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12 juin 2023 1 12 /06 /juin /2023 09:23

Le poney rouge - John Steinbeck - Librairie Mollat Bordeaux

Jody Tiflin est un garçon de dix ans « avec des cheveux comme de l’herbe jaune et poussiéreuse, des yeux gris timides et polis, et une bouche qui remuait quand il pensait. » Il vit dans une grande ferme non loin de Salinas, avec ses parents et Billy Buck, le vacher qui est aussi un spécialiste des chevaux. Quand arrive un petit poney rouge nommé Gabilan au ranch, Jody se prend immédiatement d’affection pour lui, c’est grâce à lui qu’il se lève immédiatement le matin, bien avant le triangle que fait résonner sa mère en guise de réveil. Il s’en occupe avec attention et tendresse, le brosse, l’étrille, l’habitue au licol, le dresse jusqu’au jour où le petit poney essuie une grosse averse ; il tombe malade et malgré le détachement de Billy, son état s’aggrave. Si Jody continue à être aux petits soins, l’état de l’animal empire et Billy reconnaît que, contrairement à ses pronostics, il ne va pas tarder à mourir. La peine de Jody est immense et, le jour de sa mort, il se défoule sur un busard, le poignardant violemment. Mais la vie continue et après quelques (rares) événements qui ponctuent le quotidien du ranch, les mois passent et une promesse est faite à Jody : le poulain que porte la jument Nellie sera pour lui, rien qu’à lui. Une grossesse de jument - onze mois - c’est très long quand on attend impatiemment comme Jody. La mise bas ne va pas se passer aussi bien que prévu…

Ce court roman classé Littérature de jeunesse dort depuis longtemps dans ma PAL, depuis qu’il a été retiré du dépôt de mon collège. En effet, même si le héros est un petit garçon, le style, les nombreuses descriptions, les tragédies du roman me contraignent à dire qu’il ne conviendrait peut-être pas à un jeune lectorat sauf si, à la rigueur, il est passionné par les chevaux. J’ai trouvé l’histoire violente de bout en bout, l’éducation de ce garçon à la dure (c’est une autre époque n’est-ce pas), ses rêves brisés les uns après les autres, cette solitude qui le contraint à apprendre seul et isolé de tous (il n’y a presque aucun autre enfant dans l’histoire). Le roman se termine de manière abrupte, la jument est tuée à coups de marteau par Billy pour pouvoir mettre entre les bras de Jody le poulain tant attendu. Steinbeck manie la plume comme une épée et la brièveté du roman lui permet d’aller à l’essentiel, sans concession ni détour, et de décrire la dureté de la vie. J’ai aimé la force du récit, la cruauté réaliste de la vie décrite, la nature indifférente face aux malheurs de l’homme, ces thèmes si chers à Steinbeck.

L’incipit : « Au lever du jour, Billy Buck surgit de la baraque et resta un moment sous la véranda à regarder le ciel. C’était un petit homme large aux jambes arquées avec une moustache de morse, des mains carrées à la paume renflée et musclée. Ses yeux contemplatifs étaient d’un gris aqueux et ses cheveux, pleins d’épis et délavés par les intempéries, s’échappaient de son chapeau Stetson. »

Les garçons de son âge jalousent Jody maintenant qu’il a un cheval : « Ils savaient par instinct qu’un homme à cheval est, spirituellement aussi bien que physiquement, plus grand qu’un homme à pied. Ils savaient que Jody avait été miraculeusement soulevé hors de toute égalité avec eux et avait été placé au-dessus d’eux. »

Le meurtre de Steinbeck

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8 juin 2023 4 08 /06 /juin /2023 20:19

L'apiculteur d'Alep de Christy Lefteri - Poche - Livre - Decitre

La vie est belle à Alep : Nuri et son cousin Mustafa travaillent ensemble en tant qu’apiculteurs, ils sont si doués que leur miel et ses produits dérivés se vendent dans le monde entier. Leur vie familiale respective, Nuri, sa femme Afra et leur fils Sami ; Mustafa, sa femme et ses deux enfants, les comble également. Mais la guerre civile vient bouleverser leur douceur de vivre, ou plutôt va entailler profondément et douloureusement leur bonheur. Des enfants qui meurent, des maisons éventrées, des cadavres qui se font dévorer par les chiens « dans les champs où poussaient des roses avant la guerre » ; une angoisse au quotidien et deux tragédies contraignent Nuri et les siens à fuir Alep : une île grecque, un bateau clandestin, Athènes, peut-être l’Angleterre où Mustafa s’est déjà réfugié. Cet exil s’apparente à une périlleuse odyssée où les dangers s’accumulent et où, surtout, le passé refait surface à chaque coin de rue.

