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22 août 2011 1 22 /08 /août /2011 11:05

 

   

 

            De Grangé, je ne connaissais que Les Rivières pourpres, et encore, pour l’avoir vu au cinéma.

            Le vol des cigognes est un roman que je n’oublierai pas, je le sais déjà. Dense, coloré, gothique, nomade, explosif - sont les premiers adjectifs qui me viennent à l’esprit.

            Louis Antioche a fait des longues études d’histoire et il en a sa claque des livres. Il veut aller sur le terrain, « passer à l’acte, mordre dans l’existence ». Ses désirs de début de roman seront entièrement réalisés, jusqu’à outrance même. Il est embauché par un ornithologue suisse, Max Böhm, pour un travail un peu bizarre. Böhm suit les trajectoires des cigognes, c’est un passionné qui s’inquiète pourtant de la disparition de certaines cigognes qui ne sont jamais revenues à bon port. La mission de Louis est donc de suivre le voyage de ces oiseaux, pays après pays. Pour cela, il bénéficie d’une grosse enveloppe qui lui permet de louer des voitures et de séjourner dans les meilleurs hôtels. Louis se demande toujours pourquoi lui a été choisi mais est plutôt ravi de ses nouvelles fonctions. Peu avant son départ, son patron est retrouvé mort d’une crise cardiaque. Des détails mystérieux pousseront notre trentenaire à tout de même mettre les voiles et à suivre le vol des cigognes : Böhm est un greffé du cœur mais aucune trace médicale en Europe n’a pu mettre en lumière l’opération et ses suites ; Louis trouve au domicile de l’ornithologue des photos horribles de Noirs aux corps torturés,  déchirés, éviscérés mais aussi une photo de Max avec sa femme et son fils dont personne n’a jamais entendu parler.

            En suivant les échassiers, Louis parvient d’abord en Slovaquie puis en Bulgarie. Et c’est là que l’histoire se complique. Louis se rend compte que derrière ce voyage se cache bien plus qu’une passion d’ornithologue. Max Böhm se servait des migrations des cigognes pour acheminer des diamants en Europe. Les cigognes précieusement baguées évitaient ainsi taxes, douanes, polices… Pourtant, la suite des pérégrinations de Louis, Istanbul, Rhodes, Israël, Centrafrique… lui révèle un trafic bien plus odieux que celui des diamants. Des cadavres sont découverts atrocement mutilés… et vidés de leur cœur. L’ablation s’est faite à vif. Dans chaque pays, Louis est donc confronté à ces horreurs et aux tabous qui les entourent.

            Je ne veux pas révéler toute l’intrigue qui est une mosaïque composée de mille et un réseaux enchevêtrés entre eux. Les descriptions des pays traversés, mais plus encore, des coutumes et modes de vie de certains peuples comme les Roms et les Pygmées sont d’une justesse et d’un réalisme jubilatoires. L’arrivée à Bangui, au Centrafrique, a réveillé ma soif de voyager. L’écriture de Grangé est assez puissante pour épouser les particularités de chaque contrée.

            En plus de cela, on découvre petit à petit que notre Louis Antioche à qui on s’attache très vite a un passé peu ordinaire : il a perdu ses parents dans un incendie et ses séquelles à lui se trouvent sur ses mains, brûlées, elles sont anonymes.

            Une donnée qui me semble une des caractéristiques de l’écrivain n’est pourtant pas à négliger : les horreurs racontées. Ames sensibles s’abstenir. Il y a du sang, des cadavres, on fouille dans les corps ouverts, on déterre les morts. Il y a deux ou trois passages qui sont épouvantables et écœurants (ai-je déjà lu pire ?). Et, avec du recul, quelques jours plus tard, je ne sais pas si c’est la catharsis qui entre en jeu mais ça me traumatise beaucoup moins et je suis déjà prête à lire un autre Grangé.

