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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 23:05

 

 

D’emblée, je savais que cet album allait me plaire… il parle de bonne bouffe !

 

Alain Passard est un grand chef, propriétaire d’un restaurant parisien trois étoiles, « L’Arpège » (je n’y ai bien sûr et hélas ! jamais mis les pieds). Christophe Blain, dessinateur et scénariste « étoilé » dans son domaine se propose de nous dévoiler une partie du travail titanesque de Monsieur Passard.

Si le thème de l’album est original, la forme n’est pas en reste. La page de gauche est réservée à une recette, celle de droite à la réalisation de cette recette par Passard dessinée par Blain. Bien sûr, les recettes sont originales et surprenantes puisque nous dégustons (trop virtuellement à mon goût !) un cœur de chou nous veau « à cru » au parmesan, des galettes de pomme de terre « façon pizza » aux crudités et parmesan, une émotion « pourpre » au miel d’acacia ou encore des fraises aux « éclats » de berlingots à l’huile d’olive.

Ce qui ressort de ces planches culinaires et gastronomiques, c’est l’amour du chef cuisinier pour son métier. Il regarde amoureusement les légumes et les fruits qu’il choisit minutieusement, il dresse souvent un « tableau » des produits crus, les observe, les scrute, les dispose à la manière d’un peintre devant sa toile. C’est bien un art. Un art sensuel et généreux.

Quelques intermèdes nous emmènent loin des fourneaux, dans le potager de Sarthe ou encore dans celui de Normandie. Passard s’entoure des meilleurs jardiniers, sa cuisine s’apparente même parfois à un laboratoire où l’on compare, par exemple, le navet dans trois terroirs différents. Cette minutie peut faire sourire mais lorsqu’on suit le cheminement d’un grand chef, elle est logique.

Un hommage à un grand cuisinier donc, et plus généralement à un métier souvent ingrat qui s’approche du sacerdoce, Passard nous dit dans la dernière page que ses journées vont de 7 à 3h du matin… et il conclut en s’exclamant : « Hahahaha on a la belle vie ! »

Une belle lecture gourmande que je ne peux m’empêcher de comparer à Le gourmet solitaire que j’ai tant aimé qui est, il me semble, un brin supérieur à cet album par son intrigue. Le côté répétitif de Blain peut déplaire à certains. Je ne manquerai pas de tenter l’une ou l’autre recette et vous en ferai peut-être part.

 

Le fameux « cœur de chou » : « C’est beau, ça, c’est des p’tits cœurs de bœuf. C’est tendre comme la rosée. Ce que j’aime, c’est presque créer le truc. Réunir les ingrédients. Jouer avec les couleurs. Regarde. J’ai fait mon marché. C’est beau, non ? Tony, viens voir. Regarde, c’est beau, non ? »

 

 

 

C’est une première, voici ma note pour cet album… note que je transmettrai à Yaneck, comme tous mois   : 18/20

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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 15:56

 

 

JF cherche désespérément smiley qui s’étrangle pour mener à bien la rédaction de ce billet !

« Pinaise de panaze » s’exclamerait mon fils (s’il avait lu cette pièce !)

Victor a neuf ans et c’est un petit bonhomme précoce et clairvoyant, à tel point qu’il se permet de gouverner les gens qui l’entourent. Il révèle à tout le monde la liaison entre son père et la mère d’une de ses petites copines, il fait du cheval sur le dos d’un général, il se niche amoureusement sur les genoux d’une très belle femme pétomane… Ce n’est là qu’un petit aperçu du cafouillis qui règne dans ces trois actes. « tout le monde est fou » : l’avertissement est lancé.

Ca fait longtemps que je n’avais pas lu un livre pondu par un surréaliste, on s’en déshabitue vite et j’ai été bien déstabilisée par cette lecture mais c’est le but recherché par Vitrac me direz-vous! L’auteur critique la bourgeoisie, ça n’est pas vraiment nouveau mais il pointe aussi du doigt la place de l’enfant dans la famille, cet enfant unique qui accapare toute l’attention et en même temps doit répondre à une attente, doit se conformer à un discours, des attitudes, une naïveté propres aux enfants. Et Victor est tout l’inverse d’un enfant ordinaire. Il met à nu les défauts, les travers des adultes, il sème la zizanie, il effraie la petite Esther de cinq ans. L’ensemble est un monde qui n’a plus de sens, où les rôles sont inversés, où les adultes sont déchus de leur statut d’être supérieur et intelligent.

