ce « Connemara » qui revient tel un refrain qu’on aime et déteste à la fois. L’écriture manie aussi bien les tournures orales que les phrases brillamment ciselées. Un COUP DE CŒUR, évidemment.

« A ce gosse qui était tout et pour lequel il ne trouvait jamais le temps. Le sentiment de gâchis, la lassitude et l'impossible marche arrière. Il fallait vivre pourtant, et espérer malgré le compte à rebours et les premiers cheveux blancs. Des jours meilleurs viendraient. On le lui avait promis. »

« L’amour c'étaient des listes de courses sur le frigo, une pantoufle sous un lit, un rasoir rose et l'autre bleu dans la salle de bains. Des cartables ouverts et des jouets qui traînent, une belle-mère qu'on emmène chez le pédicure pendant que l'autre va porter de vieux meubles à la déchetterie, et tard le soir, dans le noir, deux voix qui se réchauffent, on les entend à peine, qui disent des choses simples et sans relief, il n'y a plus de pain pour le petit-déjeuner, tu sais j'ai peur quand t'es pas là. Mais justement, je suis là. »

« Sur cette nappe des mains d’enfants avaient couru, des doigts humides de salive qui ramassaient les miettes de pain entre la poire et le dessert. On y avait vu défiler des mets de familles prospères et simples, potées, choucroutes, bœufs bourguignons, et beaucoup de bonnes bouteilles. Autour d’elle, des corps avaient rapetissé, des maris étaient morts de vieillesse, des femmes de chagrin, et inversement. La nappe aurait pu tout raconter. Le tissu renfermait dans sa trame le secret total d’une famille, qui remontait loin. Il y avait même eu un cousin qui aimait les garçons et qui, une fois, avait ramené son « copain ». C’est le lot commun, la banale affaire. Des héritages avaient tué des fratries, des crises s’étaient succédé pour rien, on avait versé des larmes et un peu de sang, perdu des sous et refait sa vie, le temps avait passé, mais la nappe était restée blanche. »

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16 février 2022 3 16 /02 /février /2022 18:36

L'Etoile du nord - broché - D. B. John, Antoine Chainas - Achat Livre ou  ebook | fnac

C’est mon homme qui m’a offert ce roman et, à cause de son aspect très volumineux et de ses plus de 600 pages, je l’ai laissé traîner dans ma bibliothèque. Qui eût cru que ce livre était tellement passionnant ?

Trois histoires en parallèle : celle de Jenna, jeune Américo-coréenne, brillante trentenaire célibataire, hantée par la disparition, en Corée du Sud, de sa sœur jumelle, douze ans plus tôt. Quand on lui propose d’intégrer la CIA avec, à la clé, une lueur d’espoir pour retrouver sa sœur, elle accepte. Elle devient une espionne très douée et va finir par faire un séjour éclair en Corée du Nord. Ensuite, il y a Cho, ce diplomate nord-coréen qui a toujours voué au Grand Leader, Kim Il-sung, une grande admiration. Pourtant, son frère lui laisse entendre que leurs véritables parents (ils ont été adoptés à 4 ans) seraient des Ennemis du Grand Dirigeant. Cho, en visite aux Etats-Unis, y découvre une autre vie, y fait la connaissance de Jenna, et en même temps, craint plus que jamais pour son poste et pour sa vie. Enfin, la vieille Moon est celle qui se situe en bas de l’échelle sociale nord-coréenne. Elle peine à se nourrir avec un mari chômeur et se lance dans le marché noir. En vraie battante, elle affronte les répressions, les bagarres, les enfants errants et chapardeurs -les Hirondelles sauvages-, et parvient toujours à ruser pour survivre. Ces trois-là risquent leur vie. Ces trois-là décident d’affronter leur principal ennemi, cette dictature obscure et terrifiante, isolée du reste du monde.

Je le répète, ce roman est passionnant à souhait ! Non seulement les pages se tournent vite et avec un véritable plaisir mais les personnages sont bien dessinés. Différents et tous attachants, ils nous emmènent dans cette contrée mystérieuse qu’est la Corée du Nord. J’y ai appris beaucoup et c’est aussi angoissant que fascinant. Quelques exemples (l’auteur s’est appuyé sur des faits vrais) : aucun habitant n’a de carte de crédit, toutes les chansons occidentales sont classées dangereuses, une seule religion doit être pratiquée : le culte au Cher Leader (quiconque possède une Bible risque la peine de mort), 10 cookies qui proviennent du « village d’en bas » (= la Corée du Sud) valent deux mois de salaire au marché noir, le bingdu est la drogue locale, coupures d’électricité et sirènes antiaériennes constituent une routine, les grandes famines ont contraint -entre autres- certains à « fouiller des excréments de bœuf à la recherche de plantes non digérées »… pendant que le Grand Leader mène une vie d’opulence et d’extrême richesse.                