Eh oui, j’ai bel et bien adoré ce roman, le premier de l’auteur et comme vous le lirez dans quelques jours, les romans suivants m’ont paru bien pâlots…

 

            Où le héros explique son épopée par ces mots : « … je songeai à ma personnalité, qui ne cessait d’évoluer. J’en tirai un obscur optimisme, fiévreux et suicidaire. Il me semblait que mon départ du 19 août avait été comme une apocalypse intime. En quelques semaines, j’étais devenu  un Voyageur Anonyme, sans attache, qui courait de terribles risques mais se savait récompensé chaque jour par la réalité qu’il découvrait. »

 

 

 

Bangui - Centrafrique

 

 

Netanya - Israël

 

 

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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 03:22

 

 

Deux ans ! Deux ans !

Que du bonheur. Si j’adore lire vos commentaires, je vous confie que j’adore écrire les billets, varier mes lectures, lire vos blogs à vous, voyager sur le net…

Je vous remercie tous, amis, blogueurs, invités d’un petit laps de temps pour vous être attardés ici.

 

MERCI

Et juste parce que j’adore aller dans le sens contraire de la marche, une petite photo hivernale…

 

 

neige 09

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18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 07:45

            Je collectionne les découvertes étranges en matière de BD. Celle-ci brille par son originalité avec ses deux termes-clés : surdité et Louvre. Oui, déjà l’alliance des deux mots est surprenant.

            Bastien est un jeune sourd au look légèrement punk qui se cherche un boulot. Il attend dans une salle du Louvre une personne qui l’a convoqué pour un stage mais c’est Fu Zhi Ha, un Asiatique riant, sourd lui aussi, qui l’embrigade et s’exprime avec enthousiasme de son travail.

            Toutes les nuits, il est un gardien à qui revient une tâche plus qu’insolite : libérer les œuvres d’art, les faire vivre. Et cela se passe à gros coups de tambour qui endorment la vigilance des gardiens ordinaires, et aux heures nocturnes impaires. Le premier soir, le héros croit rêver en voyant une énorme statue voler dans les airs avant de reprendre sa place, comme si de rien n’était. Le soir suivant, c’est une statue d’Henri IV enfant qui galope dans les couloirs du musée, joue au Kawasaki entres les œuvres d’art du Louvre.

            L’idée, je le répète, est originale, mais des points d’ombre ont un peu gâché ma lecture. On ne comprend pas trop pourquoi c’est précisément Bastien qui a été choisi pour assurer la succession de Fu Zhi Ha : parce qu’il est lui aussi malentendant ? Et puis, j’aurais aimé que l’auteur insiste sur cette métamorphose remuante et nocturne, que justement « l’âme » des œuvres d’art soit valorisée. Enfin, les couleurs sombres tendant souvent vers le vert m’ont donné un mauvais goût dans la bouche.

            Les dernières planches m’ont toutefois fascinée : Bastien, contrarié, libère les statues le jour dans tout Paris et les images sont superbes. Les quais de la Seine sont ornés de reflets artistiques : La Joconde, Géricault, Delacroix… cette dimension onirique rattrape toutes les gaucheries de l’album.

 

            Quand Fu Zhi Ha explique sa mission : « Je soigne l’âme de chaque œuvre dans ce musée… je regarde au-delà du vernis, du marbre ou de la dorure. J’écoute tout ce qu’elles ont à me dire ».

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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 12:42

            Quand on va à Etretat, on lit L’Aiguille creuse, c’est comme ça. Entourée des miens et bien trop occupée à admirer le paysage et à repérer les beaux galets de la plage, j’ai lu le policier à mon retour. Cette lecture m’a surprise.

            Premièrement, il faut attendre la 130ème page pour entendre parler de l’Aiguille, ensuite, il se trouve que ce n’est pas du pic rocheux qu’il s’agit mais d’un château situé dans la Creuse.

