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26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 17:47

 

Je n’avais lu que quelques extraits du théâtre d’Ibsen. Ici, c’est à une pièce entière, en trois actes,  que je me suis confrontée.

Mme Alving vit seule avec sa gouvernante, Régine. Depuis peu, le fils prodigue, Osvald, est rentré à la maison. Si l’apparence du début de pièce est douce et paisible, on entre vite dans un monde de confessions : les revenants viennent hanter le présent. On se livre, on raconte, on rétablit la vérité.

Mme Alving a obéi toute sa vie aux devoirs : familiaux, religieux, conjugaux. Elle avoue au Pasteur Manders que feu son mari était et est resté un coureur de jupons toute sa vie. Il a engrossé leur domestique, Jeanne, et Régine est née de cette union. Le bébé a été adopté par le menuisier, Engstrand. Osvald aimerait faire sa vie avec Régine mais sa mère lui avoue la vérité sur leurs liens. Le jeune homme, quant à lui, est condamné : son père lui a transmis la syphilis, il meurt à petit feu.

Ne cherchez point de bonne humeur ou une occasion de vous distraire avec ces quelques pages. Le ton est dénonciateur, dur. La pièce, en 1881, a fait scandale : oser attaquer le puritanisme norvégien était inacceptable. Ibsen arrache les masques de l’apparence. L’ensemble m’a un peu ennuyée, notre monde a heureusement bien évolué mais j’ai trouvé intéressante cette idée d’héritage tragique, ce poison qu’on peut se transmettre de génération, accompagné d’un tourment éternel. Par là, l’auteur nous propose aussi une réflexion sur le libre-arbitre, l’influence sur de la société sur notre individualité, l’homme face à ses propres choix.

 

Manders. « C’est de la rébellion d’exiger d’être heureux dans cette vie. Quel droit avons-nous au bonheur ? Non, madame, nous devons faire notre devoir. Et notre devoir était de rester auprès de l’homme que vous aviez choisi et à qui vous étiez liée par des serments sacrés. »

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Mme Alving. « Un monde de revenants. Lorsque j’ai entendu Régine et Osvald, c’était comme si je voyais des revenants. Je me demande si nous ne sommes pas tous des revenants, pasteur Manders. Ce n’est pas seulement l’héritage de nos parents qui revient nous hanter. Il y a aussi toutes sortes de vieilles idées et de croyances mortes. Elles ne sont plus vivantes, mais elles nous encombrent l’esprit et nous n’arrivons pas à nous en défaire. »

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Osvald. « Ce que je voulais dire, c’est que les gens d’ici apprennent à croire que le travail est une malédiction et une punition pour nos péchés, et que la vie est une vallée de chagrins dont on a tout intérêt à sortir le plus tôt possible. »

 

8/12 pour le challenge de Bladelor

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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 13:29

 

Sentiment immédiat d’après-lecture : je trouve étonnant d’avoir réussi à lire ce roman avec tant d’aisance. Trois thèmes qui ne me siéent guère : l’armée au début, la chasse à la fin et la psychanalyse au milieu.

Gabriel est lieutenant au 2è REP. Avec ses camarades, Nadja la masculine – meilleur soldat du régiment, le Géant - une sorte de grosse brute qui s’est fait trancher puis recoudre la langue et Capa, le photographe, ils se font prendre dans une embuscade en Afghanistan. Nadja meurt, ou plutôt se laisse mourir. Gabriel ressort brisé de cette guerre et il quitte l’armée. Mathilde, femme mariée, reste sa maîtresse. Gabriel essaye de se reconstruire, il a perdu la parole et passe une bonne partie de ses journées chez son psy, Monte-Cristo. Les séances quotidiennes sont étranges puisque Gabriel ne parle pas. Il fait des démonstrations de violence, reste parfois assis, le psy ne lui dit rien ou juste un mot et le patient s’en va. Pourtant, Gabriel va guérir, retrouver la parole et décider de ne plus jamais tuer. Et rencontrer Tragger, un vieillard lui aussi ancien légionnaire, assoiffé de chasse.

C’est l’histoire d’une renaissance. Parti du plus sordide, de la mort, du noir, le narrateur décide d’aider lui aussi les autres en devenant, à son tour, psychanaliste.