Sur les conseils de Luocine, j’ai choisi ce livre sans trop savoir de quoi il s’agissait. Les thématiques de l’exil et de la migration dominent mais ceux, plus implicites, de l’attachement au sol natal, du souvenir, du deuil, de la résilience, sont tout aussi forts et si bien traités. L’écriture apporte de la poésie à un monde actuel sordide et désespérant, certains épisodes anecdotiques donnent le sourire dans ce fracas de souffrances, comme ce Marocain qui achète des fleurs pour un bourdon qui a les ailes cassées, comme cette femme aveugle qui dessine en inversant toutes les couleurs d’un paysage ou encore comme ces abeilles noires anglaises qui sont très actives même en-dessous de 15 degrés. La vulnérabilité d’un être humain face aux drames bataille sans cesse avec la force de la résilience dont chacun est capable. C’est avec subtilité et délicatesse que l’autrice nous délivre un message de tolérance et d’amour à travers un regard empli d’empathie pour les 13 millions de Syriens « déplacés » (quel euphémisme de la part des médias !) Je crois bien que la fin bouleversante me pousse à faire de cette lecture un coup de cœur.

Lorsqu’il n’y a pas la guerre, c’est la sécheresse qui guette : « Le désert progressait, le climat devenait plus rude, les rivières se tarissaient, les paysans souffraient ; seules les abeilles semblaient résister. « Regarde ces petites guerrières, disait Afra quand elle venait nous rendre visite avec Sami, bout de chou emmailloté dans ces bras. Regarde-les qui continuent à travailler alors que tout meurt autour d'elles ! » Afra priait pour qu'il pleuve, car elle redoutait par-dessus tous les tempêtes de sable. »

Un e-mail de Mustafa depuis l’Angleterre : « Il règne un grand silence ici, un silence qui suinte le chaos et la folie. Je m’efforce de penser au bourdonnement des abeilles. J’essaie de trouver de la lumière en fermant les yeux. J’imagine le pré et nos ruches. »

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5 juin 2023 1 05 /06 /juin /2023 09:48

L'écluse de Philippe Pelaez, Aris - BDfugue.com

Dans un petit village du Lot, on a déjà retrouvé trois noyées. Toujours au niveau de l’écluse où travaille Octave, celui dont on se moque parce qu’il est difforme et laid, et serait attardé. Il devient donc le coupable idéal et surtout le souffre-douleur d’Alban, celui qui violente les filles et se veut être une petite frappe sans scrupules. Entre le petit inspecteur propre sur lui venu de Cahors, la belle Fanette la fille du boucher, le groupe de petits caïds du coin, … les victimes se mêlent aux bourreaux et l’enquête piétine.

Mon billet sera court, je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé cette BD polar mais je ne lui ai trouvé rien d’extraordinaire, c’est divertissant, c’est bien dessiné mais ça sent trop le déjà vu, déjà lu, ressemblant à Eté brûlant à Saint-Allaire lu tout récemment. J’ai préféré les paysages, les berges du Lot et ses écluses à l’intrigue elle-même. Un petit air de Giono ou de Pagnol qui est appréciable.

J’avais déjà lu Philippe Pelaez pour Puisqu’il faut des hommes que j'avais beaucoup aimé.

