Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 11:24

 

Reçu à Noël, c’est l’épaisseur du roman qui retarda ma lecture ! quelle nouille j’ai été ! Oubliez le nombre de pages qui se dévorent beaucoup plus vite qu’on ne le voudrait et procurez-vous ce livre d’urgence !

Nous sommes à Jackson dans l’état de Mississippi, dans les années 60. Dans chaque famille blanche, c’est une bonne noire qui fait le ménage, cuisine et s’occupe des enfants. Le problème c’est que les Blancs, les Blanches plus particulièrement, passent leurs journées à rabaisser les Noires, à les considérer comme des moins que rien… et à créer des lois raciales visant à les humilier encore un peu plus. La bonne noire doit avoir son propre verre, elle doit poser ses fesses sur des toilettes bien à elle, construites pour elle au fond du jardin. Elle ne doit pas lever les yeux sur sa patronne et doit toujours acquiescer. Elle doit être disponible tout le temps pour un salaire de misère.

Miss Skeeter, une fille blanche ayant un peu plus de jugeote que ses amies, aime écrire. Et elle a soudain l’envie d’écrire sur ces bonnes noires. Elle arrive d’abord à convaincre Aibileen, la bonne de son amie, Miss Leefolt, une Noire bien trop gentille qui accepte son sort avec résignation. Puis vient le tour de Minny, la copine d’Aibileen, de témoigner. Petit à petit, les bonnes noires sortent de leur retranchement et parlent. Des brimades, des injustices, des ingratitudes, des humiliations au quotidien, mais parfois aussi, trop rarement, de la reconnaissance de la part des patronnes blanches, du respect ; voilà ce que racontent ces femmes en cachette dans la petite maison d’Aibileen pendant que Miss Skeeter tape leurs récits à la machine à écrire. Ces anecdotes et ces récits de vie en feront un livre.

Un fil directeur cousu d’émotion et de tendresse est tendu sur chaque page de ce magnifique roman. Le lecteur est totalement immergé dans cette Amérique des années 60 où la couleur de peau a encore tellement d’importance. Il s’attache à ces personnages : la tendre Aibileen, Minny la révoltée, l’ordure de Miss Hilly, la douce et originale Miss Skeeter. Il y a des véritables pierres précieuses dans cette histoire : lorsqu’Aibileen enseigne à Mae Mobley, la petite fille de sa patronne, à être une belle personne. Sa mère l’ignore, se montre froide envers sa fille et Aibileen fait tout pour rattraper les défauts (ou les absences) d’éducation maternelle. Elle lui répète à longueur de journée qu’elle est une fille importante et intelligente… et en profite aussi pour lui raconter des histoires où les Noirs sont rejetés des Blancs. Tous les jours, un peu, discrètement et efficacement.

Cela fait très longtemps que je n’étais pas plongée à ce point dans un livre. C’est le genre de roman auquel on pense au beau milieu de la journée, qu’on a hâte de retrouver le soir, qu’on a du mal à reposer, qu’on ne voudrait plus terminer, celui qui nous met la larme à l’œil juste parce qu’on arrive à la dernière page.

La ségrégation raciale est bien sûr LE sujet du roman. Mais de manichéisme, il n’y en a pas, l’auteur a su rester juste, réaliste. Je me suis posée une question qui n’a rien de rhétorique : est-ce que, à l’heure actuelle, des femmes blanches travaillent au service de patronnes noires ?

La richesse du roman est telle que le racisme et la différence Blancs/Noirs ne constitue pas le seul thème. La place de la femme est évoquée car même chez les riches Blancs, elle ne peut faire n’importe quoi : les cheveux doivent être lisses, les robes pas trop courtes, le sourire omniprésent. La mort de JFK occupe quelques pages aussi, et l’espoir surgit doucettement dans les dernières pages, l’espoir d’un monde nouveau.

Une petite merveille et un grand coup de cœur !

