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15 juillet 2022 5 15 /07 /juillet /2022 09:06

La vie qu'on m'a choisie – Ellen Marie Wiseman | des livres, des livres !

En 1931, dans l’état de New York, Lilly, neuf ans, vit dans la chambre d’un manoir. Le problème c’est qu’elle n’a jamais connu que cette pièce du grenier, ses parents l’y enferment depuis sa naissance parce qu’elle est un monstre, une abomination. Elle regarde tous les jours avec envie les chevaux de la grande propriété du manoir par sa minuscule lucarne, jusqu’au moment où un cirque s’installe. Ô surprise, sa mère vient la chercher, lui ordonne de s’habiller, elle l’emmène voir le cirque. Pour Lilly qui n’est jamais sortie, c’est louche, d’autant qu’elle n’a jamais pu faire confiance à sa mère. Effectivement, sa mère la vend tout bonnement à un responsable du cirque. Lilly deviendra une de ces bêtes de foire et ce n’est qu’à ce moment-là que, confrontée à un miroir, elle découvre ce qui fait d’elle un être à part, loin pourtant d’être un monstre. Adoptée par la plupart des artistes, elle va jouer à la voyante, communiquant avec les morts et surtout accompagnée de supercheries, d’artifices et de tours de passe-passe destinés à berner le client. Heureusement que le soigneur des éléphants, Cole, devient son ami et qu’elle peut passer tous les jours du temps avec ces pachydermes qui semblent avoir pour elle une affection toute particulière. Reverra-t-elle ses parents ? Qui est Julia, cette jeune femme qui, en 1956, a hérité du manoir de ses parents décédés, cet endroit effrayant qu’elle a fui dès que possible ?

Je ne vais pas dire que je n’ai pas aimé ce roman - la lecture est assez addictive – mais il raconte une histoire, voilà, c’est tout. Il m’a manqué quelque chose comme une profondeur dans le traitement des personnages, un style plus soigné. Il y a également des longueurs inutiles et un peu creuses qui s’apparentent à du remplissage… et puis cette manière récurrente d’appeler « péquenauds » le public du cirque, c’est agaçant à la fin ! Bref, ce livre trouvera son public (il est noté 4.37/5 sur Babelio !). Je termine par dire que j’ai aimé l’univers du cirque et l’évocation des éléphants m’a vraiment fait rêver, comme l’héroïne.  Allez, je valide en lecture de plage.

Le cirque se déplace en train : « A l'intérieur d'un autre wagon ouvert, un nain chantait et jouait d'une guitare miniature pendant que Hester la Femme Singe riait en regardant Magnus l’Homme le Plus Laid du Monde tenter d'apprendre à son chien affaire le mort. Stubs l’Homme le Plus Petit du Monde était assis sur les genoux de Belinda la Femme à Deux Corps et Une Tête, un livre entre les mains. Lilly sourit, secoua la tête et continua à avancer. »

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11 juillet 2022 1 11 /07 /juillet /2022 15:14

Une vie entière - Poche - Robert Seethaler, Élisabeth Landes - Achat Livre  ou ebook | fnac

Eh oui, encore le même auteur autrichien qu’ici et là !

Andreas Egger est né peu avant le début du XXè siècle. Orphelin à quatre ans, il est confié à un oncle violent et tyrannique qui, un jour, le frappe si fort qu’il le blesse à une jambe qui restera à jamais atrophiée. Après divers petits métiers, Andreas participe à la construction du premier téléphérique du massif des Dômes. Il connaît l’amour avec Marie mais aussi la douleur de la perdre. Il vivra une avalanche meurtrière et aussi la guerre qui va l’emmener huit ans en Russie. A son retour, il arrivera à gagner quelques sous en faisant guide de montagne pour les touristes devenus de plus en plus nombreux. Se contentant de peu, Andreas vivra le plus souvent seul, en ermite, parlant seul à la fin de sa vie.

