
Comme tous les ans, Anna, avocate, son compagnon Henrik et sa meilleure amie Milena, s’apprêtent à randonner dans les montagnes suédoises. Quelques jours avant le départ, Milena propose au couple d’emmener Jacob, son nouveau petit ami. Après quelques hésitations – il n’est jamais aisé de voyager avec une telle proximité avec un inconnu – Anna accepte. Sauf que Jacob suggère, le jour du départ, un nouvel itinéraire incluant la traversée d’une partie du Sarek, cette haute montagne réputée dangereuse. Le Sarek a toujours fait rêver Anna et elle finit par céder même si Jacob lui fait très mauvaise impression : arrogant et extrêmement sportif, il se met en avant et peut se montrer assez froid et dur, même avec Milena. En outre, elle pense avoir reconnu un des inculpés dans une histoire de violence conjugale, entraperçu il y a des années de cela dans un tribunal. Evidemment, cette randonnée entre amis tourne mal pour différentes raisons : Henrik, plutôt déprimé depuis quelques semaines, est à la traîne parce qu’il ne s’est pas suffisamment entraîné ; entre Milena et Jacob, ce n’est pas tout rose et Jacob se comporte de façon étrange avec Anna et enfin, les conditions météo s’avèrent plus que délicates.
J’avais besoin d’un bon polar, ce thriller psychologique a totalement rempli son rôle. Les points de vue de narration changent et le roman démarre avec l’interrogatoire d’Anna qui a été retrouvée consciente mais en hypothermie et blessée par l’hélicoptère des secours. Si l’intrigue est bien ficelée avec des réflexions sur la personnalité de chacun des randonneurs et des surprises en cours de route, j’ai aussi beaucoup aimé les aspects concernant la nature et les montagnes suédoises, les parcours et les exploits sportifs assez incroyables de nos quatre personnages. Leur escapade de l’extrême force le respect et j’ai aimé avoir accès à certains détails techniques. C’est assez drôle de se dire que c’est une sorte de huis clos pesant dans un espace démesurément vaste avec des conditions climatiques hostiles où le lecteur accompagne vraiment les personnages, grelottant, suant et peinant avec eux. Je relis le billet de La petite liste et je me rends compte que j’utilise les mêmes mots de « huis clos ». Lire et découvrir l’avancée de personnages coincés dans une nature hostile depuis son canapé (ou son transat) m’a paru savoureux et dépaysant. Je poursuivrai peut-être avec cet auteur suédois qui est aussi scénariste et réalisateur ; il a le sens du rythme et des dialogues.
Je ne sais pas s’il y en aura d’autres (je ne pense pas) mais voici un pavé de l’été qui me permet de participer ainsi aux challenges chez La petite liste (que je remercie pour cette belle idée lecture !) et chez Moka.
« C'était un territoire sauvage, des milliers de kilomètres carrés sans chemins ni chalets, difficiles à pénétrer et qui ne pardonnaient jamais. Ici, on pouvait sans problème marcher des jours sans voir une seule personne, surtout à cette époque de l'année, en septembre. Au milieu du parc, un téléphone de secours était indiqué. J'ai alors constaté que depuis le coin le plus reculé du parc, il pouvait y avoir plusieurs jours de marche rien que pour s'y rendre. »
« Nous avons continué sur la rive sud de l'Alggajavrre. D'épaisses broussailles de saules grimpaient du bord de l'eau et s'étendaient jusqu'à flanc de montagne. Par endroits, elles atteignaient la hauteur de nos visages. Des sentiers, probablement tracés par les rennes, parcouraient la végétation et serpentaient de-ci, de-là, traversés par des racines et des branches basses. Nous avions l'impression de nous frayer un passage à travers une haie large de plusieurs centaines de mètres, poussant par-dessus le marché sur un versant très pentu. Par endroits, un jokk avait profondément creusé la roche et il fallait descendre un ou deux mètres à pic puis remonter d'autant de l'autre côté. Le Sarek semblait protéger jalousement ses secrets. »
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