Minny, dès son plus jeune âge a reçu les dix commandements inculqués par sa mère pour être une bonne modèle : 

« Règle numéro un pour travailler chez une Blanche, Minny : c’est pas tes affaires. T’as pas à mettre ton nez dans les problèmes de la patronne, ni à pleurnicher sur les tiens – t’as pas de quoi payer la note d’électricité ? T’as mal aux pieds ? Rappelle-toi une chose : ces Blancs sont pas ts mais. Ils veulent pas en entendre parler. […]

Règle numéro deux : cette patronne blanche doit jamais te trouver assise sur se toilettes. Ca m’est égal si t’as tellement envie que ça te sort par les tresses. Si elle en a pas pour les bonnes, tu trouves un moment où elle est pas là.

Règle numéro trois […] : quand tu cuisines pour des Blancs, tu prends une cuillère rien que pour goûter. Si tu mets cette cuillère dans ta bouche et qu’après tu la remets dans la marmite et qu’on te voit, c’est tout bon à jeter.

Règle numéro quatre : sers-toi tous les jours du même verre, de la même fourchette, de la même assiette. Tu les ranges à part et tu dis à cette Blanche qu’à partir de maintenant ça sera tes couverts.

Règle numéro cinq : Tu manges à la cuisine.

Règle numéro six : tu frappes pas ses enfants. Les Blancs aiment faire ça eux-mêmes. »

L’histoire du papier cadeau marron racontée par Aibileen à Mae Mobley : « C’est son histoire préférée parce que, quand je la raconte, elle a deux cadeaux. Je prends du papier d’emballage marron de l’épicerie Piggly Wiggly et je mets un petit quelque chose dedans, par exemple un bonbon. Puis je prends du papier blanc du drugstore Cole qui est près de chez moi et j’y mets autre chose. Elle prend ça très au sérieux et elle défait les paquets pendant que je lui explique que c’est pas la couleur de l’emballage qui compte, mais ce qu’il y a dedans. »

Partager cet article
Repost0
22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 14:17

 

 

Petit livre fraîchement sorti ! Pour ceux qui connaissent un peu l’auteur, le mode d’emploi ne change guère : le théâtre est réduit à son plus strict minimum : la parole !

Des sketchs ou saynètes ou encore petites pièces se succèdent. Le style et le registre varient : les jeux de mots, la poésie, le surréalisme, les monologues, les quiproquos, les réécritures… on ne s’ennuie pas un instant. Le point commun ? une réflexion sur le théâtre, sur l’identité, une quête des objets perdus (qui ne sont d’ailleurs pas des « objets » mais « le sang-froid », « le Nord », « une occasion de me taire », … qu’il s’agit de retrouver !), des personnifications aussi : une ville, un rocher, etc. et des personnages qui s’appellent Personnage 1, Personnage 2 ou Personnage 3.

Si la lecture de ce recueil m’a plu, il n’entre pas de plain-pied dans la définition que je me fais du théâtre. Pour moi, il faut que ça bouge, que ça éclate de couleurs, que ça vive ! Ce théâtre-là me paraît statique, parfois même trop intellectuel ou intellectualisé. Je parle par expérience, jouant moi-même dans une troupe d’amateurs depuis une bonne dizaine d’années. Je sais que ces pièces-là ne plairaient pas à notre public. Je ne donne que mon opinion.

Certains passages m’ont subjuguée, j’ai eu un vrai coup de cœur pour la réécriture de la fable « Le Loup et le Chien » qui met face à face un « auteur de terrain » et un « auteur subventionné », c’est délicieusement bien écrit et très subtil. En voici un extrait de la fin de la fable :

« Personnage 3 : Il importe si bien que de tous vos subsides

Je ne en aucune sorte

Et préfère être libre et assumer mes bides !

Personnage 1 : A ces mots, notre auteur de terrain s’enfuit… et court encore ! 

Mais … pour reprendre haleine

Il s’arrête parfois dans des lieux où l’on aime

Le théâtre, les sons, les fards, les lumières

Bref, ces endroits que protège notre art millénaire…

L’auteur libre alors suspend un peu son pas

Et respire le grand air des planches populaires ! »

 

Amateurs de bons mots, de belles tournures et d’histoires cocasses, n’hésitez plus !

