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29 septembre 2023 5 29 /09 /septembre /2023 09:40

Gone with the wind T1 - Pierre Alary - Librairie L'Armitière

Il s’agit de l’adaptation de la première partie du roman de Margaret Mitchell.

Je vais, exceptionnellement bien sûr, faire ma feignasse et vous renvoyer au résumé du tome 1 du roman que j’ai lu en 2020.

Il faut admettre que c’est tout de même une prouesse de condenser un gros roman en quelques planches (145) de BD. Le défi est brillamment relevé, je crois que l’ambiance du roman est parfaitement retranscrite et que les choix des coupes sont impeccables (une phrase pourrait résumer cette première partie : « Le monde dans lequel Scarlett avait baigné comme dans un rêve duveteux avait été emporté par la guerre »). Autant j’ai trouvé intéressant de mettre des images sur les lieux et les événements du roman, autant j’ai été dérangée par le fait qu’on m’impose les visages, surtout ceux de Rhett Buttler, d’Ashley et de Scarlett (que j’ai trouvée un brin trop niaise). Les dessins, élégants et de facture classique, accompagnent bien cette fresque ; certains poussent le bouchon jusqu’à être très très beaux comme ces champs de coton une journée d’été. Les tons orange accentuent la vision apocalyptique du retour à la propriété de Tara, en fin d’album.

Une jolie réussite donc pour ceux qui connaissent bien Autant en emporte le vent et aussi pour ceux qui n’y connaissent rien.

Gone with the Wind (tome 1) - (Pierre Alary) - Historique [CANAL-BD]

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25 septembre 2023 1 25 /09 /septembre /2023 15:32

Sans Famille, Hector Malot | Livre de Poche

Quand j’ai vu que le challenge Les classiques c’est fantastique du mois de septembre mettait à l’honneur les classiques jeunesse, j’ai immédiatement pensé à Sans famille qui a constitué une sorte de lecture-doudou dans mon enfance. Impossible de remettre la main sur mon édition d’autrefois qui était illustrée et peut-être abrégée (j’en suis désormais quasi certaine mais je ne le saurai jamais).

                Ce n’est qu’à l’âge de huit ans que Rémi a appris que la mère Barberin avec qui il avait toujours vécu n’était pas sa mère. Enfant trouvé dont le père Barberin ne veut pas, il est recueilli par Vitalis, un « grand vieillard à barbe blanche », et ses compagnons : Joli-Cœur un petit singe, Capi, Zerbino et Dolce, les trois chiens. Tous sont à la fois musiciens et comédiens, parcourant le pays de village en village, de place publique en place publique. Et Rémi va apprendre ce métier de saltimbanque mais aussi apprendre, grâce à Vitalis, à compter, à lire, à jouer de la harpe, à chanter et à parler plusieurs langues. Mais cette vie agréable quoique difficile sera de courte durée et les événements plus ou moins dramatiques vont s’enchaîner : Vitalis sera emprisonné dans ce Paris décrit comme une jungle, Rémi sera recueilli par Mme Milligan et son fils Arthur vivant sur un bateau tiré par des chevaux, une tempête de neige perdra la plupart des animaux, Rémi va se retrouver complètement seul avec Capi avant d’être rejoint par Mattia, un garçon plus jeune, il survivra à un grisou dans une mine, il se retrouvera en Angleterre à la recherche de ses vrais parents.

Dans un roman dense (mon édition pas chère – écrit vraiment trop petit ! – comptait presque 400 pages), Rémi est un enfant qu’on plaint, qu’on admire et qu’on aime. Souvent seul, intègre, courageux, doux, fidèle, un brin naïf, il subit quand même une multitude de malheurs et de malchances ; ses qualités lui permettront de sortir des pires situations. J’ai retrouvé le charme de cette histoire touchante et prenante et de cette complicité entre Rémi et Vitalis et les animaux mais j’avais oublié (ou je ne l’ai jamais su...) que Rémi avait vécu tant de malheurs et qu’il n’était finalement resté que peu de temps avec Vitalis. Au-delà du récit initiatique parfois un peu manichéen il faut bien l’admettre, c’est un joli voyage qu’il nous est permis de faire à travers la France (et un peu l’Angleterre) du XIXe siècle. Reste à savoir quel enfant lirait ce roman actuellement ? Je n’en connais pas mais il ne faut pas hésiter à promouvoir les adaptations filmiques et les versions pour le très jeune public parce que c’est tout de même une belle histoire de revanche sur la vie avec un hommage rendu au nomadisme et – même – une petite promotion pour le théâtre. Je suis ravie d’être enfin retournée vers ces souvenirs d’enfance.

