
Tout démarre par une photographie de la mère « sous les traits d’une collégienne imposante, au visage rond empreint de cette assurance caractéristique, me semble-t-il, de l’ère victorienne. » Les portraits de la mère et du père de Doris sont dressés : lui, banquier, souffre d’avoir été amputé d’une jambe lors de la Première guerre mondiale et surtout d’avoir vu toutes ces horreurs, elle, infirmière, est frustrée de n’avoir pas pu devenir officier de la marine malgré son intelligence. Après un séjour dans l’actuelle Iran où naît Doris, la famille retrouve l’Angleterre déprimante et décevante avant de s’installer au Kenya. Entre une mère inventive, organisée et dynamique mais toujours frustrée ne pas vivre autrement et un père obsédé par la recherche de l’or, Doris grandit en s’opposant à ce schéma maternel. Divorçant deux fois, elle n’aura de cesse de décevoir une mère froide et distante, raciste et hautaine.
Sans vouloir me vanter, je crois qu’il est assez idéal de commencer par ce titre pour découvrir l’œuvre de Doris Lessing, le début de sa vie, les prémices de son esprit rebelle, son expérience africaine évidemment formatrice, son amour de la littérature et de l’écriture, son engagement futur. Elle ne parle pourtant presque que de ses parents dans ce livre, de sa mère surtout, utilisant la 3e personne pour parler d’elle-même (« sa fille semblait n’avoir aucun besoin de son aide. Elle continuait de passer son temps dans ce groupe, où tous étaient communistes et amis des cafres. ») Si tout oppose mère et fille, elles sont tout de même réunies sous ce titre « filles impertinentes », chacune ayant lutté contre vents et marées pour se distinguer des autres, s’imposer, chacune défendant sa propre définition du mot liberté. C’est un très beau livre servi par une écriture attachante qui donne envie de découvrir d’autres ouvrages de cette autrice.
Le prix Nobel de Littérature est décerné à Doris Lessing alors âgée de 88 ans en 2007. Elle devient ainsi la onzième femme et l’écrivain le plus âgé à recevoir ce prix. Ce qui me permet de participer au challenge Les classiques c’est fantastique du mois d’octobre qui met à l’honneur les anciens Goncourt ou Nobel.
« En sortant du mariage, je savais que je mettais fin à une fatalité invisible mais invincible qui avait forcé mon père, jadis plein de force, de santé et de beauté, à devenir un homme grincheux, brisé par la guerre, aspirant à mourir à soixante ans, et qui avait changé ma mère si forte, intelligente et compétente en une femme maladive, névrosée, malheureuse. »













