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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 15:35

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J’attendais la sortie de ce livre en poche. J’en avais déjà tellement entendu parler ! L’excellent Seule Venise  du même auteur n’a fait que décupler mes impatiences.

Les gros livres me font souvent penser à mes élèves qui comptent les pages bien avant de prendre connaissance du contenu ou de découvrir la quatrième de couverture. Il n’y a pourtant que les « pavés » pour transmettre une atmosphère. Mission réussie pour Claudie Gallay : on est à La Hague avec l’héroïne, on vit avec elle sa tristesse, on explore ce paysage rude à ses côtés, on observe avec elle ces énormes vagues furieuses, les déferlantes.
L’incipit : « La première fois que j’ai vu Lambert, c’était le jour de la grande tempête. Le ciel était noir, très bas, ça cognait déjà fort au large ». La narratrice vit dans la Griffue, une petite maison « en bout de route, presque dans la mer. Avec rien autour. » avec Morgane et Raphaël, sœur et frère. Ornithologue de 40 ans, elle s’est installée dans cet univers âpre pour observer les cormorans. Comme dans Seule Venise, elle s’adresse à un « toi » absent, un homme qu’elle a aimé pendant trois ans mais qui est décédé. Le roman retrace ce parcours de deuil, ce long chemin nécessaire à une renaissance, à une nouvelle histoire d’amour. La mort et la mer sont intimement liés pour chacun des personnages. La mer a « pris » la famille de Lambert lorsqu’il était enfant, elle ôte la vie à Nan, cette vieille femme habillée de noir. Mais la mer attire, la mer soigne, la tempête décrite au début du livre remue les êtres de l’intérieur, elle lave, récure, elle frotte et essore.

Les personnages ont tous une vive douleur au fond d’eux, et c’est cette souffrance qui fait d’eux des êtres purs, simples, authentiques. Ils sont tels qu’ils sont, ils ne mentent pas, ne se camouflent pas derrière des faux-semblants ; ils sont à l’état brut.

Il n’y a pas d’intrigue à proprement parler, en tous cas, elle traîne, se veut lancinante pour mieux nous imprégner.

L’héroïne enquête, entre dans l’histoire d’une famille, de plusieurs familles, de tout un village pour mieux faire son deuil à elle. Elle accompagne Lambert dans sa recherche de vérité, elle fouille le passé avec lui, interroge, scrute.

Les parents et le petit frère de Lambert ont disparu en mer lors d’une promenade nocturne en bateau. Lambert veut vérifier ses pressentiments des années plus tard. On a retrouvé les corps de ses parents mais pas celui de son frère. Lambert soupçonne d’ailleurs Théo, le gardien de phare, d’avoir éteint la lumière cette nuit-là. Théo lui, n’arrive pas à oublier son amour de toujours, la mystérieuse Nan qui, les jours de tempête, appelle les hommes que la mer a volés. Il y a aussi Raphaël, ce sculpteur fou qui n’a de cesse de vouloir retranscrire toute la douleur du monde dans ces œuvres. Max aussi, cet être simplet, amoureux des mots du dictionnaire, qui, patiemment, construit son bateau afin de braver l’océan. Lili qui ne pardonnera jamais son père d’avoir trahi sa mère.

Un beau roman qui fait du bien. Qu’on le lise d’une traite ou qu’on y revienne par petites touches, il accompagne le lecteur tel un compagnon silencieux et fidèle.

De petites gouttes d’extraits :

« Sous la violence, les vagues noires s’emmêlaient comme des corps. C’étaient des murs d’eau qui étaient charriés, poussés en avant, je les voyais arriver, la peur au ventre, des murs qui s’écrasaient contre les rochers et venaient s’effondre sous mes fenêtres. »

« On s’est arrêtés tout en haut de la falaise, presque au bord, deux solitudes face à la mer, revenus aux origines du monde. La mer reculait, elle revenait, des arbres poussaient et les enfants naissaient et ils mouraient. D’autres enfants les remplaçaient. Et la mer, toujours. Un mouvement qui se passait de mots. Qui s’imposait. Depuis des mois, je me fondais dans ce paysage avec la lenteur d’une bête qui hiberne. Je dormais. Je mangeais. Je marchais. Je pleurais. C’était peut-être pour ça que ma présence ici était possible. Qu’elle était acceptable. A cause de mon silence ».

« L’après-midi, ils ont mis le bateau de Max à l’eau. D’abord sur les rails et ensuite, ils l’ont fait glisser doucement. Quand il a touché l’eau, le bateau a tangué. On a eu peur. Et puis il a flotté. Un bateau que l’on remet à l’eau, ce n’est pas tous les jours, alors les gens du village sont descendus pour voir. Il y avait d’autres personnes aussi, que l’on ne connaissait pas. Le patron de l’auberge avait fait griller des petites crevettes. Lili a apporté des sandwichs. »

 

Et La Hague :

 

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 21/08/2010 18:30


Un vrai coup de coeur que ce roman.


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