Vitalis coupe les pantalons de Rémi à hauteur de genou pour qu’il ait l’air italien : « Que sommes-nous ? Des artistes, n'est-ce pas ? Des comédiens qui, par leur seul aspect, doivent provoquer la curiosité. Crois-tu que si nous allions tantôt sur la place publique habillés comme des bourgeois ou des paysans, nous forcerions les gens à nous regarder et à s'arrêter autour de nous ? Non, n'est-ce pas ? Apprends donc que dans la vie, le paraître est quelquefois indispensable. Cela est fâcheux, mais nous n'y pouvons rien. »

« En avant ! Le monde était ouvert devant moi : je pouvais tourner mes pas du côté du nord ou du sud, de l'ouest ou de l'est selon mon caprice. Bien que n'étant qu'un enfant, j'étais mon maître. »

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24 septembre 2023 7 24 /09 /septembre /2023 11:14

Vol de nuit, Antoine de Saint-Exupéry – Les livres que je lis

         Dans les années 30, les pilotes de l’Aéropostale acheminent le courrier de nuit, quelque part en Patagonie. Leur métier est difficile, complexe, pointu, dangereux. Leur chef, Rivière, malgré sa sévérité apparente n’en demeure pas moins sensible et aux aguets d’une moindre problème. Justement, cette nuit-là, les orages éclatent partout et pour le pilote Fabien, il n’y a plus une faille par laquelle s’échapper, plus un espoir auquel se raccrocher. Le héros devient personnage de tragédie.

         Même si j’ai un rapport à l’avion un peu particulier (mon rêve est de voler mais comme ce n’est pas moi qui pilote l’engin^^, j’en ai peur), il faut admettre que la thématique n’avait pas forcément de quoi me charmer. Et pourtant... et pourtant, l’auteur sait nous emporter vers un ailleurs universel, il sait prendre de la hauteur pour évoquer la vie et la mort avec pudeur et noblesse. Sa plume est superbe, de nombreuses phrases sont de fines étoiles étincelantes ; cette beauté m’a finalement peu surprise, quand on pense que nous avons à faire à l’auteur du Petit Prince. La poésie à fleur de peau enjolive le noir destin et rend l’homme superbe mais si minuscule dans ce vaste monde.

« Maintenant au cœur de la nuit comme un veilleur, il découvre que la nuit montre l'homme : ces appels, ces lumières, cette inquiétude. Cette simple étoile dans l'ombre : l'isolement d'une maison. L'une s'éteint : c'est une maison qui se ferme sur son amour. »

« Rivière, sortit pour tromper l'attente et la nuit lui apparut vide, comme un théâtre sans acteur. « Une telle nuit qui se perd ! » Il regardait avec rancune par la fenêtre, ce ciel découvert, enrichi d'étoiles, ce balisage divin, cette lune, l’or d'une telle nuit dilapidé. »

Fabien revêt son uniforme sous les yeux de sa femme : « Il s’habillait. Pour cette fête, il choisissait les étoffes les plus rudes, les cuirs les plus lourds, il s'habillait comme un paysan. Plus il devenait lourd, plus elle admirait. Elle-même bouclait cette ceinture, tirait ses bottes. »

Vol de nuit - Livre de Antoine De Saint-Exupéry      Vol de nuit - Poche - Antoine de Saint-Exupéry - Achat Livre ou ebook | fnac

