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25 août 2022 4 25 /08 /août /2022 08:30

Detail

Sachant que Dans la forêt est une sorte de coup de cœur absolu, il m’était difficile de lire un autre roman de cette autrice, je me suis donc préparée à être déçue.

D’un côté, Cerise. Elle n’a pas eu vraiment de bol dans la vie, et, après une relation foireuse avec un type qui la laisse tomber, elle se retrouve enceinte. Elle décide d’assumer cette maternité, trouve beaucoup de bonheur dans sa vie très pauvre mais heureuse avec sa fille Mélody. Toutes deux prennent du plaisir à petit-déjeuner ensemble le samedi et à passer des heures à faire du coloriage. Mais la petite fille deviendra grande, Cerise tombera sur un autre père irresponsable et c’est bientôt pour trois qu’elle va devoir joindre les deux bouts.
D’un autre côté, Anna. Photographe de talent, elle tombe enceinte quand elle est encore étudiante. Il est absolument hors de question qu’elle garde l’enfant. Elle avorte. Six ans plus tard, artiste reconnue et mariée à l’amour de sa vie, elle accouche de Lucy, une petite fille merveilleuse qui la comble jusqu’à l’arrivée d’un deuxième enfant pour qui la venue au monde sera bien moins idyllique. On s’en doute dès le début, les deux femmes vont finir par se rencontrer.

Ai-je été déçue ? Oui, tout de même. Thématique et même écriture n’ont rien à voir avec Dans la forêt, surtout, la même force ne jaillit pas aussi intensément. Ai-je aimé ce roman ? Je l’ai vite lu malgré ses 556 pages, je me suis identifiée à ces deux mères, j’ai avalé goulûment les pages mais je suis loin du coup de cœur. Très étrangement, ce sujet de la maternité m’a un peu agacée, peut-être parce que la romancière a voulu en montrer les différentes facettes de manière un peu trop clinique : quand on ne veut pas d’enfants, quand on en désire un très fort, quand on le vénère, quand on le rejette, quand on se rend compte qu’il a changé depuis ses quatre ans… Alors oui, en tant que maman, on va forcément se retrouver dans les différentes phases de cette relation mère-enfant. La violence de l’amour éprouvé pour ses enfants, toutes ses ambiguïtés et ses complexités sont bien décrites. On pourra se sentir rassurée peut-être de lire noir sur blanc ce qu’on vit au quotidien mais je crois que je n’ai pas appris grand-chose, ce livre ne m’a pas fait frissonner, m’a à peine émue. Certains passages sont excessifs, d’autres caricaturaux. Mais le tout se lit bien et vite, et force est d’admettre que cette lecture est assez addictive. Pour une lecture de vacances, ça passe bien, si vous avez envie d’approfondir ce sujet de la maternité (les hommes sont quasi absents), faites votre choix.

Je remercie la Supermaman qui m’a prêté ce livre et l'a plus aimé que moi.

L’accouchement : « Mais elle se redressa et poussa - pas parce qu'elle croyait que pousser ferait une différence, mais simplement elle ne voyait pas quoi faire d'autre, simplement il était impossible de ne pas le faire, pousser était l'unique certitude de la vie. Siècle après siècle, elle poussa. Poussa de toutes les cellules et de toutes les fibres de son corps, poussa comme si elle poussait la montagne vers Mahomet, comme si elle était Sisyphe poussant le rocher vers le haut de la colline. »

« On est toutes tellement seules, dans notre rôle de mère. On peut parler école, échanger les petites choses craquantes qu'ils disent. On peut se plaindre qu’ils nous en font voir. Mais on ne peut pas parler de l'amour terrifiant qu'on leur porte, ni avouer qu'on s'effraie nous-mêmes, en essayant de s'occuper d'eux sans perdre la boule. On ne peut pas parler de tout ce qu'ils nous apprennent, de tout ce qu'ils nous coûtent, de tout ce qu'on leur doit. »

Deuxième pavé de l’été pour le challenge de Brize !