Le roman porte bien son nom, il couvre la totalité d’une vie, de 1898 à 1972. Des trois titres que j’ai lus de l’auteur, celui-ci est incontestablement mon préféré. Pour ces montagnes autrichiennes où l’apparition du téléphérique a changé la donne, pour ce personnage brillant de simplicité, pour cette vie entaillée de drames, pour cette mélancolie résignée qui s’exprime à chaque page, pour la brièveté et l’évanescence de la vie en général qui, racontée si bien en quelques dizaines de pages, ne peut qu’émouvoir.

L’apparition des skieurs : « Les gens ne pensent qu’à glisser sur les montagnes avec leurs planches. »

Un camarade de guerre au rire facile : « Puisqu’on allait en enfer, autant rire avec les diables, disait-il, ça ne coûtait pas plus cher et ça vous facilitait la vie. »

A la fin de sa vie : « Il avait tenu plus longtemps qu'il l’eût jamais cru possible et, somme toute, s’estimait satisfait. Il avait survécu à son enfance, à une avalanche et à la guerre. Il n’avait jamais rechigné à la tâche, avait percé un nombre incalculable de trous dans le rocher et abattu probablement assez d'arbres pour entretenir un hiver entier le feu des poêles de toute une bourgade. Il avait suspendu sa vie à un fil entre ciel et terre plus souvent qu'à son tour et, dans ces dernières années de guide de montagne, il en avait plus appris sur les gens qu'il ne pouvait comprendre. »

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8 juillet 2022 5 08 /07 /juillet /2022 18:16

Noire : une adolescente entre en résistance

D’après Tania de Montaigne

Claudette est une jeune Noire qui a grandi en Alabama dans les années 50 à l’heure où la ségrégation vivait encore ses heures de pauvre gloire… Un jour de mars 1955, dans le bus, elle refuse de se lever pour céder la place à une femme blanche. A 15 ans. La police est appelée, les flics malmènent Claudette et elle est accusée de « troubles à l’ordre public, d’agression à l’égard d’un policier lors de son arrestation et d’avoir violé les lois de la ville en refusant de céder son siège. » Cette histoire vous rappelle quelque chose ? Mais c’est bien Claudette une des premières femmes noires à avoir résisté, Rosa Parks est venue plus tard, en décembre 1955. Pourquoi n’a-t-on retenu que le nom de Rosa Parks ? Parce que Claudette est tombée enceinte quelques mois plus tard (d’un homme blanc, en plus !) et que les leaders noirs ont préféré taire son histoire au profit de celle de Rosa Parks considérée comme dévote, intègre et très religieuse. Ça passait mieux.

J’ai beaucoup aimé cette lecture même si son point fort constitue aussi son point faible : schématiser. Les dessins sont simples, clairs, nets et précis… et parfois trop simples au point de confondre les personnages ou de (presque) tomber dans la caricature. Mais l’histoire est évidemment touchante et doit être connue du plus grand nombre. Être noir et être femme, c’est la double peine : c’est Martin Luther King et trois leaders noirs et blancs qui posent devant un bus, alors qu’elles étaient au moins quatre plaignantes qu’on a voulu laisser dans l’ombre. Claudette a été sacrifiée et est tombée dans l’anonymat. Elle souhaitait devenir avocat, elle a été aide-soignante toute sa vie, rejetée parce qu’elle avait un enfant trop clair. On a attribué son nom à une rue mais attention, une toute petite rue misérable de Montgomery. Je me permets de mettre sa photo ci-dessous, maigre hommage…

Petite question : n’y a-t-il que des femmes autrices qui s’intéressent à ces héroïnes méconnues au parcours courageux ? Je dis ça parce que j’avais d’abord lu « Emile » pour le prénom de l’auteur avant de me dire « Ben, non, « Emilie », évidemment, évidemment, c’est une femme… ».

La BD est une adaptation du livre de Tania de Montaigne, animatrice et écrivaine.

Emilie Plateau- Noire: la vie méconnue de Claudette Colvin - Un dernier  livre avant la fin du monde

Claudette Colvin — Wikipédia

 

Bonnes vacances aux concerné(e)s, bel été à toutes et tous !