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21 septembre 2023 4 21 /09 /septembre /2023 11:50

Liam est un homme qui a toujours eu besoin de vivre isolé, en pleine nature. Il est tombé amoureux d’Ava qui a accepté de le suivre dans cette maison recluse, a accepté de le voir partir régulièrement des jours entiers pour chasser mais elle a tenu bon quant à son désir d’enfant. Le petit Aru, âgé désormais de cinq ans, se fait toujours une joie d’accueillir son père après ses longues absences. Mais ce jour-là, Liam découvre le cadavre de sa femme, attaqué par un ours et un petit Aru désespéré. Ne sachant que trop faire de cet enfant trop vulnérable pour le suivre lors de ses expéditions, il veut le confier à un oncle, à la ville. Mais il doit essuyer un refus catégorique. Il repart donc avec son fils qu’il ne parvient pas véritablement à aimer vers le lac où Ava voulait le faire baptiser. Des obstacles et des contretemps vont perturber ce road-trip déjà très long et vont aussi modifier la relation père-fils.

C’est un roman qui se lit très bien mais Sandrine Collette use et abuse des ingrédients déjà utilisés auparavant : un environnement hostile, des êtres perdus au milieu de nulle part entourés de milliers de dangers, la proximité de la mort. Je crois que je me suis un peu lassée mais je ne peux nier avoir apprécier cette (courte) lecture. Je ne me souviens pas que l’autrice s’était amusée, dans ses précédents romans, à supprimer les virgules et chambouler la ponctuation. C’est plutôt réussi ici, on s’y perd pour mieux s’y retrouver à l’image des deux protagonistes. L’écriture m’a donc séduite pour certains passages qui respirent la poésie et d’autres qui permettent de réfléchir à notre petite condition d’humain. La langue orale et spontanée de Liam m’a tout de même parfois refroidie et, surtout, dans l’ensemble, je n'ai été ni surprise ni bouleversée par l’histoire narrée. Je deviens difficile, n’est-ce pas...

C’est tout de même mon septième roman de Sandrine Collette et mon préféré reste Les larmes noires sur la terre qui n’est pas un polar.

Père et fils entendent des loups au loin : « A vrai dire on s'est redressés tous les deux et je remarque la tension similaire de nos corps penchés en avant et pourtant on sait lui et moi que les loups sont trop éloignés on ne les verra pas. C'est plutôt la fascination du marin quand le chant des sirènes résonne sur la mer, quelque chose d'irrépressible qui brille au fond de nos ventres et vient chercher une vieille connivence oubliée du temps où l'univers était une sorte de fusion, j'ai du mal à expliquer pourtant ce temps-là je crois qu'il n'y avait pas ces haines et ces peurs, en ce temps-là, on était des loups et les loups étaient des hommes, ça ne faisait pas la différence on était le monde. »

« En vrai c'est la lueur éperdue dans ses yeux bleus qui me rend dingue, cette lueur qui me cherche simplement pour s'accrocher à moi, pour que j'ouvre une brèche, une possibilité, la largeur de mes bras et cette quête-là, cette prière muette, je n'y arrive pas il peut toujours rêver. La seule chose qu'il demande le gosse, c'est un peu de tendresse un truc comme ça. Il ne le dit pas c'est invisible sauf que c'est tellement là que l'air en frissonne, et je sens les vibrations vers moi que je repousse d'un geste de la main et je voudrais lui dire que ce n'est pas la peine, la tendresse je n'en ai pas du tout ou pas pour lui, on n'est plus que deux et ce n'est pas pour ça que je vais me rabattre sur lui. »

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18 septembre 2023 1 18 /09 /septembre /2023 11:37

Jours de sable - Aimée De jongh - Librairie Le Forum du Livre

John Clark est un jeune photographe américain qui se voit offrir un reportage susceptible de lancer sa carrière : se rendre dans une partie de l’Oklahoma pour rendre compte des difficultés de ses habitants. En effet, en 1937, et ce depuis sept ans, la sécheresse sévit : il ne pleut plus et des tempêtes de poussière ravagent les plantations et mettent en péril la santé des gens qui, bien souvent, fuient vers la Californie. John a une série d’objectifs à atteindre comme photographier une tempête de poussière, l’intérieur d’une maison, une famille sur le départ, des enfants orphelins, etc. Après une première phase où il accomplit très sérieusement et docilement ses devoirs, il fait la rencontre de Betty, une femme enceinte qui a perdu son mari cinq mois plus tôt. En pénétrant dans l’intimité de toute une famille, John se rend compte que le pouvoir des images est bien faible quant il s’agit de prouver la détresse de toute une population.

