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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 18:12

 

 

            Déjà découverte par extraits, je me suis enfin pris le temps de lire cette très ingénieuse pièce de théâtre (pourtant courte).

            Serge a acheté un tableau. Un tableau blanc, tout blanc. Non, on voit quand même des lisérés blancs. Le comble, c’est qu’il l’a payé deux cent mille francs. Et ça, son copain Marc a du mal à l’accepter. L’autre copain, Yvan, est plus conciliant : « Si ça lui fait plaisir… il gagne bien sa vie. »

          Ce tableau monochrome est le point de départ d’une énorme dispute entre ces trois potes et l’occasion de remuer de vieilles rancunes et d’évoquer de nouveaux problèmes. Il y a Yvan, un peu veule, qui se voit reprocher de n’avoir aucune personnalité et qui doit lutter pour ne pas faire apparaître le nom de sa belle-mère sur la carte d’invitation de son mariage, il y a Serge, le dermatologue, qui n’a jamais le temps, qui est donc « obligé d’aller à l’essentiel » et ne jure que par Sénèque. Il y a Marc qui ne peut s’empêcher de qualifier le dernier achat de Serge de « merde ».

         Par le rire, Yasmina Reza parvient, dans cette comédie de mœurs, à nous faire réfléchir sur l’art et sur la modernité en particulier. Moderne est aussi un adjectif qui pourrait qualifier cette pièce au décor forcément minimaliste, qui ne s’appuie que sur les répliques des personnages… qui bougent peu. On est loin du temps de Molière où les comédiens bondissaient, couraient, se cachaient, multipliaient grimaces et pitreries. Et pourtant la mayonnaise prend, on sourit, on se retrouve dans certaines répliques, ça fleure bon le quotidien et la fin est une remarquable preuve d’amitié entre les trois hommes. Je n’ai eu aucun mal à imaginer les trois acteurs Fabrice Lucchini, Pierre Arditi et Pierre Vaneck interpréter les rôles des copains. Dommage qu’il n’y ait pas de place pour la femme là-dedans !

Et c’est toujours chez Eimelle qu’on lit du théâtre :

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27 mars 2015 5 27 /03 /mars /2015 02:11

 

 

            Pièce de théâtre des années 80 regroupant cinq personnages hauts en couleur interprétés, en 1984, par quelques célébrités (Ginette Garcin, Maria Pacôme, Patrick Bruel, …)

             Emilie est une femme d’un certain âge qui gagne sa vie en tirant les cartes. Elle vit avec celui qu’elle considère comme son fils, Henri, la vingtaine. Elle l’a recueilli dès sa naissance, sa mère prostituée étant morte peu après l’accouchement. La copine d’Emilie, c’est Jaja. Jaja est une clocharde heureuse qui trouve régulièrement refuge dans la très modeste maison d’Emilie.

             Michel, un journaliste, veut faire un reportage dont le sujet porte sur les squatters, il souhaiterait interroger et filmer Emilie. C’est sans compter le bagou et l’enfance complètement romancée qu’elle offre à notre reporter. L’arrivée de la jolie Lucille, la photographe, va semer le trouble chez le frétillant Henri qui, même s’il ne voulait plus continuer ses études, se lasse de faire le clown dans la rue pour gagner quelques sous.

           Des propositions d’ordre professionnel, des débuts d’histoire d’amour, des promesses de vivre mieux vont perturber notre trio initial et amènent Emilie à réfléchir sur sa vie, ce qu’elle espère pour Henri. J’ai beaucoup aimé les petits moments de tendresse, les brèves réflexions sur l’essence de la vie. Les personnages sont joyeux et volubiles pour une comédie légère et profonde à la fois. La critique qui se trouve à la fin de la pièce disant qu’ « on meurt de rire » n’est franchement pas honnête mais ça doit être très sympathique à regarder (et à jouer !)

 

HENRI. Et toi qu’est-ce qu’il te prend maintenant de grimper aux arbres chaque fois que j’ouvre la bouche ?