Contre toute attente, j’ai beaucoup aimé le début du roman, les phrases courtes, mitraillées qui miment si bien la détermination des soldats et cette vie carrée, intransigeante.  Une fusion mort-vie qui prend à la gorge, un risque de tous les instants, un saut dans le vide. Les rendez-vous quotidiens avec le psy que la 4ème de couverture décrit comme un « chaman » ou un « génial médecin » m’ont plutôt décontenancée, je n’ai pas compris en quoi il a aidé Gabriel à se sortir de l’impasse où il se trouvait.

« Sommeil. Réveil. Corps qui demande à vivre. Contrainte. Entraînement. Je ne connaissais rien de plus abrutissant. Mais j’en redemandais. Je ne saurais pas nommer cette force qui pousse à ne pas être. A mourir. A s’avilir. A se consumer à petit feu. Dans une programmation suicidaire. Cette force qui me terrorise encore aujourd’hui. Qui peut tuer le plus beau en soi. »

Premier partenariat avec       que je remercie chaleureusement !

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20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 12:38

 

Billet lapidaire car cette BD m’a déprimée !

Ernest est placé en maison de retraite parce qu’il souffre de la maladie d’Alzheimer. Si au début, il a encore toute sa tête et s’intègre bien à la vie de la résidence, petit à petit, sa mémoire s’effiloche : il ne trouve plus ses objets familiers, il tient une balle entre les mains et ne sait plus ce que c’est, il n’arrive plus à boutonner sa veste, et… il ne sait plus ce qu’est une veste.

Le lecteur apprend à connaître les autres pensionnaires de la résidence : entre l’escroc kleptomane, celui qui ne parle que de son passé lointain et celle qui passe sa journée à demander à téléphoner, le tableau n’est pas très glorieux. Ernest se trouve au rez-de-chaussée au début de l’album et il sait que, lorsque son état dégénérera, il se retrouvera au fameux premier étage, là où ils sont tous fous. Ces vieux tentent malgré de tout de se rebeller, ils empruntent une voiture et prennent la poudre d’escampette mais se font vite reprendre.

L’illustrateur a fait le choix d’alterner les dessins représentant le présent, de petits être âgés et dépendants, et le passé, lorsque ces mêmes personnes étaient valides et saines, et occupaient même souvent un statut enviable dans la société.

J’aurais aimé trouver un petit éclair d’espoir mais l’état d’Ernest va decrescendo et ses congénères ne vont pas mieux que lui. C’est très triste et c’est ce qui nous attend, ou en tous cas, certains d’entre nous. L’humain réduit au néant, l’être n’est plus pensant, on lui a ôté son intelligence, sa réflexion, sa mémoire. Difficile à accepter.

 

 

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 19:45

 

J’avais déjà testé l’écriture d’Olivier Adam destinée aux jeunes. Voilà mon premier livre pour adultes. Une série de nouvelles écrites à la première personne.

~        Une infirmière du service des prématurés qui craque,

~        un chauffeur de taxi qui assiste, en spectateur, à la tristesse d’une jeune Asiatique répandant des cendres dans la Seine,

~        un professeur qui est touché par la mort de Pialat plus qu’il ne faudrait,

~        un homme qui affronte une tempête démentielle, enterre son chien et fait face au chagrin d’un enfant qui a perdu son père,

~        une pompiste qui trouve un amant, un soir de Réveillon, avant de se retrouver, seule, abandonnée,

~        une femme qui assiste à la longue agonie de son père,

~        une femme qui travaille à La Défense un soir de 24 décembre

 

… voilà quelques résumés éclairs de ces courts textes.

Ces nouvelles m’ont fait penser à une grande marche, une marche dans la nuit, dans le froid, dans le vent. Les personnages, même s’ils ne se connaissent pas, partagent cette randonnée difficile et éreintante. Chacun pour soi, chacun dans son coin. La solitude pourrait constituer le fil directeur de ces textes empreints de morosité et de mélancolie ; la souffrance, une souffrance sournoise et lancinante aussi.

La brièveté des textes obligent le lecteur à être attentifs, à s’approprier chacun des mots. Chaque mot compte d’ailleurs, les phrases sont courtes, directes.