Je ne savais pas à quoi m’attendre avec ce titre, je ne connaissais que très vaguement la situation de cette région des Etats-Unis pendant la Grande Dépression et j’ai été bluffée par le travail de documentation de l’autrice-dessinatrice autant que par le dessin qui parvient si bien à représenter la poussière (pas évident...). Des années durant, le cauchemar a continué, certaines images sont marquantes comme ce sable qui s’amoncelle au creux des fauteuils d’une maison abandonnée, les enfants qui portent un masque à gaz et qui toussent, la pelle qui est l’ustensile indispensable de survie, le ciel devenu noir les jours de tempêtes de poussière. Mais l’autrice met également en avant, et c’est assez paradoxal pour un album graphique, la potentielle manipulation de l’image : la photographie qu’on a sous les yeux peut être une mise en scène (le cas d’Arthur Rothstein est resté célèbre : il déplaçait un même crâne de bovin où bon lui semblait pour intensifier l’impression de sécheresse sur un sol craquelé, par exemple) et le mensonge qu’implique la photo est évidemment encore plus prégnant de nos jours. Une très belle et intéressante découverte donc que ce gros album roboratif de 277 planches complété par un dossier photographique et explicatif. Allez, ... coup de cœur !

« S’il me fallait décrire mon séjour dans le Dust Bowl... je parlerais de la douleur cinglante quand le vent poussiéreux fouettait ma peau. Je dirais à quel point on a l’impression de suffoquer à chaque inspiration, à cause de la poussière. Je raconterais comment s’érode peu à peu l’âme humaine après des jours de sable. Rien de tout cela ne peut être capté par un appareil. »

J'avais déjà aimé Soixante printemps en hiver d'Aimée de Jongh

https://www.actuabd.com/local/cache-vignettes/L720xH855/p3-6-1abd5.jpg?1637699016

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16 septembre 2023 6 16 /09 /septembre /2023 08:43

Ouasmok ?

Me revoilà avec du théâtre ! et avec un auteur que j’avais déjà évoqué pour Lys Martagon.

Pierre aborde Léa. Pierre et Léa sont en cinquième. Il lui avoue qu’il la suit depuis un moment, épie ses mouvements, a compris qu’elle n’a pas une vie facile. Elle ne répond pas tout de suite puis se laisse emporter par la fougue du garçon. Ils s’inventent un univers délirant, vont jusqu’à s’emménager un appartement dans le haut d’un clocher, y installer des livres de philosophie orientale, des bougies, une collection de papillons séchés, mais ils vont aussi se marier, avoir des jumeaux, et puis divorcer, car il faut penser à tout.

Une étincelle. C’est bref, très intense mais éphémère. C’est ce que j’aime chez ce dramaturge, ne pas nous faire croire que c’est éternel, grandiose et unique. Parce que la vie n’est pas comme ça. Comme Lys Martagon, Pierre et Léa sont des allumés rêveurs ou des rêveurs allumés qui croient à une magie invisible et à un monde meilleur... mais ils n’y croient plus deux heures plus tard parce qu’il faut pas déconner quand même, « c’était pour rire ». Encore une bonne petite pièce (que c’est court, tout de même !) qui doit être délicieuse à voir, à jouer ou à faire jouer.

« Pierre. – Salut.

Léa. – ...

Pierre. – Salut.

Léa. – ...

Pierre. – Salut.

Léa. – ...

Pierre. – Ouasmok ?