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22 août 2022 1 22 /08 /août /2022 23:52

https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L330xH444/arton27002-bf106.jpg?1612166217

-   Une adaptation du roman de Jules Verne   -

Jules Verne, je peux adorer (Le Château des Carpathes) mais aussi grogner (Cinq semaines en ballon). Pour ne pas trop se mouiller, l’adaptation BD est une jolie alternative.

A la suite d’un pari un peu fou, un Anglais, Phileas Fogg, décide de faire le tour du monde en 80 jours seulement. Nous sommes en octobre 1872. Il y arrivera, il en est convaincu. Il embauche Passepartout, un domestique français débrouillard et polyvalent et ils partent de Londres en bateau, passent par le Port de Suez pour arriver en Inde même pas 20 jours plus tard. Si le voyage s’est fait jusque là sans encombres, Fogg est poursuivi par Fix, un détective, persuadé que Fogg est un grand voleur. Fogg et Passepartout prennent le train mais le chemin de fer n’est pas achevé, il faut donc poursuivre le voyage… à dos d’éléphant. C’est à ce moment-là que notre célèbre aventurier sauve une femme promise au sacrifice par des brahmanes. Elle accompagnera les deux hommes jusqu’à la fin. Hong-Kong. Le Japon. Après quelques tempêtes et typhon, la perte de Passepartout et les retrouvailles, la dangereuse traversée des Etats-Unis avec ses bisons et ses Sioux, Fogg prend la place d’un capitaine de bateau pour la dernière traversée entre New York et Liverpool.

J’ai beaucoup aimé cet album qui donne envie de lire le roman. Si le personnage de Fogg est agaçant au début (il n’a aucun mérite à part être riche, c’est son sous-fifre qui fait tout, et il reste enfermé dans sa cabine ou passe son temps à jouer au whist), il montre ensuite des qualités telles que la générosité, la fidélité et l’honnêteté. Son assurance et son calme implacable sont drôles. La rencontre d’autres peuples et cultures et la découverte d’autres horizons se fait presque toujours dans un climat de tolérance, étonnant pour cette fin de XIXe siècle. Les dessins rendent justice à la beauté et à la variété des paysages traversés ; c’est un album qui se lit donc facilement et dont la lecture est très agréable. A mettre entre toutes les mains.

Le Tour du monde en 80 jours - cartonné - Jean-Michel Coblence, Younn Locard  - Achat Livre ou ebook | fnac

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20 août 2022 6 20 /08 /août /2022 22:40

La loi du silence - Barbara Schmutz - Edilivre

Une courte pièce de théâtre en 4 actes.

Un homme vient de mourir. Il parle avec une « voix » invisible qui le questionne sur sa vie. Très vite, on comprend que cet homme, un pasteur décédé à 85 ans, a semé le mal toute sa vie, avec sa fausse piété, l’argent sale, son attrait pour la pornographie et surtout les attouchements qu’il a commis sur les enfants de son entourage, notamment ses propres enfants. La voix permet à l’homme de revivre certaines scènes, notamment celle entre la fille Anna et son mari, alors qu’elle vient de se faire engrosser par son père. Une autre qui prouve que le monstre a abusé sexuellement de deux nièces.

Vous l’aurez compris, cette pièce sur le viol et l’inceste est sordide et glaçante. Comment démontrer en quelques dizaines de répliques qu’un homme a passé sa vie à blesser, torturer et briser d’autres êtres. En une pseudo réponse mystico-religieuse, le responsable est laissé seul dans un endroit sombre et froid, sommé de trouver la bonne « façon d’aimer ». C’est maigre par rapport à toutes les horreurs déversées auparavant et ce livre laisse une traînée nauséabonde et malsaine dans son sillage. Certes, le sujet est à évoquer mais le cogner ainsi entre quelques pages sans lueur d’espoir et d’issue de secours, c’est dur pour le lecteur…

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16 août 2022 2 16 /08 /août /2022 18:27

La Route du retour - Jim Harrison - Babelio

La suite de Dalva m’attendait depuis quelques années déjà.

