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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 20:52

 

 

            Delphine de Vigan nous livre une grande partie de sa vie. C’est le suicide de sa mère qui a été pour elle l’élément déclencheur et le point de départ de l’écriture de ce livre autobiographique. Elle tente d’expliquer le geste de sa mère et pour cela, entreprend de raconter la vie de celle qu’elle n’appelle pas « maman » mais « Lucile ».

            Zoom sur la vie foisonnante des grands-parents maternels de l’écrivain, Liane et Georges. Une famille extensible à souhait puisqu’elle est allée jusqu’à contenir une douzaine de membres. Des enfants, des enfants, et encore des enfants. Lucile se démarque de ses frères et sœurs par sa réserve mais aussi par sa grande beauté qu’elle voit plutôt comme un obstacle qu’un avantage. Son souhait le plus cher, d’ailleurs, est d’être invisible, ne pas capter l’attention des autres : « Lucile se demandait si un jour […], elle deviendrait une vieille dame rabougrie et voûtée, qui échapperait au regard. Ainsi serait-elle enfin libre d’aller et venir, infiniment légère, et presque transparente. Ainsi n’aurait-elle plus peur, plus peur de rien. »

            Des drames et des tragédies marquent cette famille pourtant douée pour le bonheur et la gaité. C’est le petit frère Antonin qui meurt tragiquement d’abord, tombé au fond d’un puits. Jean-Marc le « remplacera » (c’est dit ainsi dans le livre), un gamin adopté à sept ans. Il se fond dans l’univers familial mais meurt étouffé dans un sac plastique. Il ne sera pas évident de savoir s’il y avait suicide ou pas. Malgré tout, cet essaim continue de bourdonner, il faut dire que la matriarche, Liane, est surprenante d’énergie, de joie de vivre et d’optimisme. C’est le personnage coup de cœur du livre, pour ma part.

            En plus des drames qu’on ne pouvait éviter, se glisse un serpent noir et malsain, celui du doute. Un doute qui plane sur les relations ambiguës qu’a pu avoir Georges avec Lucile mais aussi avec d’autres jeunes filles de l’entourage familial.  Mais on a posé le couvercle des apparences sur les révélations qu’a osé faire Lucile déjà adulte. Sans le dire directement, l’écrivain explique le comportement de sa mère. Et bon sang ce qu’elle en a bavé avec ou à cause d’elle à l’adolescence. Folie, dépression, bipolarité, on comprend que Delphine et sa sœur Manon ont dû s’élever toutes seules, privées de la tendresse, de la protection d’une mère.

            On tire les leçons qu’on veut de ce livre, c’est toujours en rapportant les récits de ses proches qui ont bien voulu jouer le jeu, que le fil se déroule petit à petit. Comme les êtres qui ont eu un passé douloureux, une immense fragilité côtoie une force contagieuse. Alors que sa vie d’enfant, d’adolescente, de jeune adulte n’est que désordre, bohême et liberté, la narratrice ne rêve que d’une « vie cadrée, confinée, réglée  comme le papier millimétré qui accueillait les errements de mes exercices de géométrie ».

            Je n’ai eu qu’un souhait après cette lecture : que Delphine de Vigan puisse trouver apaisement et sérénité après cette œuvre thérapeutique.

            J’ai eu la chance de lire successivement deux romans que j’ai considérés comme excellents. Pour des raisons totalement différentes. Chez Sylvie Germain, c’est l’érudition, la beauté du style, le travail sur le langage qui détonent. A tel point qu’à chaque phrase lue, on peut lâcher un « whaouh » admiratif. Chez De Vigan, tout est plus simple et plus naturel, c’est un voile qu’on soulève doucement pour faire apparaître un trésor, un trésor vivant et réel. On se laisse glisser dans ce livre avec une facilité réconfortante, comme on entrerait dans un bain à température idéale.

 

« L’écriture ne peut rien. Tout au plus permet-elle de poser les questions et d’interroger la mémoire »

« Je n’ai interrogé aucun des hommes qui ont partagé la vie de Lucile et, à la réflexion, il me semble que c’est aussi bien. Je ne veux pas savoir quelle épouse ni quelle amante Lucile a été. Cela ne me regarde pas.

