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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 05:01

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            Benacquista est mon chouchou parmi mes préférés. J’avais eu un réel coup de cœur pour Quelqu’un d’autre, j’ai vraiment aimé Malavita puis j’ai presque tout lu de lui, BD comprises (ici ou ) Pour honorer le Découvrons un auteur chez Pimprenelle du mois de septembre, j’ai dû trouver une œuvre que je n’avais pas encore lue… Il en restait quatre dont la dernière parution qui ne me tente pas, pour l’instant. null

          C'est donc dans un gros pavé intitulé simplement Quatre romans noirs que j'ai trouvé mon bonheur.

            Antoine est un quidam un peu solitaire. Son métier consiste à accrocher et démonter les toiles et œuvres d’art de diverses expositions. Son boulot fini, il file assouvir sa passion : le billard. Cette routine tranquille se brise un jour où un cambrioleur vient déchirer au cutter une mystérieuse toile de la « Rétrospective Etienne Morand ». Antoine s’interpose, reçoit un coup de cutter dans la joue puis s’évanouit. A son réveil, le cauchemar est total puisqu’il se rend compte qu’il lui manque la main droite : elle a été sectionnée et réduite en bouillie par une énorme sculpture qui est tombée sur Antoine juste après l’agression. Tout en tentant de vivre sans main droite et en pénétrant dans le monde des manchots, Antoine mène l’enquête : pourquoi cette œuvre ? Il s’agit d’une « jaune » qui certes s’oppose au reste de l’exposition composée d’œuvres « noires ». Sans le savoir, Antoine a mis le pied dans un engrenage diabolique. Guidé par la vengeance, cet ancien champion de billard fera tout pour dévoiler la vérité. Filature, planques, menaces, agressions et entrée suspecte dans l’univers de l’art lui permettent d’arriver à ses fins.

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            J’ai retrouvé tout  ce que j’aime chez Benacquista : le cynisme, la dérision, la maîtrise du réalisme, le suspens froid et prenant. Je me suis engouffrée dans cette sombre histoire avec délectation, apercevant un pan particulier de l’art contemporain et découvrant un autre art, celui du billard. Un point de détail amusant : Antoine, parallèlement à sa sordide mission qu’il s’est lui-même allouée, a acheté une machine à écrire pour expliquer sa nouvelle situation d’infirme à ses parents. Il tape laborieusement de sa main gauche, déchire, refait un brouillon… deux exemple :

« Chers vous deux. Imaginez une partie du corps humain qui n’existe pas, une extrémité ronde et lisse qu’on jugerait à s’y  tromper parfaitement naturelle. Mettez-la exactement à l’endroit où habituellement on trouve une banale main. C’est mon moignon. »

« Chers vous deux. Je ne vous ai pratiquement jamais écrit, et le sort a voulu que, si j’en prends la peine, aujourd’hui, ce n’est que d’une seule main. »

 

 

            Et un extrait où Antoine épie un peintre de grand talent, Linnel : « Accroupi, devant, figé comme un animal qui va mordre, je l’ai enfin repéré. Lui. Linnel. A pied d’œuvre. Il a presque fallu qu’il bouge pour que je puisse identifier un corps humain au milieu de ce cataclysme bariolé. Il l’est presque jusqu’au cou, lui aussi, avec son tee-shirt blanc et son jean suintant de vert et de noir. J’ai bien compris, il cherche à se confondre avec le reste. Tactique de caméléon. Il a cru m’échapper, camouflé, immobile, perdu dans la luxuriance de son travail. Il reste accroupi, totalement seul, à des milliers de kilomètres de mes yeux, tout tendu et aimanté vers l’espace blanc. Tout à coup il s’allonge entièrement dans la mélasse des journaux et renverse un verre d’eau, sans y prêter la moindre attention. Et se relève, d’un bloc, pour tremper un pinceau dans un pot bavant de jaune.»

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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 09:21

          Pimprenelle ne m’en voudra pas (n’est-ce pas ?), je prends un peu d’avance et publie aujourd’hui une chronique d’une œuvre de Benacquista et le 15, une autre… oui, quand on aime, on ne compte pas !