                La première partie est dédiée à Northridge, le grand-père de Dalva, celui qui a tout vu et tout vécu et qui arrive à la fin de sa vie, sur cette « » où les souvenirs prennent plus de place que le présent. Il se remémore son meilleur ami, Smith, ses enfants et petits-enfants mais aussi ce et ceux qui ont marqué son existence : une chasse à taureau sauvage, ses chiens, sa petite-fille Dalva qui s’apprête à accoucher et à faire adopter son enfant, Saule son premier amour jamais retrouvé, la mort de son fils. C’est Nelse, le fils de Dalva, celui-là même qu’elle n’a pas élevé, qui prend en charge la deuxième partie du roman. Accaparé par un amour obsessionnel, il va aussi retrouver sa véritable grand-mère, Naomi, qui prendra la parole à son tour. Une question subsiste : retrouvera-t-il sa vraie mère ? Enfin, c’est Dalva qui clôt le roman de la même manière qu’elle ferme la porte de sa vie, doucement, avec une grande tendresse.

Ah, ça n’a pas été une lecture facile, loin de là ! J’ai fait l’erreur d’emporter le roman en vacances et c’est tout sauf une lecture de plage. Digressions, retours en arrière, changements d’époque et de narrateur malmènent le lecteur. Ajoutons à cela une ambiance crépusculaire, deux narrateurs évoquent la fin de leur vie associée à une époque qui se termine, une page qui se tourne. Ce n’est pas gai mais c’est du Jim Harrison, souvent subtil, grave, profond. Certains passages éblouissants, très forts, secouent et marquent. La nature est évidemment un personnage à part entière, ses oiseaux, ses chevaux ; c’est le plus beau visage de l’Amérique, son meilleur profil. Mêlant différents tons et registres mais aussi un grand nombre de thématiques, le roman fait une belle révérence aux Indiens, il aime mêler la vie et la nature à l’art, le tout avec une sensibilité stupéfiante. La fin du roman doit être un des dénouements les plus beaux et les plus bouleversants de la littérature…  Je suis fière de l’avoir lu !

Je participe ainsi au Challenge Pavé de l’été de Brize (586 pages)

« Subsiste cette pensée mélancolique qu’on peut très bien étudier la poésie et en écrire de l'aube au crépuscule sans jamais pondre le moindre quatrain digne de ce que Keats a peut-être griffonné un jour au dos d'une enveloppe sur Hampstead Heath avant de s’en débarrasser en jugeant ces vers trop médiocres pour être conservés. Les yeux fixés sur l'averse qui brouillait les contours de la pâture, j'ai frissonné, saisi du désir fou de manger et de boire la terre, d’avaler le ciel et sa pluie, après quoi j'ai dormi et rêvé d’Adelle, de Neena, de ma mère et de Rachel, debout sous la pluie dans la pâture, un large sourire aux lèvres et me regardant derrière la fenêtre du cabinet de travail. »

« Dieu grimace sans doute et détourne la tête pour vomir, quand il n'est pas occupé ailleurs. »

 A la fin de sa vie, Dalva fait des listes de ce qu’elle a « le plus aimé sur cette terre » : « Rien de vraiment farfelu, de l'ordinaire pur et simple. Tout le monde ne peut pas être exceptionnel, même si on nous apprend au contraire. J’avais vraiment la possibilité d'accomplir ce que j'ai déjà accompli. »

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13 août 2022 6 13 /08 /août /2022 20:25

Derrière le rideau de Sara Del Giudice - BDfugue.com

Yaël, la narratrice, vit une existence heureuse en Provence, en 1938. Sa tranquillité est troublée par la découverte de son père caché derrière un grand rideau vert et une jeune femme blonde, et complètement chamboulée, quelques mois plus tard, par la mort de sa mère. Proche et complice de sa petite sœur Emilie, Yaël voit d’un mauvais œil l’arrivée à la maison d’Ophélie, la jeune femme blonde du rideau. Le père et Ophélie ne tardent pas à se marier. En 1939, être juif pose de plus en plus problème. Or, les deux filles sont juives par leur mère mais leur père est goy… elles sont elles-mêmes un peu perdues d’autant que la première loi promulguée par le régime de Vichy ne les désigne pas comme étant juives mais le second statut des Juifs de juin 41 contraint leur père à les déclarer comme telles. Comme on le sait, la « chasse aux Juifs » est ouverte et ce grand rideau vert va également servir à cacher les deux sœurs.

