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7 août 2023 1 07 /08 /août /2023 22:13

                                                Mattéo tome 4 - BDfugue.com   Mattéo tome 5 - BDfugue.com      

Quatrième époque (août-septembre 1936)

Cinquième époque (septembre 1936 – janvier 1939)

Sixième époque (2 septembre 1939 – 3 juin 1940)

Après la première guerre mondiale, la révolution russe et le Front populaire, c’est en Espagne que se poursuit cette saga historique. Mattéo et son amie Amélie rejoignent les anarchistes pour lutter contre les franquistes dans un petit village non loin de Barcelone. Mais matériel, hommes et armes manquent furieusement à l’appel. Le petit groupe investit la riche demeure d’un notable ennemi et Mattéo prend une maîtresse russe dynamique ... à tous points de vue, Anechka.

Don Figueras, le richard invalide, va finalement se lier d’amitié avec Mattéo. Mais les quelques moments de quiétude et de beuverie sont vite éclipsés par les ravages de la guerre civile ... et les morts, même parmi les personnages principaux.

Si Mattéo, qui a rejoint la France, est recherché par les gendarmes, il bénéficie du soutien d’un vieil ami, Paulin, devenu aveugle lors de la première guerre mondiale. Il retrouve régulièrement Juliette, son premier amour, qui ne se décide pas à admettre que Louis parti à la guerre, est son fils à lui aussi. Apprenant que Louis est emprisonné près de Sedan, Mattéo part le rejoindre pour le sauver sans pour autant lui avouer qu’il est son père.

Après 9 ans d’abstinence, retrouver Gibrat fut un vrai gros plaisir. Le récit palpitant s’accompagne d’un graphisme à couper le souffle, chaque planche est une petite merveille qui s’admire. J’ai aussi beaucoup apprécié la plume de Gibrat, dense, poétique, parfois rugueuse ; il est finalement assez rare de trouver une langue aussi travaillée en BD. Si vous n’avez pas encore découvert cette belle série de six tomes, faites-vous ce plaisir de lire les six opus d’affilée, j’ai tellement regretté de ne pas avoir les trois premiers sous le coude pour me remémorer l’histoire. Le dernier tome est assez extraordinaire même si, évidemment, on est frustrés de savoir que c’est le dernier. La fin n’est pas telle que je l’imaginais, elle est ouverte et belle. Bon, tout est bon là-dedans, foncez !

« A pleines journées, nous mijotions, assaisonnés de poussière, elle recouvrait tout, à commencer par les enthousiasmes. Les silhouettes des hommes, amollies de chaleur, traînaient leur ennui d’une bouteille à l’autre. Nous étions des chiens de ferme en plein midi, recherchant une flaque d’ombre, sans jamais trouver leur place. La fraîcheur du soir les remettait debout, les hommes, la nuit les ravigotait tout à fait, eux et leurs promesses de raclée aux phalangistes, les poings se levaient, bien serrés d’impuissance, puis une bouffée de lucidité sur les maigres probabilités de victoire, alors, de dépit, les poings cédaient à leur vilaine manie, l’étranglement des goulots. » (tome 4)

« Ça m’a plus lâché, cette idée, un totem pour les insomnies... on tourne autour jusqu’au petit jours... on passe de l’ébauche à l’esquisse, et voilà que ça devient un projet, bien têtu, qui prend possession du bonhomme, qui vous gratte sous la peau... la paternité tournait à l’urticaire. » (tome 6)

Mattéo tome 6 - BDfugue.com

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10 juillet 2023 1 10 /07 /juillet /2023 17:15

Yézidie ! - (Mini Ludvin / Aurélien Ducoudray) - Policier-Thriller [ALADIN,  une librairie du réseau Canal BD]

Zéré vit dans une communauté yézidie, en Irak, entourée des siens et en harmonie avec les musulmans... jusqu’au jour où, en 2014, des hommes de Daesh viennent rompre cette belle entente et semer la terreur. Ils enlèvent les jeunes filles pour en faire des esclaves sexuelles. Zéré est capturée elle aussi mais elle va rencontrer une jeune fille dans sa geôle qui va l’aider – à deux, elles vont se soutenir même si Zéré a tort de faire confiance à une inconnue aussi rapidement...

