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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 17:35

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            J’avais déjà lu ce recueil de nouvelles, je m’en suis rapidement rendu compte (moi qui pensais n’avoir jamais lu Murakami !) mais l’écriture est telle que je me suis laissée embarquer sans aucun problème pour un second périple japonais. Le recueil contient six nouvelles :

-         « Un ovni a atterri à Kushiro » est la nouvelle qui m’a sans doute le plus marquée. Komura, un homme beau, séduisant se retrouve seul. Sa femme l’a quitté après avoir regardé des jours entiers les images des dégâts du tremblement de terre à la télé. Un peu chagriné tout de même, il accepte une étrange mission : aller livrer un colis à l’autre bout du pays. Dans ce colis, se trouve « son intérieur ». Komura est désormais vide, sans « contenu ».

-         Dans « Paysage avec fer », c’est une discussion autour d’un feu qui réunit Junko, une jeune fille et Miyake, un quarantenaire solitaire. Là encore il est question de la substantifique moelle de la vie. Comme une évidence, une banalité, Junko se rend compte qu’elle pourrait mourir avec Miyake, là, maintenant. « Je ne pourrais sans doute pas vivre avec lui, songea Junko. Parce que je ne crois pas que je pourrais pénétrer dans son cœur. Mais mourir avec lui, ça, je peux peut-être le faire ».

-         « Tous les enfants de Dieu savent danser » se place encore une fois du côté du spirituel. Yoshiya est un jeune homme sans père. Sa mère lui a juste dit qu’à  son géniteur,  il manquait un lobe d’oreille. Devenu adulte, le jeune homme croise dans le métro un homme de quarante-cinq ans environ à qui il manque un lobe d’oreille. Il se met en tête de le suivre, se demandant petit à petit ce que ça peut lui apporter, et se retrouve seul sur un terrain de base-ball.

-         « Thaïlande » : une femme médecin se rend seule en vacances. Elle se laisse guider par Nimit, son chauffeur qui, sachant qu’elle aime nager, la conduit tous les jours à une immense piscine. Cette image s’est gravée en moi. Elle nage des heures durant dans cette grande étendue d’eau avec le ciel bleu sur sa tête. Avant de se plonger dans son passé et de tenter de tuer les démons qui la hantent.

-         « Crapaudin sauve Tokyo » contient une part de fantastique. Crapaudin, comme son nom l’indique, est un immense batracien qui vient parler, un soir, à Katagiri, un employé de banque ordinaire. La demande du crapaud n’est pas banale : il s’agit de l’aider à combattre Lelombric, un monstre vivant sous le bâtiment de la banque. « Le tremblement de terre de Kobe le mois dernier l’a brutalement réveillé du sommeil profond et confortable où il était plongé. Sa rage lui a inspiré une sorte de révélation : il a décidé que son tour était venu de provoquer un tremblement de terre sur Tokyo, un énorme tremblement de terre.»

-         Dans « Galette au miel », il est question de couple mais aussi de chance à saisir au moment opportun.

 

             C’est le tremblement de terre dévastateur qui constitue le fil directeur de ce recueil, il est parfois omniprésent, et pour d’autres nouvelles, n’est qu’une toile de fond lointaine. Le style est simple mais accrocheur. Le texte amène le lecteur à réfléchir, le dénouement reste souvent ouvert, les personnages ne sont pas enfermés dans un carcan mais susceptibles de mener leur vie comme bon leur semble. Une jolie note d’optimisme qui relativise les soucis minuscules du quotidien.

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 17:26

   

            J’avoue que j’ai choisi cet album uniquement parce qu’il a reçu le Fauve d’Or du meilleur album français et que je peux ainsi jouer dans la cour de Mo’ et du Roaarrr Challenge. Il s’agit du tome 4 d’une série qui en compte actuellement huit.

Roaarrr Challenge

            Jean est une trentenaire qui a un peu du mal à faire sa vie : côté cœur, même s’il est amoureux de Cathy et heureux avec elle depuis un an, il a du mal à se stabiliser et à exprimer ses sentiments, il se montre jaloux. Côté boulot, il écrit des livres qui ne semblent pas faire l’unanimité et qui portent des titres quelque peu douteux comme « Poisson mort - poisson cru ». Côté amitié, il a tendance à accumuler les relations envahissantes, comme ce Félix qui squatte chez lui et lui laisse très souvent son fils Eugène.