 

6/12 : mission à moitié accomplie pour le challenge de Bladelor !

Partager cet article
Repost0
19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 08:42

 

« J’ai l’honneur de déclarer la naissance du Royaume de Georgettia, et devant cette assemblée, je me sacre Roi Miao, premier souverain de la royauté. » Cette première phrase de la BD donne le ton : un vieux monsieur veuf, qui vit seul avec son chien, s’invente un univers où il est le roi.  Son unique sujet est son chien, la voisine qu’il épie et convoite devient une comtesse à conquérir, sa petite maison un château fort.

Ce monsieur a une famille : une fille malheureuse parce qu’affublée d’un mari plutôt fade et fainéant et deux petits-fils inintéressants car fans de foot. Poussant jusqu’au bout sa douce folie, il envoie des lettres à l’ONU demandant la reconnaissance de son royaume… jusqu’au jour où Gilles, le fameux gendre, postier, tombe sur une de ces lettres, mal affranchies, qu’il ouvre et lit. Gilles, rêvant d’écrire de beaux romans sans jamais oser passer aux actes, trouve là l’idée du siècle. Il comprend vite que l’expéditeur de ces lettres originales n’est autre que son beau-père. Son épouse, devant ses cachotteries, se méfie, soupçonne son mari de le tromper et se transforme en serpent venimeux qui l’attaque.

L’album joue sur deux univers, deux époques : la réalité du siècle contemporain avec tous les soucis qui vont avec et le monde médiéval que s’est créé le roi Miao où il combat les problèmes comme un preux chevalier lutterait contre un dragon malfaisant.

L’idée est originale et j’ai aimé le refuge que trouvait ce petit papy dans son imagination, mais la lecture ne m’a pas entièrement satisfaite. Multipliant les clichés, les auteurs surfent sur la facilité. Les dessins m’ont un peu plus séduite que le scénario, les transformations des êtres et des choses sont assez jouissives pour le lecteur, le grand-père accompagné de son placide compagnon à quatre pattes m’ont régalée.

 

 

Partager cet article
Repost0
16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 16:53

 

Si vous êtes à la recherche d’un bouquin très léger, d’un bouquin qui se lit au soleil, facilement et les doigts de pieds en éventail, ado et fleur bleue, et surtout qui ressemble à s’y méprendre à la série Twilight, ce roman est fait pour vous !

Nora est une adolescente un peu particulière puisqu’elle a perdu son père, assassiné un an avant le début de l’intrigue. Sa mère, pour subvenir à leurs besoins, va bosser loin et laisse souvent Nora seule dans leur grande maison isolée dans la campagne. Mais ce qui va vraiment distinguer Nora des autres adolescents, c’est une rencontre : Patch, son binôme en biologie. Il est non seulement très attirant mais son côté mystérieux ne laisse pas Nora indifférente. La séduisant ouvertement, il se montre aussi parfois agressif et étrange. Elle a l’impression qu’il lit dans ses pensées. Parallèlement à cela, une multitude de faits insolites viennent meubler la vie de la lycéenne : la voiture qu’elle conduit se heurte à un individu sinistre mais elle ressort intacte de l’accident, Nora a l’impression que Patch lui envoie des pensées, sa meilleure amie, Vee, se fait agresser par le même individu de l’accident de voiture. Et puis il y a Elliot, ce nouvel élève qui lui aussi drague Nora.

Si le début m’a intriguée, les trois autres quarts du roman m’ont agacée. Le style est mauvais, les personnages sont mal dessinés, Nora est à claquer par son innocence et sa naïveté (elle est « malléable », on nous le répète assez). L’auteur multiplie les incohérences et les absurdités pour arriver à ses fins, c’est-à-dire, nous faire croire à son histoire d’anges déchus. C’est raté. J’ai perdu mon temps, je le regrette. J’ai craqué sur la magnifique couverture, j’avoue.

Je précise que le début du billet a été rédigé aux premiers instants de ma lecture, je le laisse tel quel, je n’aime pas empêcher certains de lire ! ;-) Twilight est tout de même bien un cran au-dessus de ce livre.