Je l’ai maladroitement résumée mais cette BD est une belle réussite tant pour le scénario qui fait monter la tension au fil des pages que pour le graphisme que j’ai vraiment beaucoup aimé, les traits simples font mouche, les couleurs pastel renvoient à cette époque révolue tout en douceur. La subtilité et la sobriété sont parfois plus efficaces que la violence. Si le sujet a été maintes fois traité et n’est pas sans rappeler Le Journal d’Anne Frank, le rideau qui constitue le fil directeur du récit apporte une originalité intéressant car il appuie encore un peu plus sur l’innocence de ces deux enfants. Le résultat : une œuvre touchante et sensible, tout à fait appropriée à de jeunes ados, la BD est d’ailleurs accompagnée d’un instructif glossaire.

Derrière le rideau de Sara Del Giudice - BDfugue.com

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10 août 2022 3 10 /08 /août /2022 15:48

Pinocchio - broché - Joël Pommerat, François Mouttapa, Nicolas Zouliamis -  Achat Livre | fnac

J’avais lu l’adaptation de Cendrillon il y a quelques mois, j’avais envie d’en découvrir plus sur cet auteur qui a le vent en poupe.

Un « Présentateur » nous explique la situation : Un homme solitaire décide de se mettre à sculpter un arbre tombé près de chez lui. Il façonne un modèle humain et entend, très rapidement, gémissements et cris de douleur. Le pantin se plaint « C’est long encore ? J’en ai marre. » Il réclame des habits et à manger puis revendique le droit de s’amuser et d’être riche. Le sculpteur devenu son père lui ordonne tant bien que mal d’aller à l’école. Mais bien avant d’y mettre les pieds, Pinocchio rencontre des escrocs qui l’emmènent voir une diva sur laquelle le pantin se jette. Le directeur de l’établissement, pris de pitié, donne de l’argent à Pinocchio qu’il devrait confier à son père mais Pinocchio enterre sa fortune sur les conseils des escrocs. Après un séjour en prison, Pinocchio fait encore une mauvaise rencontre et se retrouve pendu. C’est à ce moment-là que la fée le sauve et que son nez s’allonge à chaque mensonge proféré. Le pantin promet de changer, il devient un élève sérieux à l’école jusqu’à ce que « le mauvais élève » l’influence et l’attire au « pays de la vraie vie ». Des oreilles d’âne poussent alors sur sa tête. En un rien de temps, il se retrouve perdu en pleine mer puis coincé dans le ventre d’une baleine où il retrouve - miracle ! - son sculpteur de père. C’est grâce à une ruse de Pinocchio qu’ils sont enfin libres.

Je n’ai pas relu le conte de Collodi pour pouvoir réellement comparer les deux textes. J’ai été surprise de découvrir un Pinocchio cumulant tant de défauts : naïf, de mauvaise foi, ignorant, irrespectueux, ce n’est qu’à la toute fin, après l’épisode de la baleine, que le pantin deviendra garçon. Encore une fois, comme dans Cendrillon, Pommerat utilise le langage familier, modernise le conte pour produire un récit d’apprentissage fantasque et coloré. Les quelques extraits de la mise en scène que j’ai vus confirment le mélange des genres, la forte présence du merveilleux, l’humour associé à la musique et à l’art du cirque. Au-delà de la morale qui voudrait privilégier l’école, on peut y voir une belle métaphore de la vie, se casser la figure pour mieux avancer…

A noter, l'excellente collection des Ateliers Sud qui propose des documents d'accompagnement sur Pinocchio dans l'art contemporain et d'autres suppléments intéressants. 