 

« Je me sens vide. Tout le temps, je pense à ça. Ce vide à l'intérieur. Je me dis que si je pouvais me sonder en profondeur, m'ouvrir la tête et le cœur et voir dedans, je ne verrais rien. Rien. Du vent, un désert, un champ de glace où rien ne bouge. »

« Il faisait soleil et à cette heure, le sable était d'un jaune intense, la mer émeraude. J'étais bien. Calme et reposée pour une fois. La mer me lave, m'emplit, m'élargit, comme si j'avais plus d'air dans la poitrine, comme si plus rien n'obstruait dans ma tête. »

 

-         et merci encore à Nesto pour cette lecture !   -

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13 mai 2012 7 13 /05 /mai /2012 19:32

Sous-titre : « sans oublier le chien »

            Je ne sais pas si tel est votre cas, j’en ai entendu parler de ce livre, un bon nombre de fois, certains romans que j’ai lus y ont fait allusion (bien sûr, j’ai oublié les titres !), la quatrième de couverture rappelant toutes les critiques négatives est plus qu’intrigante… restait plus qu’à le lire !

Sachez, avant tout, que ce roman a connu un succès immense en Grand-Bretagne à la fin du XIXème siècle. Les critiques décrièrent l’humour et le style de l’auteur alors que l’éditeur se demandait « ce que deviennent tous les exemplaires que je publie. Je crois que le public doit les manger. »

            Trois copains : Harris, George, le narrateur Jerome (et son chien, Montmorency) décident, d’entreprendre un voyage en canot sur la Tamise. La promenade sur le fleuve permet de découvrir le pays et ses bonnes adresses. L’auteur dissémine aussi des réflexions plus profondes : sur la mode, l’éternelle insatisfaction de l’être humain, l’ironie du sort. Mais le roman est enfin dédié à ces trois gais lurons, des êtres douillets, coquets, de mauvaise foi, prétentieux, misogynes, capricieux, maladroits, paresseux, et j’en passe.

Montrons à quel point nos trois compères peuvent être des emmerdeurs : n’aimant pas les bateaux à vapeur, ils bloquent leur passage, feignant de ne pas entendre leurs sifflements ni les cris des gens à bord, ni les appels des passants. Ils se désespèrent également de ne pas avoir emporté de moutarde, « cette absence de moutarde jeta un froid sur le bateau. Nous mangeâmes notre bœuf sans mot dire. L’existence nous paraissait vide et terne. Nous songions en soupirant aux jours heureux de notre enfance. »

La Bruyère et Rousseau me sont spontanément venus à l’esprit pour les réflexions répandues çà et là et pour le caractère bucolico-philosophique du voyage ; j’ai aimé certains passages mais j’ai également passé beaucoup de temps à m’ennuyer ! Que de digressions ! Un méli-mélo qui faisait beaucoup rire les Anglais … et peut-être faut-il un peu l’être, Anglais, pour apprécier cet humour pleinement.

 

Lorsque des paresseux entreprennent d’éplucher des pommes de terre : « Je n’aurais jamais pensé que c’était une telle besogne que de peler des pommes de terre. Un vrai travail d’Hercule. Nous commençâmes gaiement, je dirais presque d’une amnière folâtre, mais la première pomme de terre n’était aps achevée que notre insouciance avait disparu. Plus nous pelions, plus il semblait rester de peau. »

« Non pas que je rechigne au travail, notez le bien; j'aime le travail, il m'enchante. Je resterais des heures à le contempler. J'adore l'avoir auprès de moi. L'idée d'en être séparé me fend le cœur. »

Et une vision poétique de la Tamise : « La Tamise... quand le soleil étincelle sur ses vaguelettes dansantes, parant de reflets d’or les trous vert-de-gris des hêtres, dardant de ses jets de lumière les couverts frais et sombres, faisant se réfugier les ombres dans les combes, incrustant de diamants les roues des moulins, lançant des baisers aux lis, se fondant dans l’écume des écluses, argentant les murs et les ponts moussus, égayant le moindre hameau, auréolant les sentiers et les prairies, s’accrochant aux buissons, souriant dans chaque crique, éclatant gaiement sur la voile blanche, imprégnant l’air de splendeur... Oui, la Tamise est un beau fleuve doré.