Avec quelques jours de recul, j’ai apprécié cette lecture. Il faut s’y préparer, savoir à quoi s’attendre. L’enfant qu’on considère toujours comme un être heureux, fragile et ingénu est ici le révolté, celui qui refuse la docilité mais qui revendique déjà une sexualité, une ruse perverse, qui dit « je suis terriblement intelligent ». Le vaudeville classique que je connais bien est malmené, caricaturé, étiré, malaxé. Humour grinçant.

 Pour info, la pièce a été mise en scène par le grand Antonin Artaud et par le non moins grand Jean Anouilh!

 

La première scène est assez drôle, rassurez-vous, je n’ai pas ri pendant toute la pièce… :

Dans la salle à manger

Lili, dressant la table; Victor, la suivant.

Victor. - ...Et le fruit de votre entaille est béni.

Lili. - D’abord, c’est le fruit de vos entrailles, qu’il faut dire.

Victor. - Peut-être, mais c’est moins imagé.

Lili. - Assez, Victor! J’ai assez de ces conversations. Tu me fais dire des bêtises.

Victor. - Parce que tu es une vieille bête.

Lili. - Ta mère...

Victor. - ...est bien bonne.

Lili. - Si ta mère t’entendait...

Victor. - Je dis qu’elle est bien bonne. Ah! Ah! Elle est bien bonne! Bien, bien, bien bonne.

Lili. - Ai-je dit une plaisanterie?

Victor. - Eh bien, ne puis-je pas aimer ma mère?

Lili – Victor!

Victor. - Lili!

Lili – Victor, tu as neuf ans aujourd’hui. Tu n’es presque plus un enfant.

Victor. - Alors l’année prochaine, je serai un homme? Hein, mon petit bonhomme?

Lili. - Tu dois être raisonnable.

Victor. - ...Et je pourrai raisonnablement te traiter de grue.

Elle le gifle.

Victor, continuant. - … A moins que tu ne consentes...

Elle le gifle de nouveau.

Victor, même jeu. - … à faire pour moi ce que tu fais pour d’autres.

Lili. - Morveux!

Victor. - Ose dire que tu n’as pas couché avec mon père!

Lili. - Va-t-en, ou je t’étrangle!

Victor. - Hein? Ma petite bonne femme? Hein? Le petit bonhomme?

Lili. - Cet âge est sans pitié!

 

 

chez Bladelor

3/13 !

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1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 15:53

Le narrateur de ce gros roman jeunesse est un garçon de 13 ans, Gwen, surnommé Gwen le Tousseux en raison de sa faible constitution et de ses fréquentes quintes de toux.

1914, en Bretagne : parce qu’un rebouteux, le vieux Braz, l’a soigné pendant des jours et des jours, Gwen entre à son service et quitte ainsi ses parents. Quelques mois plus tard, le vieux Braz meurt en lui léguant sa maison à toit de chaume… et autre chose de plus énigmatique.

Un jour, Gwen fait un mystérieux voyage, emporté par la charrette de l’Ankou (les Bretons reconnaîtront le personnage symbolisant la Mort) et se retrouve dans un pays qu’il ne connaît pas, les Douze Provinces,  « ce grand nulle part cerné de brouillards et de marais »… un pays bien étrange surveillé de près par la douane volante qui ne laisse aux habitants que peu de liberté.

Pris en charge par Jorn dont il ne sait si c’est un ami ou un ennemi, il se découvre un don pour soigner les gens. Lui aussi, est un rebouteux comme le vieux Braz. Accompagné par son pibil siffleur, un oiseau extrêmement difficile à capturer, Gwen rencontrera des gens extraordinaires : le chirurgien Nez-de-Cuir qui va lui enseigner les rudiments et les subtilités de la médecine, Yvon le Rouquin venu de Bretagne lui aussi, la jolie Saskia dont il tombera amoureux, la plantureuse Silde, et des hommes forts, brutaux, sanguinaires… Des noms aux sonorités gutturales se succèdent, des lieux ensorcelés retiennent notre héros malingre et intelligent : les jardins de Fer, Antvals, le Château des Poux, Waarm…