            On a donc un type un peu veule, sans forte personnalité, qui subit les événements de sa vie plus qu’il ne les choisit. Il est souvent hanté par des hallucinations qui le bloquent au quotidien. Jean est attachant, soit, on doit tous se reconnaître à un moment ou à un autre dans ce « monsieur-tout-le-monde » mais je dois dire que j’attends plus d’une BD, une touche d’originalité, d’inventivité, de surprise. Légère déception qui est pourtant à nuancer : je n’ai pas lu les tomes précédents et je pense que suivre la vie et l’évolution de ce personnage peut être intéressant. Deux preuves cependant, de mon manque d’intérêt : j’ai eu l’impression d’avoir déjà lu quelque chose de ressemblant (et c’est effectivement mon deuxième essai pour les auteurs Dupuy et Berberian : Un peu avant la fortune) et… j’ai lu la BD un soir, et le lendemain matin, j’ai été obligée de rouvrir l’album parce que j’avais … absolument tout oublié !!!

            Je terminerai ce billet fouillis par une note positive : c’est souvent drôle, bien emmené, les premières planches m’ont particulièrement plu : on voit Jean se dépatouiller avec des gamins turbulents pour l’anniversaire d’Eugène et quelques cases plus loin, on comprend que ce n’est même pas son fils…

 

Extrait d’un dialogue entre Jean et Cathy :

« Parfois, j’ai l’impression de te déranger, Jean. Ca fait un an qu’on est ensemble et on dirait que tu t’investis à reculons. La vérité c’est que ça te fait peur de t’impliquer, de remettre en question ton petit confort de célibataire… moi j’en ai marre d’être en visite ici ! j’ai 32 ans et je n’ai pas envie d’attendre des années que tue te décides. Alors t’inquiète pas, je ne vais pas te déranger plus longtemps ! »

 

 

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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 09:56

 

 

 

 

 

            Ca m’apprendra à multiplier les lectures pour adolescentes aux hormones en ébullition… J’en avais un peu marre, c’est vrai et je me suis dit que lire un bon vieux classique, ce serait enrichissant.

            Je me suis cramponnée à deux mains au décollage, pendant le vol et l’atterrissage fut carrément douloureux ! Quelle pièce difficile d’accès ! Baroque, oui, s’il ne fallait retenir qu’un adjectif ce serait celui-là. J’ai adoré certains passages mais mon boulot et ma famille m’ont tant accaparée que j’ai lu le livre par morcellements et je n’ai pu aller au-delà des ¾. Par choix aussi. Je crois que c’est une œuvre qu’on ne peut survoler, qui réclame attention et égards. Rencontre ratée que certains me reprocheront mais voilà, ce n’est que partie remise.

            Je suis bien incapable de résumé les fils de l’intrigue qui se sont insidieusement enchevêtrés dans ma tête, mais un personnage m’a touchée, Sigismond, ce fils de roi emprisonné depuis sa naissance car les astres avaient prédit au roi superstitieux (Basilio) que le prince serait « le plus intraitable des hommes, le plus cruel des princes, le plus impie des rois ».

 

Je ne suis pas folle et j’ai quand même saisi au vol quelques beaux effluves du texte :

-         « nous sommes dans un monde si étrange que vivre n'est que rêver, et que l'expérience m'enseigne que l'homme qui vit rêve ce qu'il est, jusqu'au moment où il s'éveille. Le roi rêve qu'il est roi, et vivant dans son illusion, il commande, il dispose, il gouverne. »

-         « Qu'est-ce que la vie? - Une fureur. Qu'est-ce que la vie ? - Une illusion, une ombre, une fiction, et le plus grand bien est peu de chose, car toute la vie est un songe, et les songes mêmes ne sont que songes. »

-         « Le plus grand crime de l’homme, c’est d’être né. »

-         « L’oiseau naît, et à peine est-il une fleur qui a des plumes et un bouquet qui a des ailes, que, revêtu de sa parure charmante, il s’élance de son nid bientôt oublié, et fend d’un vol léger les plaines de l’air. Et moi qui ai plus d’âme, j’ai moins de liberté!… La bête sauvage naît, et dès que sa peau est marquée de ces lâches égales qui y semblent tracées par le plus habile pinceau, elle traverse les forêts en bondissant, et pressée par la nécessité, déchire sans pitié tout ce qu’elle rencontre sur son passage. Et moi, avec de meilleurs instincts, j’ai moins de liberté!… »