Ma fille Danaé, future 3e, m’a piqué la BD et l’a aimée autant que moi, je crois bien. Elle nous fait l’honneur de son avis et je la remercie :

« Cette BD est très forte en émotion. Elle nous montre à quel point la vie, pour un pays en guerre est dure, et à quel point de jeunes enfants/adolescents doivent se montrer forts face à leurs problèmes. Les adolescents de cette BD, Zéré, Nizra, Rezan, ont tous dû se battre à leur façon pour leur liberté, pour pouvoir garder une identité. C'est ce qu’Aurélien Ducoudray a, à mon avis, plus que réussi à démontrer avec son scénario aussi mouvementé que touchant. Pendant près de 131 pages, on comprend petit à petit les choix difficiles de ces habitants qui ne veulent pas survivre mais seulement vivre. J'ai été touchée également par la qualité et la beauté des dessins de Mini Ludvin, qui, grâce à son style, arrive à nous expliquer cette situation dramatique à travers de magnifiques esquisses. Le seul petit défaut que j'ai trouvé à ce livre, est qu'il est néanmoins quelques fois dur au niveau de la compréhension pour ce qui est des flashbacks. Ce qui n'a pas empêché la compréhension du récit et du scénario, et surtout l'étendue du problème qui est la persécution du peuple des Yézidi. Une BD que je recommande, aussi touchante et émouvante que poignante. On se prend une claque sur la situation horrible et terrifiante de ce peuple qui vivait en paix avant l'arrivée de Daesh. »

Mon avis : On entre dans la vie d’une famille et on comprend un peu mieux le danger que représente Daesh, tout ça à hauteur d’enfant, ce qui ne rend pas la menace moins importante. Seul petit bémol, les bouleversements chronologiques qui complexifient un peu l’intrigue (Danaé était d’accord avec moi sur ce point). Les dessins ronds et plutôt enfantins tranchent complètement avec l’histoire racontée, ce qui n’est pas dérangeant pour autant puisqu’on conserve ce regard de l’enfant et son ingénuité. Une thématique assez rare en BD pour qu’elle soit mise à l’honneur (la BD, pas Daesh !)

BD repérée chez meséchappéeslivresques que je remercie !

Yézidie ! - (Mini Ludvin / Aurélien Ducoudray) - Policier-Thriller [ALADIN,  une librairie du réseau Canal BD]

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30 juin 2023 5 30 /06 /juin /2023 13:57

Musée - cartonné - Christophe Chabouté - Achat Livre ou ebook | fnac

Nous sommes au Musée d’Orsay. En plein jour d’abord, on sait très bien ce qui s’y passe entre les amateurs de peinture, les vrais spécialistes, les faux spécialistes convaincus, les ados blasés, les détenteurs de portables, les couples, les solitaires, les groupes, les passionnés, les distraits, … Et puis la nuit ! Une fois la nuit arrivée, les personnages sortent de leur cadre, les statues et sculptures se mettent à vadrouiller dans le musée, ça papote, ça se retrouve, ça drague un peu, ça s’interroge surtout sur cette drôle de colonie que sont les hommes qui tiennent si souvent un petit rectangle collé à l’oreille. L’ours blanc de Pompon va se blottir dans un coin, certains bustes se retrouvent pour discuter du surveillant Louis qui a le béguin pour Anne-Lise, sa collègue. Et puis de ce promeneur avec son chien qui se déplace de plus en plus lentement.

Le Musée d’Orsay est un de mes musées préférés et imaginer que ces œuvres prennent vie, s’amusent la nuit et parlent des hommes, ça ne pouvait que me plaire. Le lecteur de ce roman graphique a l’impression de se sentir privilégié d’assister à ces rencontres clandestines. Les œuvres brillent aussi par leur innocence et leur candeur. Certaines planches sont plus touchantes que d’autres, cette petite-fille qui décrit un tableau à son grand-père aveugle, lui qui aime « écouter les tableaux », cette statue qui raconte à son ami qu’« une petite fille s’est mise à danser devant une toile de Degas. Sa maman l’a regardée faire un moment, et puis, elle a posé son sac… et s’est mise à danser avec sa fille. » Je ne vais pas citer toutes les œuvres présentes dans l’ouvrage (je n’ai pas reconnu toutes les sculptures, un petit index aurait été le bienvenu) mais voir les raboteurs (adorés !) quitter leur plancher pour se balader, Berthe Morisot regarder un promeneur avec amour ou encore suivre Héraclès aux toilettes (le sèche-main et la chasse d’eau l’intriguent) suffisent déjà à nous combler. Quel hommage rendu à ce magnifique musée, sa variété et toutes ses richesses qui sont joliment mises en avant dans cet espace-temps hors du commun, dans un foisonnement vivant et coloré (oui, pour un album en noir et blanc !). Magnifique publicité pour le musée où on a envie d’y retourner encore et encore.