Pas de citation !

Partager cet article
Repost0
13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 09:36

J’en avais entendu parler de ce livre, je connais l’auteur pour ses chansons, son groupe et ses sauts dans un public déchaîné. On retrouve toute l’originalité de ce petit bonhomme dans ce conte que j’ai découvert en livre audio.

Edimbourg, en 1874. C’est le jour le plus froid du monde que naît Jack, cet enfant de prostituée. Délaissé par sa mère, il est recueilli et soigné par le Docteur Madeleine, une sage-femme un peu sorcière. En effet, le cœur de Jack boitille, il a besoin d’une prothèse pour continuer à battre, et Madeleine lui greffe une horloge bruyante et bondissante sur son cœur. Jack va ainsi grandir avec cette particularité qui l’empêchera d’être adopté. Il coule néanmoins des jours heureux auprès de Madeleine, deux prostituées et Arthur qui grince de la colonne vertébrale.

Madeleine a fait une seule et unique recommandation à Jack : ne pas tomber amoureux, son cœur le ne supporterait pas ! C’était couru d’avance, Jack tombe éperdument amoureux d’une petite chanteuse des rues, Miss Acacia. Pour elle, il va aller à l’école, il se fera maltraiter par les autres élèves, il parcourra l’Europe pour la retrouver. Un amour enfantin, pur et joyeux les réunira… jusqu'à l’apparition ou plutôt la réapparition de Joe, le premier amant de Miss Acacia, un rival qui va tenter de mettre en péril leur union.

Un mélange de plusieurs genres, de différentes références, plusieurs niveaux de lectures, un hommage à Georges Méliès, et surtout, un style, et quel style ! Mathias Malzieu excelle dans l’originalité, dans la virtuosité, dans l’art de créer des univers féériques et délirants. Il a un talent dingue et son écriture n’est pas sans rappeler sa musique, folle, variée, ludique, fantastique et surréaliste. Il existe d’ailleurs un CD inspiré du roman, qui porte le même nom. Il me tarde de le découvrir. J’ai déjà eu l’immense chance d’entendre ce conte lu par Malzieu lui-même. Rien que l’accent chantant de ce magicien quand il prononce « Madeleine » vaut le détour. 

– COUP DE CŒUR !!! -

 

« Son cou est saupoudré de grains de beauté minuscules, constellation descendant jusqu'à ses seins. Je deviens l'astronome de sa peau, fourre mon nez dans ses étoiles. Sa bouche entrouverte me fait loucher, j'ai des bulles dans le sang et des éclairs entre les cuisses. Je l'effleure de toutes mes forces, elle m'est fleur de toutes les siennes. De ses mains coule une douce électricité. Je m'approche encore. »

« Je viens d'embrasser la fille à langue d'oiseau et rien ne sera plus jamais comme avant. Mon horlogerie palpite tel un volcan impétueux. Pourtant ça ne fait mal nulle part. Enfin si, quand même,j'ai un point de côté. Mais je me dis qu'après une telle ivresse de joie, ce n'est qu'un maigre prix à payer. Cette nuit, je vais grimper à la lune, m'installer dans le croissant comme dans un hamac et je n'aurai absolument pas besoin de dormir pour rêver. »

« … elle ne sait pas combien la carapace de rêves que je me fabrique depuis tout petit est épaisse. Je suis la tortue la plus solide du monde. Je m’en vais dévorer la lune comme une crêpe phosphorescente en pensant à Miss Acacia.»

Partager cet article
Repost0
10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 19:17

 

 

Attirée par ce titre et le nom de l’auteur comme un moustique par ma peau en été, j’en profitai pour découvrir pour la première fois ce Tennessee Williams si connu…

En Louisiane, dans le quartier des immigrés siciliens, Sérafina, couturière, crie à ceux qui veulent bien l’entendre qu’un amour passionnel et indestructible l’unit à son mari, Rosario. Elle raconte à une voisine les circonstances magiques de la conception de leur deuxième enfant : alors qu’ils venaient de faire l’amour, une nuit, Sérafina ressent une douleur sur son sein gauche, « j’ai allumé, j’ai regardé mon sein. La rose tatouée… était là, dessinée sur ma poitrine. La rose tatouée de mon mari. […] Son tatouage, sur mon sein… A  l’instant même, j’ai compris que j’avais un enfant, en voyant la rose ».