            Deuxièmement : Arsène Lupin. Quel personnage extraordinaire ! Je ne le connaissais que de nom et ici, l’auteur est assez malin pour nous mener d’emblée sur de fausses pistes : c’est Isidore Beautrelet, un étudiant de 17 ans qui fait la vedette dans les premiers chapitres car il parvient à résoudre les énigmes qui se présentent, Arsène Lupin est tellement dans l’ombre qu’on le croit même mort… il faut donc laisser passer cette nappe de brouillard où le lecteur est franchement perdu pour comprendre qu’Arsène Lupin est un maître et un génie !

            Il m’est difficile de résumer le roman sans en dire trop. La quatrième de couverture de mon édition révélait déjà trop d’éléments à mon goût. Il est question de secret historique, d’enquête policière mais aussi d’amour. Et je crois d’ailleurs que c’est le romanesque qui prime. Même si je me suis parfois un peu engluée dans les méandres de l’intrigue, j’ai trouvé les dernières pages intenses, très intenses.

            Chacun son style, je sais que je ne lirai pas toutes les aventures d’Arsène Lupin (ce qui prendrait d’ailleurs un temps fou !) qui me paraissent un brin vieillottes, mais un petit roman policier-romanesque par-ci, par-là, pourquoi pas…

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12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 16:55

            On commence un court roman de 179 pages, sans a priori particulier, on entre dans cette histoire, et là, c’est le choc. Ca faisait longtemps qu’un livre ne m’avait plus secouée à ce point.

            Une soirée, à Paris. C’est la rencontre de deux malheureux. Lui, Michel, vient de se faire quitter par une femme qui l’aime et qu’il aime. Quatorze ans d’amour sans heurt mais la maladie a contaminé son corps à elle et elle a décidé de se donner la mort cette nuit-là. Il respecte son choix mais erre comme une âme en peine. Elle, Lydia, n’en peut plus de la vie qu’elle mène depuis six mois : victimes d’un accident de voiture, sa petite fille est décédée et son mari s’en est sorti avec une « aphasie jargonnesque », un trouble du langage qui rend sa parole logorrhéique et incompréhensible. C’est donc l’histoire de deux êtres brisés qui se rencontrent ou plutôt qui s’entrechoquent, au sens propre comme au sens figuré. Et il va lui proposer un pari fou : celui de prendre le relais de son ancienne compagne, Yannik (oui c’est une femme), qui a confié Michel à une autre femme, qui sera Lydia. Une sorte de réincarnation : « Je te demande de ne pas faire de mon souvenir un petit magot jalousement gardé. Dépense-moi. Donne-moi à une autre. Ainsi, ce sera sauvé. Je resterai femme. Au moment de m’endormir, je m’efforcerai de l’imaginer, pour savoir de quoi j’aurai l’air, quel âge j’aurai, comment je m’habillerai, quelle sera cette fois la couleur de mes yeux… ». « La plus cruelle façon de m’oublier, ce serait de ne plus aimer ».

            Il n’y a ni sentimentalisme, ni complaisance dans ce roman. De la violence, certes, mais à bon escient, je dirais. Il est à lire d’une traite et peut-être que vous serez comme moi, une fois commencé, on ne peut plus le lâcher. Quand on a une œuvre de génie entre ses mains… Si l’histoire semble dramatique, l’humour et le second degré ne sont pas absents. Certains dialogues sont époustouflants entre une femme qui exprime sa détresse et un homme complètement ivre qui lui répond du tac au tac où sens littéraux se mêlent aux sens figurés, où foisonnent humour noir et ironie. Truculent et tragique à la fois. Philosophique et poétique. Le mot « résilience » m’est également venu à l’esprit… La vie reprend le dessus, quoi qu’il arrive…

            Du côté de l’irréel, du fantasmagorique, on est servi aussi : entre un paso doble dansé par un caniche rose et un chimpanzé, une fête tzigane complètement abracadabrantesque menée par une femme-sourire, ou encore l’ivresse quasi permanent de Michel, on nage parfois dans un absurde tout de même bien contrôlé.

 

A lire. Plutôt dix fois qu’une.