Coup de cœur !

du même génial auteur  :

Les princesses aussi vont au petit coin

Henri Désiré Landru

Construire un feu

 

Musée - (Christophe Chabouté) - Roman Graphique [CANAL-BD]

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15 juin 2023 4 15 /06 /juin /2023 20:32

Slava T1 : Après la chute (0), bd chez Dargaud de Gomont

Slava Segalov est à la fois l’assistant et l’élève de Dimitri Lavrine qui n’est, ni plus ni moins, un pillard. Il déniche les endroits jadis luxueux mais désormais abandonnés pour y voler les biens les plus rares et les plus précieux. Puis il les vend à des investisseurs nouveaux riches, et fait fortune en toute impunité. Ça passe, c’est facile mais parfois dangereux car il tombe sur plus malin et plus fort que lui. La donne change lorsque Slava rencontre la jolie Nina qui a des principes qui l’étonnent et son frère -tellement imposant- Volodia. Et le road-movie se poursuit à quatre dans un univers de la mafia russe.

L’auteur parvient à rendre drôles des événements pourtant dramatiques ! Au-delà de cette histoire de bandit typiquement russe (dans un bâtiment, le premier regard de Lavrine se pose sur les plafonds qu’il n’hésite pas à démonter pour les revendre), au-delà donc de la petite histoire, l’auteur dresse un portrait d’une Russie mal portante et boitillante où la morale est un mot inconnu. Ça sent le pourri et pourtant on s’attache à ces personnages, Slava l’ancien artiste qui se laisse trimballer par ce Lavrine sans foi ni loi, ce même Lavrine qui est à la fois brillant et complètement stupide, ou Volodia le gros balèze qui boit trop de vodka. Et c'est très bien écrit. Côté dessins, je retrouve toujours avec un grand plaisir le trait de Gomont travaillé et vif que j’avais déjà tellement aimé dans Pereira prétend, Malaterre ou La Fuite du cerveau. Un presque sans-fautes, je dis « presque » parce que certains passages m’ont ennuyée mais je ne suis pas une spécialiste de la Russie, ça doit être ça. L’auteur précise que l’album a été réalisé avant la guerre contre l’Ukraine. Bref, à découvrir quand même. Et la suite ne devrait pas tarder.

« La lutte des plus forts pour le lucre. La lutte des plus faibles pour survivre. Et entre les deux, Lavrine qui fait des va-et-vient, tel un gros bourdon absorbé par sa tâche, butinant les dernières fleurs de ce monde en ruine, avec la candeur des bêtes au printemps. »

« On va se faire des couilles en or, mon pote ! Et un slip en platine ! »

https://www.livreshebdo.fr/sites/default/files/styles/first_article_list/public/2022-06/Pierre-Henry%20Gomont%2C%20%22Slava.%20Vol.%201.%20Apr%C3%A8s%20la%20chute%22%20%28Dargaud%29%C2%A0%3A%20Rocambole%20en%20Russie0.jpg?h=bea22dae&itok=QZ2O85F8

 

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5 juin 2023 1 05 /06 /juin /2023 09:48

L'écluse de Philippe Pelaez, Aris - BDfugue.com

Dans un petit village du Lot, on a déjà retrouvé trois noyées. Toujours au niveau de l’écluse où travaille Octave, celui dont on se moque parce qu’il est difforme et laid, et serait attardé. Il devient donc le coupable idéal et surtout le souffre-douleur d’Alban, celui qui violente les filles et se veut être une petite frappe sans scrupules. Entre le petit inspecteur propre sur lui venu de Cahors, la belle Fanette la fille du boucher, le groupe de petits caïds du coin, … les victimes se mêlent aux bourreaux et l’enquête piétine.

Mon billet sera court, je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé cette BD polar mais je ne lui ai trouvé rien d’extraordinaire, c’est divertissant, c’est bien dessiné mais ça sent trop le déjà vu, déjà lu, ressemblant à Eté brûlant à Saint-Allaire lu tout récemment. J’ai préféré les paysages, les berges du Lot et ses écluses à l’intrigue elle-même. Un petit air de Giono ou de Pagnol qui est appréciable.