« La fée : Est-ce que tu n’en as pas assez d'être cette sorte de créature sans cervelle ? Qui ne réfléchit à rien, qui finit en prison, cette chose un peu ridicule il faut bien le dire, ce pantin quoi ? qui va au-devant de tous les malheurs… ça ne te fatigue pas de ne pas être un vrai petit garçon ? »

« Le mauvais élève : Là où il y a la vraie vie… un endroit où on vit pas à moitié comme ici, l'endroit où on s'ennuie jamais, tu t'ennuies pas toi ici ? Tu réponds pas ? Alors dégage rentre chez toi, il fait nuit, tu vas te transformer en citrouille. Là où je vais ça s'appelle le pays de la vraie vie, c'est un endroit où il n'y a pas de temps mort. »

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6 août 2022 6 06 /08 /août /2022 10:28

Livre: L'été froid, Gianrico Carofiglio, Folio, Folio Policier,  9782072948008 - Leslibraires.fr

Comme souvent, j’ai choisi ma lecture en fonction de l’endroit où j’allais en vacances. Carofliglio est un romancier né à Bari, dans les Pouilles où j’ai bourlingué les deux dernières semaines.

A Bari et dans les alentours, en cet été 1992, la mafia règne en maître. Lorsque le fils du parrain le plus puissant, Grimaldi, est kidnappé puis retrouvé mort, c’est immédiatement le rival de Grimaldi, Lopez, qui est soupçonné. Fenoglio, un carabinier secondé par Pellechia, un homme qui n’a pas toujours été honnête, mène l’enquête… Lopez se rend, révélant tous les crimes où il a trempé, prouvant ainsi qu’il n’y est pour rien dans l’enlèvement du fils de Grimaldi. Il sera question d’enlèvement éclair, ces kidnappings qui touchent un homme qui vient de gagner illégalement de grosses sommes d’argent et qui, pour rester discret, paie rapidement la rançon sans alerter les flics. Fenoglio qui vient d’être quitté par sa femme, plonge dans une histoire sombre et sordide sous un ciel nuageux (il pleut en juillet – très exceptionnellement !) d’où le titre oxymorique du roman.

J’ignorais qu’une mafia sévissait dans les Pouilles ! L’intrigue est bien menée, les personnages intéressants, la situation géographique stimulante surtout pour moi qui ai sillonné les rues de Bari, Palese ou Santo Spirito… Il y a un je-ne-sais-quoi d’original, une écriture fluide et intelligente, une justesse dans le ton. Les discussions entre les deux flics que tout oppose sont intéressantes aussi. Carofiglio sait de quoi il parle puisqu’il a été juge du pôle anti-mafia à Bari.  Une belle pioche !

J’ai découvert en Italie que Carofiglio connaissait un grand succès, se classant parmi les auteurs les plus lus en 2022, notamment avec son dernier roman, Rancore, pas encore traduit en français.

« Lopez demanda la permission de fumer lui aussi. Il était civilisé, se dit Fenoglio. C'était un meurtrier civilisé. Il avait même l'air sympathique. Un mot absurde -sympathique- pour qualifier un homme qui avait passé sa vie à voler, faire du trafic, extorquer de l'argent et tuer sans pitié. Ce n’était la première fois que Fenoglio se faisait ce genre de réflexion. Il y avait des criminels stupides, brutaux, méchants et odieux. Ils étaient comme doivent être les criminels pour correspondre à une vision simple et rassurante du monde. Vous êtes différent de nous. Vous êtes les méchants, nous sommes les gentils. Tout est clair et déchiffrable. »

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31 juillet 2022 7 31 /07 /juillet /2022 20:24