            Une tragédie brise ce rêve éveillé : Rosario meurt. Poursuivi par des douaniers pour contrebande (chauffeur de camion, il cachait de la « marchandise » sous les bananes…), son camion s’écrase un arbre et prend feu. C’est le choc pour Sérafina qui perd l’enfant qu’elle portait.

On la retrouve trois ans plus tard, toujours malheureuse, esseulée, reportant ses souffrances sur sa fille, Rosa. Rosa, elle, jeune adolescente, a trouvé le grand amour en la personne de Jacques, un marin. Mais la mère de Rosa est contre cette union. Violente et en haine contre les autres, Sérafina s’isole de plus en plus et passe pour une folle. La rumeur qui se répand peu à peu concernant la liaison de Rosario avec Estelle, ne fait qu’augmenter la fureur de Sérafina qui ne veut pourtant y croire.

Comme un ange tombé du ciel, Alvaro fait son apparition. Il est seul lui aussi, malheureux lui aussi et pour la première fois, Sérafina fait preuve de compassion envers un homme. Et il ressemble à son mari, et il la séduit. Contre toute attente et alors qu’elle s’enfermait dans l’amour morbide de son mari, Sérafina va s’ouvrir comme une fleur à ce nouvel amour qui se présente, ce qui va lui permettre d’être plus indulgente et compréhensive envers sa fille.

Malgré quelques longueurs au début, j’ai trouvé très beau cet hymne à l’amour, ce message d’espoir, cette renaissance pleine de romantisme, cette seconde vie offerte à Sérafina. L’auteur l’a dit lui-même, cette pièce « est mon chant d’amour pour le monde ».

Les didascalies, directives, sont longues et souvent aussi belles que les dialogues. Le décor est complexe et changeant. Le personnage de Sérafina est un rôle magnifique, tout en nuances, en brisures, en entrelacs (oui, la mini-comédienne que je suis s’est encore trouvé un rêve de rôle !)

 

La relation entre Alvaro et Sérafina s’exprime dans la didascalie : « Le dialogue entre eux est plein d’hésitation étranges, de phrases inachevées, de gestes ébauchés. Tous les deux ont les nerfs brisés après leurs épreuves respectives. L’espère de communion entre eux crée une intimité curieuse et une sorte de douceur, elle ressemble à la rencontre de deux enfants abandonnés qui se retrouvent pour la première fois. C’est étrange pour eux. Etrange et doux comme le premier vent frais qui s’élève après un jour étouffant. »

 

 

 

Challenge théâtral de Bladelor :     5/12 !

Partager cet article
Repost0
7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 08:40

 

J’avais gardé en tête la couverture de cet album entrevu chez Noukette, je suis tombée dessus à la bibliothèque, je l’ai emprunté ne sachant plus du tout de quoi il en retournait…

            Olivier, le narrateur (et auteur) nous raconte sa vie : des parents hippies et très cool, des grands-parents catholiques pratiquants plutôt obtus, ses questionnements quant à la religion et à l’existence de Dieu. Et puis une rencontre : Pierre, un curé qui contre toute attente se lie d’amitié avec les parents d’Olivier. Pourquoi ? parce que Pierre est un curé ouvert, sympa, bon vivant, généreux. Olivier l’admire, se flatte d’être son ami… chaque année un peu plus. Il part en colo avec lui et d’autres gamins mais seul lui, Olivier, a le privilège de promener le gros chien de Pierre. Pierre revêt une dimension paternelle et protectrice complètement rassurante. Olivier passe d’ailleurs des étés fabuleux à la Joyeuse Rivière, cette ferme isolée dans un écrin de verdure.