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          J’avais déjà lu une BD de cette série intitulée Dieu n’a pas réponse à tout (mais IL sait à qui s’adresser), je l’avais adorée, celle-ci est exactement de la même trempe. Dieu ne sait pas forcément résoudre les problèmes des Hommes seul, il fait donc appel aux habitants du Paradis, des morts illustres qui viennent sur Terre, le temps d’une mission, faire partager leur expérience aux âmes perdues…

            Freud vient donc aider un dépressif chronique, Marilyn Monroe redonne confiance à un homme bon et généreux mais peu sûr de lui, Homère épaule un démocrate afin de renverser la dictature en place, Louis XIV  conseille des SDF pour prendre le pouvoir (ce qui donne l’irrésistible « L’Etat, c’est nous… », «  je n’aurais pas mieux dit » réplique le roi Soleil !). Nous avons aussi un Al Capone qui a besoin de se racheter en aidant la police à déjouer la corruption ambiante – c’est le premier surpris. Enfin, un jeune Mozart déglingué et désinvolte fait comprendre au père d’un garçon que son fils est doué pour l’écriture et non pas pour la composition musicale.

            Très distrayant, frais, drôle, on ne peut qu’aimer ce Dieu bienveillant assisté de ses stars… Les dessins font sourire, un relooking s’impose à tous ces êtres venus d’ailleurs et Barral réussit sans mal à les faire revivre.

 

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10 septembre 2011 6 10 /09 /septembre /2011 20:13

 

 

 

 

            C’est parce que j’ai voulu honorer le Challenge Biographie d’Alinéa que ce livre s’est retrouvé dans mes mains.

            Née le 6 juillet 1907 au Mexique, Frida est issue de l’union de don Guillermo Kahlo et de Matilde Calderon, couple disparate qui ne s’est jamais vraiment aimé. Frida a un peu plus de trois ans en octobre 1910 quand la révolution éclate au Mexique, la famille (nombreuse) en subit des conséquences économiques mais Frida sera marquée à jamais par les changements et la renaissance mexicaine. Comme le dit Le Clézio, « les idées nouvelles, elle les porte dans sa chair, dans ses sentiments. »

            Constamment soutenue par son père photographe, Frida subit les souffrances de l’exclusion : atteinte de poliomyélite, elle vivra avec des séquelles toute sa vie : « une jambe plus mince que l’autre cachée toute sa vie par l’artiste, ainsi qu’une claudication dont l’intensité varie avec la fatigue. »

            Frida fait partie de la minorité féminine qui suit des cours dans la prestigieuse Ecole préparatoire Nationale, La Preparatoria de Mexico. Elle veut de venir médecin. Elle a la chance de bénéficier de la nouvelle orientation du gouvernement de José Vasconcelos, axée sur l’éducation, l’art et la culture. Frida est souvent la seule femme dans les discussions intellectuelles ; « espiègle et malicieuse, elle provoque des polémiques d’où naissent les lumières de la connaissance. » Pour éloigner la jeune femme de 18 ans d’un amour homosexuel, ses parents l’envoient chez un ami graveur publicitaire qui découvre l’« immense talent » de Frida en matière de dessin.

            Le 17 septembre 1925, c’est le drame : accompagnée de son bien-aimé, Gomez Arias, Frida est victime d’un terrible accident de bus lui valant « un pied broyé, une épaule démise, onze fractures à la jambe droite, une clavicule et deux côtes brisées. » Elle ne pourra plus être mère non plus. Contrainte à rester alitée, elle souffre de ses blessures mais aussi de la peine que lui a faite son « novio » en la quittant. En 1926, elle entreprend son premier tableau, un autoportrait mélancolique qu’elle envoie à Gomez Arias dans un dernier élan d’espoir.
           