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4 juillet 2022 1 04 /07 /juillet /2022 13:32

Livre: Les Poupées, Alexis Laipsker, Michel Lafon, 9782749949369 -  Leslibraires.fr

Un bon polar, de temps en temps, ça pimente le quotidien !

         Des cadavres sont retrouvés dans une chapelle abandonnée : épilés, rasés de près, ces hommes ont été empoisonnés avant d’être enduits d’une gelée qui rend leur peau luisante. Des billes de verre remplacent leurs yeux absents et de faux seins ont été cousus à la va-vite. Pas de doute, le meurtrier a voulu faire de ses cadavres des « poupées ». Le commissaire Victor Venturi surnommé le Cow-boy, 25 ans de Crim’ à son actif, bourru et corpulent, accepte d’être secondé par une jeune psy, Olivia, qui, heureusement pour elle, a assez de caractère pour supporter le flic. En parallèle, on accompagne une jeune femme qui a décidé d’aller vivre dans une maison isolée en Provence. Elle se dit « voyante » et, entre arnaque et vrai don, elle peine à s’enrichir. Mais son principal problème est l’intrusion d’un homme sur son territoire, elle sent sa présence, il pénètre chez elle quand elle dort et elle panique de plus en plus. Evidemment, ces deux parcours finissent par se rejoindre.

Cela fait très longtemps que je n’ai plus lu un policier aussi haletant. Tous les ingrédients font mouche, les personnages (peu nombreux et c’est une force !) sont bien croqués, l’intrigue est palpitante, la course contre la montre pour retrouver le meurtrier donne des palpitations et l’écriture tient vraiment la route. Rajoutez à cela une fin bluffante, imprévisible au possible et qui explique intelligemment tout ce qui précède. Un auteur français à noter et à suivre (paraît-il qu’il est une star dans le monde du poker, il s’y connaît donc en bluff !).

 - COUP DE CŒUR -

 

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30 juin 2022 4 30 /06 /juin /2022 20:31

Le tabac Tresniek - Robert Seethaler - Folio - Site Folio

Après ma découverte de l’auteur avec Le Champ, ce titre nous emmène dans l’Autriche de 1937-38.

Franz a 17 ans quand sa mère décide de l’envoyer à Vienne. En effet, elle subvient difficilement à leurs besoins dans sa petite cabane dans leur région de lacs, le Salzkammergut. Franz arrive donc à Vienne avec pour mission de rejoindre le tabac Tresniek, tenu par une connaissance de la mère, Otto Tresniek, un buraliste unijambiste cultivé qui lui ordonne, pour seul travail, de lire les journaux, renseigner les clients et tout savoir sur les cigares qu’il vend. La vie est douce mais un peu monotone jusqu’au jour où un vieux client (à l’odeur d’oignon, de savon, de cigare et de sciure de bois) du nom de Sigmund Freud lui conseille de chercher l’amour pour agrémenter son existence. Franz se met à fréquenter bistrots et fêtes foraines et rencontre la belle Anezka, venue de Bohême, qui le met rapidement dans son lit pour disparaître aussi vite. Franz se sent alors éperdument amoureux et totalement désespéré de ne pas retrouver sa belle. Il va souvent discuter avec le Dr Freud, devenu son ami. Mais nous sommes en 1937, les Juifs sont mal vus et c’est un euphémisme. Otto Tresniek se fait arrêter sans ménagement pour avoir eu des Juifs pour clients et Franz doit, seul, tenir le bureau de tabac. Avec Anezka, il joue au jeu du chat et de la souris, avec sa mère, il échange des cartes postales tantôt évasives, tantôt empreintes de sincérité. La chasse aux Juifs se poursuit et Sigmund Freud prend la décision douloureuse, en juin 1938, à l’âge de 82 ans, de fuir Vienne pour Londres.