JAJA. C’est vrai, Emilie. Il ne peut plus rien dire le pauv’ chien sans que tu l’engueules.

EMILIE. Parce que depuis quelque temps, il prend un ton sentencieux qui m’agace.

HENRI. Ve qui t’agace surtout et qui te rend grognon, c’est ta propre inquiétude.

EMILIE. Ma quoi ?

HENRI. Mais oui Emilie… tu es inquiète, je le sais bien. Je t’observais tout à l’heure pendant que tu préparais ton baluchon…. Le cœur n’y était pas vraiment, t’as plus la joie, tu sais plus sur quel pied danser… et du coup… nous… on perd le rythme.

 

 

C'est Eimelle qui nous gâte avec son challenge théâtral : 

 

          C'est Sophie et ses bavardages qui met à l'honneur la journée mondiale du théâtre ! Pour l'occasion (mas c'est pas fait exprès!), je suis sur scène, ce soir, avec ma troupe adorée!

blogsenscène2

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15 février 2015 7 15 /02 /février /2015 11:51

 

              Je poursuis mon chemin dans l’univers du théâtre avec cette magnifique réécriture du mythe œdipien.

               C’est une « Voix » qui introduit l’acte I, elle résume l’histoire d’Œdipe, de sa naissance jusqu’à son errance. Dans ce premier acte, il n’est point question d’Œdipe mais surtout de Laïus. Nous sommes sur les remparts de Thèbes, le fantôme de Laïus apparaît régulièrement à deux soldats. La reine Jocaste veut en savoir plus, veut elle aussi voir son défunt mari mais Tirésias, le devin aveugle l’en empêche et, de toute manière, elle est incapable d’apercevoir ou d’entendre le fantôme qui veut la prévenir du danger qui la guette.

              Le deuxième acte est consacré à la rencontre entre Œdipe qui vient de fuir ceux qu’il croit être ses parents et le Sphinx accompagné d’Anubis, le dieu à tête de chacal, le plus lucide des trois. Ce Sphinx a l’apparence d’une jolie jeune femme et un jeu de séduction s’amorce entre les deux êtres à tel point que le Sphinx donne la réponse à l’énigme posée, souhaitant sauver Œdipe. Et c’est un Œdipe fat et arrogant qui se considère comme un héros, persuadé d’échapper à ce destin tragique, qui s’en va, fier, portant le Sphinx sur son épaule comme Hercule le faisait avec son lion.

             L’acte III nous emmène dans le lit nuptial d’Œdipe et de Jocaste. Chacun lutte pour ne pas s’endormir, chacun est hanté par son cauchemar bien à soi, chacun se complaît dans une relation tellement maternelle… les remarques de Tirésias n’atteignent ni l’un, ni l’autre.

             C’est dix-ans plus tard, dans l’acte IV, que nous retrouvons nos héros tragiques : Jocaste est la première à tout comprendre, les circonstances du meurtre de Laïus créent le lien avec Œdipe, et c’est Tirésias l’aveugle qui ouvre les yeux d’Œdipe : « Vous avez assassiné l’époux de Jocaste, Œdipe, le roi Laïus. Je le savais de longue date, et vous mentez : ni à vous, ni à elle, ni à Créon, ni à personne je ne l’ai dit. Voilà comment vous reconnaissez mon silence. »  Les révélations s’enchaînent rapidement, le titre de la pièce prend tout son sens, Antigone affirme avec entêtement son envie de suivre son père désormais aveugle et le fantôme de Jocaste plane sur le départ lent et titubant d’Œdipe.

