Extrême déception. Je n’ai cessé de lire des billets élogieux au sujet de ce livre. Je m’attendais donc à, comme son titre l’indique, un véritable chef d’œuvre, de la dentelle littéraire, un monde de raffinement et de subtilité… … consternation !
L’intrigue est simple comme bonjour. Un homme et une femme, François et Nathalie, se rencontrent, c’est le coup de foudre, quelques années de vie commune en font un couple idéal, sans disputes ni heurts. Mais François se fait écraser par une voiture et meurt. Nathalie vit cette perte douloureusement – le contraire eût été étonnant tout de même. Après avoir repoussé les avances de son patron, elle tombe doucement amoureuse de Markus, un gars plutôt laid, qui manque de confiance en lui mais qui la fait rire. Et voilà. C’est tout.
J’ai trouvé le début mauvais, cette histoire de jus d’abricot est vraiment ridicule. François invite Nathalie à boire un verre pour un premier rendez-vous. Il se rend compte que ce qu’elle va commander va avoir beaucoup d’impact sur leur relation à venir : en gros, le thé, le café, c’est naze mais « un jus, c’est sympathique » (sic, hein, c’est pas moi qui l’invente). Mais attention, il ne faut pas qu’elle commande n’importe quel jus « évitons la pomme ou l’orange, trop vu. Il faut être un tout petit peu original, sans être toutefois excentrique. La papaye ou la goyave, ça fait peur [ ????] Le jus d’abricot, c’est parfait. Si elle choisit ça, je l’épouse… » Et devinez qui qui va choisir le jus d’abricot ? Ben, oui, Nathalie.
Je me suis dit que c’était peut-être une forme d’humour, je n’ai donc pas pris ces passages au sens premier. La suite m’a un peu réconciliée avec le livre ; le récit de la mort de François est dénué de sentimentalisme et les premières réactions de Nathalie sont ce qu’il y a de plus réussi dans le roman, je trouve. Après ça dégénère. Les clichés se multiplient, le monde de Foenkinos n’est fait que de manichéismes agaçants au possible. Les idées sont là mais maladroites comme c’est pas permis. L’auteur a intégré de courts passages dans les différents chapitres, quelque chose que j’appellerais des intermèdes informatifs. Est-ce destiné à être drôle ? Franchement, je ne sais pas.
Exemples : Markus, ivre du premier baiser que lui a donné Nathalie, a oublié son code d’accès à l’immeuble. Ce passage est suivi de « Code d’accès de l’immeuble de Markus : A9624 ». Ou quand Markus met son poings dans la figure du patron, on a « Le 29 octobre 1960 dans la vie de Muhammad Ali : Il remporta, à Louisville, son premier combat professionnel, aux points contre Tunney Hunsaker. »
A part faire du remplissage, ça sert à quoi ?
Alors que je relève généralement les passages qui me plaisent dans la lecture d’un livre, j’ai dérogé à la règle pour noter ceux qui m’ont consternée. Veuillez excuser, par avance, ma ponctuation qui s’est un peu affolée !
- « Il était doté d’un physique plutôt désagréable, mais on ne pouvait pas dire non plus qu’il était laid ». On parle de Markus. Vous apprécierez la précision et le goût du détail de M. Foenkinos.
- « Elle décida alors de marcher vers lui, de marcher lentement, vraiment lentement. On aurait presque eu le temps de lire un roman pendant cette avancée. » ???
- « Comment s’habiller quand on dîne avec Nathalie ? Il voulait se mettre sur son 31. Ce nombre était même trop petit pour elle. » wahouh, le jeu de mot !
- « Elle avait préféré le mot « belle ». C’était beau « belle ». » Admirez l’audace de l’auteur dans la recherche du vocabulaire !
- Le patron, amoureux de Nathalie compare son histoire à l’élection du premier secrétaire du Parti socialiste opposant Martine Aubry et Ségolène Royal. Cette rivalité lui donne envie de se battre : « Il serait, coûte que coûte, le premier secrétaire de sa vie. » !???
