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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 15:50

 

 

On va finir par croire que je suis monomaniaque, eh oui, encore une pièce de Jean-Paul Alègre ! Cette fois-ci, c’est une « vraie » pièce, complète, intégrale, ayant un début et une (très très belle) fin.

Jeff arrive au paradis avec une valise. Il va de surprise en surprise, rencontre un Dieu un peu las mais charmant et bien habillé, une fille de Dieu ( !), Angélique dont il tombe immédiatement amoureux, Saint-Pierre qui passe son temps à râler et à essuyer les mauvais jeux de mots, et enfin Marie, la douce mère de Jésus, toujours à la recherche de son fils adoré. Le problème c’est que personne ne sait d’où vient Jeff, même pas lui-même. Il a perdu la mémoire et sa valise vide ne révèle aucun indice.

Je ne vous révélerai pas la fin mais sachez qu’il est question de théâtre. L’ensemble est drôle, souvent subtil et complètement attendrissant à la fin. Ce n’est pas une mince affaire de parler de quelque chose d’impalpable et d’insaisissable, Alègre a rendu ces êtres légendaires humains : Dieu adore le Tour de France, tant et si bien que c’est en juillet que les catastrophes arrivent…, Pierre s’est découvert un amour pour le blues, Marie aimerait tant qu’on arrête de la traiter de Sainte Vierge mais qu’on la « considère comme une femme normale, avec des aspirations normales ». Et puis la disparition de Jésus laisse la porte ouverte à de nombreuses suppositions, il est sans doute sur la Terre mais est-ce « ce mineur de fond polonais, avec des larmes de charbon sur le visage ? Cet enfant qui court sur une plage de sable blond ? Cet agriculteur qui a fini de labourer son champ et dont le lourd tracteur écrase encore quelques mottes de terre luisante ? »

Rien que pour les sourires que procure cette courte pièce, pour le doux optimisme qu’elle inspire, il faut la lire. Poétique, spirituelle et musicale.

Saint-Pierre qui s’interroge sur son rôle et sa fonction : « je me demande si j’étais taillé pour naviguer à une telle hauteur. J’étais fait pour un métier manuel, moi. Apôtre, pensez donc, c’est parfois bien compliqué. Les coqs chantent au mauvais moment, on se retrouve treize à table, il faut se méfier des traîtres et des marchands du temple et je ne peux plus voir une croix sans avoir des sueurs froides. J’aurais dû viser moins haut, tiens. Faire de la musique. Mon rêve ! Chanteur de bleus ! Voilà ce qu’aurais dû faire. Chanteur de blues. »

 

7/12 pour le challenge de Bladelor

 

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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 14:17

 

 

Petit livre fraîchement sorti ! Pour ceux qui connaissent un peu l’auteur, le mode d’emploi ne change guère : le théâtre est réduit à son plus strict minimum : la parole !

Des sketchs ou saynètes ou encore petites pièces se succèdent. Le style et le registre varient : les jeux de mots, la poésie, le surréalisme, les monologues, les quiproquos, les réécritures… on ne s’ennuie pas un instant. Le point commun ? une réflexion sur le théâtre, sur l’identité, une quête des objets perdus (qui ne sont d’ailleurs pas des « objets » mais « le sang-froid », « le Nord », « une occasion de me taire », … qu’il s’agit de retrouver !), des personnifications aussi : une ville, un rocher, etc. et des personnages qui s’appellent Personnage 1, Personnage 2 ou Personnage 3.

Si la lecture de ce recueil m’a plu, il n’entre pas de plain-pied dans la définition que je me fais du théâtre. Pour moi, il faut que ça bouge, que ça éclate de couleurs, que ça vive ! Ce théâtre-là me paraît statique, parfois même trop intellectuel ou intellectualisé. Je parle par expérience, jouant moi-même dans une troupe d’amateurs depuis une bonne dizaine d’années. Je sais que ces pièces-là ne plairaient pas à notre public. Je ne donne que mon opinion.