Qu'il est doux-amer de se plonger dans cette période tendue précédent la guerre et toutes les horreurs l'ayant accompagnée, de suivre ce garçon équilibré et sympathique, de se prendre d'affection pour cette complicité qui le lie à Freud, de se désoler que cet apprentissage de la vie d'un homme soit entaché par un antisémitisme et une stupidité abyssalement effrayantes. Je crois que j'ai préféré Le Champ - je ne saurais trop expliqué pourquoi car j'ai apprécié ce registre tragique et l'histoire de ce jeune homme arrivé de sa province qui tente de se fondre dans l'univers viennois. J'ai adoré rencontré Freud à la fois distant et bienveillant, et surtout familier et humain. On aimerait tellement étirer le temps dans l'autre sens et garder un peu de ce quotidien drôle et attendrissant du tabac Tresniek, et pourquoi pas humer quelques cigares ... 

L’arrivée à Vienne : « La ville bouillonnait comme une cocotte-minute. Tout était perpétuellement en mouvement, les rues, les murs mêmes avaient l’air de vivre, de respirer, d’onduler. C’était comme si on avait pu entendre les pavés gémir et les tuiles grincer. Tout ce bruit ! Un grondement continu saturait l'air, un incroyable chaos de sons, de tonalités, de rythmes qui se relayaient, se fondaient, se recouvraient les uns les autres, des cris, des hurlements. Et en plus, cette lumière ! Partout sa papillotait, ça brillait, clignotait, scintillait : les fenêtres, les miroirs, les réclames, les hampes des drapeaux, les boucles des ceintures, les verres de lunettes. »

Conseil du Dr Freud : « avec les femmes, c’est comme avec les cigares : quand on insiste trop, elles se refusent à vous. »

Pourquoi la séance allongé sur le divan ? « A dire vrai, la seule raison qu'il avait fait se dissimuler derrière la tête du divan pendant ces innombrables séances d'analyse, toutes ces années, c'est qu'il ne supportait pas d'être fixé une heure durant par ses patients, ni de devoir, lui, contempler leurs visages implorants, fâchés, désespérés ou altérés par quelque autre sentiment. »

« Les quelques clients qui persistaient à venir au magasin avaient changé. Beaucoup portaient maintenant des chemises brunes, certains arboraient des brassards avec la croix gammée ou au moins de petits écussons brodés d'une croix gammée, qu'ils épinglaient à leur col, et la plupart semblaient aller plus souvent qu'avant chez le coiffeur. »

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27 juin 2022 1 27 /06 /juin /2022 17:35

Frenchman

J’ai une PAL BD peau de chagrin mais cet album s’y trouve depuis de années (je ne sais comment il a atterri chez moi). Une belle idée de le dépoussiérer.

En 1803, dans un petit village normand, les sergents recruteurs tirent au sort les hommes qui iront rejoindre l’armée afin de pacifier le territoire de la Louisiane, cédé depuis peu par le Consul Bonaparte aux Etats-Unis.  Le jeune Alban Labiche est exempté mais sa sœur, Angèle, est malheureuse parce son amant, Louis de Mauge, issu de la noblesse, doit partir. Finalement, le père de Louis achète la permission de son fils en échange du départ d’Alban. Louis ne supportant pas cette injustice et voulant contenter son amante part en Louisiane retrouver Alban. Le même Alban dont la tête est mise à prix à peine arrivé sur le sol américain pour avoir défendu un Noir. Un mystérieux inconnu qui s’avère être Toussaint Charbonneau, un trappeur français (qui a réellement existé), l’emmène avec lui. La course poursuite promène le lecteur à travers les vastes étendues du pays, à la rencontre des squaws et des bisons, même hélas aussi des préjugés et des discriminations, de la haine bestiale que vouent certains hommes aux Indiens.

De facture assez classique, cette BD m’a intéressée et beaucoup plu. Le dépaysement est garanti grâce aux magnifiques dessins de l’artiste, les aquarelles sont sublimes et magnifient ces paysages grandioses. Peut-être que certains personnages passent trop rapidement sans qu’on ait le temps de s’attacher à eux mais le bilan est positif pour une BD que j’ai boudée toutes ces années… Un intéressant carnet de croquis permet de comprendre la genèse de l’œuvre et de prolonger le voyage.