J’écris Lucile avec mes yeux d’enfant grandie trop vite, j’écris ce mystère qu’elle a toujours été pour moi, à la fois si présente et si lointaine, elle qui, lorsque j’ai eu dix ans, ne m’a plus jamais pris dans ses bras. »

J’avais déjà apprécié  No et moi du même auteur.

 

 

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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 21:24

            J’avais découvert la série des Sept grâce à  Sept Pirates qui m’avait déçue. J’ai pourtant craqué pour cet album et son titre racoleur : « 7 figures emblématiques de Molière enquêtent sur sa mort ».
            Tout est dit dans ce titre. Alceste, Tartuffe, Agnès, Dom Juan, Scapin, Argan et Harpagon se retrouvent juste après les funérailles de leur créateur, Molière, pour résoudre une énigme : le célèbre dramaturge-comédien aurait été empoisonné ! Non seulement, les sept personnages tentent de savoir qui est l’auteur du crime mais en plus, ils doivent faire face à des poursuivants, prêts à tout pour les éliminer les uns après les autres.

            Ce qui est intéressant, c’est qu’on retrouve le caractère des personnages : Harpagon est avare, Tartuffe est un faux dévot… mais ça devient même un peu caricatural. Les dessins sont beaux, certes, mais... ont peut-être quelque chose de trop parfait. Ou de surfait?
            Bon, ne tournons pas autour du pot : je ne sais pas s’il y a incompatibilité entre cette série et moi, mais je suis restée complètement à l’écart de cette lecture. Je me suis un peu ennuyée, me suis même entortillée les méninges dans les méandres historiques et … je regrette mon achat. Du coup : aucune envie de citer un passage. Il y aura sans doute des amateurs, mais je n’en fais pas partie.

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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 22:18

   

            Celui qui  n’a pas vu ou entendu parler de ce livre vit en autarcie… Trop curieuse, il a fallu que je m’y colle, et ce fut en livre audio.

            Erica est une trentenaire célibataire, écrivain retranché dans la maison de ses parents décédés il y a peu. Un jour, on l’interpelle dans la rue, un homme demande du secours, il a trouvé le cadavre d’une femme dans sa baignoire. Erica constate qu’elle connaît cette femme prise dans la glace (la chaudière étant à l’arrêt, la maison est glaciale), il s’agit de sa meilleure amie d’enfance, Alex.

            Alors qu’elle se rend au commissariat pour sa déposition, qui est-ce qu’elle croise pas ? Patrick, un copain d’enfance qu’elle trouve charmant… elle ne sait pas qu’il est amoureux d’elle depuis le bac à sable (eh si, ça existe !)

            C’est une enquête en binôme qui commence, chacun à sa façon. Patrick tente de déjouer la surveillance de son stupide et volumineux chef, Erica se rend dans la maison d’Alex en cachette pour y glaner d’éventuelles informations (même pas peur !)

            A côté de ça, la maison familiale risque d’être mise en vente à cause du mari violent et trop cupide de la sœur d’Erica, Anna. Mais Erica se console dans les bras de Patrick. C’est cinq fois pour leur première nuit d’amour mais ce n’est vraiment bien qu’à la cinquième fois… c’est pas moi qui le dit, c’est l’auteur.

            Le début du roman m’a vraiment agacée, l’intérêt littéraire est nul. C’est mal écrit, ça tourne en rond, c’est rempli de blabla. Puis, je me suis engouffrée dans cette enquête. Alors que je croyais avoir tout compris, je suis allée de surprise en surprise. Au final, j’ai passé de bons moments mais le support audio y a été pour beaucoup. L’écrivain nous répète mille fois les mêmes choses (ok, j’exagère), ce qui passe très bien quand on l’écoute.

            Pour les détails énervants, Läckberg insiste sur les trentenaires qui vraiment ne sont plus si jeunes, qui grossissent à vue d’œil, qui voient apparaître des rides un peu partout… je me suis sentie un peu vexée ! L’histoire d’amour quant à elle, bon, elle est ce qu’elle est, deux maladroits un peu frustrés qui se disent que c’est le moment de se caser… Ne boudons pas notre plaisir, je me suis attachée à ces deux-là. Je continuerai peut-être l’aventure Läckberg en buvant du café (ça doit vraiment être une manie suédoise, dans Millenium déjà, ça n’arrêtait pas !), encore en livre audio sans doute. Et puis, commencer une relation amoureuse avec une haleine aromatisée à la caféine, bon… Parenthèse refermée.