                Ce mythe modernisé garde son essence tragique tout en y intégrant une dimension fantastique avec les fantômes de Laïus et de Jocaste mais aussi une dimension comique basée sur la répétition : cette écharpe qui agace tant Jocaste finira par la tuer au sens propre, les allusions incessantes de Jocaste sur l’amour d’une mère et d’un fils, les moqueries dont Tirésias est victime (Jocaste le surnomme « Zizi » !). J’avais lu cette pièce il y a très longtemps, je l’ai retrouvée avec bonheur, la lecture est fluide et à mettre entre toutes les mains…

 

« ŒDIPE : J’ai tué celui qu’il ne fallait pas. J’ai épousé celle qu’il ne fallait pas. J’ai perpétré ce qu’il ne fallait pas. La lumière est faite... »

 

« JOCASTE : Les petits garçons disent tous : Je veux devenir un homme pour me marier avec maman." Ce n'est pas si bête, Tirésias. Est-il plus doux ménage, ménage plus doux et plus cruel, ménage plus fier de soi, que ce couple d'un fils et d'une mère jeune ? »

 

Et je participe au challenge d’Eimelle !

 

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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 21:04

 

 

           Ecrite en 1933, cette pièce ne vaut pas La Guerre de Troie n’aura pas lieu écrite deux ans plus tard, disons-le clairement.

            En rase campagne, les rumeurs vont bon train : le maire, le droguiste, l’inspecteur, le contrôleur sont en pleine discussion pour savoir si la remplaçante de l’institutrice, Isabelle, fait correctement son travail. En effet, elle ose emmener les fillettes dans la nature pour leur apprendre le nom des plantes ! Mais les hommes soupçonneux ont d’autres griefs contre la jeune femme : c’est le monde à l’envers dans le village, les enfants battus quittent leur foyer, les épouses quittent leur mari ivrogne, ce n’est plus le plus riche qui gagne à la loterie mensuelle, bref, rien ne va plus et Isabelle est sans doute responsable. Responsable aussi de l’arrivée fréquente et nocturne d’un spectre. En effet, un beau jeune homme vient s’entretenir avec la jeune femme tous les soirs, il semblerait même qu’Isabelle soit tombée amoureuse de lui.

          De prime abord fort surprenante par sa dimension absurde, cette pièce en trois actes se laisse cependant doucettement apprivoiser. Certains passages sont délicieusement lyriques (cette vision de la mort complètement onirique ferait presque envie !), d’autres très drôles, d’une subtilité et d’une dérision rares de nos jours. Les thèmes de l'amour, de la mort mais aussi du conformisme sont traités avec originalité. Première lecture théâtrale de 2015 : réussie !

 

ISABELLE. Cher monsieur le Contrôleur, je me suis  obstinée toute ma jeunesse, pour obéir à mes maîtres, à  refuser toutes autres invites que celles de ce monde. Tout  ce qu'on nous a appris, à mes camarades et à moi, c'est  une civilisation d'égoïstes, une politesse de termites. Petites  filles, jeunes filles, nous devions baisser les yeux devant les oiseaux trop colorés, les nuages trop modelés, les hommes  trop hommes, et devant tout ce qui est dans la nature  un appel ou un signe. Nous sommes sorties du couvent  en ne connaissant à fond qu'une part bien étroite de l'univers,  la doublure intérieure de nos paupières. C'est très beau,  évidemment, avec les cercles d'or, les étoiles, les losanges  pourpres ou bleus, mais c'est restreint, même en forçant sa  meilleure amie à appuyer de son doigt sur vos yeux.

LE CONTRÔLEUR. Mais vous avez été reçue la première  au brevet, mademoiselle Isabelle. On vous a appris le  savoir humain?

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 LE SPECTRE. – Vous m'attendiez?

ISABELLE. Ne vous excusez pas. Moi aussi, si j'étais  spectre, je m'attarderais dans ce crépuscule et ces vallons  où je n'ai pu jusqu'ici mener qu'un corps opaque. Buissons,  ruisseaux, tout me retiendrait de ce qui ne m'arrêterait plus.  Je ne serais pas encore là si je pouvais, comme vous, envelopper  de mon ombre tout ce que je ne peux que toucher ou que  voir, et me donner pour squelette, selon mon humeur, à travers  moi, un oiseau immobile sur sa branche, ou un enfant, ou de  biais un églantier avec ses fleurs. Contenir, c'est la seule façon  au monde d'approcher. Mais ce que je vous reproche, c'est de  revenir ce soir encore seul, toujours seul. Aucun des vôtres n'a  pu encore être atteint par vous, se joindre à vous?