            Ambitieuse, déterminée, cachant souvent aux autres ses douleurs physiques, c’est avec le soutien d’un muraliste réputé, Diego Rivera, qu’elle persévérera dans l’art de la peinture. « En choisissant des couleurs qui rappellent l’artisanat des Indiens du Mexique, Frida s’ouvre à l’indigénisme dont Rivera est le représentant le plus important. » Le mariage entre Frida et Rivera, de 20 ans son aîné, qui plus est, obèse, athée et volage, scandalise les parents de la jeune artiste. Amoureux, complémentaires et mus tous les deux par les mêmes convictions communistes, Frida et Rivera fuient aux Etats-Unis en 1930. San Francisco émerveille notre jeune Mexicaine. Elle peint peu alors que son mari couvre les murs de la Bourse de ses fresques.

            A New-York, Rivera connaît un grand succès mais son épouse est écœurée par la bourgeoisie. A Détroit, entre luxe et antisémitisme ambiant, Frida n’hésite pas à louer le régime soviétique et à dénoncer les persécutions contre les Juifs (Rivera et elle le sont).

            En 1932, elle donne naissance à un enfant mort, fausse couche qu’elle entreprend de mettre en peinture. « Aussi, chaque œuvre est-elle désormais une bouée de sauvetage qui la sauve d’un fatal naufrage ».

            Les années suivantes ne sont pas roses : Frida perd sa mère, souffre régulièrement de problèmes de santé et voit sa sœur et son mari devenir amants. « Pour punir son époux, elle se coupe les cheveux ! C’est un geste de vengeance, un cri de désespoir et une amputation symbolique de sa féminité».

            1937 est un tournant dans la vie de Frida : elle devient la maîtresse de Trotski, ce qui lui permet de s’émanciper et se met à peindre de manière plus assidue. Première exposition et premières ventes. André Breton, accueilli par le couple, promet à la peintre une rétrospective de ses œuvres à Paris. Malgré sa jambe accidentée qui la fait tant souffrir, Frida multiplie les conquêtes. Une aura plus d’importance que les autres : Nickolas Muray, photographe.

            En voyage à Paris, Frida s’ennuie, critique et se moque des surréalistes. Pourtant Kandinsky, Eluard, Max Ernst et même Picasso (qui lui offre des boucles d’oreille représentant les « mains de l’amitié ») saluent son œuvre. C’est en 1939 que le divorce avec Rivera est prononcé, Frida est malheureuse, Nickolas la trompe régulièrement ; elle peint alors Les Deux Frida, toile qui fait sensation.

            Après avoir sombré dans la dépression et dans l’alcoolisme, la peintre se laisse enfin soigner aux Etats-Unis et en 1940, se remarie avec Rivera. La mort de son père la plonge encore un peu plus dans un état neurasthénique. C’est pourtant avec bonheur qu’elle accepte d’enseigner son art en 1942.

            Malgré de multiples interventions chirurgicales et des greffes osseuses, la santé de Frida ne cesse de décliner. Elle passe de la chaise roulante à la position couchée ; en 1953, elle ne peut se lever que dix minutes par jour. En 1954, on l’ampute de la jambe droit. Alors que son talent est mondialement reconnu, alors qu’elle ne cesse de clamer son amour pour Rivera qui le lui rend bien, alors qu’elle continue de voir ses amis avec le sourire, elle meurt le 14 juillet 1954 emportée par une embolie pulmonaire.

 

            Ce n’est pas l’écriture du biographe qui m’a bluffée, c’est la vie de Frida Kahlo. Quelle femme ! A une époque où la femme, au Mexique, n’a droit à la parole que si on l’y autorise, Frida boit, fume, s’exprime avec ardeur… Sa passion réciproque pour Rivera m’a beaucoup marquée aussi, il est son premier fan, un soutien sans faille même si la relation conjugale a été chaotique parfois. Cette artiste aux 70 autoportraits aimant s'entourer de singes, a souffert physiquement toute sa vie durant mais a su faire preuve d’une immense détermination et d’une modernité surprenante.

            Est-ce ce personnage en particulier ? Je me suis réconciliée avec le genre de la biographie. Merci Alinéa ;-) 

 

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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 20:03

 

 

 

 

 

 

            Il a fallu attendre la fin de l’année scolaire pour pouvoir emprunter ce livre dans mon CDI. Toutes les jeunes filles en fleur se l’arrachaient. Il faut dire que la jaquette y va fort « Le livre le plus émouvant depuis Twilight ».