            … vous devinez la suite comme je l’ai deviné. Il faut se méfier de ce qui est trop bon, trop lisse, trop parfait. L’air de rien, Pierre demande à Olivier de lui masser le ventre, un soir, alors que tous les autres colons dorment profondément. Bien sûr, ce n’est pas innocent. Bien sûr, vu l’ampleur des relations d’amitié et de confiance qui se sont tissées depuis des années entre le curé et l’enfant de douze ans, Olivier se tait. Il refuse témérairement de recommencer mais il se tait. Et il va se promener avec ce pesant bagage toute sa vie. Passé la vingtaine, une jolie femme et des projets lui feront mettre ces attouchements dans un coin de sa tête mais à 35 ans, ça lui expose à la figure, ça remonte à la surface, ça rend sa vie insupportable.

Olivier a la chance d’avoir un super pote, Alfred, à qui il va raconter son histoire et avec qui il va collaborer pour donner naissance… à cette bande dessinée. La fin de l’album est surprenante, haletante, saisissante.

Autobiographique et très intime, cet ouvrage est d’une subtilité incroyable. Il est avant tout une thérapie pour l’auteur qui ne s’en cache pas : « il est grand temps d’écrire cette histoire, entièrement, depuis le début. Il n’y a rien d’autre à faire pour m’en débarrasser. J’ai la chance de pouvoir tout jeter par écrit. C’est aussi efficace qu’une psychanalyse et ça me fait faire des putains d’économies. Alors je m’immerge entièrement dans mes souvenirs. » Gorge serrée pour le lecteur.

Cette BD à part, marquée par le sceau du courage, est une leçon pour tous : plutôt que de noyer ses mauvais souvenirs, l’auteur les affronte, les attaque… se montre plus grand et plus fort qu’eux. Différentes techniques sont utilisées comme les photographies qui s’intercalent entre les dessins, des jeux de proportions qui m’ont fait penser tantôt à Almodovar, tantôt à Satrapi. J’ai été très très émue et même si j’ai trouvé cet album extrêmement triste (une mauvaise expérience, un événement malheureux peut hanter toute une vie, hélas !), j’en fait un coup de cœur pour le génie, le surréalisme dans le dessin, le talent et la sensibilité des auteurs.

 

 

Partager cet article
Repost0
4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 09:06

 

Toujours en quête de livres sympa, pas longs et pas difficiles pour mes élèves trognons (première vérification quand ils ont un bouquin en main : regarder le nombre de pages ! Peut-on espérer que ça change, un jour ?), j’ai choisi ce livre un peu au hasard. Une fois chez moi, une légère appréhension m’a traversée par rapport au titre.

Mes a priori négatifs se sont vite envolés ! Sous la forme d’un journal intime allant de septembre 1964 à août 1965, nous pénétrons dans l’univers d’une adolescente en souffrance, Patricia. Son mal-être provient avant tout de son entourage familial. Son père l’ignore, sa mère ne cesse de l’humilier, de la rabaisser, de la critiquer, sa sœur aînée, une nouille, est une balance craintive et son petit frère l’ignore, tout comme son père. Sans ami, que reste-t-il à Patricia ? le vol, elle subtilise l’argent de poche de sa sœur pour s’acheter des sucreries. Et puis, elle écrit. Son journal, à la fois thérapeute et confident, l’accompagne. Elle le cache, y raconte ses malheurs, mais y confie aussi ses premières fictions. Elle écrit de courts textes dont le protagoniste est toujours une adolescente. Ces nombreuses jeunes filles représentent bien sûr toutes les facettes de Patricia mais aussi les adolescentes qui l’entourent.

Il y a une Béatrice parfaite et heureuse ; une Sarah juive, pendant la deuxième Guerre Mondiale, traquée et terrifiée ; il y a Viviane emprisonnée et condamnée à mort ; Laurence, soudain muette parce qu’incomprise de ses parents ; Gaëlle, une clocharde réfugiée dans un blockhaus ; Marianne, une leucémique qui après une brève rémission, meurt brutalement. Et Suzanne, enfin, qui, entrée dans un centre destiné à rendre libres de jeunes gens malheureux et perdus, se met à écrire, écrire, écrire sans qu’on l’en empêche.

