
Tomes 1 à 3.
Les chroniques de BD se font rares depuis quelque temps, je n’en emmène jamais quand je vais ailleurs, et puis le covid a espacé mes visites à la bibliothèque. Bref, aujourd’hui c’est d’une pierre trois coups.
Vincent Machot vit seul, ou plutôt il occupe l’appartement sous celui de sa vieille mère. A trente ans, il est coiffeur et comble difficilement ses journées vides et inintéressantes. Jusqu’au jour où, changeant d’épicerie, il tombe sur une vendeuse qui lui rappelle vaguement quelque chose… Sans réfléchir, il se met à la suivre et va très vite découvrir qui elle est : Rosalie Blum, la quarantaine, vivant seule dans une maison isolée et plutôt mal entretenue. Ses habitudes de la suivre deviennent une obsession, il fouille ses poubelles pour mieux la connaître, la piste le temps de ses longues balades le long des rails, vient l’écouter chanter dans sa chorale. Ce qui devait arriver arriva : Rosalie remarque, évidemment, qu’un type la suit depuis des semaines. Elle en parle à sa nièce, Aude, qui, ayant abandonné ses études à l’insu de ses parents, ne demande qu’à suivre Vincent pour savoir si sa tante a affaire à un psychopathe ou à un admirateur. Deux copines se joignent à elle – elles s’amusent bien. On est au début du tome 2 et je ne vous en dis pas beaucoup plus à part que les trois solitaires, Rosalie, Vincent et Aude vont se retrouver pour inventer une nouvelle vie.
J’ai adoré lire ces trois tomes que j’ai dégustés goulûment. Les trois épisodes s’imbriquent à merveille, on comprend enfin, dans le 3ème opus pourquoi Rosalie Blum provoquait en Vincent cette impression de déjà-vu. Les personnages sont tous attachants, chacun est empêtré dans une solitude à la fois néfaste et bienheureuse. Les personnages secondaires sont aussi délicieusement croqués que les héros : la mère de Vincent, complètement tyrannique mais délicieusement excentrique, qui met en scène avec des poupées tous les faits divers dont elle entend parler, n’est pas en reste. Kolocataire le bien nommé, vit avec Aude et tente désespérément de monter un spectacle de cirque : entre chèvre, grosse femme se promenant nue, lancer de couteaux et recherche de lion, Aude n’est jamais à l’abri de grosses surprises. Au milieu de la série, un suspense insoutenable nous fait tourner les pages. Ce qui est attendrissant, c’est la tolérance qui traverse ces existences, l’absence de jugement, l’acceptation de toutes les différences. Mes mots peuvent paraître gnangnan mais les BD ne le sont pas du tout. L’humour occupe une grande place dans le dessin, je trouve, il se veut réaliste mais frôle parfois l’absurde. C’est la vie de tous les jours qui est placée sur un joli piédestal qui donne envie de sourire.
J’avais déjà aimé Juliette de la même autrice que je vais continuer à suivre !