            Mia a 17 ans, une vie heureuse entre des parents rockers, un petit frère Teddy qu’elle adore, un petit ami, Adam, guitariste de rock et une passion toute personnelle : le violoncelle. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes quand, un matin d’hiver, la Buick familiale heurte à 100km/h une camionnette ; la voiture est « pulvérisée ». Mais Mia voit son corps. Ceux de ses parents aussi qui, à en juger les morceaux éparpillés un peu partout, sont morts sur le coup. Mia est la seule rescapée du tragique accident mais elle est dans un sale état et c’est dans le coma qu’on la transporte d’urgence aux soins intensifs. A partir de là, c’est un va-et-vient entre passé et présent auquel on assiste. Les passages consacrés à sa vie nous aident à mieux comprendre la jeune fille, sa famille, ses deux amours : le violoncelle et Adam. Quant au présent, c’est à Mia de le choisir : rester ou s’en aller. Vivre qui implique de se battre et de cohabiter avec une immense souffrance ou mourir et rejoindre sa famille. Les scènes se rattachant au présent se passent toutes à l’hôpital où défilent les membres de la famille de Mia mais aussi Adam qui a un mal fou à obtenir l’autorisation de voir sa petite amie, et Kim, la meilleure amie de Mia qui joue un rôle très important dans sa vie.

            Jusqu’au dernier moment, Mia sera tentée par se laisser aller à la mort. Orpheline, elle craint n’avoir plus d’objectifs dans cette douloureuse vie qui l’attend. Bien sûr, on s’attend au revirement final. Guère de surprises donc. Malgré tout, j’ai lu le livre avec plaisir. Simplicité et fluidité en sont la force. J’aurais aimé être plus étonnée, lire autre chose qu’une énième version de Ghost (film évoqué dans le roman, d’ailleurs) ou encore découvrir une nouvelle vision de l’au-delà. Le couple Mia-Adam est assez attendrissant même si peu crédible –ils sont tous les deux matures, ont des parents compréhensifs, peu de réelles affinités à par l’amour de la musique. Leur petite histoire est à suivre… il existe un tome 2 que je lirai si j’en ai l’occasion.

 

« Au même moment, les paroles de l’infirmière me reviennent. C’est elle qui mène le jeu. Et soudain, je comprends le véritable sens de la question de mon grand-père. Car lui aussi a entendu la phrase prononcée par l’infirmière.
Si je reste. Si je vis. C’est moi qui décide
. »

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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 18:18

 

 

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            Il est des livres qu’on avale goulûment comme on se jette sur un plat de spaghettis en cas de fringale, comme on boit un grand verre d’eau fraîche une après-midi de canicule. Et puis, il y a des livres qu’on savoure tel un bon vin, connaissant sa qualité, on s’en délecte doucettement. Mon rapport avec l’œuvre de Gide est ainsi. Je suis en admiration, je me fais toute petite, n’ose lire le roman d’une seule traite pour ne pas le déshonorer…

            C’est Michel, « l’immoraliste ». Il raconte à ses amis (qu’il a fait venir expressément en Tunisie) ses derniers mois de vie, en compagnie de Marceline, son épouse depuis peu. Sans détour, il se livre humblement et sincèrement.