Mais la Tamise... triste et glacée, quand la pluie incessante tombe sur les eaux brunes et mornes, murmurant comme une femme qui pleure tout bas dans quelque obscure cellule, quand les bois, sombres et silencieux, frissonnent parmi les brumes vaporeuses, et que leurs plus grands arbres se tiennent à leur orée, fantômes muets des mauvaises actions et des amis abandonnés... La Tamise n’est plus qu’une eau hantée coulant à travers le pays des vains regrets.

Le soleil est le sang de la nature. Notre mère la terre nous regarde avec des yeux tellement tristes et sans âme quand il s’est retiré d’elle. On dirait qu’elle ne nous connaît plus, qu’elle ne nous aime plus. Elle est pareille à la veuve qui a perdu son cher ami et que ses enfants prennent par la main et cherchent du regard, sans pouvoir lui arracher le moindre sourire. »

 

Et les belles vieilles éditions…

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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 15:50

 

 

On va finir par croire que je suis monomaniaque, eh oui, encore une pièce de Jean-Paul Alègre ! Cette fois-ci, c’est une « vraie » pièce, complète, intégrale, ayant un début et une (très très belle) fin.

Jeff arrive au paradis avec une valise. Il va de surprise en surprise, rencontre un Dieu un peu las mais charmant et bien habillé, une fille de Dieu ( !), Angélique dont il tombe immédiatement amoureux, Saint-Pierre qui passe son temps à râler et à essuyer les mauvais jeux de mots, et enfin Marie, la douce mère de Jésus, toujours à la recherche de son fils adoré. Le problème c’est que personne ne sait d’où vient Jeff, même pas lui-même. Il a perdu la mémoire et sa valise vide ne révèle aucun indice.

Je ne vous révélerai pas la fin mais sachez qu’il est question de théâtre. L’ensemble est drôle, souvent subtil et complètement attendrissant à la fin. Ce n’est pas une mince affaire de parler de quelque chose d’impalpable et d’insaisissable, Alègre a rendu ces êtres légendaires humains : Dieu adore le Tour de France, tant et si bien que c’est en juillet que les catastrophes arrivent…, Pierre s’est découvert un amour pour le blues, Marie aimerait tant qu’on arrête de la traiter de Sainte Vierge mais qu’on la « considère comme une femme normale, avec des aspirations normales ». Et puis la disparition de Jésus laisse la porte ouverte à de nombreuses suppositions, il est sans doute sur la Terre mais est-ce « ce mineur de fond polonais, avec des larmes de charbon sur le visage ? Cet enfant qui court sur une plage de sable blond ? Cet agriculteur qui a fini de labourer son champ et dont le lourd tracteur écrase encore quelques mottes de terre luisante ? »

Rien que pour les sourires que procure cette courte pièce, pour le doux optimisme qu’elle inspire, il faut la lire. Poétique, spirituelle et musicale.

Saint-Pierre qui s’interroge sur son rôle et sa fonction : « je me demande si j’étais taillé pour naviguer à une telle hauteur. J’étais fait pour un métier manuel, moi. Apôtre, pensez donc, c’est parfois bien compliqué. Les coqs chantent au mauvais moment, on se retrouve treize à table, il faut se méfier des traîtres et des marchands du temple et je ne peux plus voir une croix sans avoir des sueurs froides. J’aurais dû viser moins haut, tiens. Faire de la musique. Mon rêve ! Chanteur de bleus ! Voilà ce qu’aurais dû faire. Chanteur de blues. »

 

7/12 pour le challenge de Bladelor

 

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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 17:59

 

Cette BD, vue partout, ne m’avait jamais particulièrement attirée pour une raison bien précise : j’ai reçu l’agenda l’an dernier du même auteur et je ne l’ai pas aimé (mais comme c’était un cadeau, il m’a accompagnée toute l’année !).

Pas rancunière pour un sou, j’ai tout de même emprunté le livre à la bibliothèque pour en savoir un peu plus…

Margaux Motin nous raconte sa vie de femme, d’épouse, de mère et d’illustratrice. C’est en tous cas ce qu’elle veut nous faire croire. Son mec qui la surprend en train de se déchaîner sur une choré ridicule ; les innombrables différences hommes/femmes ; la progéniture qui, même si on l’adore, est parfois bien pesante ; les joies de la maternité ; l’attirance irrépressible de la femme pour les chaussures de grande marque ; un séjour à Rome ; les captivantes tâches ménagères… sont quelques-uns des thèmes abordés. Alors, premier constat : rien de nouveau sous le soleil. Ca m’a beaucoup rappelé certains sketchs de Florence Foresti. Et pourtant, on souri, on ri même –chose rare devant un bouquin !