L'Écluse, bd chez Bamboo de Pelaez, Aris

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1 juin 2023 4 01 /06 /juin /2023 09:47

In Absentia | Actes Sud

Pierre Delmain a été écrivain, il n’est désormais plus qu’un déporté politique survivant au Struthof, le camp alsacien (que j’ai souvent visité) et donc l’unique camp français. Son statut est privilégié : il a un peu plus de nourriture que les autres mais, en contrepartie, il doit achever les prisonniers destinés aux expériences médicales dirigées par Herr Doktor Hirt. Il les étrangle doucement avant qu’on intervienne sur les corps des manières les plus atroces et les plus absurdes. Il va ainsi tuer des dizaines de personnes ; dans ce cauchemar, il essaye d’y mettre de l’humanité et de la tendresse à travers un regard, un mot prononcé à voix basse, un prénom qu’il attribue pour donner un fragment d’âme à celui ou celle qui va mourir. Pour supporter ce qu’il fait au quotidien, son cerveau raconte une fiction qui se déroule au Moyen-âge. En parallèle, Saül Berstein, collectionneur d’arts, vit à Paris ses derniers instants de quiétude. Juif et homosexuel, il se fait embarquer comme tant d’autres dans un wagon à bestiaux. Il arrive au Struthof et rencontre Delmain, ils discutent comme ils l’auraient fait dans une vie ordinaire où une belle histoire d’amitié pourrait naître entre deux hommes intelligents épris d’art. Mais il y en a un qui est destiné à mourir, l’autre à lui survivre.

Dans un style efficace d’une puissance rare, l’auteur nous emmène en enfer, regarder ce que l’Homme a fait de pire sur cette terre.  Et Raphaël Jerusalmy trouve le moyen d’y déposer de la douceur, de la tendresse, de l’humanité. Le « tu » utilisé pour évoquer Pierre Delmain rapproche encore un peu plus le lecteur de ce personnage qui est à la fois victime et bourreau. Et l’après, le retour à la vie « normale » est tout aussi fort que cette période vécue dans le camp. De cette lecture choc, on peut retenir qu’on ne guérit jamais d’avoir vécu un tel enfer… et que, pourtant, malgré tout, des étincelles de vie et d’humanité surgissent toujours. Il y a aussi des rencontres qui marquent plus que d’autres et des souvenirs qui perdurent au-delà de la mort. Il est difficile de rédiger un billet après une telle lecture mais je ne peux que vous encourager à lire ce très beau texte. Coup de cœur.

Merci à Alex pour cette idée lecture forte, bouleversante et, elle a raison, emplie de lumière.

« Les arbres te regardent. A mi-chemin de la carrière, il y en a un dans le tronc est tout écorché. A chaque fois que tu passes devant, tu éprouves un sentiment de victoire. Surtout le soir, retour. Le voici. Tu t’en approches. Tu distingues les gerçures de l'écorce, désormais familières. Tu lui envies sa sève. Il l’exsude en fines coulées qui donnent soif. Tu voudrais t’étendre à ses pieds, t'assoupir à l'ombre de son feuillage. Tu trébuches ! Tu vas tomber. »

« Tu te tiens prêt, te massant les poignets, faisons craquer les jointures de tes doigts. Pour celui-là, ça ira vite. Tu sais désormais comment achever quelqu'un rapidement et sans douleur. Herr Doktor Hirt, lorsqu'il est dans les parages, chronomètre ta performance. Tu t'exerces, tu t'appliques. La nuit, tu t'entraînes sur du linge sale, de vieilles couvertures, pour t'habituer à serrer fort mais sans rudesse, à ne surtout pas relâcher l'étreinte, à soutenir le regard de celui que tu assassines. A lui offrir ton visage.

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29 mai 2023 1 29 /05 /mai /2023 08:28

critiquesLibres.com : Christine Stephen King

          J’ai quand même entendu deux fois « Tu lis du Stephen King, toi ? » sous mon toit… Eh oui, tout arrive.