            C’est pour satisfaire un père en fin de vie que Michel a accepté d’épouser Marceline « à peine vingt ans », de quatre ans sa cadette. Pour assouvir une envie de voyage, ces deux orphelins embarquent dans un bateau en direction de l’Afrique du Nord. « Ainsi j’atteignis vingt-cinq ans, n’ayant presque rien regardé que des ruines ou des livres, et ne connaissant rien de la vie ; j’usais dans le travail une ferveur singulière. » Mais Michel, atteint de tuberculose, est de plus en plus affaibli. Après Tunis, le couple s’arrête à Biskra où la convalescence pour Michel se fait longue et pénible. Marceline le soigne tant qu’elle peut, Michel lui en est reconnaissant mais ce sont les jeunes garçons qui l’attirent surtout. Un jour, il surprend Moktir, un beau garçon qui vole une paire de ciseaux. Plutôt que de le dénoncer, le malade explique la perte de l’objet par un vulgaire mensonge car « à partir de ce jour, Moktir devint mon préféré. » Michel envie et admire la jeunesse et la vitalité des gens qui l’entourent. La métamorphose dans son esprit germera lentement pour façonner un nouvel être. « Rien de plus tragique, pour qui crut mourir, qu’une lente convalescence. Après que l’aile de la mort a touché, ce qui paraissait important ne l’est plus ; d’autres choses le sont, qui ne paraissaient pas importantes, ou qu’on ne savait même pas exister. L’amas sur notre esprit de toutes connaissances acquises s’écaille comme un fard et, par places, laisse voir à nu la chair même, l’être authentique qui se cachait. »

            Michel retrouve la santé petit à petit. La découverte des livres, de l’histoire et de la culture laisse place à celle, plus intime, du corps et de la sensualité. « Je me regardai longuement, sans plus de honte aucune, avec joie. Je me trouvais, non pas robuste encore, mais pouvant l’être, harmonieux, sensuel, presque beau. »

            Michel guérit et voyage : Syracuse, l’Italie, la Normandie enfin où il joue au propriétaire de fermes, bien plus intéressé par le quotidien et la virilité de ses employés que par les sinuosités de la comptabilité. Marceline tombe enceinte, Michel en est surpris et heureux. Le terme de la grossesse approchant, le couple s’installe à Paris. Mais Paris, ses obligations, sa vie mondaine, les visites ennuient Michel ; après sa longue maladie, un sentiment d’orgueil l’envahit face à cette envahissante routine. Il se sent autre : « C’était, pour la première fois, la conscience de ma valeur propre : ce qui me séparait, ce qui me distinguait des autres, importait ; ce que personne d’autre que moi ne disait ni ne pouvait dire, c’était ce que j’avais à dire. » Il rencontre Ménalque, épicurien, anti-matérialiste qui l’influencera beaucoup en se moquant du « calme bonheur » familial de Michel. Il passera avec lui une nuit fatidique puisque Marceline, seule dans leur grand appartement, donnera naissance à un enfant mort. Elle tombe malade à son tour, atteinte de tuberculose. Alors que Michel s’évertue au début à soigner sa femme comme elle le faisait quelque temps plus tôt pour lui, il se laisse bien vite gagner par ses envies, par son besoin de bouger, ne tenant pas compte de la nécessité pour Marceline de se reposer. Sorrente, Palerme, Syracuse, la Tunisie. Rien n’est assez beau pour lui, pour elle. Son « entêtement dans le pire » le pousse à organiser un dernier voyage à Touggourt. La chaleur, l’inconfort, le vent auront raison de la fragile santé de Marceline qui mourra sans lui avoir fait de reproches. 

            Michel loue le vice parce qu’il est sincère. Son désir des hommes jeunes et forts constitue le fil directeur du roman, désir qu’il nous livre pourtant en toute innocence, il y a quelque chose d’ingénu dans ses confidences. En filigrane aussi, bien évidemment, l’auteur, atteint de tuberculose lui aussi, se réfugiant auprès des hommes…

 

            Une parole de Ménalque : « C’est du parfait oubli d’hier que je crée la nouvelleté de chaque heure. Jamais, d’avoir été heureux, ne me suffit. Je ne crois pas aux choses mortes, et confond n’être plus, avec n’avoir jamais été. »

            Et encore une belle réflexion sur le souvenir : « Si encore nos médiocres cerveaux savaient bien embaumer les souvenirs ! Mais ceux-ci se conservent mal ; les plus délicats se dépouillent, les plus voluptueux pourrissent ; les plus délicieux sont dangereux dans la suite. Ce dont on se repent était délicieux d’abord. »

Ma passion pour un écrivain peut aller très loin… : Vacances en famille en Normandie. Tout mon petit monde fait un détour à Cuverville  où est enterré Monsieur Gide. Cette escapade sur les routes campagnardes de Seine-Maritime en valait-elle la peine ? Jugez vous-même :

 

 

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3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 09:51

            La BD s’inspire du roman de Daeninckx du même nom.