Les oiseaux ne se retournent pas de Nadia Nakhlé - Album - Livre - Decitre

En temps de guerre, Amel doit quitter ceux qui restent de sa famille, ses grands-parents, pour survivre, elle va suivre la famille Hudhad et devenir « Nina ». Elle accepte de se taire, ne parle ni de sa maison, ni de sa religion, ni de sa véritable identité. Le voyage vers l’inconnu commence : le bus, les longues marches à pied, le camp. Nina perd la famille qui l’a acceptée en son sein et se retrouve seule. Elle croise le chemin de Bacem, un jeune homme joueur de oud et surtout déserteur, qui veut vibrer loin des canons. Au son de la musique qui les accompagne, les deux êtres perdus se lient d’amitié, l’un devient le guide de l’autre, ils se promettent soutien et protection et font un bout de route ensemble. Mais l’heure de la traversée approche et c’est Paris que les deux veulent rejoindre avec l’espoir d’un eldorado où ils trouveront enfin la paix. Mais Nina va encore une fois devoir lutter seule.

Quelle belle découverte que cet album onirique, bouleversant et envoûtant ! J’ai tourné les pages de plus en plus émue, de plus en plus charmée à la fois par la beauté des images mais autant par le sort de ces exilés que par le traitement de l’intrigue tout en douceur et en force à la fois. La musique est le fil directeur de l’œuvre qui détient elle-même une sorte d’aura musicale et magique. Noir et blanc côtoient une étincelle de couleur unique pour la plupart des cases, les volutes et courbes nous emmènent loin de notre quotidien, en compagnie de réfugiés qui sont de véritables héros. Ce sont aussi des histoires de rencontres, belles ou mauvaises, qui forgent un être ; des histoires de confiance et de dignité, des mots de poème persan et de paroles de chanson orientale. Une très belle parenthèse.

« Les oiseaux

ne se retournent pas.

 

Ils partent.

 

Exilés au cœur léger,

Âmes vagabondes,

Qui filent à travers les ombres.

 

Ils partent.

 

Naufragés du ciel,

Que le vent accompagne,

Gonflant les ailes.               

 

Ils partent.

 

Avant de revenir à toi.

L’enfant qui observe,

A la porte de leur royaume.

 

Ils murmurent :

 Viens ! L’aube attend. »

 

De belles citations comme celle-ci émaillent l’album : « Vous avez des ailes. Apprenez à les utiliser et envolez-vous. » (Djalâl Ad-Dîn Rûmi)

https://culturellementvotre.fr/wp-content/uploads/2020/07/les-oiseaux-ne-se-retournent-pas-planche-3.jpg

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27 juillet 2022 3 27 /07 /juillet /2022 20:24

Balzac et la Petite Tailleuse chinoise - Poche - Sijie Dai - Achat Livre ou  ebook | fnac

Luo et son ami le narrateur sont deux jeunes envoyés en « rééducation » dans la campagne chinoise des années 70. En effet, ils sont punis pour avoir des parents bourgeois et cultivés, ils doivent se frotter aux durs travaux de la campagne, oublier les livres désormais interdits et surtout se taire. Tout ne se passe pas comme prévu puisque le narrateur enchante les villageois en jouant du violon et Luo brille par ses talents de conteur. L’apogée de l’histoire se trouve au moment de la découverte d’une valise pleine de romans français, du Balzac, du Dumas, du Flaubert… Il s’agira de ne pas éveiller les soupçons en volant ces œuvres devenues sacrées pour nos deux lecteurs. Lorsqu’il rencontre la Petite Tailleuse chinoise, fille d’un tailleur renommé, Luo tombe amoureux d’elle, le narrateur est fasciné aussi et la jeune fille se laisse séduire, à son tour, par les histoires des romanciers du XIXè siècle.