          Nous sommes à Libertyville, ville fictive de Pennsylvanie, en 1978. Le narrateur et lycéen Dennis, est très copain avec un dénommé Arnie et il suit de près son coup de cœur : Arnie a aperçu une voiture mise en vente, ou plutôt un tas de ferraille, et il a tenu absolument à l’acheter. Dès les premières minutes de cette « rencontre », Arnie s’est métamorphosé, se comportant de manière étrange et irrationnelle, prêt à tout pour se procurer puis bichonner celle que son ancien propriétaire avait baptisée « Christine ». Tout commence par des hallucinations et des cauchemars, puis les bizarreries et les nouvelles lugubres vont s’enchaîner : Arnie prend de plus en plus d’assurance, lui jadis acnéique devient beau et attire la jolie Leigh, on apprend ensuite que l’ex-propriétaire décède puis ceux qui ont osé abîmer Christine meurent tous écrasés par une mystérieuse voiture. Pas de doute, Christine est hantée par un être maléfique. Dennis, associé à Leigh, tentera de raisonner son ami avant de vouloir stopper la série noire de meurtres.

Je participe pour la première fois au beau challenge « Les classiques c’est fantastique » de Moka et Fanny (thématique du mois : le titre n’est qu’un mot !) avec peut-être le moins classique de tous les titres même si Monsieur King a obtenu des dizaines de récompenses diverses et variées. Que dire de cette lecture dont tout le monde connaît l’intrigue ? Elle n’a pas été désagréable, les personnages sont assez bien dessinés, les rebondissements assez nombreux pour éviter l’ennui, certains dialogues sont vifs et alertes. On plonge complètement dans l’ambiance années 70-80, c’est sans doute ce que j’ai le plus aimé. On écoute Bruce Springsteen, Chuck Berry ou The Who, Grease vient de sortir mais la misogynie a encore de belles années devant elle… Pourtant, le roman est long, pas toujours excellemment écrit avec un style plat et sans intérêt et, évidemment, il faut y croire à cette histoire de voiture maudite… J’ai préféré le premier tiers du livre à la suite, lorsqu’on ne sait pas encore vraiment de quoi il retourne.  Le fantastique ne fait pas réellement peur, en tous cas, ça n’a pas pris chez moi. Toujours est-il que je suis contente d’avoir enfin extirpé ce bouquin de ma PAL et qu’il n’est même pas exclu que je retourne lire, un jour, Stephen King. Je ne suis pas insensible aux voitures, et parmi celles que j’ai eues, je me suis sentie plus proches de certaines, d’une en particulier, que d’autres. (le ridicule ne tue pas, voyez-vous…)

« Les phares le Christine s’allumèrent soudain, l'épinglant dans leur lumière blanche et crue. La Fury bondit sur lui, s’arrachant littéralement du sol en laissant du caoutchouc noir sur le trottoir tant le démarrage avait été brusque. Le bond de la voiture avait été tel que l'arrière avait paru toucher le sol, comme un chien ou un loup qui se tasse sur ses pattes arrière pour s'élancer. Les roues qui se trouvaient contre le trottoir montèrent dessus et la voiture partit vers Moochie dans cette position, penchée de côté. Le fond de la voiture gratta la bordure du trottoir dans un hurlement et une gerbe d'étincelles. »

 

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27 mai 2023 6 27 /05 /mai /2023 09:50

Au nom de Catherine - cartonné - Mayalen Goust, Julia Billet, Goust Mayalen  - Achat Livre ou ebook | fnac

Catherine, de son vrai prénom Rachel, s’épanouit dans sa vie de femme photographe indépendante, un an après la 2è guerre mondiale. Toujours amie avec le Jeannot de son enfance, elle est poussée par la directrice de son ancienne école à rester libre et autonome, à se chercher un vrai travail pour ne dépendre de personne. Courageuse et volontaire, elle rejoint Paris et vit à la Ruche, un refuge pour artistes où elle rencontre notamment Max Ernst. Participer en tant que reporter à une colonie de vacances en Allemagne permettant de réunir Allemands et Français va d’abord l’angoisser et puis, finalement, les jeunes et elle-même vont se rendre compte qu’ils n’ont affaire qu’à des adolescents et de jeunes adultes comme eux ; Catherine va même tomber amoureuse d’un Allemand. Les contrats pour Paris Match qui lui demandent de couvrir de grands défilés de mode ne l’intéressent pas vraiment, elle trouve son compte dans un voyage aux Etats-Unis : faire un reportage sur la ségrégation raciale et notamment le procès d’un révérend qui a porté plainte contre la ville de Topeka parce que sa fille, noire, a été refusée à l’école des Blancs.