 

Je n’ai pu m’empêcher de relever quelques petits projectiles qui m’ont régalée :

« Les hommes oublient toujours que ce qu’ils vivent n’est pas mortel. »

« Je n’avais encore jamais vu un sourire aussi immuable et je me demandais si elle l’enlevait pour dormir. »

« Elle a eu tellement de malheurs dans sa vie qu’elle ne peut plus qu’être heureuse. »

« La frigidité, c’est lorsque la morale et la psychologie couchent ensemble. »

« il y a des moments où je suis capable de prendre l’horreur, de lui tordre le cou et, pour qu’elle crève plus vite, je la force à rire. »

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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 14:39

 

 

 

            On croit toujours que ça n’arrive qu’aux autres… Fin du mois de juillet, j’ai pourtant gagné ce superbe livre offert par l’auteur elle-même, hein, ce n’est pas rien. Il s’agit d’Anne Ferrier qui écrit depuis de nombreuses années pour la jeunesse.

            Victor et Albane sont deux jeunes ado, frère et sœur, plus ou moins abandonnés les trois quarts de l’année par leurs parents qui partent à l’autre bout du monde pour raison professionnelle. Le problème cette fois-ci, c’est que nous sommes à la mi-août, qu’il reste deux semaines de vacances avant le pensionnat et qu’il faut caser les enfants. Sans trop de scrupules, le père les envoie chez sa sœur, Agatha, surnommée Tatagatha, célibataire et journaliste de son état. La tante, pas vraiment ravie d’avoir deux grands enfants sur les bras, les emmène avec elle en Angleterre puisqu’elle doit faire un reportage sur le festival Shakespeare.

            Et c’est là que tout commence… Après une course-poursuite entre un voleur de portefeuille et les deux ados, Victor et Albane se retrouvent dans une église interdite d’accès pour cause de travaux et Victor tombe dans une crypte… les fesses sur un cercueil ! Surprise et effroi se mêlent quand les aventuriers découvrent qu’il s’agit de la tombe de Shakespeare lui-même. Albane a l’audace de subtiliser un tube métallique qui dépasse de la brèche du cercueil et qui contient des « feuillets couverts d’une écriture serrée et nerveuse ». A partir de là, le rythme s’accélère car la malédiction de Shakespeare (véridiquement gravée sur sa pierre tombale) s’accomplit :

"Garde-toi, bon ami pour l'amour de Jésus
De fouiller la poussière renfermée ici
Béni soit celui qui épargne ces pierres
Et maudit celui qui dérange mes os",
prévient Shakespeare.

 

            Le fantôme de Lady Macbeth hante notre pauvre Albane qui n’est pas la plus à plaindre puisqu’elle tente de poignarder Victor qu’elle prend pour le roi Duncan ! Victor n’a donc plus qu’une idée en tête : remettre le tube volé à Shakespeare. Des obstacles l’en empêcheront : des pilleurs de tombe, une Tatagatha plus préoccupée à séduire les hommes qu’à s’occuper de ses neveux, une furie de sœur…

 

 

            Lu d’une traite. Le rythme est haletant, les personnages singuliers (Albane, gothique et nécrophage m’a beaucoup amusée), le décor dépaysant. Ce qui m’a plu par-dessus tout, ce sont les références à Shakespeare, je trouve l’idée géniale. Albane métamorphosée en Lady Macbeth déclame de temps en temps un ou deux vers de la pièce. On se rend compte que Shakespeare est on ne peut plus actuel. Ces petites phrases disséminées deci delà ne manqueront pas d’éveiller la curiosité de notre jeune public de lecteurs.

            Que dire de plus à part que je suis ravie de mon cadeau et que j’ai hâte de lire d’autres « Chroniques étranges des enfants Trotter » (surtitre plus que prometteur). Terminons en précisant qu’elles ont été deux à écrire ce petit roman alliant fantastique, policier et historique (et littérature, tiens !) puisque Régine Joséphine a accompagné Anne Ferrier dans l’écriture. Si d’ailleurs l’une d’elle passe par là, elle pourra peut-être répondre à ma question : comment fait-on pour écrire à deux ?