            Je ne cite pas d’extrait, de toute façon, un morceau détaché du reste serait ridicule… Ah, je n’avais pas dit non plus que le roman était truffé de caricatures et de clichés ? Bon, c’est fait maintenant. Pourtant si, j’ai aimé. Je l’ai pris comme il était et mes trajets maison-travail ont été délicieusement égayés.

            Au cas où vous n’auriez pas compris ma relation avec ce livre, c’est comme de manger des cookies bas de gamme, c’est bourré de conservateurs et de cochonneries, on sait que ce n’est pas bon mais finalement on finit le paquet. Ben oui.

             Il m’arrive de bavarder inutilement (pléonasme ?)

           Si c'est bien du Fjallabacka du bouquin qu'il s'agit ci-dessous, c'est pas mal...

et Göteborg qu'on trouve aussi dans Millenium :Fichier:Avenyn.jpg

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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 22:17

   

            Une fille, Agathe, écrit des lettres à sa mère après son décès. Une mère un peu particulière puisqu’elle n’a jamais montré un seul signe d’affection ou d’attachement à sa fille. Agathe a été conçue au retour du père de la seconde guerre, lorsque l’amour avait disparu depuis des années dans le couple. La mère d’Agathe se remarie et c’est grâce à l’affection du beau-père de la fillette qu’elle pourra grandir cahin-caha.

            Les anecdotes de l’enfance privée d’une affection maternelle sont très émouvantes : la photo de famille qu’on prend avec les deux garçons mais en écartant Agathe ; la rentrée des classes marquée par une mère qui, s’énervant contre les cheveux emmêlés de sa fille, lui coupe brusquement ; les premières règles d’Agathe qui sont synonyme d’humiliation et de saleté ; les quelques moments de bonheur estival passés avec son oncle et sa tante… Autant d’étapes importantes dans la vie d’une fille complètement gâchée et bafouées par une mère froide et cruelle.

            Ce qu’on attend depuis le début de l’album, la séparation, vient malgré Agathe suite à une énième dispute où sa mère la gifle en public alors qu’elle est une jeune adulte. Agathe lui rend la gifle. Sa mère la contraint à partir vivre à Paris chez son oncle et sa tante. Agathe s’en va… et ne reverra plus jamais sa mère qui mourra peu après.

            D’autres lettres suivront, Agathe cherchant toujours à comprendre, fouinant dans le passé, tentant de faire face à l’annonce de sa maternité à elle.

            Le récit est poignant. On suit le parcours d’Agathe de la petite enfance à l’âge adulte et on se rend compte à quel point ce vide, cette absence d’amour maternel la marque tous les jours. Son premier mari ressemble étrangement à cette mère très ordonnée et à cheval sur les quand-dira-t-on. Même adulte, Agathe se demande ce qu’elle a fait de travers, elle culpabilise encore et ne trouve pas de réponses à ses questions… et tente de vivre avec.

            La fin est très juste. Il faut apprendre à vivre avec quelque chose d’aberrant, avec l’inexplicable et l’injuste. Et surtout éviter de reproduire le même schéma.

 

            C’est la couverture qui m’avait attirée. Les dessins dont de belles aquarelles reproduisant bien la hargne de la jeune fille à vouloir comprendre, sa volonté de survie et sa quête identitaire.

 

            Lorsque le sang coule pour la première fois entre les jambes d’Agathe :

« Tu viens de trouver les traces de mon infortune sur la couverture et sur les pavés. Tu as ouvert la porte sans frapper. Tu soulèves ma chemise dans rien dire. Tu sais déjà. Tu regardes mes jambes serrées que colle un filet ininterrompu de sang. Tu me gifles. Et je t’entends prononcer cette sentence étrange que je n’oublierai jamais. Maintenant, tu sais ce que c’est que d’être une femme. Tu ne m’as jamais rien expliqué avant ce moment et tu ne le feras pas plus, ce matin-là, ni jamais d’ailleurs. Je n’apprendrai de toi qu’une seule chose : ceci est un problème qui ne concerne que moi. »

 

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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 09:14

 

   

            J’avais tant entendu dire du bien de cet auteur qu’il me tardait de la découvrir. Je n’ai pas été déçue !