Certains passages m’ont subjuguée, j’ai eu un vrai coup de cœur pour la réécriture de la fable « Le Loup et le Chien » qui met face à face un « auteur de terrain » et un « auteur subventionné », c’est délicieusement bien écrit et très subtil. En voici un extrait de la fin de la fable :

« Personnage 3 : Il importe si bien que de tous vos subsides

Je ne en aucune sorte

Et préfère être libre et assumer mes bides !

Personnage 1 : A ces mots, notre auteur de terrain s’enfuit… et court encore ! 

Mais … pour reprendre haleine

Il s’arrête parfois dans des lieux où l’on aime

Le théâtre, les sons, les fards, les lumières

Bref, ces endroits que protège notre art millénaire…

L’auteur libre alors suspend un peu son pas

Et respire le grand air des planches populaires ! »

 

Amateurs de bons mots, de belles tournures et d’histoires cocasses, n’hésitez plus !

 

6/12 : mission à moitié accomplie pour le challenge de Bladelor !

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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 19:17

 

 

Attirée par ce titre et le nom de l’auteur comme un moustique par ma peau en été, j’en profitai pour découvrir pour la première fois ce Tennessee Williams si connu…

En Louisiane, dans le quartier des immigrés siciliens, Sérafina, couturière, crie à ceux qui veulent bien l’entendre qu’un amour passionnel et indestructible l’unit à son mari, Rosario. Elle raconte à une voisine les circonstances magiques de la conception de leur deuxième enfant : alors qu’ils venaient de faire l’amour, une nuit, Sérafina ressent une douleur sur son sein gauche, « j’ai allumé, j’ai regardé mon sein. La rose tatouée… était là, dessinée sur ma poitrine. La rose tatouée de mon mari. […] Son tatouage, sur mon sein… A  l’instant même, j’ai compris que j’avais un enfant, en voyant la rose ».

            Une tragédie brise ce rêve éveillé : Rosario meurt. Poursuivi par des douaniers pour contrebande (chauffeur de camion, il cachait de la « marchandise » sous les bananes…), son camion s’écrase un arbre et prend feu. C’est le choc pour Sérafina qui perd l’enfant qu’elle portait.

On la retrouve trois ans plus tard, toujours malheureuse, esseulée, reportant ses souffrances sur sa fille, Rosa. Rosa, elle, jeune adolescente, a trouvé le grand amour en la personne de Jacques, un marin. Mais la mère de Rosa est contre cette union. Violente et en haine contre les autres, Sérafina s’isole de plus en plus et passe pour une folle. La rumeur qui se répand peu à peu concernant la liaison de Rosario avec Estelle, ne fait qu’augmenter la fureur de Sérafina qui ne veut pourtant y croire.

Comme un ange tombé du ciel, Alvaro fait son apparition. Il est seul lui aussi, malheureux lui aussi et pour la première fois, Sérafina fait preuve de compassion envers un homme. Et il ressemble à son mari, et il la séduit. Contre toute attente et alors qu’elle s’enfermait dans l’amour morbide de son mari, Sérafina va s’ouvrir comme une fleur à ce nouvel amour qui se présente, ce qui va lui permettre d’être plus indulgente et compréhensive envers sa fille.

Malgré quelques longueurs au début, j’ai trouvé très beau cet hymne à l’amour, ce message d’espoir, cette renaissance pleine de romantisme, cette seconde vie offerte à Sérafina. L’auteur l’a dit lui-même, cette pièce « est mon chant d’amour pour le monde ».

Les didascalies, directives, sont longues et souvent aussi belles que les dialogues. Le décor est complexe et changeant. Le personnage de Sérafina est un rôle magnifique, tout en nuances, en brisures, en entrelacs (oui, la mini-comédienne que je suis s’est encore trouvé un rêve de rôle !)

 

La relation entre Alvaro et Sérafina s’exprime dans la didascalie : « Le dialogue entre eux est plein d’hésitation étranges, de phrases inachevées, de gestes ébauchés. Tous les deux ont les nerfs brisés après leurs épreuves respectives. L’espère de communion entre eux crée une intimité curieuse et une sorte de douceur, elle ressemble à la rencontre de deux enfants abandonnés qui se retrouvent pour la première fois. C’est étrange pour eux. Etrange et doux comme le premier vent frais qui s’élève après un jour étouffant. »

 

 

 

Challenge théâtral de Bladelor :     5/12 !