 

Un grand MERCI encore à Anne !

 

            Un petit extrait pour vous mettre le sang l’eau à la bouche : « Soudain, un cri lui échappa. Une main froide venait de s’enrouler autour de sa cheville. Le visage haineux d’Albane apparut au pied de la fenêtre. Seigneur ! Quand avait-elle déniché le cercle d’or qui retenait ce long voile sur ses cheveux ? L’ombre creusait ses joues et accentuait la couleur livide de ses pommettes. Et ses yeux ! Victor glapit de terreur. Brillants, fous, flamboyant d’un vert malveillant ! Comme un masque morbide s’extirpant des ténèbres, les traits de lady Macbeth envahissaient le visage de sa sœur ! »

 

 

 

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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 14:10

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            Le Japon est un des seuls pays du monde qui ne m’attire pas vraiment. Pourtant, si je devais retenir une image nippone que j’aime, ce serait celle donnée par cette bande dessinée. Sérénité, transmission, nature, calme, calligraphie, peinture, douceur, mesure pourraient être les quelques mots-clés de cette œuvre.

            Môhitsu, un calligraphe errant de village en village, prend une fillette sous son aile. Elle s’appelle Atsuko et ses dons en peinture poussent le calligraphe à la présenter à Nishimura, un peintre renommé, dans la grande ville d’Edo. Le long voyage à pied vers Edo liera le calligraphe et la jeune peintre à tout jamais.

            L’émotion traverse les planches où il n’est pas seulement question de calligraphie mais aussi de vie qui passe, d’inspiration et d’héritage spirituel. Les dessins sont très beaux, les couleurs sont sobres, le trait fuyant. Tout n’est que grâce et finesse. Une grande sagesse émane de ces parcours individuels.

Petite leçon de Môhitsu : « Le progrès en calligraphie consiste à créer une harmonie entre le parchemin, le pinceau et l’encre. Je pense qu’il en est de même en peinture. Je ne peux pas t’apprendre la peinture, mais la calligraphie t’aidera. L’une comme l’autre s’épanouissent dans la persévérance ».

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5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 07:45

 

            C’est grâce et pendant un séjour en Normandie que j’ai lu ce livre qui se résume tout simplement : Didier Decoin, sur le mode autobiographique, clame son amour pour une maison trouvée à la Hague (au nord ouest de la Normandie) après des mois et des mois de recherches infructueuses.

            Didier et son épouse Chantal, jeune couple amoureux, se décide à acheter une maison dans ce coin sauvage et rude qu’est le nord du Cotentin. On leur apprend d’abord qu’ici, les maisons ne se vendent pas, et on n’y construit pas non plus. Après quelques rares visites de masures, ils jettent leur dévolu sur une petite maison « avec vue sur la mer » mais les propriétaires se rétractent avant de signer. Ils acceptent tout de même de rencontrer l’écrivain et son épouse. « Notre procès, car c’était bien pour être jaugés et jugés que nous étions venus, se joua sur un long échange de regards entre Mme N… et ma femme. La petite dame dévisagea Chantal avec une intensité presque douloureuse, plongeant dans le bleu de ses yeux comme si elle avait voulu atteindre son âme et y trouver la certitude que nous n’avions aucune idée tordue derrière la tête en prétendant acheter cette maison. Elle devait s’interroger sur l’étrange perversion dont nous étions atteints pour avoir jeté notre dévolu sur une maisonnette aussi étriquée et sur un pays aussi austère et rudoyant ». Le charme opère et le vieux couple de propriétaires cède sa maison. Les imprévus et les travaux se succèdent mais le couple accompagné un peu plus tard de leurs trois enfants ne se lassera jamais de leur acquisition. Ca tombe plutôt bien puisque cet achat coïncide avec l’obtention du prix Goncourt (1977 pour John l’Enfer).