La qualité de ce livre tient à son écriture forte, typée et imagée mais aussi à l’univers que peint l’auteur : noirceur, canaux, marais, beffrois, ambiance médiévale, épidémies, coups bas, rixes et survie à tout prix sont les quelques facettes de ce roman si riche en rebondissements. Et ce serait mon seul bémol, je sais bien que c’est un roman destiné aux jeunes mais les actions sont si nombreuses que j’ai souvent failli en perdre le fil. Je ne sais pas si ce roman peut plaire aux ados, il leur faut un certain bagage culturel et un bon niveau de lecture pour entrer dans cette formidable histoire peuplée d’êtres fantastiques, des croyances perdues et de paysages flamands et bretons. Hugo, Melville, Dumas, Zola ont vendu un peu de leur art et de leur atmosphère à François Place…

L’oiseau fidèle qui suit Gwen dans ses pérégrinations s’est improvisé amuseur de foules :

« Les enfants se le passaient de l’un à l’autre. Mais c’est pendant les veillées qu’il déploya un talent que je ne lui avais jamais connu. Tandis que nous nous serrions autour du foyer, il s’avançait en de dandinant dans la lumière, son ombre démesurément agrandie par les flammes, et il se lançait dans des pitreries de comédien des rues, en imitant toute une galerie de personnages à grand ramage, les gens de la douane et les poissonnières, les banquiers et les pêcheurs d’anguille, les mendiants et les filles à marier. »

 

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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 23:17

 

           Comme son titre l’indique, ce roman graphique tourne autour d’un immeuble newyorkais « qui se tenait à califourchon à l’intersection de deux avenues. C’était un point de repère dont les murs survivaient aux pluies de larmes et aux averses de rires. » Une fois l’immeuble trop délabré, il est rasé et assez vite remplacé par une construction neuve et moderne. Quatre fantômes surgissent, ils nous racontent la vie de cet immeuble à travers leurs propres drames, espoirs et joies.

Monroe Mensh a tenté toute sa vie de se racheter. Devant le building, une balle perdue tue un enfant à côté de lui. Monroe pense qu’il aurait pu le sauver. Désormais, son objectif est d’aider les enfants, de récolter de l’argent pour les miséreux. Ses bonnes intentions croiseront souvent la route de la malchance…

Gilda Green est une très belle fille qui, étudiante, s’est amourachée de Benny, le poète. Agacée par le manque de confort et de sécurité de son bien-aimé, elle épouse son patron, un dentiste. Quelques années plus tard, elle se rend compte que son mari millionnaire la trompe mais aussi qu’elle est encore amoureuse de son poète. Impossible de revenir en arrière…

Antonio Tonatti est un violoniste qui a petit à petit abandonné son instrument favori pour travailler dans l’entreprise familiale de construction. C’est un accident du travail qui lui permettra de retrouver le violon, et tous les jours, il jouera devant le même building, n’ayant que pour récompenses « la lueur de plaisir, le bonheur que son jeu provoquait ».

P.J. Hammond est le fils d’un riche dirigeant immobilier. A la mort de son père, il veut faire comme lui, s’enrichir au détriment des pauvres. Une obsession tourmentera ses vieux jours : acheter ce building si difficile à acquérir, cet immeuble où son père a fait fortune, où il a joué, enfant.

 

Will Eisner rend attachant un bâtiment qui à la fois spectateur et hôte de centaines de personnes. Ce building est chargé de souvenirs, un peu à la manière du buffet de Rimbaud.

La lecture de cet album a été facile et rapide mais je n’ai pas été emportée par l’histoire, par les histoires. Ce découpage en historiettes m’a trop fait penser à Petits miracles que j’ai préféré… et j’ai même trouvé des ressemblances avec le style d’Eric-Emmanuel Schmitt … non qu’une telle comparaison soit blasphématoire mais la dimension édifiante et bassement philosophique m’a lassée aujourd’hui. Je n’ai pas été charmée à 100%.

 

 

 

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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 23:13

 

C’était la première fois que j’ouvrais un livre de Jonathan Coe. Entre ce moment-là et celui où je l’ai refermé, il s’est passé un peu moins de trois heures. Vous l’avez compris, j’ai lu ce roman d’une traite (ou presque !).