Un vautour protecteur : « Ce vautour sera souvent ton meilleur ami dans ces contrées ! Aie toujours un œil sur lui ! Il te préviendra de bien des dangers ! »

Frenchman - Patrick Prugne - Le Tourne Page - Le Tourne Page

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23 juin 2022 4 23 /06 /juin /2022 13:52

L'autre moitié du monde de Laurine Roux - Grand Format - Livre - Decitre

Après ma lecture du Sanctuaire de la même romancière, je savais que je voulais revenir lire sa plume…

Dans les années 30, dans le delta de l’Ebre, marquis et marquise règnent en maître absolu. Les petits pauvres qui grouillent autour d’eux les servent docilement et silencieusement, le fils du Château viole la cuisinière Pilar quand ça lui chante et les nobles traitent leurs inférieurs avec mépris et haine. Un jour, la coupe est pleine. Pilar, après avoir avorté une énième fois, meurt dans une mare de sang auprès de sa fille, Toya, qui cherche à comprendre. A une époque où le peuple se détache enfin de celui qui l’opprime, les paysans se révoltent, accompagnés du nouvel instituteur, Horacio, épris d’amour pour Toya, et José, un avocat venu de Barcelone. L’insurrection va faire couler du sang et quelques décennies plus tard, la jeune Luz venue de la ville va permettre à Toya de raconter.

Ce qui m’a bluffée tout d’abord, c’est qu’on est aux antipodes de l’univers et du style du Sanctuaire avec ce roman résolument espagnol, révolutionnaire, bouillonnant et passionnant. L’autrice parvient à se renouveler sans aucun problème et excelle ici encore. Nous plonge dans ce pays effervescent où Pilar prépare un arroz negro sous un léger sirocco, où les hommes reviennent des rizières épuisés de leurs longues heures de labeur, où le padre Miquel est un traître, où l’amour surprend deux êtres qui se fuient et se rapprochent, où les riches sont des monstres qui élèvent des alanos, ces molosses pour tuer en cas de besoin, où « le soleil chauffe le sol sablonneux ». C’est un roman hypnotique, coloré, musical, qui allie parfaitement réalité historique et fiction. Et quelle écriture ! Deux points communs tout de même entre les deux romans de l’autrice que j’ai lus : l’acuité d’une jeune fille, héroïne malgré elle, et la nature si sauvagement belle. A lire absolument…

Toya ne sait ni lire ni écrire mais l’instituteur Horacio l’attire…. : « Les semaines suivantes, Toya musarde, se dérobe aux obligations. Elle baguenaude. Un observateur appliqué pourrait se faire cette remarque : la gamine arrondit ses pas, gauchit sa trajectoire, la resserre, et si elle ignore ce que ses pieds dessinent, tous ses mouvements tracent d’impeccables figures géométriques, une série de larges cercles concentriques qui, petit à petit, se rapprochent du muret de l’école. »

Toya découvre le piano : « C’est là que la chose se produit. Assis sur le tabouret, Horacio presse une touche. Toya est clouée sur place. La même note, six fois, grave, lasse, qui donne la vie à une silhouette. Celle-ci apparaît devant les yeux de la gamine, nette, parfaite, avançant sur un chemin sans paysage, sans passé ni avenir- juste la solitude renouvelée de chaque instant. La note a sa tenue, digne, et la petite y voit sa mère qui part au Château. Les larmes envahissent ses yeux. Horacio appuie sur une deuxième touche. Toute de suite, une autre couleur. Une seconde silhouette se détache, marchant à côté de la première - c'est son père conduit en prison. Toya apprendra plus tard que les deux notes portent un nom, qu'elles s'appellent ré et mi.  Pour l'instant, elle goûte les sons, les laisse déposer leur image au creux de ses paupières, celle de corps jumeaux. Qui marchent, contigus, parallèles. »

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19 juin 2022 7 19 /06 /juin /2022 20:14

La fille aux sept noms - L'histoire d'une... de Hyeonseo Lee - Poche -  Livre - Decitre

Je me l’étais promis, après la lecture passionnante de L’étoile du Nord du même D.B John, j’avais envie d’en savoir encore plus sur ce mystérieux pays si effrayant qu’est la Corée du Nord. Quoi de mieux que le récit d’une transfuge nord-coréenne ?