            Si l’écriture m’a vraiment séduite, si les descriptions de cette région si particulière m’ont enchantée, je me suis sentie peu concernée par les préoccupations de ces propriétaires qu’on peut qualifier de nantis. Car j’ai oublié de le dire, c’est bien d’une résidence secondaire qu’il s’agit là et certains « soucis » comme l’achat d’un bateau, l’aménagement de jardin, le réaménagement de jardin par un des plus grands horticulteurs, la construction  d’une véranda… ont eu du mal à obtenir ma totale adhésion. Pourtant, le livre a le grand mérite d’être tout à fait positif, prônant la bonne bouffe (de poissons, de fruits de mer et d’autres crustacés, bien sûr.), l’authenticité, le bonheur simple. Le style de Decoin a quelque chose de familial comme une cuisine peut l’être : faite de saveurs anciennes et familières, on la dévore, on se ressert, on s’en rassasie avec gourmandise.

            Je ne connaissais pas l’écrivain et je me suis rendu compte que j’avais déjà Est-ce ainsi que les femmes meurent dans ma PAL depuis quelques bons mois. Il me tarde de le découvrir.

            Une dernière petite rafale, lorsque Decoin raconte si bien ses lectures (il fait désormais partie de l’Académie Goncourt) depuis chez lui :

« Je revois avec une absolue précision cette place dans notre véranda où de futurs lauréats comme Le Testament français d’Andréï Makine, Le Chasseur Zéro de Pascale Roze, Rouge Brésil de Jean-Christophe Ruffin ou La bataille de Patrick Rambaud, ont attendu que je m’empare d’eux pour leur faire grimper le périlleux escalier épave qui mène à mon nichoir sous les toits, pour les ouvrir et les découvrir enfin, là-haut face à la mer dont l’éclatement soyeux contre les rochers correspond parfois, avec une synchronisme étonnant, au bruit de la page tournée. »

Et une tempête sur La Hague pour mieux comprendre la beauté de la région :

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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 20:33

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            Dans Une île trop loin, on avait laissé Steffi (Stéphanie) avec la bourse qui lui permettait de réaliser son projet : poursuivre ses études au lycée de filles de Göteborg. Pour cela, il faut quitter l’île, sa famille d’accueil, sa petite sœur et son amie Vera. La voilà donc en pension chez le Dr Söderberg, son épouse et surtout Sven, leur fils aîné que Steffi avait déjà rencontré sur l’île et dont elle était tombée amoureuse. La vie citadine change du tout au tout pour la jeune fille même si elle lui rappelle parfois sa vie à Vienne d’avant les persécutions juives.

            Sven, de 5 ans son aîné, se prend d’amitié pour Stéphanie, la console souvent, la conseille et la guide. Pourtant, Steffi espère que l’avenir les rapprochera de manière plus intime. La vie de lycéenne consciencieuse est rythmée par les lettres des parents restés à Vienne : le père médecin travaille presque gratuitement et la mère survit en faisant des ménages puis en allant à l’usine. Rationnement et privations sont leur quotidien et Steffi culpabilise de ne pouvoir les aider et d’avoir une vie bien plus confortable que la leur.

            Une lueur d’espoir surgit lorsque les parents de Steffi s’apprêtent à rejoindre les Etats-Unis … pour s’éteindre aussitôt à cause de l’état de santé de la mère qui tombe gravement malade : le voyage ne se fera pas.

            Parallèlement, Steffi manque de se faire renvoyer du lycée pour une histoire de tricherie dont elle est injustement accusée. Elle fuit aussi  la maison des Söderberg après avoir vu Sven embrassant une jeune femme.

            Tout s’arrange mais le suspense est maintenu à la fin du roman car on comprend que l’avenir des parents restés à Vienne est plus que compromis.
Même si ce deuxième tome est plus tourné vers les problèmes d’adolescence de Steffi, même si la magie de la première découverte a moins opéré, j’ai une fois encore pris beaucoup de plaisir à découvrir la vie norvégienne, le courage de la réfugiée autrichienne et l’évolution des personnages à qui on s’attache de plus en plus. Une jolie suite donc que je vais compléter dès que possible avec la lecture du tome 3.