J’en ai lu des récits d’ados mal dans leur peau mais ce roman qui me semble autobiographique a quelque chose de spécial. La détresse de Patricia est palpable, on souffre pour elle, ses parents sont à étrangler mais le monde des années 60 est à pointer du doigt aussi pour son puritanisme, son éducation culpabilisante, la tyrannie des apparences. Jamais les parents n’ont récompensé, félicité, rassuré, consolé, réconforté leur fille ; par contre les phrases assassines fusaient chaque jour : « ça ne t’autorise pas à nous empoisonner la vie comme tu le fais », «ça ne te suffit pas d’être une sale gosse, il faut en plus que tout le monde le sache ? », « Garce, il te les faut tous ! »

J’ai été très touchée par ce témoignage.

« N’empêche que mes parents auraient pu me parler, au lieu de refermer la bulle. Pour eux, le monde extérieur n’existe pas, ne DOIT pas exister. Quitte à boire des litres d’eau de fleur d’oranger. »

« Est-ce qu’il faudra me tuer pour attirer l’attention ? Qui ? Ma sœur, bien sûr, celle qui par erreur est née avant moi, celle que mes parents aiment, celle qui depuis treize ans m’empêche d’exister. »

« Mes parents vivent comme s’ils passaient un examen permanent, nus derrière une vitre. L’important n’est pas ce qu’on fait, ce qu’on vit, ce qu’on ressent, mais ce qu’en pensent les autres. Il faut donc toujours gagner plus d’argent, acheter plus de maisons, avoir des enfants plus brillants en classe,  qui épouseront plus tard les meilleurs partis. Ils se fichent bien qu’on soit heureux ou non ; la seule chose qui importe est de leur faire honneur, pour qu’on dise d’eux qu’ils ont réussi. Même si on sait, au fond, qu’on a tout raté puisqu’on ne s’aime pas. »

 

Partager cet article
Repost0
1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 08:52

 

 

Il ne m’a fallu que deux petites pages pour faire taire mes doutes et savoir que j’adorerai ce bouquin ! On ne s’ennuie jamais avec Jean Teulé, c’est sûr !

Le marquis de Montespan a la chance d’épouser, plutôt par hasard, la très belle François de Mortemart. Leur amour est passionnel, charnel, exclusif. Teulé en profite pour nous décrire leurs très fréquentes parties de jambes en l’air avec la crudité et l’humour qu’on lui connaît. Tout irait donc pour le mieux chez les Montespan si ce n’est que l’argent vient à manquer. Chance incroyable, le roi Louis XIV a repéré Françoise qui trouve plus chic de se faire appeler Athénaïs, il la trouve jolie et l’invite à la cour. Ce qui devrait être le plus grand des privilèges pour la famille et pour Montespan devient un perpétuel tourment pour notre marquis mordu. Le roi tombe amoureux d’Athénaïs, il en fait sa favorite. Les ruses et les stratégies de Montespan pour reconquérir sa belle sont variées et originales : il fait mettre d’immenses cornes à son carosse, il s’introduit dans la chambre de la femme du roi pour le rendre cocu, il organise une cérémonie d’enterrement de son amour… Louis XIV riposte, bien entendu : Montespan se retrouvera exilé en Espagne puis appauvri et déclassé.

Quels portraits ! au pluriel, oui, car non seulement, Teulé nous peint un homme amoureux, tenace et surtout audacieux parce que défiant le roi, mais il nous offre aussi un tableau pittoresque de la France du XVIIème siècle. Mêlant la réalité historique et la fiction, l’écrivain nous montre un pays gouverné par une monarchie absolue aberrante et dépravée. Le lecteur ne peut avoir qu’une seule consolation : ne pas avoir connu ce siècle de grandeur dégoûtante, de cupidité et de duperie !