 

 

Et je participe au challenge d’Eimelle !

 

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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 21:01

J’apprécie beaucoup Didier van Cauwelaert. Même si je n’ai pas aimé tout ce que j’ai lu de lui, j’ai eu une expérience théâtrale formidable avec Noces de sable que j’ai adoré. Et il suffit parfois d’un énorme coup de cœur pour faire passer tout le reste. Rapport intime n’arrive pas à la cheville de Noces de sable mais n’en est pas très loin.

« Rapport intime » est une émission de télé-réalité qui consiste à essayer de rabibocher un homme et une femme séparés. Pour cela, le décor du plateau reconstitue celui de la maison ou de l’appartement où ont vécu les anciens amoureux (histoire de leur rappeler de bons souvenirs). Mais des caméras vont également directement voir l’amant parti, chez lui, à la maison, pour lui faire entendre raison et tenter de le faire revenir.

Paul est l’invité du jour. C’est un prof de grec qui n’a jamais enseigné sa matière (parce que plus personne n’en veut !), il est bougon et rentre mal dans le jeu dirigé par la pimpante présentatrice, Clara. Lui, ce qu’il veut, c’est parler à Aude, sa femme. Il va même jusqu’à … menacer toute l’équipe en prétendant que son cartable contient un kilo d’explosifs relié à un détonateur, de quoi tout faire sauter 100m à la ronde. Bien sûr, Clara panique. Pourtant, Bex, le directeur adjoint de l’antenne, lui fait comprendre que, malgré les risques, l’audimat est en train de battre tous les records. En pleine crise, les vrais visages apparaissent. Clara admet qu’elle a fait des sacrifices et des concessions pour rester à l’antenne, les téléspectateurs adorent voir quelqu’un risquer sa vie en direct et les objectifs de Paul ne sont peut-être pas ceux qu’il laissait entendre au début de l’émission…

Satire de la télé, réflexions sur le sens qu’on donne à sa vie, sur l’amour et la sincérité. Dans un unique décor, l’auteur réussit le pari de faire des flashbacks et des bonds dans le temps. La comédie n’est pas juste une comédie, le suspens ne nous lâche pas la main et les personnages sont attachants. J’ai bien sûr songé à ma petite troupe d’amour dont je fais partie depuis maintenant quinze ans pour jouer cette pièce. Il n’y a malheureusement pas assez de personnages mais le pari est tentant.

 

CLARA Y a quoi, dans ton cartable ?

PAUL Une surprise

CLARA Ah ! Fais voir

PAUL Je préfère attendre qu’on soit à l’antenne.

CLARA Ça se mange, c’est un truc de ton bled ? (Inquiète soudain.) C’est pas du munster ?

PAUL Non. C’est pas du munster.

CLARA Sympa. Le mois dernier, j’ai un Alsacien qui est venu avec un munster – sous les projos, pendant une heure, j’te raconte pas. On fait quoi, dans ton bled, au point de vue bouffe ?

PAUL Je ne sais pas

CLARA (sans écouter) J’te préviens : je mange rien à l’antenne.

PAUL Je n’y suis pas retourné depuis que je suis né.

CLARA (désignant le cartable) On montre, on applaudit, et on remet dans le cartable.

Paul a un petit rire, bouche fermée, en regardant Clara avec un air légèrement inquiétant, vaguement névropathe.

PAUL C’est ça, oui.

CLARA (révisant une dernière fois sa fiche) Bon, ta femme. J’ai rien sur la fiche. Elle fait quoi, elle est comment, c’est fini depuis quand ? Je te lance et tu racontes. Surtout, pense que tu te bats, que tu es en guerre contre deux millions et demi de zappeurs qui vont se barrer sur La Vie ou la Mort si tu les fais pas chialer dans les trois minutes avec ton histoire, alors vas-y à fond : t’as mal, t’as tout perdu, la maison, els voisins, le chien, j’sais pas, la joie de vivre, y a plus que l’absence et la solitude – t’aurais pas été sélectionné pour Rapport intime, tu te flinguais. OK ? C’est parti !