            L’image initiale, celle qui apparaît quand on ouvre le roman est d’emblée un délice :

« D'un coup le ciel se minéralisa, il se fit schiste bleu de nuit. Et il était immense, le ciel, au-dessus de cette terre dénuée de tout relief, écrasée de silence. Une muraille de schiste au pied de laquelle des peupliers dressaient leurs fines silhouettes parcourues de frissons argentés. De même se tenaient les bêtes, immobiles et tressaillantes dans les prés et les cours. La muraille tonna, comme un gong de désastre. Alors le schiste vira au violet-noir, puis il se lacéra. Une pluie torrentielle assaillit la terre. La visibilité tomba à zéro. Le conducteur, dans l'habitacle de sa voiture cinglée par la pluie, eut l'impression d'être transformé en scaphandrier. Il ralentit et mit en marche les essuie-glaces ; dans l'orbe fugacement esquissé sur son pare-brise il aperçut un drôle de météore qui fonçait droit sur lui. L'espace alentour, décidément, était en proie à une humeur fantasque. Une petite boule couleur de bouton-d'or, montée sur roue - comme si le soleil avait été précipité sur la terre par la violence de l'orage et brutalement réduit au cours de sa chute à la dimension dérisoire d'une citrouille jaune vif -, roulait à toute allure sur cette route de campagne. »

            Le roman se poursuit dans cette veine-là, brillamment et savamment écrit. Il tourne autour d’un événement tragique incompréhensible : une tête coupée.

            Théodore et Anna formaient un couple heureux, une union tardive qui a vu naître leur fils Tobie. Tout bascule le jour où le corps d’Anna sans vie mais aussi sans tête revient à la maison familiale sur le dos de sa jument. Cette vision d’horreur, une cavalière décapitée marque évidemment l’époux et le fils. Le deuil ne peut se faire car la tête n’est pas retrouvée. Parallèlement, on suit le parcours douloureux de l’arrière-grand-mère de Tobie, Déborah, qui a vu ses proches mourir les uns après les autres ou plutôt ne les a pas vus : certains morts à la guerre sans qu’on ait retrouvé leur cadavre, d’autres disparus dans la nature, d’autres encore jetés en pleine mer sans que leurs corps soient repêchés. Tobie accompagne Déborah au crépuscule de sa vie, elle souhaite mourir avant ses cent ans, et elle partira avec le sourire, la veille de son anniversaire.

            Il y a aussi Sarra, qui est elle aussi, souffre sans avoir fait du mal à quiconque. Une étrange malédiction la poursuit, les hommes qu’elle embrasse, ceux qui sont attirés par son incroyable beauté, meurent. Après la mort du septième, la jeune femme se retire du monde pour ne sortir que la nuit. Sa route croisera celle de Tobie.

            Raphaël, lui, représente un guide, un archange qui mène Tobie et son père vers la vérité. Il fait le lien entre tous les personnages et disparaît aussi vite qu’il est apparu.

            Ce roman proche du conte est âpre, difficile, bouleversant. On est saisi par la beauté de l’écriture, riche, ciselée, imprégnée de culture biblique. Une chose est sûre, je veux lire un autre roman de cet écrivain. Il est rare de trouver un tel talent.

 

 

 

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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 21:15

            Il me fallait une bonne pause-détente dans mes lectures, quelque chose de léger et d’amusant, j’ai trouvé chaussure à mon pied avec ce livre qui, selon moi, remplit les devoirs d’un bon roman pour la jeunesse : il est drôle, frais et assez bien écrit (« quand même » aurait-on tendance à rajouter…)

            Emilien, élève de 4ème , a besoin d’argent pour se procurer le tout dernier magnétoscope ultra tendance. Il se met donc à faire du baby-sitting. Là où c’est bigrement original, c’est qu’il aime ça ! Il adore garder des enfants et se montre plutôt très doué. Il parvient même à sauver la vie d’un bébé grâce à ses connaissances en puériculture nouvellement acquises et à son extrême attention.

            La foudre s’abat sur lui quand sa mère, alors qu’il entre en 3ème, lui interdit de se coucher tard, donc de faire du baby-sitting. Emilien se rabat sur les cours particuliers, il aide une écolière garçon manqué pour ses cours de français. Mais qu’est-ce qui peut encore remplir la vie d’un collégien ? L’amour bien sûr ! S’il se sent proche de la douce et parfaite Martine-Marie (quel prénom !), c’est dans les bras d’Amandine qu’il se jette sans réfléchir avant de s’apercevoir que la magnifique jeune fille chaparde un peu tout ce qui lui tombe sous la main et va jusqu’à voler deux pendentifs dans la boutique de mode de la mère d’Emilien.