 

 

 

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 22:37

 

            Encore un livre que j’ai choisi parce qu’il connaît un vif succès auprès de nos collégiennes… je vais dorénavant me méfier de cette approche…

            L’idée est originale et sympathique, je ne le nie pas. Ginny a une tante excentrique, nomade, célibataire et artiste. Elle décède brutalement mais laisse à la jeune fille de 17 ans une liasse d’enveloppes contenant des lettres avec une « mission ». Ginny suit les demandes de sa tante à la lettre et voyage ainsi dans différents pays d’Europe.  Elle suit ses traces, en fait. Elle s’arrête d’abord à Londres, s’en va ensuite à Edimbourg, puis à Rome, Paris, Copenhague, Venise, Corfou ...

            Je le répète, l’idée est bonne mais que c’est mal écrit ! C’est plat, sans saveur, parfois maladroit. Et si vous êtes amateurs de clichés, vous en aurez une bonne plâtrée ici ! Ginny se fait draguer par un Italien, il pleut à Amsterdam, les Français se promènent tous avec une baguette sous le bras…

            Je cherche les petits moments plaisants dans ces escapades européennes ... : les journées marathon d’une famille américaine venue visiter Amsterdam ; tout est chronométré, réglé à la minute près pour voir le plus de choses possible. Rajoutons les mentions à certains artistes comme Van Eyck ou Rembrandt qui peuvent donner envie aux jeunes d'y jeter un coup d'oeil. Sûr que les jeunes filles s'identifieront à Ginny qui est timide et réservée mais qui, à travers ce voyage initiatique, s'émancipe et s'ouvre comme une belle fleur. Je ne dois plus être assez jeune pour marcher à côté de ce genre de personnage... Smiley 0092.gif

 

            Allez un exemple de cette écriture à haute-voltige :

            A Rome : « En marchant, elle remarqua quelque chose. Les touristes portaient des sandales ou des baskets, de gros sacs et des cartes. Ils avaient l’air d’avoir chaud et engloutissaient des bouteilles d’eau et de soda. Elle vit même certains d’entre eux se faire de l’air avec de petits ventilateurs portables. Ils étaient ridicules, mais Ginny savait qu’elle ne valait guère mieux. Son sac était collé à son dos. Es tresses étaient toutes molles à cause de la chaleur. »

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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 12:25

 

 

 

 

            Sonetchka est une jeune fille pauvre, pianiste, sans vie sociale ni amoureuse, qui est embauchée par une cantatrice, Maria Nikolaevna, pour l’accompagner au piano. Maria est l’épouse de Pavel Fédorovitch, un homme assez rustre et très riche. Sonetchka suit la belle jeune femme dans ses déplacements, à Saint-Pétersbourg, Moscou, Istanbul, Paris… elle n’est que l’ombre de la célébrité. Laide, Sonetchka envie l’éclat, le talent et l’intelligence de la cantatrice. Très tôt, celle que personne ne remarque ni n’écoute soupçonne une relation adultère entre Maria et un certain Ber mais n’a aucune preuve de ce qu’elle pressent. Cette idée la hante, elle veut se venger, pense tout avouer à Pavel puis se décide à le tuer. Il semble pourtant qu’une amitié l’aurait réconciliée avec la diva : « Plusieurs fois je crus que Maria Nikolaevna allait, d’elle-même, me parler de Ber. Je pense que cela aurait suffi  pour que j’abandonne à jamais toute idée de vengeance quelconque contre elle ou de règlement de comptes avec elle, comptes que seul Dieu pouvait acquitter. » Le jour où elle pense passer à l’acte, elle trouve Pavel mort : des dettes d’argent mais surtout l’amour secret de sa femme l’avaient poussé au suicide. Maria se remet très vite, « même sans amour elle aurait pu être heureuse – vraiment, elle n’avait besoin de personne », elle épouse Ber et poursuit sa carrière en Amérique. Sonetchka, comme il arrive dans une relation basée sur la fascination, vénère mais aussi déteste la cantatrice. Et on obtient un livre qui n’est pas russe pour son nombre de pages mais pour son analyse psychologique, pour sa justesse dans le portrait qu’il nous livre de cette femme transparente. C’est certain, une bonne fée ne s’est pas penchée sur le berceau de Sonetchka…

