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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 14:36

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« Zakhor. Al Tichkah. Souvenez-vous. N’oubliez jamais. »

 

 Julia est une journaliste d’origine américaine qui a « tout pour être heureuse » : une adorable  fille de 11 ans, Zoë ; un mari canon, Bertrand ; des amis à la pelle ; un boulot sympa ; une vie rythmée par des allers-retours entre France et Etats-Unis. Des recherches pour un article couvrant la rafle du Vel d’Hiv vont bouleverser cette vie tranquille. Julia comprend d’abord que l’Etat français avait une grande responsabilité dans cette hécatombe, elle remarque aussi que la plupart des Français ignoraient complètement cette page de l’Histoire et enfin, elle découvre une histoire saisissante, celle de Sarah.

Sarah est une fille de dix ans, Juive, qui est arrêtée avec ses parents par la police française le 16 juillet 1942. Jeune et naïve, elle pense qu’ils vont vite revenir à la maison, et pour préserver son jeune frère, Michel, elle l’enferme dans un placard secret, lui épargnant ainsi l’arrestation et lui promettant de revenir très vite. Vous devinez la suite. Après avoir été parqués au Vélodrome d’hiver, à Paris, Sarah et ses parents sont emmenés dans le camp de Beaune-la-Rolande où on sépare parents et enfants. L’horreur à l’état brut. Sarah se retrouve seule avec d’autres enfants, qu’on affame, à qui on rase la tête, qui en arrivent à se battre pour un croûton de pain. C’est grâce à la clémence d’un seul policier français qu’elle parvient, avec Rachel, une fille de son âge, à s’échapper de ce camp. Sarah n’a qu’une idée en tête : sortir son petit frère du placard.  Les deux fillettes sont recueillies par un vieux couple, Geneviève et Jules. Rachel est pourtant au plus mal, le médecin qui la soigne la dénonce et Sarah se retrouve encore une fois seule. Elle convainc le couple de la laisser aller à Paris pour libérer son frère et ils finiront par l’accompagner. La découverte du petit cadavre constitue l’acmé du livre : « La serrure finit par céder. Et la porte du placard secret s’ouvrit. Une odeur de pourriture la frappa comme un coup de poing. Elle s’écarta. Le garçon recula, effrayé. Sarah tomba à genoux. Un grand homme aux cheveux poivre et sel surgit dans la pièce, suivi de Jules et Geneviève. Sarah était incapable de dire un mot. Elle ne faisait que trembler, les mains plaquées sur les yeux et le nez pour couvrir l’odeur. » Le garçon dont on parle dans cet extrait n’est autre que le beau-père de Julia, le père de Bertrand.

Le roman est constitué d’une alternance de chapitres dédiés tantôt à Julia, tantôt à Sarah. Leurs chemins se croiseront par l’intermédiaire de William, le fils de Sarah, mais Julia ne verra jamais celle qui fut l’objet de tant de recherches puisqu’elle apprend que Sarah s’est donné la mort. Elle avait refait sa vie, fui la France pour les Etats-Unis en espérant mettre une croix sur son passé. Mais comment oublier une chose pareille ? Elle a choisi de partir sans rien révéler de son enfance à sa famille.

C’est Julia qui tient le rôle de messagère, elle fait le lien entre sa belle-famille qui a vécu dans l’appartement de Sarah après l’arrestation (on réquisitionnait les logements vides en deux temps trois mouvements sans se poser de questions sur les anciens occupants) et le fils de Sarah.

C’est du lourd, un livre qu’on le lâche pas et qui ne nous lâche pas.

Le dernier tiers du livre (la fin mise à part) m’a moins touchée, j’aurais voulu parler ici de l’excès de romanesque, des ficelles bien trop évidentes de l’intrigue, du pathos qui marche à tous les coups mais finalement, (malgré cette prétérition), je ne ferais pas ma chipoteuse. Nous avons là un livre fort, très fort, qui marque au fer rouge. Authentique et important je dirais, il représente le devoir de mémoire.

Une question reste en suspens, celle que je me suis posée déjà bien souvent, celle qui ne trouve pas non plus de réponse dans le livre : qu’a-t-on fait des coupables et des bourreaux ? Ces Allemands, ces Français à l’origine de toutes ces monstruosités ? Que sont-ils devenus ? Qu’ont-ils raconté à leurs enfants et leurs petits-enfants ?

Je crois qu’avec l’adaptation filmique qui s’en est suivie, cette œuvre de Tatiana de Rosnay a l’immense mérite de sortir des cendres un pan honteux de l’Histoire de la France. On a parlé du Vel d’hiv en 1994-1995, donc plus de 50 ans plus tard…Je fais aussi partie des personnes qui pensent qu’il faut se souvenir pour ne plus reproduire les mêmes erreurs. Et les mêmes erreurs ne sont pas loin d’être commises encore et encore, aujourd’hui en France, le plus souvent dans l’indifférence la plus totale.

Deuxième roman de cet auteur (non, je ne féminise pas les noms !) pour moi, bien plus marquant que ma première lecture.

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commentaires

deparlà 06/11/2010 10:54


ben voilà, ce que je disais, ta chronique et les commentaires finissent de transformer un avis mitigé et dubitatif sur ce livre qui viendra allourdir ma PAL!


Griotte 03/11/2010 20:49


Lu cet été, j'ai beaucoup aimé. Pour moi, découverte de l'auteur.


annie 03/11/2010 19:48


"Elle s'appelait Sarah" cette histoire a été adapté au cinéma,non ?D'ailleurs,je l'ai loupé :S.


Violette 03/11/2010 20:28



oui, il est encore à l'affiche. Un billet est en cours, donc à lire dans quelques jours (peut-être même ce soir, si j'en ai la force!) Merci pour ta visite!



Alex-Mot-à-Mots 01/11/2010 13:35


Tout de même, l'américaine est un peu énervante, non ?


Violette 01/11/2010 15:21



oui c'est vrai, tu as raison, j'avais presque oublié. Son côté : les Français veulent mettre une croix sur leur passé, les Français ont honte, les Français ne se bougent pas... oui, un peu de
chauvinisme!



Lilibook 01/11/2010 10:51


pas encore lu pour ma part, ni même l'auteur, et j'ai envie de la découvrir.


Leiloona 01/11/2010 07:16


Depuis le temps que je dois le lire, celui-ci ...


irrégulière 30/10/2010 15:40


Ta chronique est très intéressante, tu me tenterais presque (mais presque seulement, car ce roman ne me dit rien à la base...)


Violette 31/10/2010 11:02



pourquoi ne te dit-il rien? Il y a un trop-plein de sentimentalisme mais c'est pour la bonne cause. Il vaut le coup d'être lu, je pense.



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