Il s’agit bien de la suite de La Guerre de Catherine même si la dessinatrice n’est plus la même. J’ai mis un petit temps à me faire à la différence entre les deux styles de dessin (c’était Claire Fauvel pour le 1er tome), j’ai trouvé le trait moderne, minimaliste, un brin anachronique par rapport à l’époque évoquée mais finalement, ça m’a plu et j’ai lu cet opus comme indépendant de l’autre. Il me serait difficile de choisir mon préféré même si j’ai été frustrée dans un premier temps de ne plus voir Etienne. Il me semble que le dessin ici est plus adulte, plus mûr, comme Catherine l’est devenue elle aussi. Malmenée par les interdictions et les nombreuses couvertures et assez passive dans le premier tome, elle prend sa vie à bras le corps et dieu sait que ce n’était pas évident dans les années 40 et 50 de s’émanciper quand il fallait encore l’autorisation d’un mari ou d’un père pour aller travailler… Résolument féministe, Catherine va même rencontrer Simone de Beauvoir, cette expérience ainsi que son voyage américain, ses prises de position marquées vont faire d’elle une femme libre.

Un diptyque totalement réussi à faire lire au plus grand nombre !

Au nom de Catherine de Julia Billet - Album - Livre - Decitre

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24 mai 2023 3 24 /05 /mai /2023 10:05

Frontières du printemps - Paperblog

Le titre correspond aussi au début de 469 phrases ou paragraphes ou strophes ou versets ou haïkus, de petites bribes poétiques qui nous emmènent dans un train, sur une terrasse, dans une boulangerie, en bord de mer, à suivre un vol de martinets ou encore à observer les gens et à évoquer le quotidien et ce qui l’est moins. Entre autres.

Entre poésie et narration, l’auteur nous invite dans son monde sensible, fait d’impressions et de sensations, de perceptions et de ressentis divers. Il suit tout de même une sorte de trame linéaire qui fait défiler une journée ou un voyage en train. On passe ainsi de petites phrases en apparence banales à d’autres plus philosophiques, d’autres encore universelles. J’ai pris un certain plaisir à découvrir ces petites touches de « Je sens… », à piocher quelque phrases deci delà, à y trouver quelque chose de reposant. Source de méditation ou au moins de réflexion, le petit livre possède une précieuse vertu calmante, j’ai beaucoup apprécié la manière dont l’auteur prend le temps de se sentir habité par ce qui l’entoure. Cette décélération accompagnée d’une écoute attentive du monde est toujours appréciable.

Si j’ai bien compris, l’auteur est un astrophysicien français ayant pris un pseudo nippon parce qu’amoureux du Japon.

La publication de cet ouvrage, en 2021, fait suite à un Je sais… sorti 15 ans plus tôt.

Quelques morceaux choisis :

51. Je sens qu’il se passe quelque chose en une fraction de seconde quand on croise le regard de quelqu’un.

82. Je sens qu’il manque un mot pour signifier qu’il y a au moins un aspect positif dans quelque chose. Par exemple le seul dièse comme on dit le seul bémol quand il y a un aspect négatif ?

106. Je sens qu’à chaque instant des milliards d’yeux fixent des milliards de choses sur cette planète.

147. Je sens qu’avec leurs enfants, les gens ne pensent souvent plus qu’à eux-mêmes.

268. Je sens que le rêve est une explosion de je sens.

358. Je sens que voler est comme nager dans l’air, que nager est comme voler dans l’eau.

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20 mai 2023 6 20 /05 /mai /2023 17:58

Dessous les roses de Olivier Adam - Editions Flammarion

Difficile de passer plus d’un an sans lire un de mes auteurs fétiches.

Antoine, Paul et Claire sont frères et sœur. Paul est un cinéaste et scénariste qui fait brillamment carrière à Paris mais Antoine et Claire lui reprochent d’abord de les bouder trop souvent, ne se pointant qu’à de rares exceptions dans la demeure familiale – c’est le cas aujourd’hui même – ensuite, ils lui en veulent d’étaler leur vie sur grand écran souvent de manière inexacte ou outrancière même si Paul s’en défend. Ce soir est très particulier puisque leur père vient de mourir. Entre les rancœurs, les regrets et les reproches, les trois exposent leur vie dont les racines sont communes. La mère, désormais veuve, est au centre de cette maison familiale.