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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 23:56

Attention : coup de cœur !

 

Sylvie Janin est une romancière qui n’écrit plus rien depuis que son compagnon, Pascal, l’a quittée. Devant son verre de barbituriques, prête à passer à l’acte, elle se ravise et décide de passer une annonce recherchant un jardinier à plein temps. S’en fichant complètement des plantes, des fleurs et autres pelouses, elle espère surtout tomber sur un beau mâle qui ferait germer en elle une étincelante  inspiration.

Bruno est le jardiner qu’elle embauche. Il est malheureux lui aussi, il est trompé par sa femme régulièrement, il a tenté de se suicider lui aussi. Lorsque Sylvie l’emmène dans une villa au bord de la mer entourée de sable, Bruno s’étonne de la nécessité d’avoir un jardinier. Puis il découvre la vérité en lisant quelques pages de son manuscrit. Suit alors un huis clos oscillant entre drame et comédie, entre farce, suspense et réflexion philosophique. Car le rapport dominateur/dominé s’inverse, maintenant que Bruno sait pourquoi il est là, il veut être le héros du roman, alors que Sylvie tente de le chasser.

On ouvre le bouquin, on ne le lâche plus d’une page ! C’est délicieux, jubilatoire, jouissif… que dire encore, chaque réplique tombe comme un couperet, c’est drôle mais aussi extrêmement intelligent ! Ca parle d’amour, de création littéraire, de temps qui passe, de séduction, de famille, de vocation… j’ai pris mon pied à chaque page et à la fin, je n’ai plus eu qu’une idée en tête : jouer le rôle de Sylvie ! C’est un rôle magnifique. On peut rêver !

« Bruno. Faut les laisser être cons, dans leur coin, sinon, ça déteint. La connerie. Et j’ai remarqué que ça déteint par les nerfs. Regardez, quand vous vous énervez. Jamais on croirait que vous êtes une femme intelligente. »

« Faut toujours laisser parler ses personnages. Ils ont leur propre vérité, non ? Moi, en tous cas, j’ai la mienne ! Vous voulez écrire un libre bidon ? Vous voulez que votre personnage ressemble plus à rien ? Et que les critiques disent : « Elle l’a perdu en route ? »

« Vous avez peur de la vie, vous attendez que les mots vous tombent tout cuits du stylo, vous avez jamais rien fait par quelqu’un par amour à part des ratures, vous prenez votre pied en aimant un mec qui vous aime plus, parce qu’au moins y a pas d’efforts à faire, vous avez jamais eu de chien, de chat ou de géranium : ça fait des saletés, ça prend du temps, vous voulez être responsable de rien, je suis peut-être le sujet de votre vie et vous allez me laisser partir sans bouger votre cul parce que ça vous arrange ! Vous êtes ravie d’arrêter mon bouquin et d’en commencer un autre avec le facteur, le pompiste ou le plombier, n’importe qui pourvu qu’il soit neuf ! Vous avez peur d’aller au bout des choses, d’aller au fond des gens, de découvrir qui je suis vraiment ! Je tiens pas en dix pages, madame Janin ! »

 

4/12 pour le challenge théâtral de Bladelor


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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 15:56

 

 

JF cherche désespérément smiley qui s’étrangle pour mener à bien la rédaction de ce billet !

« Pinaise de panaze » s’exclamerait mon fils (s’il avait lu cette pièce !)

Victor a neuf ans et c’est un petit bonhomme précoce et clairvoyant, à tel point qu’il se permet de gouverner les gens qui l’entourent. Il révèle à tout le monde la liaison entre son père et la mère d’une de ses petites copines, il fait du cheval sur le dos d’un général, il se niche amoureusement sur les genoux d’une très belle femme pétomane… Ce n’est là qu’un petit aperçu du cafouillis qui règne dans ces trois actes. « tout le monde est fou » : l’avertissement est lancé.