            La vie de Maria se déroule devant nos yeux tel un tapis qu’on étale sur le sol, lentement, progressivement. L’existence de cette femme, qu’on cueille à la fin de l’adolescence, n’est pourtant pas dépourvue de heurts. Maria n’est pas comme les autres, elle ne répond pas aux attentes des gens qui l’entourent, elle ne fait pas ce qu’elle « devrait » faire, elle n’entre pas dans la norme, elle est surprenante, décalée, voire complètement déjantée. Face aux gens, elle fait généralement preuve d’indifférence ; face aux événements et aux changements de sa vie, c’est la nonchalance et le m’en-foutisme qui l’accompagnent.

            Si Maria est un peu cinglée, avouons que les personnes qu’elle rencontre sont assez particulières : une colocataire qui ne croit qu’au langage des yeux (et qui est une parfaite dinde dont le portrait est hilarant), un amoureux transi qui la demande en mariage au moins une fois par jour, un mari qui la bat et qui a inculqué à leur enfant de 4 ans que sa mère ne vaut rien, une « copine » qui veut coucher avec elle… Avec Jonathan Coe, le lecteur va de surprise en surprise !

Malgré une vie ratée -celle de Maria- et une vision de la vie assez pessimiste, ce roman m’a amusée de bout en bout. Et pourquoi ? parce que le style de l’auteur est cocasse, il nous montre les grosses coutures du travail de l’écrivain, il évoque son art et ses contraintes. Combien de fois Coe s’adresse-t-il au lecteur ? « Ca ne vous dérange pas que je raconte ça au passé ? Je trouve l’autre temps vraiment épuisant. », « comme nous le verrons dans certains des chapitres suivants ». L’écrivain est à la fois le Dieu tout-puissant qui gouverne ses marionnettes de personnages, et à d’autres moments, ce même écrivain se laisse comme emporter par la personnalité survoltée des protagonistes, il ne maîtrise plus rien. Ce n’est pas vraiment nouveau, mais ça me plaît toujours ! … et m’a donné envie de d’approfondir l’œuvre de cet écrivain britannique qui a sans doute lu Irving…

« Rien n’est plus misérable que le souvenir du bonheur, position qu’on peut occuper de divers points de vue, comme nous le verrons dans certains des chapitres suivants. Dans le même ordre d’idées, à moins qu’il ne s’agisse d’un ordre d’idées opposée, rien n’est plus plaisant que la perspective du bonheur, et quand je dis « rien, je n’emploie pas ce mot à la légère. Car le bonheur en soi, se disait Maria, n’avait guère de poids comparé au temps passé soit dans sa perspective, soit dans son souvenir. En outre, l’expérience immédiate du bonheur paraissait complètement détachée de l’expérience de son attente ou de son souvenir. Jamais elle ne le disait, quand elle était heureuse : « C’est ça, le bonheur », et jamais donc elle ne l’identifiait comme tel au moment où elle le vivait. Ce qui ne l’empêchait pas de penser, quand elle ne le vivait pas, qu’elle avait une idée très claire de ce qu’il recouvrait. La vérité, c’est que Maria n’était vraiment heureuse que lorsqu’elle pensait au bonheur à venir, et je crois qu’elle n’était pas seule à adopter cette attitude absurde. Il est plus agréable, allez savoir pourquoi, d’éprouver de l’ennui, ou de l’indifférence, ou de la torpeur, en se disant : dans quelques minutes, quelques jours, quelques semaines, je serai heureux, que d’être heureux en sachant, fût-ce inconsciemment, que le prochain sursaut intérieur nous éloignera du bonheur. L’idée du bonheur, qu’il soit prospectif ou rétrospectif, éveille en nous des émotions beaucoup plus fortes que la seule émotion du bonheur. Fin de l’analyse. »

« Trois ans plus tard, il pleut toujours. C’est un mensonge, je sais, il y a eu du soleil entre-temps, mais cela est hors de propos.  A présent, pour trouver Maria, il vous faudrait aller très loin au nord, car elle habite Chester. Une fort belle ville, je vous encourage à la visiter un jour.»

« Donc, assurément, je vous ai dit tout ce qu’il y avait à dire. Et pourtant, en le relisant, ce chapitre me paraît assez court. Mais bon, il n’y a pratiquement pas de dialogues, donc vous en avez quand même pour votre argent, si l’on peut dire. Honnêtement, je commence à en avoir marre de Maria, et de son histoire, tout comme Maria commence à en avoir marre de Maria, et de son histoire. »

 

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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 10:18

 

Pour un album pris au hasard avec les enfants à la bibliothèque, nous avons eu du bol, encore une fois ! Mes enfants aiment les histoires de loup. Il faut dire qu’on en rit souvent, de cet animal qui, à force de passer pour un croqueur d’enfants, a été tourné en ridicule. Ici, il récupère son véritable statut.


