
Les éloges étaient nombreux à la sortie de ce roman jeunesse, ma belle ado a voulu le lire, elle a été bouleversée et elle n’est pas la seule.
Lili a 7 ans lorsque ça commence. Son père a quitté la famille, même son pays - puisqu’il est allé vivre aux Etats-Unis - sa mère déprime, Lili aussi. Un copain de sa mère vraiment très sympa, Georges surnommé Mondjo, est toujours là pour détendre l’atmosphère ou rendre service. Il initie d’ailleurs Lili à sa passion, l’escalade. C’est comme ça que ça arrive réellement la première fois, cachée derrière un tapis bleu posé à la verticale sur un mur, dans la salle de sport, Lili est rejointe par Mondjo qui adore lui faire des gouzgouz, ces petites gratouilles chatouilles qui font bien rire une fillette. Oui, mais les gouzgouz se feront, au fil des mois, plus insistants, plus envahissants sur tout le corps de Lili. On devine la suite. Tout tourne autour du jeu, de cette relation de confiance réciproque qu’a réussi à établir l’homme adulte avec une proie aussi facile et malléable qu’une enfant. Lili est fière de savoir que Mondjo l’aime, il lui répète souvent et que, même s’il fréquente des femmes adultes (et Lili le découvrira plus tard, des fillettes également), elle reste sa préférée.
La nausée est le premier mot qui me vient à l’esprit. Parce que justement tout est dans la manipulation, la douceur (il ne l’aura presque jamais forcée ! mais que peut dire une fille de 8-9 ans face à un adulte de 45 ?) le chantage, et cette belle complicité qui devrait tout excuser. Lili est persuadée que chaque enfant a un amoureux adulte secret, un « supérieur » qui l’initie à l’amour charnel. Elle n’aime pas toujours les gouzgouz mais peut être jalouse des autres copines de Mondjo et le croit quand il dit qu’ils se marieront. Mais elle grandit et réfléchit davantage et tout change réellement quand Mondjo et sa mère se mettront en couple. J’ai vraiment pensé à cette maman qui ne sait rien des horreurs qui se produisent presque sous ses yeux tous les jours pendant des années, je ne sais pas s’il est possible de se laver de ce sentiment de culpabilité poisseux. Et si une Lili pourra connaître, à l’avenir, une relation saine et équilibrée... Avec simplicité et délicatesse, l’autrice parvient à parler de ces pédophiles, ces monstres qui salissent et détruisent des enfants. Le livre se lit en apnée, son message est nécessaire et vital pour toutes les filles du monde. Profondément émue, j’ai forcément pensé au sublimissime et bouleversant spectacle de théâtre dansé d’Andrea Bescond, Les Chatouilles.
A lire et à faire lire.
Ils sont dans le même lit, Lili a 10 ans : « Tout de suite, Mondjo me fait des gouzgouz, et puis il me demande de lui en faire. Aux chevilles, pour le détendre, et puis aux cheveux, aux joues, et puis où tu veux, il dit, dégageant le drap. Je retourne vers ses pieds pour faire des gouzgouz, puis aux genoux, puis je remonte aux joues. Et je vois son caleçon qui se soulève, une barre qui se tend à l’intérieur. Mondjo ouvre un œil, on dirait qu’il veut voir ma tête, alors je fais celle qui ne remarque rien. Je ne sais pas si je dois remarquer ou pas. « Voilà », je dis, arrêtant les gouzgouz. »
