
Phyl est une jeune fille qui vient de terminer ses études, elle est retournée vivre auprès de ses parents, ne sachant pas vraiment quoi faire, elle est employée à couper des poissons et des légumes dans un restaurant japonais. L’arrivée de Christopher, un ami de sa mère rencontré à l’époque de Cambridge (puis celle de sa fille Rashida, du même âge que Phyl), va chambouler leurs habitudes. Chris est un blogueur qui a fait de l’idéologie de la droite et d’extrême droite son cheval de bataille ; Phyl aime converser avec lui. Il lui raconte qu’il va s’infiltrer dans une conférence de néoconservateurs mais dans sa « sublime chambre historique » du Wetherby Hall, il est retrouvé poignardé de plusieurs coups de couteau. Mais qui peut être le meurtrier ? C’est l’inspectrice Prudence Freeborne, à quelques heures de la retraite qui démarre l’enquête. Rondelette, très gourmande mais dynamique, elle va rencontrer les jeunes filles Rashida et Phyl qui elles aussi, de leur côté, mènent l’enquête.
Quelle régalade ! Le roman comporte trois romans bien distincts, une enquête cosy crime, une intrigue dark academia et une auto-fiction ; évidemment les trois sont liés par les mêmes personnages, et, évidemment, le lecteur se fait manipuler du début à la fin. Et comme toujours chez Coe, c’est à la fois spirituel et drôle, intelligent et ludique ; il en profite pour répéter son aversion pour le Brexit et dépeint une Angleterre en mauvais point. La satire sociale et politique s’ancre dans l’arrivée au pouvoir de Liz Truss, une Première Ministre d’extrême-droite qui ne va pas rester longtemps au pouvoir. S’ajoutent, à tous les nombreux retournements de situation, une passion pour la série « Friends », des virées en train, la mort de la reine d’Angleterre (et 9h de queue pour lui rendre un dernier hommage) des running gag notamment autour du clavecin ou du clavicorde, une visite du Cambridge des années 80 et des pastiches littéraires savoureux. On se régale, je vous dis et on s’amuse, on sourit, on joue, on apprend ! Un roman qui se dévore goulûment, signé par un très grand auteur.
Coup de cœur
Du même auteur : Le cœur de l’Angleterre, La Femme de hasard, Testament à l’anglaise.
« Bizarre, hein ? dit Christopher. Ce phénomène du « cosy crime ». Je pense qu’il n’y a aucun autre pays au monde où les gens seraient capables de qualifier de « cosy » le sujet des homicides violents. Je ne saurais pas comment le dire, mais il y a quelque chose de tellement british là-dedans. »
« Quand je déjeunais seul au réfectoire de St Stephen’s, à dix-neuf ans, j'étais constamment entouré de gens débordants d'assurance qui parlaient fort, certains de la place qu'ils occupaient dans le monde. Lors de cette réunion quarante ans plus tard, alors que j'en avais moi-même cinquante-neuf, je me suis une fois de plus retrouvé au milieu de gens débordant d'assurance qui parlaient fort, certains de la place qu’ils occupaient dans le monde. J'avais pris ma retraite - à l'issue d'une longue et brillante carrière professionnelle - et pourtant, je n'avais toujours pas accès à ce genre de certitude. J'imagine qu’à ce stade ça ne risque plus d'arriver. Mais voyez-vous, il se trouve que je considère ça comme une vertu, pour moi comme pour mes amis. Dans ce monde, les gens les plus dangereux sont ceux qui savent exactement ce qu'ils veulent, et qui sont bien décidés à l'obtenir. »
Je participe au challenge Un Hiver Polar chez Je lis, je blogue.