Ca fait longtemps que je n’avais pas lu un livre pondu par un surréaliste, on s’en déshabitue vite et j’ai été bien déstabilisée par cette lecture mais c’est le but recherché par Vitrac me direz-vous! L’auteur critique la bourgeoisie, ça n’est pas vraiment nouveau mais il pointe aussi du doigt la place de l’enfant dans la famille, cet enfant unique qui accapare toute l’attention et en même temps doit répondre à une attente, doit se conformer à un discours, des attitudes, une naïveté propres aux enfants. Et Victor est tout l’inverse d’un enfant ordinaire. Il met à nu les défauts, les travers des adultes, il sème la zizanie, il effraie la petite Esther de cinq ans. L’ensemble est un monde qui n’a plus de sens, où les rôles sont inversés, où les adultes sont déchus de leur statut d’être supérieur et intelligent.

Avec quelques jours de recul, j’ai apprécié cette lecture. Il faut s’y préparer, savoir à quoi s’attendre. L’enfant qu’on considère toujours comme un être heureux, fragile et ingénu est ici le révolté, celui qui refuse la docilité mais qui revendique déjà une sexualité, une ruse perverse, qui dit « je suis terriblement intelligent ». Le vaudeville classique que je connais bien est malmené, caricaturé, étiré, malaxé. Humour grinçant.

 Pour info, la pièce a été mise en scène par le grand Antonin Artaud et par le non moins grand Jean Anouilh!

 

La première scène est assez drôle, rassurez-vous, je n’ai pas ri pendant toute la pièce… :

Dans la salle à manger

Lili, dressant la table; Victor, la suivant.

Victor. - ...Et le fruit de votre entaille est béni.

Lili. - D’abord, c’est le fruit de vos entrailles, qu’il faut dire.

Victor. - Peut-être, mais c’est moins imagé.

Lili. - Assez, Victor! J’ai assez de ces conversations. Tu me fais dire des bêtises.

Victor. - Parce que tu es une vieille bête.

Lili. - Ta mère...

Victor. - ...est bien bonne.

Lili. - Si ta mère t’entendait...

Victor. - Je dis qu’elle est bien bonne. Ah! Ah! Elle est bien bonne! Bien, bien, bien bonne.

Lili. - Ai-je dit une plaisanterie?

Victor. - Eh bien, ne puis-je pas aimer ma mère?

Lili – Victor!

Victor. - Lili!

Lili – Victor, tu as neuf ans aujourd’hui. Tu n’es presque plus un enfant.

Victor. - Alors l’année prochaine, je serai un homme? Hein, mon petit bonhomme?

Lili. - Tu dois être raisonnable.

Victor. - ...Et je pourrai raisonnablement te traiter de grue.

Elle le gifle.

Victor, continuant. - … A moins que tu ne consentes...

Elle le gifle de nouveau.

Victor, même jeu. - … à faire pour moi ce que tu fais pour d’autres.

Lili. - Morveux!

Victor. - Ose dire que tu n’as pas couché avec mon père!

Lili. - Va-t-en, ou je t’étrangle!

Victor. - Hein? Ma petite bonne femme? Hein? Le petit bonhomme?

Lili. - Cet âge est sans pitié!

 

 

chez Bladelor

3/13 !

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 15:52

 

Je ne connaissais cette pièce que parce qu’elle est souvent étudiée, soit en 3ème, soit au lycée. Il fallait bien que je sache de quoi il en retourne.

L’atelier, c’est un atelier de confection, après la Deuxième Guerre Mondiale. Cette courte phrase suffirait à résumer la pièce. Il est surtout question de bonnes femmes et d’histoires de bonnes femmes. Les ouvrières se racontent leur vie, se disputent, se marrent, pleurent, se fâchent, se taisent.

Il y a Hélène, la patronne, une Juive réfugiée en zone libre pendant la guerre et dont le mari s’est caché en zone occupée. Ils tentent tant bien que mal de tenir leur petite entreprise, balayant quand il le faut, les sales souvenirs de guerre.

Il y a Gisèle, une mère de famille préoccupée par des soucis d’intendance, qui tient des propos irrévérencieux sur les Juifs.