           

            J’ai aimé l’humour particulier de ce jeune homme, charmant et légèrement désabusé. J’ai aimé le côté désuet de ce roman qui a déjà 21 ans et où on parle encore de magnétoscope…

            J’ai trouvé dommage que cette histoire de baby-sitting ne se prolonge pas dans la seconde moitié du livre comme le titre l’indiquait.

            Je crois que c’est mon premier Murail, sans certitude… Il me semble qu’Emilien se retrouve dans d’autres romans, que je lirai avec plaisir.

 

 

            Un dialogue entre mère et fils, la première exigeant que le deuxième consacre tout son temps à ses cours et ne fasse plus de baby-sitting :

-         Et comment je vais faire pour mon argent de poche si je ne peux plus faire de baby-sitting, le soir ? m’écriai-je.

-         Je te donne de l’argent de poche ! hurla maman.

-         Pas assez ! meuglai-je.

            Nous avons besoin de beaucoup de décibels, maman et moi, pour échanger nos points de vue.

-         Je n’ai pas l’intention de discuter avec toi.

            C’est toujours ce que dit ma mère quand elle n’a aucun argument rationnel à m’opposer.

-         O.K., dis-je tranquillement, je vais faire un casse. Comme ça, j’aurai mon argent de poche pour l’année en cours.

-         Tu arrêtes de dire n’importe quoi ?

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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 09:25

 

 

 

 

 

            C’est grâce à C.l !ne et au swap de Soukee que j’ai reçu, un beau matin d’été, ce roman d’un auteur jusqu’alors inconnu pour moi.
Quelle claque ! Si je devais résumer ce polar par une image, ce serait un amas de sang et de détritus d’origine inconnue disséminant une forte odeur de putréfaction…

            Joe Oakes est un journaliste qui, dans sa jeunesse, a été confronté à un gourou de secte regroupant les « ministres de la cure psychogénique ». C’est parce qu’il est du genre à démonter les arnaques et les supercheries qu’il s’est vu maudire par ce même gourou, Malachi Dove, qui l’a menacé de lui « baiser sa quiétude ». De nombreuses années plus tard, alors que le pasteur Malachi Dove a disparu de la circulation (mort ou non ? personne ne sait !), Oakes est amené à faire un reportage sur une île surnommée Pig Island. Cette île est le point de ralliement du Ministère de la cure psychogénique mais elle est célèbre depuis peu pour une autre raison : une vidéo a circulé sur le web montrant une créature mi-humaine mi-animale que certains ont assimilé au diable. Oakes, à son arrivée sur l’île, est accueilli par Blake qui lui explique qu’à l’autre bout de Pig Island, vit Dove, seul. Le passe-temps favori de l’ancien gourou est d’abattre des porcs (d’où le surnom de l’île).  Il est formellement interdit d’aller rencontrer Dove. Bien évidemment, la nuit, Oakes s’empresse de braver l’interdiction et va mener sa petite enquête. Il se fait agresser… et c’est le début des horreurs. Parce qu’Oakes a pénétré dans son territoire, Dove se venge en massacrant tous les habitants de l’île… et disparaît. Et oh surprise, on fait la rencontre d’Angeline, la fille de Dove, cachée depuis 18 ans parce qu’elle est née avec une excroissance qui lui fait une queue (c’était elle, la créature de la vidéo).C’est en réalité un pied difforme qui appartenant à un jumeau (oui, c’est gai, frais, réjouissant…)

            Qu’est-ce que j’ai aimé ? Le rythme haletant de la première moitié du bouquin. Ce huis clos sur l’île est définitivement angoissant. Ca m’a rappelé un film, mais je ne saurais dire lequel (n’était-ce pas une secte, elle aussi, isolée sur une île ?). On est à fond dans l’histoire pour les 200 premières pages, même si on trouve ce journaliste un peu trop courageux, on s’identifie à lui avec aisance. Ensuite, j’ai aimé les changements de narrateur, car c’est Lexie, la femme d’Oakes, qui prend la relève au bout de quelques pages. Elle a suivi son mari, mais elle en a marre de ses enquêtes, elle lorgne depuis des mois sur son patron, un médecin de grande renommée. Les chapitres qui la concernent sont en fait, des lettres qu’elles envoient à son psy. C’est à travers son regard (de « dinde », il faut bien l’admettre) qu’on appréhende Angeline, cette magnifique jeune femme pourvue d’une queue. Il y a un décalage très intéressant entre le polar noir et glauque et les réflexions sur la vie couple plutôt rigolotes…