            1920. Eugène Varlot, détective privé, est appelé d’urgence par le colonel Fantin de Larsaudière qui lui demande d’enquêter sur des tentatives d’intimidation qu’il subit de la part d’un anonyme. Varlot doit trouver de qui il s’agit. L’affaire, très vite, se complique : le détective se rend compte que la femme de Fantin, Amélie, le trompe avec de nombreux aviateurs ; leur fille, Luce, se comporte comme une enfant de cinq ans… alors qu’elle en a vingt-cinq. Bref, tout porte à croire que Fantin mène Varlot en bateau, espérant voir mourir sa femme pour récupérer sa fortune et tentant de se faire, avec le détective, un alibi en béton.

            L’intrigue est un peu sinueuse, je ne vais pas vous le cacher, mais j’ai adoré l’univers des années 20 recréé, là, sous nos yeux. Paris et ses anciennes Peugeot, ses somptueux cinémas, ses extravagantes réceptions… et Paris avec les souvenirs très frais de la Grande Guerre. Varlot lui-même en subit les conséquences en faisant toutes les nuits le même cauchemar. Des êtres abîmés, voire, déchiquetés par les armes des tranchées errent dans les rues et les hôpitaux.

            La fin est surprenante et malgré les 80 pages et le noir et blanc qui peut faire hérisser les poils de certains lecteurs, j’y suis arrivée assez vite. Le langage est cru, fleuri, direct et incisif : « comment en vouloir à une jeunesse qui voit revenir son champion de polka en chaise roulante ?». J’ai même découvert une expression que je ne connaissais pas et que Daeninckx semble apprécier particulièrement : mettre les bouts (se tirer, se sauver).

            Tardi est fidèle à lui-même, tout en courbe et en rondeurs, il se fait le miroir d’une époque aux contrastes saisissants.

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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 02:23

          Au printemps dernier, Soukee nous conviait à un intrigant swap intitulé Partners in crime. L'objectif était simple : envoyer un colis (piégé, non quand même...) à son binôme qui en renverrait un en retour. Un colis plein de surprises teintées plutôt british et policier et qui devait contenir :

- 2 romans policiers britanniques (contemporains ou non, à voir avec votre swapé !)

- 1 gourmandise britannique salée ou sucrée pour doper les neurones (j'en entends qui critiquent la gastronomie anglaise dans le fond...)

- 1 boisson pour s'éclaircir les idées

- 1 objet pour mener l'enquête (excentricités permises !)

 

Ma binômette a été C.l!ne

Ouverture du colis - très étrangement, mon grand Timothée et ma petite Danaé avaient déjà repéré le leur...

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Les plus perspicaces remarqueront l'emballage plus que british et les petites anotations qui m'ont permis de mener l'enquête dans les règles de l'art.

 

Voilà ce que ça donne une fois déballé :

 

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Voyez par vous-même comme j'ai été gâtée!!! Deux romans policiers britanniques qu'il me tarde de découvrir, du chocolat qui a vite été englouti par des estomacs affamés, une jolie carte, un marque-page on ne peut plus original, un style very british et du thé absolument délicieux. Ce qui m'a encore plus épatée c'est que les produits sont tous d'origine anglaise (moi j'avais triché!).

 

Venons-en aux enfants qui ont été ravis. La preuve en image :

 

 

 

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Voici la plus adorable dînette que je n’ai jamais vue !  Une petite merveille qui ne quitte plus ma fifille…

 

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Je ne sais pas comment C.l !ne a su que mon grand fiston était jardinier mais elle a tapé dans le mille ! Il faut juste qu’il apprenne encore à ne pas déterrer les fleurs existantes, le chenapan !

 

... à Soukee pour cette remarquable initiative

... à C.l !ne pour sa générosité :

 

 MERCI !!!