Voilà un livre qui se lit très bien, on entre vite dans cette petite sphère familiale malmenée, abîmée et finalement assez ordinaire. La forme, qui s’apparente à une pièce de théâtre, genre que je chéris, m’a évidemment plu : il y a trois actes, un jour par acte et chacune des scènes est prise en charge tantôt par Claire, tantôt par Antoine ; Antoine à qui on en veut toujours et depuis longtemps n’aura droit à la parole qu’à la dernière scène. Une lecture bien agréable au début qui se gonfle d’émotion au bout d’une centaine de pages mais, où, il a peut-être manqué un peu de piment et de singularité ; il faut dire qu’après le grand William Boyle, c’était difficile de rivaliser. Pourtant, quand je lis Olivier Adam, j’ai l’impression de rentrer à la maison tellement je me trouve de points communs avec son univers, sa génération, son époque et il y a autant de positif que de négatif dans ce constat. C’est une lecture que je conseillerais pour peu qu’on s’intéresse aux relations ambiguës et complexes d’une fratrie. Pour le final aussi, tout en splendeur ; pour ce titre si polysémique et si juste. En fait, j'ai adoré.

Olivier Adam aime le prénom Paul, déjà présent dans Les Lisières ou Des vents contraires. Jean-Paul Dubois nous donne aussi du « Paul » en veux-tu en voilà… c'est tout de même étrange !?

La mort du père – j’ai tellement vécu la même chose : « j’avais l’impression de perdre le mien sans arrêt depuis des mois déjà. Comme s’il ne cessait de mourir encore et encore. Ça avait commencé par le verdict des médecins. Ça avait continué avec l’hospitalisation. Puis la perte de conscience. La sédation. Les soins palliatifs. Le décès lui-même. Demain ce serait l’enterrement. Et ça continuerait comme ça pendant des jours, des mois, des années. Je le perdrais de nouveau à chaque fois que j’y repenserais après l’avoir oublié pendant quelques heures. Chaque fois qu’il me faudrait me le répéter pour l’intégrer. Chaque fois que je réaliserais qu’il ne serait plus jamais là. Et que c’était définitif. Sans recours. »

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17 mai 2023 3 17 /05 /mai /2023 16:35

Livre : La guerre de Catherine écrit par Julia Billet et Claire Fauvel - Rue  de Sèvres

En 1941, Rachel Cohen, une adolescente, est interne à la Maison des Enfants, une école aux méthodes particulières, laissant une grande place à la liberté et aux talents personnels de chaque enfant. Rachel se prend de passion pour la photographie, guidée par Pingouin, le mari de la directrice de l’école. Lorsque les restrictions et arrestations de Juifs s’amplifient, la direction de l’école décide de protéger tous les enfants juifs en leur attribuant une nouvelle identité : Rachel deviendra Catherine. Elle devra quitter l’établissement pour rejoindre un pensionnat tenu par des sœurs. Elle y rencontre Alice, une petite fille qu’elle prend sous son aile. En développant des photos en ville, à Riom, elle fait la connaissance d’Etienne avec qui elle partage sa passion et qui fait battre son cœur un peu plus fort. Mais la mère supérieure pense avoir été dénoncée, il faut fuir encore, et c’est avec Alice que Catherine se rend cette fois dans une ferme isolée où elles sont recueillies par des paysans un peu rustres mais généreux. Catherine s’essayera au métier d’institutrice pour les petits sans jamais réellement quitter son Rolleiflex qui lui permet d’immortaliser toutes ses rencontres.

C’est une véritable odyssée que Rachel-Catherine va vivre pendant cette guerre. Toujours inquiète pour ses parents dont elle n’a plus de nouvelles, elle croisera cependant souvent le chemin de personnes généreuses et altruistes. Les péripéties de Catherine mais aussi de ces autres enfants complètement perdus, qui doivent cacher leur véritable identité, sont relatées avec émotion et tendresse. L’histoire est d’autant plus prenante et intéressante qu’elle est placée sous le prisme de la photographie. Les dessins rendent parfaitement bien la douceur et la délicatesse de l’histoire dans cette époque faite d’atrocités et de barbaries. Un album à faire lire à tout le monde. Il existe une suite que je découvrirai très bientôt, Au nom de Catherine. Merci à ma fille de m’avoir prêté son cadeau.