Léa. – Pardon.

Pierre. – Comment tu t’appelles ? C’est de l’arabe. T’as quel âge ? T’habites où ? T’es fille unique ? T’étais où en vacances ? T’es partie avec tes parents ? T’as fait quoi ?

Léa. – Pourquoi je te répondrai ? On ne se connaît même pas il me semble.

Pierre. – Justement, c’est une méthode révolutionnaire. Grâce à ce principe, on se connaît plus vite et on sait tout de suite si on a une chance de former un couple heureux. C’est génial. Non ? »

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12 septembre 2023 2 12 /09 /septembre /2023 09:36

Livrenpoche : Acheter d'occasion le livre La petite femelle - Philippe  Jaenada - livre d'occasion

Il était grand temps que je découvre cet auteur. Un regret ? Ne pas l’avoir lu plus tôt !

Née en 1927, Pauline Dubuisson a grandi auprès d’une mère sans caractère, incapable de tendresse, et d’un père autoritaire qui lui apprend à être forte, impassible, à ne jamais montrer ses sentiments. Mûre très tôt, intelligente, elle se blinde à chaque épreuve, comme on lui a appris. A 11 ans, elle entend son père parler de suicide comme d’un acte « naturel et parfois salutaire », concevable et permis. Son adolescence se fera pendant la 2è Guerre mondiale et son homme d’affaires de père l’incitera à copiner avec les Allemands pour arrondir les angles. Parmi ses premiers amants, il y a ce médecin-chef allemand de 35 ans son aîné. Après son bac, des études de médecine l’emmènent à Lyon en 1947 puis à Lille où elle rencontre Félix Bailly, un beau jeune homme qu’elle initie à l’amour et à la sexualité. Indépendante, elle refuse de se marier avec lui car, à l’époque, ça signifie mettre une croix sur sa carrière de médecin au profit des enfants, du ménage, du linge. Elle aura d’autres amants avant de comprendre que c’est tout de même Félix qu’elle aime. Pourtant, ayant eu vent de ses infidélités, il la quittera pour se fiancer avec une certaine Monique, bien plus pure et innocente que Pauline... Cette dernière ne s’en remet pas, elle est désormais sûre d’aimer profondément Félix, et, rejetée par lui (en partie seulement parce que pour passer une nuit avec elle, il ne dit pas non), elle voudra mourir. Le moment du drame tourne en tragédie en mars 1951 puisque Pauline, au lieu de se tirer une balle dans la tête devant Félix, retourne l’arme contre le jeune homme et le tue en trois coups. La presse et l’opinion publique vont alors se liguer en une véritable cabale anti-Pauline la traitant de menteuse calculatrice, d’« orgueilleuse sanguinaire », de « monstre » qui a toujours eu "le diable au corps". Mal défendue lors d’un procès honteusement truffé de mensonges, elle tente en vain de se suicider puis totalisera neuf ans d’emprisonnement et de travaux forcés dont elle pourra réchapper grâce à sa conduite exemplaire, en 1960.

 Jaenada revêt la robe d’un avocat redoutablement efficace et convaincant. Par un travail de documentation de fourmi génialissime, il revient sur chaque épisode de la vie de Pauline sans chercher à modifier la vérité, sans inventer quoi que ce soit mais il faut admettre que ses commentaires – nombreux – tombent toujours justes et amènent le lecteur à la réflexion. Pauline a fricoté avec de jeunes Allemands pendant l’Occupation ? Oui mais il n’y avait qu’eux pour des adolescentes françaises en mal d’histoire d’amour. Pauline se montre insensible et froide ? Son père l’a éduquée ainsi. Au-delà de cette enquête absolument passionnante (au-delà de l’histoire de Pauline, ce sont des injustices réservées aux femmes qui sont décrites), je découvre aussi le style de ce romancier un peu fou. Par une écriture survoltée, excessive, frisant l’absurde, l’auteur innove en matière de comparaisons loufoques, il s’adonne aux longues phrases mais, surtout, surtout, il est le maître des parenthèses et des digressions. Comme un randonneur qui dévierait souvent de son parcours initialement prévu, il s’éloigne de son sujet mais y revient toujours, plus fort de ses courtes escapades. Philippe Jaenada se dévoile sans fard et sans pudeur, il met beaucoup de lui (de sa femme, de son fils) dans son roman. Défenseur de la condition féminine pour une époque où être femme ou animal la différence était minime, il consacre toute son énergie à cette femme éminemment féministe, indépendante, libre. C’est drôle, intelligent, délicieux à lire (malgré les 720 pages) Que dire de plus ? J’ai adoré de bout en bout, ce fut une belle révélation, n’ayons pas peur des mots. Merci au généreux prêteur 😉