 

Quand on découvre le talent de la cantatrice…

            « Mais lorsque, après une aspiration (nullement affectée, mais aussi simple que lorsque nous aspirons l'air des montagnes à la fenêtre d'un wagon), elle entrouvrit ses lèvres fortes et belles, et qu'un son fort et puissant, plein jusqu'aux bords, retentit soudain au-dessus de moi, je compris tout à coup que c'était justement cette chose immortelle et indiscutable qui serre le cœur et fait que le rêve d'avoir des ailes devient réalité pour l'être humain débarrassé soudain de toute sa pesanteur. »      

 

 

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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 12:20

 

 

 

 

        Voilà une BD qui serre la gorge.

 

        Un univers noir composé d'individus tous plus laids les uns que les autres accueille le lecteur dès la première planche. Un enfant mongolien venant d'un orphelinat a disparu au cours d'une sortie campagnarde. Une battue est organisée. Anastase, surnommé très justement « Nanase » veut profiter de cette occasion pour passer pour un héros. On comprend qu'il a déjà commis quelques actes malveillants dans le passé. Son copain Albert, rondouillard et trouillard, a cru voir un extraterrestre mais il s'avère qu'il s'agit du petit orphelin. Le peu d'humanité qui reste dans ce village glauque, c'est à Yvette et son amoureux José, qu'on la doit. C'est Yvette qui surveillait les enfants lors de la sortie ; non seulement, elle se sent coupable mais en plus, tout le monde l'accuse injustement.

José profite de la débâcle pour dénoncer les cruautés que le personnel de l'orphelinat (qu'il a lui-même fréquenté) fait subir aux enfants. Un journaliste lui répond que le directeur de l'orphelinat est un bon copain de son patron et qu'il ne peut faire un article sur l'établissement. José se venge et ça passe par le sang.

 

         Laideur, noirceur, détresse, maltraitance d'enfants et ... engrenage infernal. On a vraiment l'impression d'être dans un gouffre dont les rares personnages bons et humains ne sortiront jamais. Le dessin, de grande qualité, est âpre et cru. Les traits sont rectilignes, les visages souvent monstrueux et les couleurs sombres. Un aperçu de l'enfer. Aucune trace de tendresse, d'éducation ou de générosité. Dès les premières planches, j'ai pensé aux Deschiens, mais ça n'a rien à voir. Le lecteur se marre dix secondes, après ça, il bascule dans l'angoisse. Le côté poisseux et l'ambiance tragique et totalement oppressante en font un monde écoeurant.

 

La BD s'inspire d'un événement de la vie de Pierre Pelot qui en a d'abord fait un roman. La quatrième de couverture que j'ai lu après la BD (oui, je fais souvent comme ça, ne cherchez pas à comprendre...) renforce l'aspect sinistre de l'album. La voici :

 

         C'était dans les années 80. Un jour de la fin du mois de juin, Pierre Pelot rend visite à son épouse et à son fils né de la veille, dans une chambre de la maternité du village voisin. La maternité faisait partie d'un complexe groupant un hôpital de vieillards, une sorte d'asile, et un orphelinat. Les appels venus du dehors parvenaient jusqu'à la chambre. Ils montaient du cachot sous la chapelle de l'établissement. Un soupirail. Une fenêtre au ras du sol et les deux mains d'un enfant agrippées aux barreaux, la tache pâle d'un visage, dans le sombre... "S'il vous plaît, m'sieu, faites-moi sortir! Je r'commencerai plus... S'il vous plaît, m'sieu..." Une litanie lancée en rafales vers cette fenêtre de la chambre d'où Pelot regardait l'été s'approcher... En rentrant, il a commencé d'écrire "Pauvres zhéros". A la hache.

 

 

 

 

 

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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 17:18

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            Extrême déception. Je n’ai cessé de lire des billets élogieux au sujet de ce livre. Je m’attendais donc à, comme son titre l’indique, un véritable chef d’œuvre, de la dentelle littéraire, un monde de raffinement et de subtilité… … consternation !