 

Et je participe toujours (mais très doucettement) au Challenge Théâtre d’Eimelle 

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 17:45

Voilà un vaudeville toute en féminité et en humour !

            Françoise attend chez elle, dans son tout petit appartement parisien, un éventuel futur amant. En tant que journaliste, elle a mis le grappin sur le seul homme correct du journal, un photographe, Didier, qui a déjà « passé en revue » la plupart de ses collègues…. Françoise s’en fiche un peu, en célibataire endurcie, elle le gifle même après le premier baiser. Débarque la sœur de Françoise, Corinne, une comédienne qui pleure parce qu’elle a quitté son amant Georges qui, marié, refusait de quitter sa femme. Enfin, surgit une autre sœur : Claudie, la plus jeune des trois. Elle a épousé en secret un jeune homme en Ecosse et elle compte sur l’appartement de sa grande sœur pour le retrouver en cachette. Ça se corse encore quand Françoise tombe amoureuse de Georges et que Corinne séduit Didier.

Les trois choutes, ce sont ces trois sœurs, filles d’un général, femmes ouvertes, coquines et futées qui n’ont finalement qu’un mot à la bouche : liberté. C’est vraiment une pièce de femmes pour femmes, avec les questionnements typiquement féminins, les ruses féminines, leurs disputes et leur solidarité.

Comédienne amatrice, j’ai lu cette pièce dans l’optique de la jouer. Elle m’a plu en tant que telle même si elle a un peu vieilli (jouée pour la première fois en 1959) et si, encore une fois, elle est surtout destinée à un public féminin.

La sage parole de Madame Barberet, veuve, la voisine de Françoise : « Je m’étais pourtant juré de ne plus jamais être malheureuse, Mademoiselle Françoise. Aussi ai-je soigneusement évité tout ce qui pouvait me rendre heureuse ; je ne m’y suis pas laissée prendre ! »  A méditer !

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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 10:40

Ma bibliothèque comporte si peu d’œuvres théâtrales pour adultes que je me rabats sur les pièces destinées à la jeunesse.

            Quatre personnages : La Voix, Elle, Lui et La Mère. « Elle » représente le souvenir d’une jeune fille que « Lui » a rencontré dans son enfance. Elle tente de s’imposer à Lui, elle toque à la fenêtre de sa maison, elle s’assoit à la table avec Lui. La Mère est l’élément perturbateur qui essaie de faire en sorte que la rencontre n’ait pas lieu.

Très imagée, cette pièce m’a semblé bien trop courte pour être appréciée. Elle ne me paraît pas non plus très appropriée à un public jeune : comprendrait-il vraiment de quoi il s’agit ? saura-t-il goûter à cette jolie écriture si poétique et symbolique ?

« Elle : Et pourtant, qu’est-ce qu’il cherche d’autre que moi, là-haut, chaque fois qu’il lève la tête et qu’il réfléchit ? Il me guette, j’en suis sûre. Comme un petit oiseau qui descendrait du ciel et qui viendrait l’emporter … Si seulement je pouvais retenir un instant son regard dans ma voix ! »

             Une nouvelle policière de Dorin que j’avais bien aimée : Cœur de pierre.

 

 

 

Cinquième participation au challenge théâtral d‘Eimelle.

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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 19:55

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Conquise par la trilogie marseillaise, je continue mon voyage dans l’œuvre dramatique de Pagnol avec cette très jolie pièce en quatre actes. Trois décors, bien différents : celui d’une salle de classe, un petit salon chez Mlle Suzy et enfin un bureau américain chez M. Castel-Bénac pour les deux derniers actes.

Topaze, homme naïf et honnête par excellence, est un maître d’école modèle : il est juste, il se plie en quatre pour que ses élèves réussissent, il cumule et cumule les heures de travail. La pension où il travaille est dirigée par M. Muche, un homme cupide, ravi quand Topaze lui ramène de nouveaux élèves (et des sous par la même occasion) et contrarié quand une mère d’élève se plaint des mauvaises notes de son fils. Topaze se fait d’ailleurs renvoyer de la pension pour cette raison, il n’a pas voulu gonfler les notes pour faire plaisir à la mère… Un peu nigaud, Topaze pensait qu’Ernestine, la fille de Muche, en pinçait pour lui parce qu’elle lui laissait corriger ses copies !