« Plus je m’enfonce l'histoire de Pauline, plus je suis consterné (c'est peu dire, j'en rêve presque toutes les nuits et me réveille en sueur et sur les nerfs) par tout ce qu'on a prétendu ou affirmé sur son compte dans le but de l'éliminer, à coup sûr de la société.) »

La demande en mariage de Félix : « Ça doit la déconcerter, Pauline. La toucher aussi, je suppose, mais la laissée pantoise. Ce garçon est impulsif. Soit il s'en veut d'avoir fauté, de les avoir souillés tous les deux, et son sens de l'honneur lui ordonne de réparer sur-le-champ ; soit il respecte son plan de carrière conjugale : la première est la bonne, ce qui est dit est dit, soit, et c'est ce que je crois, ce qu'il a vécu la veille est une telle révélation, un bouleversement sentimentalo-sensuel, si intense et profond qu'il est persuadé de se trouver face au grand amour qui n'arrive qu'une fois dans une vie, comme en poussin qui voit une chèvre en sortant de son œuf croit que c'est sa mère. »

« Voilà, la petite femelle est en cage. Dehors, on va pouvoir s’en donner à cœur joie, elle va comprendre sa douleur, c’est parti mon kiki. C'est maintenant que vieux messieurs et dames aigries vont passer à l'action. »

 

Je participe encore une fois avec plaisir au challenge Pavés de l'été de La petite liste.

 

mais aussi au Challenge Les épais de l'été, organisé chez Dasola par ta d loi du ciné 

Challenge Les épais de l'été 2023

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9 septembre 2023 6 09 /09 /septembre /2023 11:11

Hypericon

                 Teresa, une brillante étudiante en archéologie, se rend à Berlin pour accompagner l’installation de l’exposition du trésor de Toutankhamon. Elle y rencontre Ruben qui est son parfait opposé tant il est épicurien, désinvolte là où elle est hésitante et anxieuse. En parallèle, quelque part en Egypte, en 1922, un archéologue nommé Howard Carter, malgré le maigre budget restant, s’obstine à fouiller une parcelle restée inexplorée... et y trouvera la fameuse tombe du pharaon Toutankhamon. Son journal de bord devient le livre de chevet de Teresa et son occupation lors de ses nombreuses nuits d’insomnie.

En croisant deux époques tellement éloignées, l’autrice y trouve des points communs et insiste aussi sur la brièveté de la vie et la fugitivité de l’instant présent. L’hypericon, c’est le nom latin du millepertuis, cette plante qu’utilise Teresa et qu’on retrouve aussi dans le tombeau du pharaon. J’ai apprécié ce roman graphique, d’une part il y a cette découverte extraordinaire en Egypte (c’est ce que j’ai préféré) et d’autre part ce couple en devenir, leurs parties de jambe en l’air, leurs jeux du chat et la souris, la découverte de cette formidable ville de Berlin (décrite avec justesse) à une époque où l’attentat du 11 septembre va bouleverser la population. Les dessins, simples mais élégants (la couleur or domine dans les planches réservées à Toutankhamon) m’ont plu et les deux histoires ne se contentent pas de suivre une trame linéaire mais, par des ellipses et des tâtonnements, apportent un peu de magie et de poésie à cette grande Histoire toujours en train de s’écrire.