J’avais déjà lu Philippe Pelaez pour Puisqu’il faut des hommes que j'avais beaucoup aimé.

L'Écluse, bd chez Bamboo de Pelaez, Aris

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27 mai 2023 6 27 /05 /mai /2023 09:50

Au nom de Catherine - cartonné - Mayalen Goust, Julia Billet, Goust Mayalen  - Achat Livre ou ebook | fnac

Catherine, de son vrai prénom Rachel, s’épanouit dans sa vie de femme photographe indépendante, un an après la 2è guerre mondiale. Toujours amie avec le Jeannot de son enfance, elle est poussée par la directrice de son ancienne école à rester libre et autonome, à se chercher un vrai travail pour ne dépendre de personne. Courageuse et volontaire, elle rejoint Paris et vit à la Ruche, un refuge pour artistes où elle rencontre notamment Max Ernst. Participer en tant que reporter à une colonie de vacances en Allemagne permettant de réunir Allemands et Français va d’abord l’angoisser et puis, finalement, les jeunes et elle-même vont se rendre compte qu’ils n’ont affaire qu’à des adolescents et de jeunes adultes comme eux ; Catherine va même tomber amoureuse d’un Allemand. Les contrats pour Paris Match qui lui demandent de couvrir de grands défilés de mode ne l’intéressent pas vraiment, elle trouve son compte dans un voyage aux Etats-Unis : faire un reportage sur la ségrégation raciale et notamment le procès d’un révérend qui a porté plainte contre la ville de Topeka parce que sa fille, noire, a été refusée à l’école des Blancs.

Il s’agit bien de la suite de La Guerre de Catherine même si la dessinatrice n’est plus la même. J’ai mis un petit temps à me faire à la différence entre les deux styles de dessin (c’était Claire Fauvel pour le 1er tome), j’ai trouvé le trait moderne, minimaliste, un brin anachronique par rapport à l’époque évoquée mais finalement, ça m’a plu et j’ai lu cet opus comme indépendant de l’autre. Il me serait difficile de choisir mon préféré même si j’ai été frustrée dans un premier temps de ne plus voir Etienne. Il me semble que le dessin ici est plus adulte, plus mûr, comme Catherine l’est devenue elle aussi. Malmenée par les interdictions et les nombreuses couvertures et assez passive dans le premier tome, elle prend sa vie à bras le corps et dieu sait que ce n’était pas évident dans les années 40 et 50 de s’émanciper quand il fallait encore l’autorisation d’un mari ou d’un père pour aller travailler… Résolument féministe, Catherine va même rencontrer Simone de Beauvoir, cette expérience ainsi que son voyage américain, ses prises de position marquées vont faire d’elle une femme libre.

Un diptyque totalement réussi à faire lire au plus grand nombre !

Au nom de Catherine de Julia Billet - Album - Livre - Decitre

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17 mai 2023 3 17 /05 /mai /2023 16:35

Livre : La guerre de Catherine écrit par Julia Billet et Claire Fauvel - Rue  de Sèvres

En 1941, Rachel Cohen, une adolescente, est interne à la Maison des Enfants, une école aux méthodes particulières, laissant une grande place à la liberté et aux talents personnels de chaque enfant. Rachel se prend de passion pour la photographie, guidée par Pingouin, le mari de la directrice de l’école. Lorsque les restrictions et arrestations de Juifs s’amplifient, la direction de l’école décide de protéger tous les enfants juifs en leur attribuant une nouvelle identité : Rachel deviendra Catherine. Elle devra quitter l’établissement pour rejoindre un pensionnat tenu par des sœurs. Elle y rencontre Alice, une petite fille qu’elle prend sous son aile. En développant des photos en ville, à Riom, elle fait la connaissance d’Etienne avec qui elle partage sa passion et qui fait battre son cœur un peu plus fort. Mais la mère supérieure pense avoir été dénoncée, il faut fuir encore, et c’est avec Alice que Catherine se rend cette fois dans une ferme isolée où elles sont recueillies par des paysans un peu rustres mais généreux. Catherine s’essayera au métier d’institutrice pour les petits sans jamais réellement quitter son Rolleiflex qui lui permet d’immortaliser toutes ses rencontres.

