
Jody Tiflin est un garçon de dix ans « avec des cheveux comme de l’herbe jaune et poussiéreuse, des yeux gris timides et polis, et une bouche qui remuait quand il pensait. » Il vit dans une grande ferme non loin de Salinas, avec ses parents et Billy Buck, le vacher qui est aussi un spécialiste des chevaux. Quand arrive un petit poney rouge nommé Gabilan au ranch, Jody se prend immédiatement d’affection pour lui, c’est grâce à lui qu’il se lève immédiatement le matin, bien avant le triangle que fait résonner sa mère en guise de réveil. Il s’en occupe avec attention et tendresse, le brosse, l’étrille, l’habitue au licol, le dresse jusqu’au jour où le petit poney essuie une grosse averse ; il tombe malade et malgré le détachement de Billy, son état s’aggrave. Si Jody continue à être aux petits soins, l’état de l’animal empire et Billy reconnaît que, contrairement à ses pronostics, il ne va pas tarder à mourir. La peine de Jody est immense et, le jour de sa mort, il se défoule sur un busard, le poignardant violemment. Mais la vie continue et après quelques (rares) événements qui ponctuent le quotidien du ranch, les mois passent et une promesse est faite à Jody : le poulain que porte la jument Nellie sera pour lui, rien qu’à lui. Une grossesse de jument - onze mois - c’est très long quand on attend impatiemment comme Jody. La mise bas ne va pas se passer aussi bien que prévu…
Ce court roman classé Littérature de jeunesse dort depuis longtemps dans ma PAL, depuis qu’il a été retiré du dépôt de mon collège. En effet, même si le héros est un petit garçon, le style, les nombreuses descriptions, les tragédies du roman me contraignent à dire qu’il ne conviendrait peut-être pas à un jeune lectorat sauf si, à la rigueur, il est passionné par les chevaux. J’ai trouvé l’histoire violente de bout en bout, l’éducation de ce garçon à la dure (c’est une autre époque n’est-ce pas), ses rêves brisés les uns après les autres, cette solitude qui le contraint à apprendre seul et isolé de tous (il n’y a presque aucun autre enfant dans l’histoire). Le roman se termine de manière abrupte, la jument est tuée à coups de marteau par Billy pour pouvoir mettre entre les bras de Jody le poulain tant attendu. Steinbeck manie la plume comme une épée et la brièveté du roman lui permet d’aller à l’essentiel, sans concession ni détour, et de décrire la dureté de la vie. J’ai aimé la force du récit, la cruauté réaliste de la vie décrite, la nature indifférente face aux malheurs de l’homme, ces thèmes si chers à Steinbeck.
L’incipit : « Au lever du jour, Billy Buck surgit de la baraque et resta un moment sous la véranda à regarder le ciel. C’était un petit homme large aux jambes arquées avec une moustache de morse, des mains carrées à la paume renflée et musclée. Ses yeux contemplatifs étaient d’un gris aqueux et ses cheveux, pleins d’épis et délavés par les intempéries, s’échappaient de son chapeau Stetson. »
Les garçons de son âge jalousent Jody maintenant qu’il a un cheval : « Ils savaient par instinct qu’un homme à cheval est, spirituellement aussi bien que physiquement, plus grand qu’un homme à pied. Ils savaient que Jody avait été miraculeusement soulevé hors de toute égalité avec eux et avait été placé au-dessus d’eux. »
Le meurtre de Steinbeck