            L’intrigue est simple comme bonjour. Un homme et une femme, François et Nathalie, se rencontrent, c’est le coup de foudre, quelques années de vie commune en font un couple idéal, sans disputes ni heurts. Mais François se fait écraser par une voiture et meurt. Nathalie vit cette perte douloureusement – le contraire eût été étonnant tout de même. Après avoir repoussé les avances de son patron, elle tombe doucement amoureuse de Markus, un gars plutôt laid, qui manque de confiance en lui mais qui la fait rire. Et voilà. C’est tout.

            J’ai trouvé le début mauvais, cette histoire de jus d’abricot est vraiment ridicule. François invite Nathalie à boire un verre pour un premier rendez-vous. Il se rend compte que ce qu’elle va commander va avoir beaucoup d’impact sur leur relation à venir : en gros, le thé, le café, c’est naze mais « un jus, c’est sympathique » (sic, hein, c’est pas moi qui l’invente). Mais attention, il ne faut pas qu’elle commande n’importe quel jus « évitons la pomme ou l’orange, trop vu. Il faut être un tout petit peu original, sans être toutefois excentrique. La papaye ou la goyave, ça fait peur [ ????] Le jus d’abricot, c’est parfait. Si elle choisit ça, je l’épouse… » Et devinez qui qui va choisir le jus d’abricot ? Ben, oui, Nathalie.

            Je me suis dit que c’était peut-être une forme d’humour, je n’ai donc pas pris ces passages au sens premier. La suite m’a un peu réconciliée avec le livre ; le récit de la mort de François est dénué de sentimentalisme et les premières réactions de Nathalie sont ce qu’il y a de plus réussi dans le roman, je trouve. Après ça dégénère. Les clichés se multiplient, le monde de Foenkinos n’est fait que de manichéismes agaçants au possible. Les idées sont là mais maladroites comme c’est pas permis. L’auteur a intégré de courts passages dans les différents chapitres, quelque chose que j’appellerais des intermèdes informatifs. Est-ce destiné à être drôle ? Franchement, je ne sais pas.
Exemples : Markus, ivre du premier baiser que lui a donné Nathalie, a oublié son code d’accès à l’immeuble. Ce passage est suivi de « Code d’accès de l’immeuble de Markus : A9624 ». Ou quand Markus met son poings dans la figure du patron, on a « Le 29 octobre 1960 dans la vie de Muhammad Ali : Il remporta, à Louisville, son premier combat professionnel, aux points contre Tunney Hunsaker. »

A part faire du remplissage, ça sert à quoi ?

 

            Alors que je relève généralement les passages qui me plaisent dans la lecture d’un livre, j’ai dérogé à la règle pour noter ceux qui m’ont consternée. Veuillez excuser, par avance, ma ponctuation qui s’est un peu affolée !

-         « Il était doté d’un physique plutôt désagréable, mais on ne pouvait pas dire non plus qu’il était laid ». On parle de Markus. Vous apprécierez la précision et le goût du détail de M. Foenkinos.

-         « Elle décida alors de marcher vers lui, de marcher lentement, vraiment lentement. On aurait presque eu le temps de lire un roman pendant cette avancée. »   ???

-         « Comment s’habiller quand on dîne avec Nathalie ? Il voulait se mettre sur son 31. Ce nombre était même trop petit pour elle. » wahouh, le jeu de mot !

-         « Elle avait préféré le mot « belle ». C’était beau « belle ». » Admirez l’audace de l’auteur dans la recherche du vocabulaire !

-         Le patron, amoureux de Nathalie compare son histoire à l’élection du premier secrétaire du Parti socialiste opposant Martine Aubry et Ségolène Royal. Cette rivalité lui donne envie de se battre : « Il serait, coûte que coûte, le premier secrétaire de sa vie. » !???

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25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 21:54

            Les deux premières minutes de lecture, je me suis demandée où les auteurs voulaient m’emmener. Puis, j’ai compris. On accompagne un voyageur, mais un voyageur un peu particulier puisqu’il s’agit d’un billet de 20 euros.            