Il y a Mimi qui ne pense qu’à sortir,  faire la fête et profiter des nouveautés apportées par les Américains.

Il y a Madame Laurence, la discrète, qui avoue qu’elle préfère les Allemands aux Américains.

Il y a, enfin, le personnage le plus poignant, Simone, celle qui souffre parce que son mari n’est pas revenu des camps. A partir de 1945, on suit son cheminement, son parcours difficile : elle a d’abord encore un peu d’espoir, puis souhaite connaître les conditions dans lesquelles son mari est mort, puis elle cherche à obtenir les papiers qui lui permettent d’avoir une pension…

J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’œuvre, j’ai trouvé ça insignifiant voire soporifique par endroits mais lorsqu’on arrive au bout des dix tableaux, on se rend compte que l’auteur a su dépeindre avec justesse et tendresse une société en train de renaître, les différents visages de cette reconstruction de l’après-guerre. L’originalité,  c’est le lieu, cet atelier de confection est délicieux, on imagine les « outils » de travail : la table de presse, les aiguilles, les amas de tissu, les ciseaux. L’unique décor est le théâtre des années qui passent, de 1945, on arrive petit à petit à 1952, les conditions de travail sont évoquées (travailler le samedi matin, avoir des chaises plutôt que des tabourets,  avoir un meilleur éclairage, être payé à l’heure et non à l’ouvrage), la relève est assurée, la jeune Marie est enceinte, le fils de Simone fait une apparition dans la dernière scène.

Une œuvre réaliste où le langage familier parfois cru projette le lecteur dans une époque bien particulière, une pièce tellement réaliste qu’elle sent le vécu. Effectivement, pour le personnage de Simone, Grumberg s’est largement inspiré de sa mère.

            « C’est vrai que les Américains tant qu’ils étaient pas là on priait pour qu’ils arrivent, maintenant qu’ils sont là, on prierait pour qu’ils repartent ». (Madame Laurence)

L’humour n’est pas absent même s’il est souvent noir :

La colère de M. Léon devant un veston mal réalisé :« Si on travaille pour les vivants, il faut prévoir qu’un vivant sera inévitablement amené à faire certains gestes comme bouger un bras, s’asseoir,  respirer, se lever, boutonner, déboutonner ; je parle même pas dut temps de guerre où fréquemment le vivant pour rester vivant est obligé de lever les deux bras en l’air et en même temps, non, je parle des mouvements ordinaires, de la vie ordinaire dans la confection ordinaire. »

Terminons sur la jolie et très juste citation de l’un des metteurs en scène de la pièce, Gildas Bourdet : « L’Atelier est une comédie parce que la tragédie s’est déroulée avant que la pièce ne commence ».

         2/12!

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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 17:03

 

 

 

J’avais déjà fait la connaissance avec l’écriture de Ribes dans Musée haut, musée bas au printemps dernier. J’ai retrouvé son humour dans ces trois pièces qui portent bien leur nom. Ne nous emballons pas, ce sont des mini-pièces qu’on peut appeler saynètes. J’aurais d’ailleurs voulu en lire plus, je n’ai pas l’habitude du court…

« Egalité-fraternité » nous présente un dialogue entre deux frères, Jacques et André (l’aîné). Jacques se pavane devant son frère en annonçant qu’il est devenu plus intelligent que lui. S’en suit un discours argumentatif très drôle qui prouve que Jacques, malgré ses deux ans de retard, a lu la même chose que son frère, sait parler comme lui, etc. En passant, on apprend qu’André a piqué la femme de Jacques et que le cadet est surnommé « concon » depuis sa plus jeune enfance…

Dans « Le Goéland », c’est un coiffeur et son client qui discutent. Mais pas de brouilles, hein … non, de destinée humaine ! Le client a fait une découverte formidable et il tente d’enrôler son coiffeur : c’est « cette foutue loi de l’attraction universelle qui vous force à rester collé sur le carrelage. Pourtant quand on regarde vos bras, on voit bien qu’il aurait suffi d’un ou deux battements pour que vous filiez au-dessus des nuages… ». Le client lui demande pourquoi il est coiffeur, s’il a « le moindre souvenir d’un désir prénatal pour le shampoing » (j’adore !). Le coiffeur se laisse embrigader et il finit par accepter trois heures de discussion hautement philosophique, six jours par semaine pour « lutter contre cette force qui nous opprime, la traquer, l’obliger à se montrer, la calculer et puis la détruire ».