            Malheureusement, le rythme s’est essoufflé à partir de la moitié du roman. Quelques incohérences m’ont gênée : cette Angeline, depuis toujours recluse sur l’île, s’adapte super facilement à la vie londonienne et plus tard, aux feux des projecteurs de la célébrité… et puis la fin, mouarf mouarf mouarf. Je ne peux pas vous la révéler mais j’ai été un peu déçue, elle ne colle pas avec le reste du livre.

             A plusieurs reprises, je me suis écriée « c’est une femme qui écrit ça !? ». J’ai trouvé l’écriture masculine, souvent crue, vive, où la psychologie, quand psychologie il y a, virait à la misogynie.

            Je me dirigerai vers Mo Hayder pour découvrir un de ses autres romans, mais, ce qui est sûr, c’est que ce ne sera pas pour tout de suite… Les cadavres, les porcs ensanglantés, les êtres difformes, j’en ai eu mon compte pour un petit moment…

 

Allez, une pichenette de film d’horreur en noir sur blanc :

« Il m’a fallu quelques effroyables secondes pour comprendre qu’il n’allait pas me sauter dessus en hurlant. Il était mort. Il avait la bouche ouverte, les tendons du ou saillants. Son regard fixe était presque opaque. Le bas de son polo était imbibé de sang. J’ai retenu mon souffle. »

 

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20 octobre 2011 4 20 /10 /octobre /2011 23:06

 

 

            Amateurs de sorcellerie, de maléfices, de vengeance et de magie noire, ce roman graphique est fait pour vous !

            Beausonge, petit hameau ardennais.

            Silence est le prénom du simplet du village, né muet. Il est le fils d’un gitan, Georgio, et d’une villageoise, Violante, mais aussi le résultat d’un amour adultère. C’est le mari de Violante, Abel, qui, après la mort de sa femme en couches, garde Silence et le traite en esclave. Mais il le hait pour ce qu’il représente, il le hait pour sa stupidité.

            Abel avait tué Georgio quand il s’était rendu compte qu’il avait été trompé. Mais l’épouse du gitan, Sara, erre encore dans la campagne environnant le village et elle se terre dans la grange où Silence a été conçu. Les villageois la considèrent comme une sorcière malfaisante et en effet, elle ne rêve que de vengeance.


            La rencontre Silence – Sara va être explosive, la « sorcière » veut se faire un allié, elle trouvera un amant. Elle l’initiera à la magie noire mais aussi à l’amour.

 

            Quand j’ai vu que les 140 planches étaient toutes en noir et blanc, j’ai été réticente à l’idée de lire cet album. Pourtant, il est indéniablement envoûtant. On s’attache à Silence, cet être si simple qu’il est d’une pureté inégalable, il ne connaît pas le sens des mots « haine » ou « bonheur », il aime les animaux, croit dur comme fer que son maître qui le bat et le prive de nourriture a raison.

            La dimension fantastique apporte toute la magie à cette histoire. Sara est véritablement une sorcière qui jette des mauvais sorts, rend Silence intelligent quelques minutes, a le pouvoir de lui parler au-delà du royaume des morts…

            Le thème de l’idiot qui a l’intelligence du cœur et qui surpasse de loin tous les autres est assez récurrent, mais Comès parvient à nous immiscer dans les pensées de ce personnage, il traduit son manque d’esprit et d’éducation par une orthographe phonétique, chose qui m’a d’abord gênée puis m’a permis de m’identifier à ce type qui finit par briller … lui seul a raison, lui seul est du bon côté, lui seul mérite justice et victoire. Que dire de plus à part que j’ai été charmée et pleinement convaincue. Voilà un album qui marque, qui effraie, qui émeut, qui laisse ses empreintes …

               BD lue dans le cadre du Roaarrr Challenge puisque cet excellent ouvrage a reçu le Fauve d’Or en 1981 ou plus précisément l’Alfred du meilleur album (si quelqu’un veut bien m’expliquer ce qu’est « l’Alfred », je lui en serais éternellement reconnaissante !)