Que va faire Topaze, désormais privé de sa passion, l’enseignement ? Suzy, maîtresse d'un conseiller municipal, Régis Castel-Bénac, ne le laisse pas longtemps sans emploi. Elle fait croire à Topaze qu’il va être directeur d’un cabinet d’affaires alors qu’en réalité, il ne servira que de prête-nom. Lorsque Topaze s’aperçoit qu’il n’est qu’un homme de paille utilisé pour camoufler des affaires douteuses, il devient à son tour négociateur coriace. L’agneau est devenu loup.

C’est avec un grand plaisir que j’ai lu cette pièce, le comique de caractère fonctionne à merveille, le retournement de situation final est jouissif mais ce que j’ai le plus particulièrement aimé, c’est le premier acte, cette vieille salle de classe, la tenue désuète de l’instituteur, la dictée de Topaze, quel délice, quel bonheur !! «Des moutons... Des moutons... étaient en sûreté... dans un parc; dans un parc. (Il se penche sur l'épaule de l’Élèveet reprend.) Des moutons... moutonss... (L’Élève le regarde ahuri.) Voyons, mon enfant, faites un effort. Je dis moutonsse. Etaient (il reprend avec finesse) étai-eunnt. C'est-à-dire qu'il n'y avait pas qu'un moutonne. Il y avait plusieurs moutonsse.»

Allez, un autre extrait, juste pour le plaisir :

La méthode éducative un peu particulière de Tamise, un autre enseignant de la pension Muche …

TAMISE Alors, vous avez choisi un bouc émissaire, un pauvre enfant qui paie pour tous les autres?
PANICAULT (choqué). Ah! permettez! Duhamel, c'est pour la musique seulement. En cas de boules puantes, je punis le jeune Trambouze. Quand ils ont bouché le tuyau de poêle avec un chiffon, c'est Jusserand qui passa à la porte. Et si je trouve un jour de la colle sur ma chaise, ce sera tant pis pour les frères Gisher!
TOPAZE Mais c'est un véritable système!
PANICAULT. Parfaitement. Chacun sa responsabilité. Et ça n'est pas si injuste que ça peut en avoir l'air; parce que, voyez-vous, un élève qui a une tête à boucher le tuyau du poêlе, il est absolument certain qu’il le bouchera et, neuf fois sur dix, c'est lui qui l'aura bouché.
TOPAZE. Mais la dixième fois?
PANICAULT (avec noblesse). Erreur judiciaire, qui renforce mon autorité. Quand on doit diriger des enfants ou des hommes, il faut de temps en temps commettre une belle injustice, bien nette, bien criante: c'est ça qui leur en impose le plus!

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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 12:08

La quatrième de couverture informe le lecteur qu’il s’agit « d’une des rares comédies allemandes encore jouées aujourd’hui avec succès. » La pièce date de 1893 et a pour sous-titre « comédie de voleurs ».

Frau Wolff est une mère de famille qui gagne sa vie en faisant des lessives pour les autres… et en volant, par-ci par-là, quelques bûches de bois par exemple ou encore… une pelisse de castor. L’énigme de ces vols est en passe d’être résolue chez un administrateur un peu niais qui ne voit, en la personne de Frau Wolff qu’une brave et honnête femme. La femme ne fait pas dans la demi-mesure, elle sait mentir comme un arracheur de dents, elle met même la vie de ses filles en danger, c’est un sacré personnage, haut en couleur. Le langage de la pièce est un mélange de patois, de langue familière et d’incorrections.