On se marre tout le long. L’épisode narrant la rencontre entre le jeune futur roi d’Espagne, complètement con et débile est absolument hilarant. Apprendre en riant, voilà un pari réussi pour ce roman historique léger et bien écrit.

 

Le spectacle de la guillotine : « La hache d’un bourreau cagoulé s’abat d'un mouvement si net et rebondissant que la tête de Saint-Aignan reste sans tomber du billot. L'exécuteur croit avoir manqué son coup et qu'il faudra frapper une seconde fois lorsqu'elle s'effondre sur cinq autres couvrant le plancher de l'estrade. En tas comme des choux, on dirait qu'enfin réconciliées elles se font toutes des bises partout : sur le front, les oreilles, la bouche (elles auraient dû commencer par là, de leur vivant). »

Lors d’une petite sauterie à l’hôtel particulier des Montausier : « Assise sur une chaise percée garnie de son bassin en étain, elle chie en société tandis que les nobles qui l’entourent font un concours de vents qui les amuse follement. Elle-même lâche des perles. »

Parce que Françoise, désormais très influente à la cour, a reçu une gifle qui lui a laissé l’empreinte des doigts sur sa joue… : « Le lendemain matin, revenant à l’hôtel Montausier en titubant, Montespan découvre que toutes les femmes ont maintenant les deux joues maquillées d’une baffe ».

Et un joli résumé de la personnalité de Montespan : « Il faut avoir une marque du sang échauffé, le cerveau modelé d’une autre manière que le commun des hommes, pour oser, dans cette universelle ruée vers la servitude la plus rampante, élever la tête au-dessus des dos courbés et accuser l’idole en face. »

 

Lu dans le cadre du challenge Biographie de chez Alinea

Partager cet article
Repost0
29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 22:58

 

L’enfer, le silence

 

 

J’ai mis du temps à m’attaquer à ce quatrième tome. Je le regrette, il est sublime. Mes réticences concernant le scénario des précédents albums s’est presque évaporé à la lecture de celui-ci. Presque. Je crois qu’il y a incompatibilité entre Diaz Canales et moi-même car il reste toujours des détails de l’histoire, dans chaque BD, qui m’échappent.

La Nouvelle-Orléans, 1950. Le journaliste et désormais ami de Blacksad, Weekly, lui a trouvé un nouveau boulot : Faust Lachapelle, un producteur musical, veut retrouver un pianiste de grand talent, Sebastian. Ce père spirituel craint que le musicien n’ait succombé à la drogue, son vice préféré. L’enquête devient glauque lorsque notre séduisant détective tombe sur un cadavre, celui d’un ami de Sebastian, et lorsqu’un hippopotame alcoolique le menace parce qu’il lui aurait piqué son boulot.

Encore une fois, les personnages foisonnent, ils sont d’ailleurs d’autant plus nombreux dans ce tome qu’on assiste à la cavalcade de la Nouvelle-Orléans. Les détails sont remarquables : du bouledogue aigri qui représente la vieille femme faisant la gueule, en passant par les escaliers et les célèbres balcons de la ville, le charme néo-orléanais transpire et le lecteur prépare mentalement ses bagages.

Le dessin est de toute beauté, toute la palette de couleurs est présente avec finesse et pertinence : le bleu de la chemise de Sebastian, la cape rouge de la Mort, les couleurs pastel pour les rues et la douceur de vivre de New Orleans… L’humour n’est pas absent, il y a par exemple ce vaillant petit journaliste qui s’apprête à sympathiser avec une jolie créature mais qui doit la délaisser au mauvais moment pour poursuivre son enquête.

Cet album est surprenant à tous points de vue et je crois bien que c’est mon préféré de la série. Pour ne pas me défaire de ma réputation de pinailleuse, je dirais que le choix de la couverture est discutable, il ne reflète pas le contenu de l’album, tout ce bleu apporte une touche bien froide à cet ouvrage qui ne l’est pas du tout. Donc, ne vous arrêtez pas à la première de couverture et, sans vouloir faire de mauvais jeu de mots, plongez, noyez-vous dans cette admirable BD !

Tome 3 : ici.

Partager cet article
Repost0