La fameuse découverte de Carter : « Puis, au fur et à mesure que mes yeux s’habituent à l'obscurité, je vois une chambre. A l'intérieur, quelque chose scintille à la lueur de la bougie. Des statues aux formes étranges. De l'or partout. Des merveilles. »

Berlin : « cette ville dans laquelle je viens de débarquer est un méli-mélo inextricable, un labyrinthe sans murs mais parsemé d’indices dispersés qui permettent de passer d’un endroit à un autre, à chaque fois différente, et absolument unique, délirant, inclassable. »

Hypericon, bd chez Dargaud de Fior

Hypericon - (Manuele Fior) - Comédie [CANAL-BD]

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6 septembre 2023 3 06 /09 /septembre /2023 11:15

Mon maître et mon vainqueur - François-Henri Désérable - Librairie  L'Armitière

          Le narrateur et ami de Vasco va témoigner chez le juge. Vasco, conservateur à la BnF, est tombé éperdument amoureux de Tina, une comédienne mariée à Edgar et mère de jumeaux de 18 mois. Entre Tina et Vasco, l’amour pour Rimbaud et Verlaine va les rapprocher, mais surtout le sexe avec ce qu’il a de plus instinctif, bestial, explosif. Tina ment régulièrement à son mari qu’elle prétend pourtant aimer aussi pour retrouver son amant. Une passion dévoreuse abîme les deux qui se quittent, se retrouvent, se déchirent, se requittent, se manquent. Le mariage de Tina et Edgar est pourtant prévu... Vasco écrit des poèmes, se ruine pour offrir à son amante le revolver qui a permis à Verlaine de tirer sur Rimbaud, il s’isole, se morfond, périclite, veut mourir, veut récupérer Tina.

C’est dans un récit morcelé, avec des va-et-vient entre le présent et le passé, que se dessine l’histoire d’amour ou plutôt les deux histoires d’amour contenues dans ce roman. Si j’ai beaucoup aimé les références littéraires, les inclusions de citations de Verlaine, Rimbaud ou encore Baudelaire, j’ai encore davantage apprécié les petites pointes d’humour qui permettaient à l’ensemble de se lire avec une fluidité agréable. Mais je n’ai absolument pas réussi à m’attacher à Tina qui m’a agacée de bout en bout. Et puis, surtout, l’histoire se résume à une affaire d’adultère avec ses clichés et ses différentes étapes ou quand l’amour copine si bien avec la mort... puisque toute la narration se fait chez un juge, le lecteur se dit d’emblée que ça va mal finir. C’était donc une parfaite lecture de vacances pour moi, divertissante et légère mais pas indispensable. (Mention spéciale tout de même à la couverture et au titre)  

Le passage est trop long pour être cité mais j’aime l’idée de rangement de bibliothèque de Tina : les livres sont classés selon la cote d’amour de la lectrice. En haut à gauche, la crème de la crème, pour glisser doucement vers le moins bon, et, en bas à droite, des livres nuls et sans aucun intérêt.

« la rupture amoureuse est pire que la mort, c'est le deuil pour soi-même d'une personne encore en vie, que d’autres pourront voir et entendre et sentir et toucher. »

Margaux : « Elle avait la connerie absolue comme d’autres ont l’oreille. Sa conversation était creuse, insipide ; et puis elle était d’une jovialité, d’une équanimité déprimante : tout, tout le temps, était toujours génial, ou canon, ou chanmé. »

Les cousins d’Edgar sont très chics, « parfaitement sanglés dans leur costume, à croire que porter un costume ils avaient fait ça toute leur vie, et qu’ils avaient poussé leurs premiers vagissements à cause d’un nœud de cravate qui le serrait un peu trop. »

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3 septembre 2023 7 03 /09 /septembre /2023 09:45