Une comédie… une comédie… sans doute, ne devait-on pas rire des mêmes choses en Allemagne à la fin du XIXème siècle –et c’est là qu’on se dit que Molière a tout de même un foutu talent intemporel ! Je me suis ennuyée comme un croûton de pain derrière une malle… Allez, certains passages dont celui ci-dessous m’ont presque fait sourire. Je ne regrette pas d’avoir lu la pièce au moins « pour voir ce que c’est » et pour dépoussiérer le microscopique rayon théâtre de ma bibliothèque municipale !

 

« Adelheid – Papa, il parle toujours sans éducation.

Frau Wollf – C’est qu’il a pas appris l’éducation vois-tu. Ca serait la même chose pour vous, les filles, si je vous aurais pas élevées dans l’éducation. »

 

N.B. : vous aviez déjà entendu le nom de l’auteur, vous ?

challenge théâtre: en scène! 2013    Challenge théâtral chez Eimelle

 

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23 février 2013 6 23 /02 /février /2013 19:31

Je ne connaissais pas cette pièce de Vian, alors qu’elle est sa pièce la plus jouée en France et à l’étranger.

Le premier acte se passe dans un appartement bourgeois où débarque une famille par l’escalier d’en bas. Il y a le père et la mère, leur fille, Zénobie, et Cruche, la bonne. On comprend que si la famille s’installe dans cet endroit, c’est parce qu’elle a fui le précédent logement, celui du dessous, bien plus vaste et plus confortable que celui-ci. Un cinquième personnage se tient à l’écart, déjà présent dans la pièce. C’est le Schmürz. Il est le bouc émissaire des adultes. Chaque fois que l’un d’eux est contrarié, gêné ou ne sait pas quoi dire, il va aller le bastonner.  Seule Zénobie l’épargne. Seule Zénobie remarque sa présence et parle de lui. Il est question de marier la jeune fille au voisin, Xavier.

Dans le deuxième acte, la famille a encore déménagé à un étage supérieur, pour un appartement plus petit. Pourquoi ce changement ? A cause du « Bruit », une menace indéterminée venant de l’extérieur. Le Schmürz est toujours là aussi, il prend des coups de plus en plus violents, sans broncher. On apprend que Xavier est mort, mais ça n’a pas l’air d’affecter la famille. « Notre sort est enviable » répète le père. La bonne quitte le navire. A la fin de l’acte, les parents envoient Zénobie toquer chez les voisins. Lorsque le Bruit retentit, le père claque la porte, condamnant ainsi sa fille : « Les enfants finissent toujours par quitter leurs parents. C’est la vie. »

Le dernier décor est misérable. De la même manière que le père avait lâchement abandonné sa fille, il mure la trappe de l’escalier où se trouve sa femme. Il se retrouve seul. Diverses réflexions parsèment son monologue, il nie son passé et dit s’être toujours trouvé seul.


            Le Schmürz pourrait symboliser un exutoire, un défouloir. La quatrième de couverture de mon livre donne une autre piste : celle de la figure du travailleur immigré, rejeté et humilié par les Français. Ainsi, la jeune génération serait plus à même d’accepter l’étranger ; Zénobie, balayant le conservatisme et l’aveuglement de ses parents,  se montre plus ouverte et plus tolérante vis-à-vis du Schmürz.

            Voilà une pièce intéressante qui prête à réfléchir. Le lecteur-spectateur est sans cesse tiraillé entre le rire, provoqué par le cocasse des situations, et la honte, l’indignation face au traitement infligé au bouc émissaire de la pièce mais aussi à l’individualisme et à l’égoïsme des personnages. L’absurde fonctionne à plein régime, les jeux sur le langage m’ont beaucoup amusée, la bonne, par exemple, est l’incarnation d’une figure de style : l’énumération. Elle ne s’exprime que pour faire des listes :

« Zénobie : Qu’est-ce que tu vas faire avec cette laine ?

Cruche : Un chandail, un tricot, un vêtement, un jersey, un sweater, un pull-over, une camisole, un ouvrage au crochet. »

La question du jeu de l’acteur incarnant le Schmürz peut être posée : rôle ingrat par excellence, le pauvre bonhomme encaisse coups et crachats, il se fait même piquer avec une épingle à chapeau !

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