Le narrateur s’exprime à la première personne. C’était une première pour mes petiots, en tous cas, ça les a marqués. Dans le grand Nord glacial, il raconte que son grand frère a dû le quitter pour quelques jours. Au bout d’un mois de solitude, un jour que Hilmar suivait les traces de renne dans la neige, il tombe sur un loup : « C’est un loup qui court vers moi, un loup affamé ». En voulant s’enfuir, Hilmar glisse du sommet d’une falaise. Le loup l’observe, « doucement, sans comprendre mon courage, je tends une main vers lui. Je le vois hésiter, puis il s’éloigne. » Le début d’une relation homme/loup basée sur le respect et l’entente muette commence. Hilmar va nourrir ce loup, le loup va le protéger de l’attaque d’un aigle énorme.

A la fin, le retour du grand frère marque la séparation entre l’homme et son nouveau compagnon : « Le loup et moi, nous le savons : c’est ici que nos chemins se séparent. Il fait demi-tour, me frôle. Du bout des doigts, je touche sa fourrure chaude. Puis il s’éloigne dans les broussailles. »

Je ne cesse de me dire que je connais ce Carl Norac… bon, déjà, il est le fils de Pierre Coran, ce n’est pas rien. Mais je connais ce nom … ? quelqu’un pourra peut-être m’aider ?

Et les dessins !! Dieu que j’ai craqué sur les magnifiques pastels ! Le noir, le blanc et le rouge prédominent, soulignant l’âpreté et la rigueur de l’espace, du froid, du paysage. Louis Joos est un nom à retenir !

Un album lu religieusement, ma petite demoiselle qui, habituellement, pose dix mille questions par page s’est abstenue ! Le retenue et la sobriété de ce petit récit nous a émus tous les trois.

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 15:52

 

Je ne connaissais cette pièce que parce qu’elle est souvent étudiée, soit en 3ème, soit au lycée. Il fallait bien que je sache de quoi il en retourne.

L’atelier, c’est un atelier de confection, après la Deuxième Guerre Mondiale. Cette courte phrase suffirait à résumer la pièce. Il est surtout question de bonnes femmes et d’histoires de bonnes femmes. Les ouvrières se racontent leur vie, se disputent, se marrent, pleurent, se fâchent, se taisent.

Il y a Hélène, la patronne, une Juive réfugiée en zone libre pendant la guerre et dont le mari s’est caché en zone occupée. Ils tentent tant bien que mal de tenir leur petite entreprise, balayant quand il le faut, les sales souvenirs de guerre.

Il y a Gisèle, une mère de famille préoccupée par des soucis d’intendance, qui tient des propos irrévérencieux sur les Juifs.

Il y a Mimi qui ne pense qu’à sortir,  faire la fête et profiter des nouveautés apportées par les Américains.

Il y a Madame Laurence, la discrète, qui avoue qu’elle préfère les Allemands aux Américains.

Il y a, enfin, le personnage le plus poignant, Simone, celle qui souffre parce que son mari n’est pas revenu des camps. A partir de 1945, on suit son cheminement, son parcours difficile : elle a d’abord encore un peu d’espoir, puis souhaite connaître les conditions dans lesquelles son mari est mort, puis elle cherche à obtenir les papiers qui lui permettent d’avoir une pension…

J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’œuvre, j’ai trouvé ça insignifiant voire soporifique par endroits mais lorsqu’on arrive au bout des dix tableaux, on se rend compte que l’auteur a su dépeindre avec justesse et tendresse une société en train de renaître, les différents visages de cette reconstruction de l’après-guerre. L’originalité,  c’est le lieu, cet atelier de confection est délicieux, on imagine les « outils » de travail : la table de presse, les aiguilles, les amas de tissu, les ciseaux. L’unique décor est le théâtre des années qui passent, de 1945, on arrive petit à petit à 1952, les conditions de travail sont évoquées (travailler le samedi matin, avoir des chaises plutôt que des tabourets,  avoir un meilleur éclairage, être payé à l’heure et non à l’ouvrage), la relève est assurée, la jeune Marie est enceinte, le fils de Simone fait une apparition dans la dernière scène.