 

 

 

 

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29 août 2011 1 29 /08 /août /2011 08:58

   

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            J’avais aimé  Les Déferlantes, j’avais adoré  Seule Venise. J’ai été déçue par ce dernier roman de Gallay. Est-ce dû à ma dernière lecture ? Il est vrai qu’après l’écriture bariolée et rassasiante de Grangé, j’ai ressenti le besoin de combler les blancs chez Gallay. L’écriture m’a paru dépouillée, presque décharnée.

            Les ingrédients étaient à ma convenance : Avignon, le théâtre, les coulisses du théâtre et la vie au cœur même d’une petite troupe ; des références cultes : Ferré, Calder, Willy Ronis, Gérard Philippe, Le Cid. Bien sûr que je m’en suis délectée mais c’est encore une histoire de femme seule (ou femmes seules) au comportement atypique (j’aime un homme mais je le quitte – je pourrais être heureuse mais j’ai choisi le malheur). Trop de points communs peut-être par rapport aux autres romans du même auteur.

            Deux destins de femme : la première, Marie, est une écorchée d’une vingtaine d’années, vagabonde, maigre, remarquable par ses piercings (c’est elle qui fait la couverture du roman), elle n’a qu’une idée en tête : honorer la mémoire de son frère mort cinq ans auparavant. Paul Selliès, dramaturge, avait fait parvenir deux manuscrits à Odon, directeur d’un petit théâtre. Sans réponse, le jeune homme s’est donné la mort. Marie veut savoir. Nuit rouge, la deuxième pièce est montée cette année.

            La seconde femme est une célébrité dans le monde du théâtre : Mathilde – nom de scène la Jogar. Elle a vécu en Avignon, a été l’amante passionnée d’Odon, a quitté les remparts pour revenir, cette année uniquement.

            Les deux femmes se croisent grâce et par le mort. La Jogar, a plagié le premier texte de Paul Selliès, Anamorphose. C’était ça ou la poubelle et elle trouvait qu’il valait la peine d’être joué. Marie ne comprend pas, pour elle, son frère est mort une deuxième fois. Elle se bat à la façon d’une petite Antigone pour le faire revivre, comme « un animal pris derrière les barreaux. »

            Ce qui aurait pu être une farce ou une supercherie devient une tragédie. La chaleur de la ville et les intermittents en grève viennent englober ces êtres tristes et leurs demi-vies. C’est mon impression, chaque personnage se contente d’une moitié ou de moins encore : La Jogar et Odon renoncent à leur amour, Marie renonce à la vie…

            Certains passages, comme le prouvent les extraits ci-dessous, ont retenti en moi, c’est plutôt l’ensemble de l’œuvre, le tout, l’unité, que j’ai eu du mal à cueillir comme il l’aurait fallu.

 

« L’amour est une île, quand on part on ne revient pas. »

« La passion est un fruit à croissance rapide, il retombe vite et … pourrit ».

« Vieillir, ce n’est rien quand on se souvient. C’est l’oubli qui fait la souffrance ».

« Deux Japonaises patientent sur le pas de la porte. Leur peau est blanche. Elles regardent le soleil comme on regarde tomber la pluie. Sans oser sortir. Elles échangent quelques mots dans une langue qui ressemble à de la musique. Soudain, elles se lancent, le cou rentré, en tirant sur leurs épaules un mince gilet de coton qui leur sert de protection. Elles traversent la place, le soleil est partout et leurs pieds courent dans ce qui ressemble à une gigantesque flaque. » On dirait du Delerm, non ?

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27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 10:43

         

            Michka a douze ans. Comme sa cousine Louna qu’elle n’a jamais vue. Pourquoi ? Louna est autiste et ses parents la cachent à la famille jusqu’à un certain anniversaire où les deux filles se « ratent » : Louna s’enfuit en courant, tourne comme une toupie et ne crée que peur et rejet chez Michka. « C’est vrai, finalement, j’aurais préféré ne l’avoir jamais vue. Pierre et Anna avaient entièrement raison de vouloir la cacher. » Pourtant, Michka ne cesse de penser à sa « folle dangereuse » de cousine.