« Musée » fonctionne exactement de la même manière que Musée haut, musée bas, je me suis même demandé si le premier n’était pas un extrait du second, mais non, je ne crois pas. Nous lisons des paroles volées à des visiteurs de musée. La plupart sont courtes, incisives et hilarantes. Deux très courts extraits assez représentatifs des autres répliques qu’on pourrait presque prendre pour des aphorismes !

Ø  « - moi je suis pour que les enfants regardent les sexes au musée plutôt qu’à la télévision.

-         Plutôt les sexes classiques. »

 

Ø  « On sent beaucoup plus l’influence de l’Inde ici qu’au sous-sol. »

Je suis fan, indéniablement ! Seule petite remarque : ce recueil des trois petites pièces est destiné à des troisième, et je les trouve un peu jeunes et pauvres culturellement pour comprendre les allusions détournées, l’ironie, l’humour et les références de l’auteur…

 

Cette lecture entre dans le cadre du théâtral challenge de Bladelor :

 

       J'espère que je n'ai pas été trop ambitieuse, 12 pièces à lire tout de même... mais je suis motivée! ;-)

 

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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 16:26

 

 

Cela fait un sacré bout de temps que je n’ai plus publié un billet aromatisé au théâtre !

Voilà une courte pièce plutôt destinée à de jeunes acteurs (puisque les personnages sont des ados) qui est drôle, légère et assez représentative de l’esprit jeune m’en fous-c’est pas grave- c’est booon, quoi ! (oui j’en connais un rayon dans le domaine répliques incontournables de ces oisillons).

Un chef de chœur nous propose une répétition publique de sa chorale. Il est lui-même un peu intimidé, manque sans doute d’expérience, avoue ne pas savoir parler en public… mais tout dérape avec l’entrée en scène des choristes. Ils ne savent pas où se placer (premier rang ? deuxième rang ?), ils discutent entre eux, certains saluent le public (« Ben, je dis bonjour aux copains. Et y’a mes parents, je les embrasse » répond Alain), Gavroche s’est endormi dans les coulisses, Inès ne peut définitivement pas se placer à côté de Benoît qu’elle a quitté quelques jours plus tôt, … enfin bref, tout le monde s’en fiche royalement sauf le chef. Quiproquos, malentendus, dialogues de sourds, décalages, tout y est pour nous régaler et pour nous offrir sur une plateau doré une petite photographie de la jeunesse d’aujourd’hui.

Et c’est cette pièce que j’ai choisie pour mettre en scène les talents de mes chers collégiens. Espérons qu’on puisse aller au bout, qu’ils sauront leur texte, que je saurai faire preuve de patience (en fait, ça me démange de jouer, la casquette de metteur en scène ne me sied pas tellement !) et qu’on fasse un beau spectacle au printemps prochain !

La pièce est extraite du premier volet de La scène aux ados. Pour avoir lu quelques pièces de ce tome et des suivants, je dirais qu’il y a du bon et du moins bon… Mais Jean-Paul Alegre se démarque par  son talent !

 

Extrait :

Le chef (à Denis) : Et toi, Denis, je te l’ai dit cent fois, pas de bouteille d’eau  quand tu rentres en scène. (Il embrasse machinalement Jasmine et dit) Non, tu ne m’embrasses pas, Jasmine.

Jasmine : Sympa, le mec.

Le chef (à Jasmine) : Ce n’est pas ce que je veux dire…

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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 09:56

 

 

 

 

 

            Ca m’apprendra à multiplier les lectures pour adolescentes aux hormones en ébullition… J’en avais un peu marre, c’est vrai et je me suis dit que lire un bon vieux classique, ce serait enrichissant.