            Une grande ville espagnole. Un agent de la sécurité d’une banque retire un billet de 20 euros à un distributeur. « Toute la journée au beau milieu de ce fric et, maintenant, je dois aller le retirer de mon propre compte… quelle foutaise ! Quelle vie de merde ! » pense-t-il. La pharmacienne qui reçoit le billet neuf en échange de quelques médicaments le hume avec délectation avant de le donner à Dolores, une vieille acariâtre. Cette dernière se fait voler son portefeuille et le billet de 20 euros se retrouve dans les mains d’un pickpocket sans scrupules… et ainsi de suite… Le billet revêt vite une particularité puisqu’un homme endetté dont la femme vient de partir exprime sa colère en y inscrivant « Sonia Putain » suivi d’un numéro de téléphone. Les possesseurs du billet s’en débarrassent donc au plus vite à chaque fois. Une gérante de bar va jusqu’à encadrer le billet parce qu’il s’agit de son premier billet gagné ; un couple d’artistes légèrement hippies lui rachète pour le fun…

            L’idée est intéressante. L’argent est parfois un simple moyen d’acquérir quelque chose, il est parfois source de discorde, de violence, il correspond parfois aux dernières minutes d’électricité d’un couple fauché… Le billet passera d’un sacristain à une prostituée, d’un vendeur de chaussures à un fana de cyclisme, d’un groupe de fascistes à un guitariste polonais. Tout se passe dans un quartier coloré, vivace, dynamique. Et le graphisme répond bien à ce grouillement de gens, de bruits, de besoins divers, de métissages, de hiérarchies.

            Une jolie comparaison entre ce billet et l’existence humaine est faite à la fin de la BD :

« Tu vois, nous sommes comme ce billet que tu viens d’acheter. Un jour, on l’imprime, il vit sa vie plus ou moins malheureuse et au final, on le retire de la circulation. »

 

            J’ai aimé. Je me suis laissé prendre au jeu sans aucun problème. C’est moins poétique que la bouteille d’eau à la mer ou le petit papillon qui virevolte de fleur en fleur mais c’est sacrément réaliste et puissamment nerveux.

 

 

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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 09:48

 

 

 

 

 

 

Quelle agréable surprise que ce roman !

            Comment parler d’une chaussure pendant 218 pages ?! Il aurait pu s’agir de nouvelles : ce sont dix textes ayant le même fil directeur - une chaussure sur le toit d’un immeuble !

            Un père de famille est réveillé par sa petite fille qui lui raconte qu’elle vient de voir un ange sur le toit de la maison d’en face. Un ange qui a oublié sa chaussure. Le papa attentionné rendort sa fille avant de s’apercevoir… qu’il y a effectivement une chaussure, seule, sur le toit d’en face.

            Un cambrioleur qui n’en est pas vraiment un, pour se venger d’avoir été quitté par la femme qu’il aime, fait un nœud dans le pantalon de celui qui a pris sa place et jette une de ses chaussures sur le toit d’en face.

            Une jeune femme pleure le départ de son amoureux sans-papier renvoyé brutalement dans son pays. Le clandestin lui dit adieu une dernière fois en grimpant sur le toit du voisin. En se sauvant, il perd sa chaussure restée sur le toit. « ce qu’il reste de toi, cette chaussure dérisoire, comme si on venait de t’emporter au ciel et que tu n’aies laissé que cette trace-là : une chaussure, pour m’assurer que tu te tenais bien là, que je n’avais pas rêvé. Pendant tout le temps qu’a duré notre histoire, tous les matins, j’ouvrais les rideaux, je la voyais là et je ne pouvais m’empêcher de sourire. »

             L’auteur multiplie les différentes explications possibles de la présence de la chaussure sur le toit. Pour cela, il change de narration, il varie les tons, les styles. Un passage lyrique peut succéder à un texte frôlant l’absurde. Un mini-polar va laisser sa place à une méditation philosophico-artistique. Le plus savoureux dans tout ça, c’est l’imbrication des histoires les unes dans les autres ; on trouve ainsi des références aux personnages déjà rencontrés, un héros d’un texte peut devenir personnage secondaire et éphémère dans un autre… J’ai eu l’impression de partir à une chasse au trésor. Des indices, des enquêteurs, des obstacles et un trésor final : la chaussure (ou une chaussure parmi tant d’autres ?). C’est une lecture qui m’a mise en joie. C’est frais, léger, drôle la plupart du temps, l’auteur se moquant de tout et surtout de lui-même… En grattant un peu, on découvre une réflexion plus profonde portant sur la solitude des êtres et la quête d’identité de tout un chacun. Ca a aurait été un coup de cœur s’il n’y avait eu quelques longueurs par-ci par-là (mais pourquoi diable, l’écrivain s’est-il senti obligé de nous faire ressentir qu’il est docteur agrégé en philosophie ?) Bref.    