 

 

Roaarrr Challenge

 

 

 

 

 

   

            Dernière remarque : j’ai du mal à comprendre le choix des couleurs de la couverture… pourquoi ce rose voyant ?!??

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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 10:01

 

 

            Première découverte pour moi de cet écrivain suédois qui a plutôt excellente réputation…  et elle se fit en livre audio pour bien débuter l’année scolaire, comme d’habitude, lors de mes longs trajets monotones.

 

            Tout commence par une macabre découverte. Un canot pneumatique est retrouvé sur une plage de Scanie (province du sud de la Suède) – à son bord : deux hommes morts, tués par balle. Les meurtres auraient un lien avec la Lettonie, et un policier letton, le major Liepa, vient enquêter et accompagner le commissaire suédois Kurt Wallander. Les pistes sont maigres et le canot disparaît… tout démarre réellement lorsque Wallander apprend que le major Liepa a été assassiné dès son retour en Lettonie. Il est convié à se rendre dans ce pays balte pour en savoir plus. Et ça sent le moisi ! Wallander soupçonne des mensonges au sein de la police lettonne, lui-même est suivi 24h/24 et ses pressentiments sont confirmés avec le message de la veuve du major Liepa, Baiba, qui lui demande secrètement de l’aide. Le major Liepa connaissait un traître au sein de la police lettonne, c’est pour cette raison qu’il a été tué. Le rythme s’accélère quand Wallander comprend qu’un innocent va être accusé à tort du meurtre de Liepa… et surtout quand ce cher commissaire tombe amoureux de la jolie veuve qu’il se fait donc un devoir d’aider. Il revient quelques jours plus tard en Suède sous un faux nom. Danger maximal et opération à haut risque.

 

            Deux choses m’ont particulièrement plu : la découverte de cet étrange pays balte aux allures de film d’espionnage, c’est glauque, précaire, mafieux, dangereux, on frissonne avec Wallander à chaque pas, on a l’impression de marcher sur des œufs tant la sécurité de ce pays semble être fragile. On n’est pas loin des Enfers… Ensuite c’est le personnage du commissaire (appelé à revenir dans les tomes suivants) que j’ai tout particulièrement apprécié. Il est humain, avec ses défauts qui l’embarrassent : il en marre de la police et cherche à changer de voie professionnelle, il tombe rapidement amoureux d’une femme inaccessible, il est peureux, a du mal à comprendre ce qui se passe, on a même l’impression qu’il subit les événements bien plus qu’il ne les déclenche… ce n’est pas fréquent pour un flic de polar. Le lecteur s’identifie complètement à lui.

 

            J’ai donc beaucoup aimé ce roman qui, même s’il reste un policier, peut par endroits être qualifié de roman d’espionnage frisant l’historique. Un regard pointu, des personnages fouillés, des nuances dans le rythme. Un seul bémol, la réelle utilité de Wallander lors de sa seconde venue en Lettonie. Les Lettons tiraient les ficelles ; que Baiba Liepa ait demandé de l’aide à Wallander m’a paru un peu saugrenu.

  ... et un petit aperçu de Riga :

 

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14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 22:49

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            Première découverte de Véronique Ovaldé à travers ce roman qui nous transporte dans des contrées exotiques et imaginaires, quelque part en Amérique du Sud.

            Vida Izzara incarne la femme riche qui règne en maîtresse belle et élégante sur sa luxueuse villa et sa petite famille. Sauf que la photo parfaite n’est pas si nette que ça. Vida vient d’une région populeuse, dangereuse et famélique du pays, l’Irigoy. Elle en a été extirpée par son mari, Gustavo. Gustavo est l’homme riche, pompeux, guindé et froid par excellence. Leur fille, Paloma, se différencie très tôt de ses parents. La mort de son amie Chili, décédée à l’adolescence d’une leucémie, ne fait que renforcer les contrastes entre elle et son entourage proche. A peine sortie de l’adolescence, Paloma rencontre le bel et mystérieux Adolfo, il la séduit, elle l’ensorcèle, et elle fuit avec lui. Ils iront squatter les villas des alentours, profitant impunément des avantages de l’endroit.