La BD est une adaptation du roman de Julia Billet qui s’est inspirée de l’histoire de sa mère, Tamo Cohen. J’ai déjà pu apprécier le talent de la dessinatrice Claire Fauvel pour La Nuit est mon royaume.

"Etienne rend leur fierté à ces femmes et ces hommes liés à la terre, aux saisons, dans la rudesse du quotidien. Et l'art est bien là, dans cet interstice de la vie... dans l'extraordinaire."

La Guerre de Catherine, bd chez Rue de Sèvres de Billet, Fauvel

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13 mai 2023 6 13 /05 /mai /2023 17:08

Éteindre la Lune - William Boyle - Éditions Gallmeister

J’étais persuadée d’avoir déjà lu cet auteur mais j’ai eu beau fouiller dans ma mémoire et dans mon ordi, non. Je dois le confondre avec un autre. Toujours est-il que je ne regrette absolument pas cette lecture.

A Brooklyn, en 1996, Bobby a 14 ans et, avec son copain, il ne sait comment remplir ses journées tristes et monotones. Leur dernière trouvaille : jeter des cailloux sur les voitures du haut d’un pont. Ça les fait rire jusqu’au jour où ce petit jeu stupide aura des conséquences funestes. Cinq ans plus tard, Lily, jeune fille un peu paumée essaye d’être écrivaine tout en démarrant des ateliers d’écriture qu’elle ose diriger. La rencontre avec Jack, un bonhomme qui n’a connu que des tragédies dans sa vie, va illuminer ses jours et la rassurer dans son quotidien. Francesca, elle, n’en peut plus de vivre avec sa grand-mère qui lui fait la morale à longueur de journée et elle se précipite sur une rencontre qui n’augure rien de bon. Sur fond de misère sociale, de règlements de compte, de malheurs à répétition, de magouilles, les malfrats vont croiser le chemin d’êtres devenus lumineux.

Excellent roman américain, il bénéficie à la fois d’une intrigue sombre et efficace et de réflexions très justes sur la société contemporaine, ses dérives et ses gangrènes. J’ai absolument tout adoré, la diversité des personnages, leur profondeur, ces rencontres inattendues qui sont autant d’étincelles dans cette vie pourrie d’un Brooklyn si glauque. Les protagonistes sont presque tous entre l’adolescence et l’âge adulte, et on retrouve cet entre-deux dans leurs réactions, ces hésitations à ne pas quoi savoir faire de son corps, de sa liberté, de sa vie. L’écriture est fluide, rythmée par des dialogues percutants et accompagnée de musiques derrière lesquelles on a l’impression d’entendre les klaxons et les rumeurs de la ville. C’est un roman noir, vif, remuant, sonore, alcoolisé, qui nous sort du schéma classique familial tout en évoquant - avec brio -le thème de la résilience. COUP DE CŒUR !

(ne lisez pas la quatrième de couverture qui en dit trop !)

Un des voyous que Jack tente d’effrayer : « Max ouvre. Grand, pâle et ridicule, il est vêtu d'une chemise jaune à manches courtes avec, dans la poche de poitrine, un porte-stylos rempli. Une chemise mal boutonnée – il a dû rater un trou – qui pend par-dessus son pantalon, un Dockers de contrefaçon. Des taches de sueur presque noires sous ses aisselles. Des chaussures de piètre qualité aux lacets défaits. Des lunettes premier prix à monture rectangulaire. Dans sa main, une petite brique rouge de lait entier, comme on en donne aux gamins à la cantine. Une traînée blanche et humide au-dessus de sa lèvre. Des cheveux pas coiffés, désordonnés, saupoudrés de pellicules. »

Une réplique qu’on ne peut trouver dans un roman français ! « J’ai déjà vu des pistolets. J’ai bossé dans des restaurants. »

 

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