Même si le tout prend des allures de film américain à la James Bond (surtout à la fin : haute teneur en romanesque !) ce roman d’espionnage est un édifiant divertissement. J’ai adoré.

L’auteur, journaliste, a fait un court séjour en Corée du Nord. Il a également coécrit l’autobiographie d’une jeune Nord-Coréenne qui a réussi à s’enfuir du pays, je la lirai très bientôt.

Moon cuisine au marché de la gare – et vend sa marchandise : « Il faisait un froid de canard mais Moon n’avait jamais vu le marché si actif. Une coupure d’électricité avait interrompu les transports. Deux trains étaient immobilisés à quai. Et qui disait trains disait clients. Il ne restait plus une place sur les bancs. Une longue file d’attente se formait devant les stands. Les poêles fumaient, les odeurs planaient, des baguettes s’entrechoquaient. On buvait la soupe chaude à même le bol. Peu de paroles échangées. Les températures polaires empêchaient quiconque de demeurer assis trop longtemps. Le ciel avait des reflets de plaque d’étain. La neige menaçait. »

 

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12 février 2022 6 12 /02 /février /2022 20:32

Chroniques 2019 Les guerres intérieures de Valérie Tuong Cuong - Des Livres  et Moi

Première découverte pour moi de cette romancière.

Pax est comédien. Plus tout jeune, il peine à trouver le rôle de sa vie, celui qui lui permettra de faire basculer sa carrière. Peut-être que le dernier film de Sveberg, Don’t, sera un de ces tremplins tant attendus. Le jour de l’audition, Pax quitte son appartement à la va-vite, pourtant inquiet des cris et du tapage qui se fait entendre dans l’immeuble. Plus tard, il apprend qu’un jeune étudiant s’est fait rouer de coups. Pax culpabilise terriblement pour son absence de réaction. Il travaille également dans une société qui propose du coaching théâtral. Et, lorsqu’il intervient dans une entreprise de déménagement pour remotiver les salariés et leur donner confiance en eux, il ne s’attend pas à tomber amoureuse de la responsable, Emi. Franco-japonaise, divorcée elle aussi, la femme à la beauté froide se laisse séduire par le charme du comédien. Epanouis dans cette belle histoire d’amour, les tourtereaux ne sont pourtant pas au bout de leurs surprises.

Le récit hésite subtilement entre enquête policière et tragédie antique et gravite autour deux thèmes centraux : celui de la résilience et celui de la culpabilité. Et l’autrice a trouvé le moyen de broder une histoire d’amour par-dessus tout ça. Les personnages sont aussi attachants pour leurs qualités que pour leurs défauts et cette histoire d’agression sans témoins est bigrement d’actualité. Le point de départ du récit remonte à une véritable agression qu’a connu le fils de la romancière, un voisin est passé sans intervenir.  De petits détails qui pourraient être considérés sans grande importance m’ont plu également : la réflexion sur le travail du comédien, la double culture d’Emi, la justesse quant à l’évocation du rôle des parents divorcés, la référence à Baudelaire. J’ai vraiment beaucoup aimé cette lecture qui m’a happée et interpellée ; ce n’est pas un immense coup de foudre (j'aurais aimé quelques dizaines de pages en plus) mais un petit coup de cœur pour le bon temps passé et le plaisir ressenti.

La première rencontre : « Elle ne s’attendait pas à ce désordre brutal dans son cœur, à cette fébrilité qui s’insinue dans chacun de ses organes. Son trouble la gagne, gagne Pax, une conversation silencieuse s’installe entre eux, de courte durée néanmoins car elle se lève pour faire diversion et mettre fin à sa propre fascination, alertée aussi bien par un sixième sens qui lui chuchote que cet homme est dangereux, que par sa conviction qu’elle n’a plus ni le temps, ni l’espace, ni le droit de s’autoriser une relation privée, qu’elle soit sensuelle, sexuelle ou sentimentale. »

 

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