
Le hasard nous réserve de petites surprises bien sympathiques et il se trouve que c’est le deuxième recueil épistolaire que je lis en une semaine (alors que c’est une denrée rare, il faut bien l’admettre). Pour la petite histoire, j’ai choisi ce titre parce qu’à ma bibliothèque, il jouxtait Handke.
Nous avons là un véritable échange de lettres authentiques (amis de la redondance, bonjour) entre l’autrice, Helene Hanff et les employés d’une librairie d’occasion de Londres, Marks & Co, située au 84 Charing Cross Road. Octobre 1949 : une écrivaine fauchée vit à New-York. Elle est tombée sur une publicité vantant les prestations d’une librairie londonienne spécialisée dans les livres épuisés. Et elle se met à commander des livres, on lui envoie, elle réécrit, on lui répond, elle en commande encore et encore. L’échange entre Helene et Frank Doel va s’élargir à d’autres employés de la librairie, à la femme de Frank, à ses filles… Helene va plaire de plus en plus, ses lettres sont attendues d’autant qu’elle envoie régulièrement d’Amérique des colis de nourriture très appréciés en ces temps de crise en Angleterre. Les échanges s’espacent mais ne cessent pas pour autant et cette correspondance va durer de 1949 à 1969.
Quel livre charmant ! Est-ce parce qu’on s’attache d’emblée aux protagonistes ? Ou parce qu’on nous plonge dans une époque de rationnement où il était difficile de trouver des œufs frais ? Ou est-ce cette langue si belle, cette manière courtoise de communiquer qui séduit ? Un peu de tout cela sans doute. Savoir que des livres ont créé un pont entre l’Angleterre et les Etats-Unis, ont permis de nouer des liens forts autour de la lecture, des conseils de lecture, des auteurs tels Jane Austen, Tocqueville, Platon, Kenneth Grahame, Catulle ou Stevenson (ou encore d’autres moins connus) fait soupirer de bonheur. La magie opère, on tourne les pages avec délice, regrettant qu’il n’y en ait pas plus. Sans doute que beaucoup connaissent l’adaptation cinéma de David Hugh Jones avec Anthony Hopkins et Anne Bancroft.

« Cher Frank :
Voulais vous écrire le jour où j'ai reçu le Pêcheur, juste pour vous remercier, les gravures à elles seules valent dix fois le prix du livre. Quel monde étrange que le nôtre où on peut posséder une chose aussi belle à vie pour le prix d'un ticket pour un grand cinéma de Broadway, ou pour le 1/50 du prix d’une couronne chez le dentiste !
Enfin, si le prix de vos livres correspondait à leur vraie valeur, je ne pourrais pas me les offrir !
Vous serez stupéfait d'apprendre que moi qui n'aime pas les romans j'ai fini par me mettre à Jane Austen et me suis prise de passion pour Orgueil et préjugé, que je ne pourrai pas arriver à rendre à la bibliothèque avant que vous ne m'en ayez trouvé un exemplaire.
Cordiales pensées à Nora et aux esclaves.
HH »