C’est une véritable odyssée que Rachel-Catherine va vivre pendant cette guerre. Toujours inquiète pour ses parents dont elle n’a plus de nouvelles, elle croisera cependant souvent le chemin de personnes généreuses et altruistes. Les péripéties de Catherine mais aussi de ces autres enfants complètement perdus, qui doivent cacher leur véritable identité, sont relatées avec émotion et tendresse. L’histoire est d’autant plus prenante et intéressante qu’elle est placée sous le prisme de la photographie. Les dessins rendent parfaitement bien la douceur et la délicatesse de l’histoire dans cette époque faite d’atrocités et de barbaries. Un album à faire lire à tout le monde. Il existe une suite que je découvrirai très bientôt, Au nom de Catherine. Merci à ma fille de m’avoir prêté son cadeau.

La BD est une adaptation du roman de Julia Billet qui s’est inspirée de l’histoire de sa mère, Tamo Cohen. J’ai déjà pu apprécier le talent de la dessinatrice Claire Fauvel pour La Nuit est mon royaume.

"Etienne rend leur fierté à ces femmes et ces hommes liés à la terre, aux saisons, dans la rudesse du quotidien. Et l'art est bien là, dans cet interstice de la vie... dans l'extraordinaire."

La Guerre de Catherine, bd chez Rue de Sèvres de Billet, Fauvel

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7 mai 2023 7 07 /05 /mai /2023 10:12

Du bruit dans le ciel de David Prudhomme - BDfugue.com

Dans un gros album de 200 pages, l’auteur nous présente l’endroit où il a grandi. Lorsqu’il était enfant, ses parents avaient acheté un terrain au milieu de nulle part où il devait aider à sortir les cailloux qui empêcheraient le gazon de pousser alors qu’il aurait plutôt voulu rester à la maison dessiner. La taille des terres permettaient aussi de s’occuper de chevaux. Des années plus tard, un lotissement a encerclé la maison familiale qui s’est agrandi au fil du temps. Mais c’est surtout l'ancienne base militaire américaine, quelques kilomètres plus loin, qui est sujet aux fluctuations économiques : revendu aux Chinois, le terrain a aussi été zone industrielle, aire d’entraînement des pilotes, école catholique, cabaret, bref, il en a connu des métamorphoses souvent plus ou moins ratées ou absurdes.

Le point faible de cette BD, c’est vraiment sa longueur. L’idée comme l’histoire et la manière dont elle est traitée ne sont pas inintéressantes mais on comprend que le dessinateur a ressenti le besoin de tout raconter, de plonger dans ses souvenirs et de mettre en lumière cet endroit qu’il a si bien connu. Ça lui a sans doute personnellement fait du bien mais pour le commun des lecteurs, c’est long et parfois lassant ; il aurait été plus percutant de condenser certains changements économiques et topographiques et de se concentrer sur des portraits bien réussis (les grands-pères, par exemple). Il subsistera tout de même l’image des hommes, minuscules et impuissants, tels des pantins, à qui on impose des changements, qui voient leur paysage se modifier sans qu’on leur demande leur avis. Je ne remets pas en cause le dessin que j’ai apprécié par ses traits simples et efficaces.

« Dans notre coin, qu’on appelle le centre, à égale distance de tout, souvent traversé sur la route des vacances mais où on ne s’arrête guère… on a l’habitude de laisser passer… n’attendre rien. Mais faire son miel de toutes choses, en tentant de rendre sa fantaisie au quotidien. Voilà peut-être le secret maison. Ce que j’ai appris ici. Dans l’œil du cyclone. Au milieu de rien. Mon manège à moi. »

Du bruit dans le ciel, bd chez Futuropolis de Prudhomme

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24 avril 2023 1 24 /04 /avril /2023 09:48

Voir l'apéro au bout du tunnel, bd chez Delcourt de Mathou

En quatre saisons, Mathou nous raconte 2020 et 2021, sa vie liée à la pandémie, son quotidien de mère d’une fille, d’épouse, ce confinement qui rend la proximité plus inévitable, les odeurs plus intenses, les besoins d’apéro plus intenses, la cohabitation avec le chat Simone, les retrouvailles avec la nature, les bonbons, les mots candides d’enfant, l’amour mère fille.