Non, je n’avais jamais lu ce roman devenu culte… Même si je lui ai trouvé plein de qualités, je suis restée sagement assise à côté des personnages et de l’intrigue, ne parvenant ni à m’attacher à eux ni même à m’intéresser véritablement à cette histoire. J’ai sans doute un cœur de pierre ou ce livre est arrivé entre mes mains à un mauvais moment, qui sait. Bien sûr que le contraste entre la littérature française et ces Chinois que Mao a voulu éduquer à sa manière est saisissant, que le pouvoir de la lecture domine le roman et que le livre s’apparente finalement à un beau conte mais je suis restée en dehors, que voulez-vous…

Le narrateur décide de recopier des passages d’Ursule Mirouët de Balzac… sur la peau de mouton de sa veste : « Ecrire au stylo sur la peau d'un vieux mouton des montagnes n'était pas facile : elle était mate, rugueuse et, pour copier le plus de texte possible dessus, il fallait adopter une écriture minimaliste, ce qui exigeait une concentration hors normes. Lorsque je finis de barbouiller de texte sur toute la surface de la peau, jusqu’aux manches, j'avais si mal aux doigts qu'on aurait dit qu'ils étaient cassés. »

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22 juillet 2022 5 22 /07 /juillet /2022 20:23

La Contrebasse, Patrick Süskind | Livre de Poche

Dans une chambre, un contrebassiste nous parle de son instrument. Entre deux gorgées de bière, quelques notes jouées pizzicato, un fond sonore de Brahms, il évoque la contrebasse, « l’instrument le plus important de l’orchestre », on n’entend que lui, il est indispensable, mais c’est une affaire passée sous silence parce que les musiciens ont tendance à être jaloux les uns des autres. C’est un instrument cher aussi, les cordes sont hors de prix et la portée de ses sons (les plus graves qui existent) pose problème. Le musicien nous fait la démonstration : il joue un fa grave et la voisine du dessus se met aussitôt à taper son mécontentement. En réalité, la contrebasse est un instrument plutôt détestable, peu maniable, que personne n’a réellement choisi, elle est plutôt un « embarras qu’un instrument ». « Dans un appartement, elle se trouve sans cesse sur votre chemin. Elle est plantée là, avec un air si bête… » D’ailleurs la contrebasse est un frein aux relations sociales et amoureuses, notre musicien en fait les frais constamment, il est encore célibataire à 35 ans, il est amoureux de Sarah -chanteuse lyrique- qui ignore même son existence. Il hésite à jouer une fausse note pour se faire remarquer, à crier son prénom lors d’un concert.

Ce qu’on peut prendre pour une nouvelle est en réalité un monologue théâtral qui est, vous l’aurez compris, aussi drôle que spirituel. Quand le musicien règle ses comptes avec celle qui l’accompagne tous les jours depuis des années, qu’il aime et déteste à la fois, oui, ça s’apparente à une scène de ménage mais la femme aussi imposante qu’elle soit, n’a pas droit à la parole, ou si peu. Pourtant, c’est lui, le musicien, qui semble être écrasé par sa contrebasse, il crie sa solitude, son désespoir et ses espoirs ; tel un Sisyphe imbibé de bière, il ne peut se détacher de son fardeau, puisqu’il est fonctionnaire à perpétuité. C’est une tragédie. A l’origine une pièce radiophonique, ce monologue a immédiatement plu et connu un grand succès dans plusieurs pays. En France, le musicien a notamment été interprété par Jacques Villeret et Clovis Cornillac. Une lecture amusante, intelligente et rafraîchissante.

« Et parfois je la mets dans le fauteuil en rotin, là en face de moi, je l’appuie bien et je pose l’archet à côté, et je m’assois ici dans le fauteuil de cuir. Et je la regarde. Et alors je pense : quel instrument hideux ! Je vous en prie, regardez-la. Non, mais regardez-la ! Elle a l’air d’une grosse bonne femme, et vieille. Les hanches beaucoup trop basses, la taille complètement ratée, beaucoup trop marquée vers le haut, et pas assez fine ; et puis ce torse étriqué, rachitique… à vous rendre fou. »

« s’il faut que tu joues faux pour qu’elle s’aperçoive que tu existes, il vaut encore mieux qu’elle ne s’aperçoive pas que tu existes. »

De Süskind, j'avais évidemment lu Le Parfum mais aussi un recueil de nouvelles, Un combat.

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