            Vida fait la rencontre du lieutenant Taïbo venu enquêter sur sa fille, justement. C’est le coup de foudre. Vida abandonne tout pour lui, ou plutôt pour la vraie vie. Taïbo sort le petit oiseau de sa cage dorée, comme Adolfo avait sauvé Paloma.

            C’est un beau roman, il n’y a pas à dire. Après certains navets que j’ai lus récemment, j’ai été charmée par cette ambiance suave, nonchalante, raffinée. Ovaldé réussit à nous transporter dans un univers à part, fait de moiteur, de verdure, de couleurs, de musique et surtout de désir de liberté. Car c’est bien de liberté qu’il s’agit dans tout le roman.

            J’ai trouvé certains passages légèrement monotones, d’autres audacieusement dépourvus de virgules (et ça m’a agacée parfois, oui… déformation professionnelle !), seuls bémols que j’apporterai. Mais l’auteur, sait, par la variation de longueur de ses phrases redonner du souffle et du rythme à l’intrigue et surtout à ses personnages féminins qui renaissent lentement mais sûrement. La fin m’a touchée, le pari sur la vie que font les deux femmes est courageux, simple, vrai. Sans être moraliste, Ovaldé insuffle un petit élan d’espoir et d’optimisme dans un monde étriqué et statique.

            Exceptionnellement, je cite un chapitre entier, celui qui, en tant que mère, m’a atteinte en pleine poitrine, vous pensez bien.

« Mon cœur en sautoir 

            Se souvenir toujours de son petit corps, de sa grâce, de la texture de sa peau, de son haleine, de son odeur, de sa voix, emmêlées l’une dans l’autre, la moiteur de son coup, la finesse de ses bras, le délié parfait de chacun de ses muscles minuscules et sublimes, comment graver ses gestes dans le souvenir, comment être sûre de ne jamais rien oublier de tout cela, de pouvoir s’en servir et le réactiver quand elle serait seule et vieille, puiser dans son trésor de souvenirs et d’images, la peau bronzée de Paloma, son grain un peu sec et salé, la connaissance que Vida en avait, qui semblait être quelque chose de tangible et d’éternel, mais cette connaissance même n’existait que le temps que la chose connue existât, ses cheveux désordonnés et longs qui lui donnaient l’allure d’une sauvageonne, sa blondeur iodée d’enfant, la pulpe de ses lèvres, l’immensité de ses yeux (qui paraissaient à une autre échelle que les autres éléments de son visage), l’arc de ses sourcils noirs et fatals (des sourcils de femme). Vida voulait prendre la totalité de ces fragments parfaits et en faire un trésor réellement inaltérable. Et quand elles étaient ensemble elle savait que c’était impossible et cette impossibilité la plongeait dans un désespoir infini. Elle avait l’impression que sa beauté, sa tendre enfance lui échappaient déjà. Qu’elles s’en allaient en particules dans l’air, comme des filaments de sa perfection. Elle se disait “il faut que je la photographie, que je l’enregistre”, mais toutes ces opérations étaient vaines et elle échouait à conserver la douceur éphémère de cette fusion de leurs deux corps allongés dans une chambre estivale, l’une à côté de l’autre, les bras de la petite autour de son cou et les lèvres de la petite sur ses paupières. Elle savait ce qui la faisait rire alors elle la faisait rire et ce rire d’enfant, ce rire qui s’en allait déjà à toute vitesse, lui piétinait le cœur. »

 

Et un autre extrait, parce que c’est bon :

 

« Elle décide de ne pas retourner chez ses parents (…), elle décide cela parce qu'on est le matin très tôt encore, parce que l'automne est encore doux et que le soleil fait rougeoyer les immeubles du front de mer, parce que les études de droit ne la passionnent pas et ne la passionneront jamais, parce qu'elle a vingt et un ans, qu'une partie d'elle-même croit encore qu'elle est immortelle, et qu'une autre lui dit impatiemment que le temps presse, parce qu'elle a une folle envie de déposer sa confiance dans les paumes d'Adolfo alors qu'elle le connaît si peu mais que le peu qu'elle sait de lui la bouleverse et lui donne l'illusion d'être vivante. »

Je remercie Priceminister de m’avoir gracieusement envoyé ce roman.

http://www.priceminister.com/offer/buy/131413156/des-vies-d-oiseaux-de-veronique-ovalde.html

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