            Donc, un presque coup de cœur pour ce roman assez novateur et  intelligent que je conseille vivement.

            Mention toute spéciale pour l’histoire d’amitié entre une vieille dame et un pompier homosexuel. La vieille dame est gênée par la présence de cette chaussure dans le champ de vision de sa fenêtre. Vivant seule, ne sachant que faire, elle appelle plusieurs fois les pompiers qui finissent par envoyer un des leurs pour entamer des poursuites contre la vieille dame. C’est le début d’une grande histoire, tendre et touchante.

            Le « cambrioleur » en action ou plutôt en non-action : « Je pouvais distinguer les deux ou trois tableaux accrochés au mur et je me suis dit : lequel vais-je emporter ? J’avais le temps. Mais à ce moment, je me suis rendu compte d’une lacune terrible dans mon entreprise : je n’avais pas pris de sac avec moi. Complètement crétin. Alors que, dans tous les films, les cambrioleurs prennent soin d’apporter des sacs, généralement des sacs de sport ou des sacs de voyage, noirs (ça fait davantage professionnel), très minces et résistants. Cet oubli m’a consterné. C’était bien la peine de regarder autant de films pour commettre une erreur aussi grossière. »

 

 

 

 

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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 10:55

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            « Personne ne m’aime. Personne ne me déteste. Je suis juste invisible. Le contraire de quelqu’un d’inoubliable. »

            Tout commence par une partie de cache-cache lors d’une fête d’anniversaire. Antoine, un petit garçon grassouillet qui est au CM2, a trouvé une très bonne cachette dans la penderie de la mère de son copain. Tout le monde l’a oublié et s’est rendu dans le jardin pour jouer aux fléchettes. Antoine va se cacher sous la table du salon pendant que les enfants mangent le gâteau d’anniversaire. Personne ne remarque son absence. C’est ainsi que le petit malheureux va passer plus de 24h à se cacher, à épier les autres qui l’oublient totalement. Il va de surprise en surprise :

-         Thomas, la star de l’école, sanglote dans les bras de sa mère après sa fête d’anniversaire parce que, malgré son immense popularité, ses invités ne sont pas des vrais amis et il se sent seul.

-         Cédric, la brute de la classe, se prend des claques de son père au McDo.

-         Maud, la fille « sérieuse, discrète, ringarde », « sage et insignifiante » a un amoureux déjà collégien.

-         Léa qui prétendait avoir un père entraîneur de foot pousse la chaise roulante de son père.

-         Son institutrice embrasse le directeur d’école.

-         Sa mère fume alors qu’elle était censée avoir arrêté depuis deux ans.

            Mais bien sûr, l’absence d’une journée à l’école crée la panique de la mère d’Antoine qui appelle les flics. Antoine se rend aussi compte que Chloé, dont il est secrètement amoureux, n’est pas indifférente et pleure à l’idée qu’il lui soit arrivé quelque chose. Au final et contre toute attente, la mère d’Antoine le gronde parce qu’il n’a pensé qu’à lui et qu’il ferait mieux de s’intéresser un peu plus aux autres… « Oui. C’est ça. Je ferais mieux de m’oublier un peu moi aussi. De me cacher loin à l’intérieur de moi-même et de m’y laisser un bon bout de temps. Ni vu ni connu. »

            Une très jolie réflexion sur la comédie des apparences. Antoine découvre les autres autrement que ce qu’ils ont bien voulu montrer. La petite leçon que lui inflige sa mère à la fin sort des sentiers battus et s’attaque au narcissisme des enfants. On passe d’une forte empathie pour ce garçon (le début du roman est poignant) à une sorte de malaise parce qu’il se complaît dans ses activités de voyeur.

            L’ensemble n’est pas manichéen. C’est un petit voyage initiatique, un pan de vie à méditer.

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