Celle qui va porter sept noms successifs est née dans le nord du pays, non loin de la frontière chinoise. Dans l’ignorance totale des pays qui l’entourent, elle vit heureuse avec sa mère, une vraie battante, qui arrive toujours à ses fins grâce à ses talents en commerce, son père qui aura le droit de voyager en Chine mais qui mourra dans d’obscures circonstances et son petit frère. A l’adolescence, notre héroïne commencera à considérer avec suspicion certains éléments de son quotidien, notamment ces « temps de purification de vie », ces moments où, à l’école, il faut dénoncer quelqu’un ou confesser un acte qui serait contraire au bon déroulement de la vie selon les préceptes du Dirigeant. Il est interdit de porter un jean, d’avoir les cheveux trop longs pour les hommes, de porter un collier ou un parfum étranger… Lors d’un des très rares voyages à travers le pays, la narratrice ne peut que constater les effets de la famine : stocks alimentaires épuisés, gens qui errent, soldats transformés en voleurs et policiers en contrebandiers. Un jour, Hyeonseo décide de traverser le fleuve gelé et de se rendre en Chine, poussée par une grande curiosité. Elle le fait contre l’avis de sa mère et au péril de sa vie. Elle pense revenir quelques jours plus tard, elle n’y reviendra jamais vraiment. Des Sino-Coréens l’aident à rejoindre son oncle et sa tante à plus de huit heures de route. Une fois là-bas, la narratrice doit se cloîtrer pour ne pas se faire repérer en tant que fugitive. Quelques mois plus tard, avec un précieux bagage de connaissances en mandarin, elle va fuir un mariage forcé, manque de tomber dans un réseau de prostitution puis se dirige vers le sud de la Chine, tentant de se faire passer pour une Chinoise, travaillant en tant que serveuse. Elle rejoindra Shanghaï avant de pouvoir s’envoler, après maintes péripéties et aventures, vers Séoul. Une fois à Séoul, l’adaptation à un pays qui est le sien sans l’être vraiment va s’avérer très compliqué. Et un problème reste à résoudre : faire venir mère et frère de Corée du Nord. S’engage donc un énième combat, peut-être encore plus compliqué, qui va mener les protagonistes au Vietnam et au Laos.

Plusieurs éléments marquent dans ce témoignage, certains détails à la fois absurdes et représentatifs de la tyrannie du gouvernement nord-coréen : une famille entière peut être arrêtée si les portraits des dirigeants (que chacun se doit d’avoir dans son salon) ne sont pas nettoyés correctement. Le Dirigeant revêt une telle aura qu’il est une sorte de Père Noël pour les enfants, un dieu vivant pour les adultes. A sa mort, des milliers de personnes en pleurent crient leur douleur. Il est interdit de porter un jean dans la rue, d’avoir les cheveux trop longs pour les hommes, de porter un collier ou un parfum étranger… Ce qui m’a frappée, c’est le mensonge permanent, assorti d’une bonne dose d’hypocrisie, dans lequel vit ce peuple et l’âpre découverte de la vérité, une fois arrivé dans un autre pays. L’acclimatation à la Corée du Sud a été une épreuve supplémentaire, l’accès à une grande liberté a créé une panique et une impression d’abandon chez les transfuges. Une crise d’identité et même une envie de retourner en Corée du Nord a travaillé quelque temps Hyeonseo, mettant à mal les relations avec ses nouveaux amis sud-coréens mais aussi avec sa famille. J’ai trouvé ce récit très émouvant, il est touchant de savoir que cette jeune femme a parcouru seule des milliers de kilomètres, a risqué mourir ou être arrêtée si souvent et a traversé tant d’obstacles et de péripéties pour obtenir une vie simple et libre. Elle est aujourd’hui étudiante et journaliste au ministère de la Réunification. Une véritable héroïne.