Une œuvre réaliste où le langage familier parfois cru projette le lecteur dans une époque bien particulière, une pièce tellement réaliste qu’elle sent le vécu. Effectivement, pour le personnage de Simone, Grumberg s’est largement inspiré de sa mère.

            « C’est vrai que les Américains tant qu’ils étaient pas là on priait pour qu’ils arrivent, maintenant qu’ils sont là, on prierait pour qu’ils repartent ». (Madame Laurence)

L’humour n’est pas absent même s’il est souvent noir :

La colère de M. Léon devant un veston mal réalisé :« Si on travaille pour les vivants, il faut prévoir qu’un vivant sera inévitablement amené à faire certains gestes comme bouger un bras, s’asseoir,  respirer, se lever, boutonner, déboutonner ; je parle même pas dut temps de guerre où fréquemment le vivant pour rester vivant est obligé de lever les deux bras en l’air et en même temps, non, je parle des mouvements ordinaires, de la vie ordinaire dans la confection ordinaire. »

Terminons sur la jolie et très juste citation de l’un des metteurs en scène de la pièce, Gildas Bourdet : « L’Atelier est une comédie parce que la tragédie s’est déroulée avant que la pièce ne commence ».

         2/12!

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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 23:32

 

 

 

Tout comme pour Construire un feu, je n’ai pas réussi à lâcher cette BD une fois ouverte. Cet auteur a le don de happer le lecteur, et ici, avec  de l’horreur et de l’insoutenable !

            Les premières planches renvoient au procès du trop célèbre Landru, en novembre 1921. Un avocat énumère ses crimes, le condamne sans indulgence et le traite de « monstre », d’ « impitoyable Barbe-Bleue », d’ « assassin scrupuleux et méthodique ».  Puis, retour en arrière. Janvier 1915. Explication des faits à leur source, à leur origine. Sauf que Chabouté nous propose une version toute particulière de cette page historique sanglante. Landru n’est plus le coupable mais la victime ou du moins, le complice inconscient des meurtres commis sur les femmes.

            Du fond des tranchées, en janvier 1915, Paul exprime son désir de retrouver sa bien-aimée, Hélène, et de fuir. Ce qu’il ne tarde pas à faire. La guerre aura laissé des traces indélébiles sur son visage puisqu’un obus l’a complètement défiguré. Il lui faudra beaucoup d’argent, prévient-il dans une des dernières lettres adressées à Hélène. Landru, lui, passe son temps à séduire des jeunes femmes par le biais de petites annonces avant de les escroquer. Paul, ayant eu vent de ses petits larcins, le fait chanter en lui demandant de rameuter encore et encore, des femmes riches à la villa de Gambais : « C’est elles qui vont nous donner leur argent et nous supplier de les aider à quitter le pays … et je me ferai un plaisir et un devoir de leur  faire prendre un bateau pour l’Argentine ». Landru se voit forcer d’accepter le marché. Les trois complices suivent toujours le même procédé : ils feignent un cambriolage la nuit lorsque la jeune femme est au lit. Paul donne une arme à celle-ci et l’ordre de tirer sur tout ce qui bouge. Les femmes, les unes après les autres, vont croire qu’elles ont tiré et tué un Landru allongé au sol, inerte. Ce n’est qu’au bout de quelques voyages (pour lesquels Landru demandera toujours « deux allers, un retour ») que Landru apprendra le véritable destin des femmes : massacrées, Paul et Hélène leur extorquent leur argent,… mais aussi leur peau, qu’un médecin tente de greffer sur le visage mutilé de Paul.

            Pourquoi changer l’Histoire ? est-ce pour nous amener à réfléchir sur la justice ? sur la responsabilité des médias ? sur la « vérité » qui reste toujours une donnée incertaine ? Je ne sais pas mais en tous cas, la version que nous présente Chabouté est une réussite.  Le récit est prenant, le graphisme noir et blanc envoûtant. Le réalisme des planches évoquant la Première Guerre fait froid dans le dos. Landru avec sa célèbre barbe pointue passe pour un homme bienveillant trop crédule. Paul, momifié par ses nombreux bandages apparaît comme un monstre, au sens propre comme au sens figuré. Au final, c’est bon comme un excellent polar, images en prime.