 

            Un petit fait étonnant : la religion pentecôtiste. Steffi est surprise par une habitante de l’île au cinéma. C’est interdit par l’Eglise pentecôtiste et Steffi, convertie depuis peu, manque de s’en faire  exclure, car les « plaisirs temporels » ne sont pas autorisés… quel dommage tout de même !

 

            Lorsque Sven vient chercher Steffi à son lycée : « Ils quittent l’école, traversent Götaplatsen, roulent le long de l’avenue et s’engagent dans la circulation intense du centre-ville. Steffi est si près de Sven qu’elle sent la chaleur de son corps contre son dos. Sven pédale tout en sifflant un de ses airs de jazz préférés. Steffi se sent légère, presque en apesanteur, comme si le vélo avançait au-dessus du sol. »

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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 09:02

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            J’étais réticente à l’idée de me replonger à nouveau dans un roman de Tatiana de Rosnay, dans  Elle s’appelait Sarah, elle tiraillait déjà les cordes sensibles du lecteur (ou de la « lectrice » ?!). Elle use des mêmes stratagèmes ici.
            Justine Wright est une mère de famille quarantenaire, traductrice, mariée à un Anglais, Andrew. Vivant à Paris, elle s’enfonce dans une routine toutefois confortable. Tout bascule le jour où elle apprend que son fils aîné, Malcom, 14 ans s’est fait renverser par une mystérieuse Mercedes couleur « moka » conduite par un chauffard qui brûlait un feu rouge. Le gamin est dans le coma et le responsable a pris la fuite. A partir de là, le suspens nous tient jusqu’aux dernières pages et j’avoue que je me suis laissé prendre dans ses filets avec aisance. D’une part, on se demande si Malcolm va sortir du coma et on partage les angoisses de la famille. D’autre part, on mène l’enquête avec Justine : elle veut retrouver le coupable ; la police traîne à le faire. Après avoir suivi une fausse piste, plaque d’immatriculation et témoignages de badauds permettront à Justine de retrouver une certaine Eva Marville à Biarritz. Elle va enfin pouvoir lui demander pourquoi elle a fui le jour de l’accident.
            J’avais reproché à De Rosnay l’invention du gosse dans le placard dans Elle s’appelait Sarah ; ici, c’est un ado dans le coma (qui pourrait rester froid face à ça ?). Beaucoup de théâtralisation, de raccords trop faciles, de drames voire de tragédies, de passages hyper romancés. Un truc m’a particulièrement agacée : Justine n’arrête pas de vouloir dire quelque chose avant de se rétracter : Je lui aurais bien tout raconté mais… X m’en a empêché… j’avais bien envie de lui dire… mais j’en étais incapable. On a parfois envie de la secouer cette Justine. Dernier élément déjà repéré dans d’autres romans : la dimension franglaise. L’auteur essaye d’y intégrer quelques réflexions chauvines : les lenteurs de la police française, les splendeurs méconnues de la gastronomie anglaise (qui l’eût cru ?) en sont deux exemples.


            Ne soyons pas vaches, j’ai lu ce roman d’une traite, parfait pour des vacances normandes sous la pluie. Si vous êtes une ménagère de moins de 50 ans (oups, ma vachitude reprend le dessus !), non, si vous n’avez pas de difficultés à gérer vos productions lacrymales, lisez-le.

 

            En extrait : le coup de fil au prétendu responsable. « Silence. Impossible de parler. Impossible de leur dire : Je m’appelle Justine Wright. Je vous appelle parce que je sais que vous avez renversé mon fils, il y a trois semaines, boulevard M. à Paris. Vous l’avez renversé et vous avez pris la fuite. Mon fils est dans le coma. On ne sait pas s’il va s’en sortir. Je ne sais pas si la police vous a déjà contactés, mais je vous appelle pour vous dire que je sais que c’est vous. Je le sais. »

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