Les séances de « purification de vie » : « m’enseignèrent une leçon de survie : je devais faire preuve de la plus grande discrétion, me montrer très prudente en paroles et en actes, et me méfier des autres. J’acquis ainsi peu à peu ce masque que les adultes portaient comme un second visage à force d’entraînement. »

« Suis-je nord-coréenne ? C’est là que je suis née, là que j’ai grandi. Suis-je chinoise ? Je suis devenue adulte dans ce pays. Suis-je sud-coréenne ? J’ai lu même sang que les gens d’ici, je partage la même origine ethnique. Mais comment me sentir des leurs alors qu’ici, on traite les Nord-Coréens en inférieurs ? »

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16 juin 2022 4 16 /06 /juin /2022 20:46

Berlin Berlin - Theatre Fontaine à Paris | Billets & Places

Ça n’arrive pas souvent mais je vous parle aujourd’hui d’une pièce que j’ai vue à Paris, au Théâtre Fontaine.

Berlin Est dans les années 80. Emma se fait engager comme aide-soignante chez Werner ou plutôt chez la mère de Werner qui reste cloîtrée dans sa chambre (et que le spectateur ne verra jamais). Ce n’est pas par hasard qu’elle a postulé pour cet emploi, elle connaît l’existence d’un passage secret, là, juste derrière la bibliothèque, qui permet de passer de l’autre côté du Mur en quelques coups de pioche. Son fiancé, Ludwig, la suit à contrecœur dans cette aventure et, maladroit et un peu idiot, il va multiplier les gaffes. Ce qui n’arrange en rien les choses : Werner tombe amoureux d’Emma, Ludwig se montrera jaloux, un infirmier se révèlera être un espion et Werner, agent de la Stasi, finira par emmener Ludwig aux bureaux de la Stasi, le prenant pour un précieux informateur.

Si j’ai beaucoup aimé la pièce, souri et même ri à plusieurs reprises, si mes deux ados l’ont beaucoup appréciée aussi, j’ai finalement été un peu déçue d’avoir affaire à une comédie et simplement une comédie bien ficelée. Vu le contexte, j’en espérais sans doute autre chose ; ce n’est pas avec cette intrigue que vous en allez apprendre davantage sur la Stasi. Mais on ne boude pas son plaisir entre le mini-film en 3D de l’introduction, le chant d’un ponte de la Stasi (à l’accent allemand épouvantable !), les quiproquos, le comique de répétition, les petits effets spéciaux, la dynamique de l’ensemble et surtout, l’irrésistible comique de Patrick Haudecoeur. Deux Molière 2022 sont venus récompenser les artistes.

La pièce reste visible jusqu’en juillet et les représentations reprendront en septembre.

https://www.francetvinfo.fr/pictures/9gmbn7qtj8I-46zmAK4tdUNrdAA/fit-in/720x/2022/02/11/phpjrMgT3.jpg

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13 juin 2022 1 13 /06 /juin /2022 20:17

Livre: Comme une grande, Reat Maëlle, Rivages, Virages Graphiq,  9782743655709 - Leslibraires.fr

Un entretien d’embauche est l’occasion, pour une jeune femme de se projeter dans son passé et de s’interroger sur son identité. « Pensez-vous avoir l’esprit d’équipe ? », Marie se revoit en tant qu’ado, prise entre les disputes de ses parents et son unique amie, Amandine. « Pourquoi vous plutôt qu’un autre candidat ? », Marie est une jeune femme à présent qui vit seule avec sa mère et qui a vu Amandine partir à New York. Suit une rencontre toxique, une belle femme séduit Marie, se conduit comme un parfait salaud avant de l’envoyer sur les roses. Enfin, Marie retrouve Amandine, différente et pourtant la même.

Si j’ai trouvé l’album très réussi, un air de déjà lu m’a poursuivie pendant toute ma lecture et j’ai bien peur de ne pas garder un souvenir impérissable de cette BD. Je n’ai cependant pas grand-chose à lui reprocher, le récit d’apprentissage reprend les moments-clés d’une adolescence pas aussi banale qu’il n’y semble et les dessins, simples et efficaces, respirent eux aussi une sincérité bienvenue. Rien de transcendant, pour résumer, mais un bon moment de lecture.

Comme une Grande - (Maëlle Reat) - Roman Graphique [CANAL-BD]

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