VEILLER SUR ELLE | Libraire de Plaisance

Michelangelo alias Mimo naît en Italie en 1904 mais ses parents émigrent en France : son père sculpteur décède prématurément et sa mère préfère le confier, à l’âge de douze ans, à un oncle de Pietra d’Alba, en Italie, pour qu’il apprenne le métier de sculpteur. Apprendre, il ne le fera pas tant que ça puisque non seulement Zio Alberto est un fainéant toujours ivre mais, surtout, Mimo a un talent inné pour cet art de la sculpture. Très tôt, malgré les quolibets qu’il essuie à cause de son nanisme, il réalise des merveilles d’une beauté et d’une originalité sans pareilles. La rencontre avec Viola Orsini, fille d’une riche famille d’héritiers qui règne sur la région, sera décisive pour toute la vie de Mimo : créature aussi impertinente que céleste qui écoute les morts, se couche sur les pierres tombales, se souvient de tout ce qu’elle lit, rêve de voler, se lie d’amitié avec une ourse, et devient « démiurge » de la vie Mimo. Mais les aléas de la vie vont séparer les deux amis, l’une va se retrouver grièvement blessée tandis que l’autre - après maintes pérégrinations et infortunes - va gravir les échelons du succès. Mais j’en dis déjà trop...

Après deux coups de cœur (Cent millions d’années et un jour et Des diables et des saints) du même auteur, la barre était placée très haut pour ce roman. A la fois récit d’aventure, Bildungsroman, livre sur la sculpture, roman à suspense, apologie de la différence, ce texte est aussi un éloge de l’amitié. Le tout est nimbé de bout en bout d’un charme italien qui traverse les décennies du XXè siècle : guerres, fascisme et antifascisme, Cinecittà, séismes, tout y passe. Riche et dense comme un ouvrage de Luca Di Fulvio, virevoltant et coloré comme un Carlos Ruiz Zafón, Veiller sur elle se distingue surtout par une alchimie mystérieuse, une magie qui opère à chaque page et se clôt par un dénouement grandiose. L’admirable plume de Jean-Baptiste Andrea magnifie cette intrigue envoûtante. Ce roman vient de recevoir le Prix du roman Fnac 2023 et, au vu des critiques (quasi) unanimes, il ne se contentera pas d’une seule récompense. (edit 5 septembre : on vient d'apprendre qu'il fait partie de la Première Sélection du Prix Goncourt). Je crois cependant que Cent millions d'années et un jour et Des diables et des saints méritent aussi une ovation ... (oui je les ai préférés !)

« Elle me sourit, un sourire qui dura trente ans, au coin duquel je me suspendis pour franchir bien des gouffres. »

« Viola était une funambule en équilibre sur une frontière trouble tracée entre deux mondes. Certains diront entre la raison et la folie. Je me bâtis à plus d'une reprise, parfois physiquement, contre ceux qui l'accusaient d'être folle. »

« Je n’ai jamais retrouvé la douceur des printemps de Pietra d’Alba, quand l'aube durait tout le jour. Les pierres du village en agrippaient le rose et le passaient à tout ce qui pouvait le refléter, carreaux, métaux, inclusions de mica dans les affleurements rocheux, source miraculeuse, jusqu'aux yeux des habitants. Le rose ne s'éteignait que quand le dernier homme s'endormait, car même à la nuit tombée, il survivait dans le regard qu'un garçon posait parfois sur une fille sous la lumière des lampions. Le lendemain, tout recommençait. Pietra d’Alba, pierre d’aube. »

« Moi aussi, un jour, j'ai cru que j'avais du talent. J'ai compris depuis qu'on ne peut pas avoir du talent. Le talent ne se possède pas. C'est un nuage de vapeur que tu passes ta vie à essayer de retenir. Et pour retenir quelque chose, il faut deux bras. »

« Sculpter, c'est très simple. C'est juste enlever des couches d'histoire, d'anecdotes, celles qui sont inutiles, jusqu'à atteindre l'histoire qui nous concerne tous, toi et moi et cette ville et le pays entier, l'histoire qu'on ne peut plus réduire sans l'endommager. Et c'est là qu'il faut arrêter de frapper. Tu comprends ? »

Avec ses 581 pages, ce roman participe au challenge des Pavés de l’été du blog la petite liste.

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