            Deux ans ont passé et lors de vacances chez la grand-mère, Michka et Louna sont amenées à se revoir.  Michka comprend qu’elle doit gagner la confiance de sa cousine, qu’elle doit se laisser approcher un peu comme Dian Fossey dans Gorilles dans la brume. La comparaison est douce et poétique :

« Mon entrée fait lever les yeux de grand-mère. J’y puise de la confiance. Il faut que je reste calme. A pas de velours, je me dirige vers le banc. Je revois le documentaire de la dame aux gorilles… La dame ne devait pas les effrayer. Alors elle ne faisait rien d’autre que de s’asseoir en imitant leurs gestes. Chaque jour les singes se sont approchés plus près. Et un jour, victoire, un singe l’a embrassée ! Le tout, c’est de ne pas avoir peur. »

            Michka surmonte ses peurs, se rend compte que Louna peut rire, que Louna a des amis au refuge où elle passe le plus clair de son temps, que si elle est une « bête étrange » pour certains, elle se montre aussi parfois une « petite fée ».

            Ce court roman raconte une histoire d’amitié, tout en douceur, en tendresse, en respect de la différence de l’autre. L’écriture est une petite merveille et nous décrit avec un charme enchanteur le mode de vie de cette « petite étoile d’une autre galaxie » : non, elle ne parle pas, elle n’aime pas l’inconnu, elle est nulle dans les gestes les plus simples comme s’habiller ou manger mais elle a un grand cœur, elle est habile et possède une ouïe exceptionnellement fine.

            Deux pépites encore pour ce livre jeunesse inévitablement coup de cœur :

-         Définition de l’autisme par les parents de Michka : « Les autistes vivent dans leur monde et ne communiquent pas. Ils sont enfermés dans leur tête. Leurs cerveaux sont des forteresses sans porte ni fenêtre. Donc leur intelligence est en cage et si bien enfermée qu’on n’en a pas idée et on les croit idiots. Mais c’est complètement faux. En fait, ils sont un peu des Martiens avec une intelligence immense à laquelle on n’a pas accès. »

-         Au retour de la boulangerie : « Louna galope devant. Entre ciel et champ, on la dirait funambule. Au retour par contre elle suit en rongeant la baguette. De temps en temps, elle pirouette et dessine des arabesques. Si elle se comporte parfois avec l’instinct d’une petite bête, d’autres fois elle est si légère qu’elle semble magicienne. »

 

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25 août 2011 4 25 /08 /août /2011 13:59

            Première expérience de Bilal. Comme tout le monde, j’ai déjà vu son formidable coup de crayon, quelques-uns de ses dessins.

            J’ai été déroutée. On parle d’hybrides, de « coup de sang » qui correspond à un « dérèglement climatique brutal et généralisé qui s’est abattu sur la Terre. », d’épidémie foudroyante.

            Deux bateaux entrent en collision. Deux hommes se rencontrent, l’un vient de se métamorphoser, peu de temps avant il nageait dans la mer sous la forme d’un dauphin. Deux petits robots, un hippocampe et un homard, accompagnent les humains, leur servent de guides et de domestiques.

            Résumer l’intrigue ? j’en suis bien incapable ! Les dessins sont magnifiques, une case m’a particulièrement tapé dans l’œil, c’est la métamorphose de l’homme en dauphin, la peau transparente du mammifère marin laisse entrevoir l’homme en totale harmonie avec son nouveau corps. C’est du grand art. Les visages aussi sont très beaux mais pour moi, souvent presque identiques, d’où ma difficulté à comprendre l’histoire.

            Rendez-vous un peu raté donc mais à cause de mon état de novice en la matière, je pense. Sans doute faut-il pratiquer longuement le Bilal pour l’apprécier dans toute sa splendeur.
           

            J’avoue aussi que les futurs noirs, tristes et apocalyptiques me gonflent. Tout est gris dans cet album, mis à part les lèvres de Kim et le petit homard rouge qui danse dans les airs.

            Je n’abandonne pas pour autant cet univers mais la prochaine BD sera pour plus tard…

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