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19 décembre 2014 5 19 /12 /décembre /2014 11:14

 

D’après les souvenirs d’Alan Ingram Cope.

            Ce gros album, étonnant, riche et dense raconte une partie de la vie d’Alan Cope. Emmanuel Guibert l’a croisé par hasard à trente ans, Alan en avait soixante-neuf et les deux hommes sont devenus amis. C’est le talent de conteur de l’Américain qui a décidé le Français à faire de ses souvenirs un livre.

             Alan a dix-huit ans en 1942 quand il a été appelé, comme tous les jeunes Américains, à défendre son pays, les Etats-Unis, contre l’Allemagne. Il ne sait pas trop ce qui l’attend et c’est le jour de ses vingt-ans, le 19 février 45, qu’il foule, pour la première fois, le sol français. Il arrive au Havre, ville détruite, après un entraînement long et intensif aux Etats-Unis.

             C’est donc la guerre vue par Alan qui nous est contée. De guerre, au final, il n’en aura pas fait grand-chose mais ce voyage à travers la France puis l’Allemagne puis la Pologne lui permettra surtout de faire de belles rencontres. Au quotidien, la vie d’un GI peut se révéler difficile : se dépatouiller avec des morpions mal placés, conduire des chars trop lourds, manger des rations de campagne peu ragoûtantes, passer des nuits blanches, … mais Alan connaît aussi des moments très agréables : il est souvent bien accueilli par l’autochtone et scelle des amitiés qui vont durer longtemps.

           Ce qui m’a frappée, c’est l’absence d’action à partir du moment où les GI avaient mis le pied sur le sol européen. Les soldats ne font rien à part avancer avec leurs chars. Ils risquent leur vie à plusieurs reprises mais pas dans le sens où on s’y attend. Alan tombe de la lucarne d’une grange parce qu’on y avait ôté l’échelle, un autre soldat se fait écraser par le char qui lui suivait parce qu’il a fait du surplace, certaines jeeps sont tombées dans le vide à cause de ponts soudainement brisés. L’absurdité et l’inutilité des faits et gestes des GI est effarante. Alan n’en reste pas moins un homme cultivé, bon et sincère. Son récit (car on suppose que Guibert a repris presque telles quelles les paroles de l’Américain) simple et chronologique, laisse une grande place à la candeur. Alan dit quand il a été très bon, il avoue aussi ses torts à plusieurs reprises. On n’a pas l’impression que l’homme est parti faire la guerre, il n’évoque presque jamais l’ennemi ni le nazisme qu’il est censé combattre.

          Moi qui me plains souvent de la brièveté des BD, j’en ai eu pour mon compte cette fois-ci avec ce volume qui contient trois tomes et pas moins de 298 pages. Il sommeillait depuis un moment dans ma PAL parce que je craignais de m’ennuyer avec un tel sujet. Ça n’a pas été le cas, cette lecture a été un plaisir. Le noir et blanc ne m'a pas du tout dérangée. Plus qu’un récit de guerre, c’est une leçon de vie qu’on trouve parmi toutes les aventures et pérégrinations d’Alan. Voilà le résultat de deux philanthropes : Guibert qui rend merveilleusement hommage à un homme qui n’est plus et Alan qui s’est toujours souvenu de toutes ses rencontres avec une remarquable précision, car c’est l’Homme qui compte le plus ici.

 

18/20

 

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commentaires

J
Trop bien cet album ! Il te faut lire "L'enfance d'Alan" maintenant ;)
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V
je vais le faire !
M
Je n'ai pas trop accroché à cette BD. Elle est au CDI de l'établissement où je travaille, je l'avais empruntée et je n'ai même pas terminé...
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V
la lecture est longue et il ne faut la lire dans l'optique d'une BD lue en 20 minutes... Certains passages sont peut-être superflus, c'est ce qui a dû te gêner.
A
J'avais adoré cette BD mais je suis fan d'Emmanuel Guibert aussi. Le photographe, coup de coeur ! J'ai hâte qu'il en sorte d'autres de cette envergure !
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V
Le photographe en priorité alors, d'accord, je note !
K
En effet, tu as aussi L'enfance d'Alan et la série des Photographes. Que du plaisir!
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V
je vais m'y atteler dès que possible !
K
J'ai beaucoup aimé les BD d'Emmanuel Guibert que j'ai lues, que ce soit L'enfance d'Alan ou Le photographe...
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V
c'était ma première découverte de l'auteur.