Mon passage préféré, c’est justement « les joies de la maternité », Margaux Motin nous les liste avec délice : « des vergetures sur les miches (voire sur les nénés, voire sur le ventre selon que l’on est plus ou moins poissarde), une perte considérable du volume mammaire, des taches sur toutes tes fringues, et des taches qui puent en plus, ton périnée qui t’abandonne et tu es tragiquement incontinente,… ».

L’auteur dessine superbement bien, c’est coloré, gai, féminin, frais, ça met de bonne humeur et ça déculpabilise, alors que demande le peuple ? Peut-être que le peuple de lectrices jalouse légèrement la silhouette et les jambes de rêve de la protagoniste, à part ça…

Et même si les clichés ont la vie dure (la femme est bien entendu superficielle, gourmande, de mauvaise foi, paresseuse, dépensière, etc.), on se marre bien !

 

 

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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 19:37

 

La ville d’Aramanth ne jure que par un seul mot : les classements. Dès l’âge de deux ans, les enfants sont évalués et classés. La famille de Hanno Hath se distingue des habitants de la ville car elle déteste cette manière de procéder. Kestrel, tout particulièrement, se révolte contre la discipline de fer qu’elle subit et essaye d’échapper aux examinateurs. Pourtant, Aramanth se veut un modèle de justice et d’équité : grâce au travail, aux examens réussis, tout le monde peut arriver en haut de l’échelle. Cela implique d’oublier ses affinités, ses préférences. Un homme recalé et soumis au grand test de rattrapage le dit très justement : « ce serait tellement bien […] si nous étions notés sur ce que nous savons vraiment ! »

Pour marquer encore mieux le résultat de l’évaluation famille par famille, un code de couleur les différencie : les maisons, les habits sont uniquement orange si la famille est passablement classée, écarlates si elle a excellemment réussi aux examens. Ghettos. Uniformité. Culpabilisation.

En fuyant la ville, Kestrel, son frère jumeau Bowman et Mumpo, celui qui est considéré comme le simplet de la ville, font la promesse de restaurer l’antique bonheur d’Aramanth en récupérant la clef du Chanteur de Vent. Leur parcours sera interrompu de rencontres fantastiques : les hommes des égouts vivant dans la boue et se nourrissant de « noix de gadoue » ; les Vieux Enfants qui ont le pouvoir, par une caresse, de vieillir une personne ; les loups et les aigles complices des enfants, les Zars et leur volonté irrépressible de tuer en répétant leur chant : « Il faut tuer, tuer, tuer ! ». Les trois enfants sont de véritables héros et rentreront victorieux dans leur cité.

Ce livre est le premier tome d’une trilogie, Le Vent de Feu.

J’ai eu du mal à trouver mon compte dans cette histoire aux mille rebondissements. Les jeunes lecteurs y prendront plus de plaisir que moi mais certains passages empreints de poésie et teintés de philosophie m’ont réconciliée avec l’ensemble : en filigrane, la réflexion sur l’identité, l’individualité et même le collège unique (parce que, chez nous aussi, il s’agit d’évaluer tout le monde sur la même chose) est subtilement traitée.

Une belle image : les vœux du soir. Les membres de la famille Hath forment un cercle, penchent leur têtes en avant jusqu’à ce qu’elles se touchent et prononcent les vœux du soir, chacun disant ce qu’il souhaite pour l’avenir.

Quand un aigle emmène un enfant pour le sauver : « Mumpo imita le geste de Bowman. Un aigle fondit sur lui, ses grandes serres se refermèrent doucement sur ses poignets et l’emportèrent dans les airs. »

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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 15:54

 

J’ai attendu la sortie en poche de ce bouquin. Je suis parfois très bête, j’avais lu Quand souffle le vent du nord avec boulimie et délectation mais, par je ne sais quel esprit d’orgueil, je me suis dit que lire le tome 2 n’était pas si urgent… tu parles, il ne s'est pas passé un mois sans que j'y pense et, à peine reçu, je l’ai lu. Avalé en quelques heures, et d’une traite.