            Je me suis cramponnée à deux mains au décollage, pendant le vol et l’atterrissage fut carrément douloureux ! Quelle pièce difficile d’accès ! Baroque, oui, s’il ne fallait retenir qu’un adjectif ce serait celui-là. J’ai adoré certains passages mais mon boulot et ma famille m’ont tant accaparée que j’ai lu le livre par morcellements et je n’ai pu aller au-delà des ¾. Par choix aussi. Je crois que c’est une œuvre qu’on ne peut survoler, qui réclame attention et égards. Rencontre ratée que certains me reprocheront mais voilà, ce n’est que partie remise.

            Je suis bien incapable de résumé les fils de l’intrigue qui se sont insidieusement enchevêtrés dans ma tête, mais un personnage m’a touchée, Sigismond, ce fils de roi emprisonné depuis sa naissance car les astres avaient prédit au roi superstitieux (Basilio) que le prince serait « le plus intraitable des hommes, le plus cruel des princes, le plus impie des rois ».

 

Je ne suis pas folle et j’ai quand même saisi au vol quelques beaux effluves du texte :

-         « nous sommes dans un monde si étrange que vivre n'est que rêver, et que l'expérience m'enseigne que l'homme qui vit rêve ce qu'il est, jusqu'au moment où il s'éveille. Le roi rêve qu'il est roi, et vivant dans son illusion, il commande, il dispose, il gouverne. »

-         « Qu'est-ce que la vie? - Une fureur. Qu'est-ce que la vie ? - Une illusion, une ombre, une fiction, et le plus grand bien est peu de chose, car toute la vie est un songe, et les songes mêmes ne sont que songes. »

-         « Le plus grand crime de l’homme, c’est d’être né. »

-         « L’oiseau naît, et à peine est-il une fleur qui a des plumes et un bouquet qui a des ailes, que, revêtu de sa parure charmante, il s’élance de son nid bientôt oublié, et fend d’un vol léger les plaines de l’air. Et moi qui ai plus d’âme, j’ai moins de liberté !… La bête sauvage naît, et dès que sa peau est marquée de ces lâches égales qui y semblent tracées par le plus habile pinceau, elle traverse les forêts en bondissant, et pressée par la nécessité, déchire sans pitié tout ce qu’elle rencontre sur son passage. Et moi, avec de meilleurs instincts, j’ai moins de liberté !… »

 

 

 

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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 14:17

   

 

Quelle jolie découverte que cette pièce en deux actes !

            Célestin se laisse entretenir par sa maman. Il a du mal à quitter le giron maternel même si elle l’agace souvent. Ses passions : la mer, les poissons, la pêche le font rêver et sa famille, sa sœur, Diana, son beau-frère, Alberto, sa mère envahissante, le tancent souvent à cause de cela.

            Par la force des choses, secoué par le train-train, les obligations, les responsabilités, Célestin se trouvera contraint d’accepter un travail dans un bureau, de se marier, d’avoir un enfant. Il paraît dépassé par ce qui lui arrive qui l’éloigne un peu de son rêve : devenir pêcheur.

            Une double réflexion : celle de la liberté individuelle, être ou non un mouton de Panurge, aller à contre courant ou suivre le mouvement, laisser éclater ses envies… mais je crois que l’auteur titille aussi la lâcheté masculine. Si Célestin étouffe de ne pouvoir vivre la vie qu’il voudrait, il est aussi un grand gamin qui se laisse faire, se montre veule et indolent. En arrière-fond, notre monde fait d’hypocrisie est peint avec la cruauté qu’il faut. Tout le monde ment, joue à être quelqu’un d’autre ; c’est la grande comédie des apparences.

            Que dire de plus à part que j’ai adoré ! C’est bien écrit, c’est poétique, rythmé et on ne peut s’empêcher de rapprocher ce conte à l’univers d’un Kafka ou d’un Ionesco. A lire !

 

            Réflexion sur le bonheur : « je pensais que le bonheur devait ressembler à un furoncle qui vous pousse : on ne peut pas ne pas s’en apercevoir. Tandis que là … Je sais que je suis heureux parce que tout le monde me le dit, mais je ne le sens pas vraiment. Je pensais que, dans ces cas-là, on devait avoir envie de crier, de chanter… Mais non. Rien. »

 

 

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