  

 

 

 

 

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 14:31

 

            C’est un garçon de café, Pierre, qui s’exprime à la première personne et qui nous raconte ses journées de travail. Son métier occupe entièrement la vie de cet homme célibataire de 56 ans. Dans le petit café d’Asnières, Le Cercle, il écoute beaucoup les clients parler, il observe, il y a les jolies étudiantes qui sèchent leurs cours, le jeune homme taiseux qui lit des livres, des ouvriers qui viennent boire leur café.

Un matin, la journée commence sous des auspices différents : le patron n’est pas là. Une nouvelle serveuse est arrivée pour remplacer une autre en congé maladie mais l’absence du chef pose bien des problèmes et le rythme, pour notre Pierrounet comme certains clients l’appellent, est soutenu. En vérité, il y a de l’eau dans la gaz entre Monsieur le Patron et Madame. Elle le soupçonne d’avoir rejoint Sabrina, la serveuse en congé. Malgré son air nonchalant, Pierre est touché par ce changement, il craint pour son emploi. Il repense à sa vie, pense qu’elle est bientôt terminée. Que si son boulot ne l’occupe plus, c’est le vide et le néant qui l’attendent. Alors, plus que jamais, il s’applique nettoyer à son comptoir, à servir les gens, à faire fonctionner ses guiboles.

La vraie vie, le quotidien, voilà ce que nous présente l’auteur sur son petit plateau argenté, tel un garçon de café serviable et obligeant. D’intrigue, il n’y en a guère. Le langage est simple, parfois enfantin, parfois bourru et familier. C’est Pierrot. J’ai trouvé un je-ne-sais-quoi d’irrésistiblement attirant dans ce récit. La simplicité m’a plu, c’est sans chichi, sans prétention, comme on est dans la vraie vie. Pas de grande recherche stylistique, pas de phrases alambiquées mais quelques pointes d’humour, de l’autodérision et une vision réaliste un peu tristounette du temps qui passe. Un grand amour de l’humain enveloppe le roman, doucettement. Le livre terminé, on a juste envie de prendre un café bien chaud dans ce bistrot et de sourire à Pierrounet …

Devant une jolie cliente : « J’ai ramassé son billet de dix et elle nous a laissé quand même vingt centimes de pourboire. Le Cercle n’a pas encore augmenté  les cafés contrairement à La Rotonde où ils le font à un dix. Il y avait de moins en moins de gens à entrer et sortir de la gare par le tunnel sous les voies. Avant de partir la belle femme a tiré de son sac un paquet de cigarettes, et comme elle avait un vrai sac à main de femme j’ai eu un grand plaisir à lui donner du feu, avec les allumettes je garde toujours un Bic dans la poche de mon gilet noir. Ses yeux tiraient un peu sur le vert, et ça m’a éclairé la vue. Merci. Bonne journée. Vous aussi. »

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 16:39

 

 

 

            Il est des hasards heureux. Ma fifille de trois ans souhaitait absolument un livre sur les princesses. Nous allâmes donc demander à l’aimable dame de la bibliothèque si elle avait ça dans son antre.  Oui, bien sûr, une petite dizaine de livres … mais tous étaient déjà empruntés pour assouvir la soif d’autres petites demoiselles.

            Ma princesse, cachant sa déception, se rabattit sur un livre dont la couverture m’avait moi aussi fait de l’œil. Elle a du flair, ma fille ! Cet album est complet ! Les illustrations sont merveilleuses, de rouge et d’orange parées, d’animaux ornées.

Le sujet du livre, quoique trop élaboré pour ma pucette de trois ans, m’a conquise. La fée Cléofée tricote des mots pour ses amis les animaux : « Des mots pour parler, se fâcher mais aussi pour se réconcilier et tout oublier et puis des mots pour se dévoiler, pour s’aimer avec toujours un sujet, un verbe… un compliment. » Créatrice des pièces rares et personnalisées, elle tricote une culotte en jersey d’onomatopées pour un goret, un veston d’allitérations pour un dindon ou encore un « poule-over » de mots ampoulés pour une grosse poule un peu maboule.

C’est tendre, fantaisiste, musical et coloré. De l’Orsenna abrégé et illustré.

 

Vous ne m’en voudrez pas si je vous livre la toute fin :

« Mais Cléofée avait dû arrêter de tricoter le jour où elle a joué des aiguilles avec ses doigts de fée pour un taureau et s’était trompée en lui faisant un bikini de gros mots coquelicots, au lieu d’un tricot de jolis mots indigo… quel quiproquo ! »

 

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