Les vingt premières pages m’ont fait peur. Je me suis ennuyée, je n’ai pas retrouvé la passion du tome 1, et pour cause : Leo rentre de Boston où il avait fui son irrésistible attirance virtuelle pour Emmi. Il a dans ses bagages une petite amie : Pamela. La correspondance entre Emmi et Leo se poursuit tout de même et se concrétise très vite par une rencontre, pas virtuelle du tout.

Les deux épistoliers papillonnent, philosophent, tripotent les codes de la communication avec brio, se cherchent, se trouvent, se voient, se fuient, se disent adieu pour mieux se retrouver… Encore une fois, je n’ai pu empêcher la-maladie-de-tourner-les-pages de me gagner complètement. C’est bien écrit, c’est juste, c’est complètement dingue aussi… et c’est surtout une merveilleuse histoire d’amour ! Vraiment, à classer parmi les plus belles !

J’en fais un COUP DE CŒUR sans hésitation. Je me rends compte que, pour ceux qui ne connaissent pas Quand souffle le vent du nord, ce billet n’est pas très clair. Qu’importe, lisez les deux livres !

Un seul extrait –je n’ai pas eu le temps d’en noter plus !

« Tu ne m’incommodes jamais. Tu le sais. Sinon, je m’incommoderais moi-même, car tu fais partie de moi. Je te traîne avec moi partout, à travers tous les continents et dans tous les paysages de mes émotions, comme un idéal, une illusion de perfection, le concept d’amour le plus pur. Tu étais avec moi pendant presque dix mois à Boston, et tu es revenue avec moi. »

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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 12:57

 

J’avais découvert Alfred lors de la lecture de l’inoubliable et impressionnant Pourquoi j’ai tué Pierre. Ici, la claque n’est que légèrement moins forte. La BD s’inspire d’un court roman de Guillaume Guéraud.

Le narrateur, c’est le tueur. Pas n’importe quel tueur puisqu’il a dégommé huit personnes un jour de mariage dans un village perdu, Mortagne. Pas n’importe quel mariage puisqu’il s’agissait de celui de son frère.

Toute la BD raconte comment Martial, un jeune homme sain d’esprit en est arrivé à commettre ces meurtres atroces. Mal aimé de ses parents, il a passé son enfance dans ce patelin perdu où violences, hypocrisies et règlements de compte sont légion, un bled où le travail du bois, la vigne et la chasse sont les uniques préoccupations. Il s’est lié d’amitié avec le simplet du village, Terence, qui se fait régulièrement battre par le marié son frère Arnaud et son super pote, Frédo. La coupe est pleine pour Martial. Il faut que cela cesse et il s’occupe seul de cela.

L’album est brutal, du début à la fin. La description du massacre du mariage l’est bien évidemment, mais le portrait des habitants de Mortagne, les conflits, les arrangements sournois, la maladie du père, l’absence totale de sentiments le sont sans doute tout autant. Ce qui est dérangeant, c’est qu’on nous fait passer l’assassin pour sympathique, voire, le seul être à dix bornes à la ronde qui a un peu de jugeote et de bon cœur.

Les dessins sont eux aussi emplis de cette violence. De grandes cases, des personnages laids, du brun, du gris, des traits rapides et grossiers comme si les habitants du village ne méritaient pas qu’on s’y attarde.

Appréciant la qualité du graphisme en accord avec cette histoire sordide, j’ai cependant été frappé par une atmosphère que j’ai l’impression de croiser souvent en bande dessinée : la campagne profonde, la bêtise des habitants, la violence. Sont-ce des thèmes de prédilection pour nos bédéistes ?

J’ai découvert Meunier avec Après la nuit.

 

« A Mortagne, on n’a pas vraiment les moyens de réfléchir en fait. On a bien un cerveau mais rien d’autre à mettre dedans que tu raisin, des planches, de la sueur et du plomb. C’est comme ça. Pour le reste, on n’a pas les armes qu’il faut pour changer les choses. Voilà ce que j’ai ruminé durant tout ce week-end avec Terence. Voilà. »

 

 

 

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