Bon, c’est très léger, même complètement volatile, extrêmement vite lu (15 minutes ?), ça remplit son rôle de divertir… et que dire d’autre ? 😊J’en attendais plus, quand même ; quand j’ai l’impression que je pourrais faire la même chose (dessins en moins), ça m’agace. On a tous des anecdotes à raconter du confinement. Ça passe peut-être en version blog (Mathou semble être connue pour cela) mais de là à en faire un livre ? Je suis sceptique. Positive attitude : les dessins m'ont plu. Petites réflexions tout de même sur le covid (pour que ce billet ne fasse pas juste trois lignes, hum) : on l’oublie très vite, et heureusement. Comme les filles de la BD, on a tous eu de petites frayeurs à la vue de deux acteurs qui se touchaient ou s’embrassaient alors que c’était inenvisageable dans la vraie vie. Moi qui n'aime pas les foules, je suis heureuse qu'on puisse entasser des humains, les faire se frotter et se coller les uns aux autres sans craindre pour sa santé.

 Micro billet pour micro BD et micro enthousiasme…

Mathou a déjà publié des dizaines de livres.

Allez, celle-là m’a fait sourire : « Dites, en fait, « Marie-Rouanna » c’est sa femme à Manu Chao ? Nan parce qu’il en parle tout le temps dans ses chansons ! »

Voir l'Apéro au Bout du Tunnel - (Mathou) - Humour [CANAL-BD]

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6 avril 2023 4 06 /04 /avril /2023 16:46

Été Brûlant à Saint-Allaire - (Daniel Casanave / Franck Bouysse) - Comédie [ CANAL-BD]

Saint-Allaire est un village perdu en pleine campagne, un de ces endroits où, en 1966, on trouve tout ce dont on a besoin : boulangerie, boucherie, café, épicerie. La jolie Anna Soulette, du haut de ses dix-huit ans, est bien décidée à trouver l’amour, elle a déjà ressenti battre en elle les premiers émois sexuels. Pourtant, Polo, un gars stupide du village, la violente un peu trop et la fait fuir. C’est Aristide que la belle blonde aime beaucoup, il est mitron à la boulangerie et surtout Noir… A une époque où le racisme allait bon train, Anna l’aime pour sa gentillesse et son tact, qualités rares chez les habitants de Saint-Allaire. Entre son père ivrogne, le curé porté lui aussi sur la boisson, des mégères de sœurs, un père irresponsable, les deux amoureux devront faire leur petit bout de chemin tout seuls, entre le lavoir et la place du village, entre le petit bois et la grande à foin. Ou peut-être bien plus loin…

J’ai beaucoup aimé cette BD qui, sous des allures vieillottes, distille une bonne dose d’humour avec un petit air de-ne-pas-y-toucher. Cette plongée dans les années 60 dans un petit village de campagne fleure bon le pain frais et l’herbe coupée. A côté de ça, il va aussi falloir supporter les préjugés, le racisme ambiant et les esprits étriqués mais les auteurs se débrouillent pour terminer l’histoire en beauté. Les dialogues claquent et les personnages sont pittoresques. Alors oui, le scénario est peut-être un peu léger avec un dénouement prévisible mais j’ai bien aimé cette parenthèse d’un autre temps avec un humour parfois un peu potache, ça a accompli sa mission de me divertir un instant. Les dessins sont signés d'un auteur pour moi inconnu, ils ne m'ont pas particulièrement plu mais pas dérangée non plus...

A noter que Franck Bouysse écrit pour la première fois un scénario de BD.

Des forains s’installent pour quelques jours au village – dialogue entre le cantonnier et le cafetier :

- Il faut un sacré bazar.

- Ouais, mais c'est bon pour les affaires.

- Ça se voit que c'est pas toi qui nettoie la place après…

- C'est quand même pas le coup de feu tous les jours, en ce qui concerne.

- Bon je vois que les clichés ont la vie dure.

- Sûr que tu serais souvent sur la photo.

- Je ne sais pas ce qui me retient d'aller dans un autre bar.

- Peut-être parce qu'il y en a pas d'autres. 

 

Un vieil aristocrate désargenté et moins con que d’autres villageois héberge Aristide et son père :

- Pourquoi tu l’as appelé Tolstoï ton chien ?

- En hommage, je parie que vous n'avez pas lu Tolstoï, un écrivain russe ?

Je l’ai appelé comme ça parce qu'il n'est guère épais.                           ­­[j’adore !!]

Été Brûlant à Saint-Allaire - (Daniel Casanave / Franck Bouysse) - Comédie [ CANAL-BD]

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