
En 1989, en Croatie, dans une petite ville côtière, une famille vit ses derniers instants insouciants : les jumeaux de 17 ans, Silva et Mate, et leurs parents Vesna et Jakov dînent ensemble. Les jeunes sortent mais Silva ne reviendra pas. Jamais. Sa disparition plonge les trois autres membres de la famille dans l’effroi, les hommes partent à sa recherche en parallèle du travail de la police et la mère tombe dans une grande hébétude. Les mois passent et les pistes sont maigres jusqu’au jour où une jeune femme, Elda, se souvient avoir vu Silva le lendemain de sa disparition, à la gare routière, prête à quitter le pays. C’est un beau cadeau pour la famille de savoir que Silva a disparu de son plein gré mais, surtout, est sans doute encore vivante. Mate n’en poursuit pas moins ses recherches et, quelques années plus tard, à l’heure d’internet, il va créer un site pour retrouver Silva, il va continuer à voyager partout où les moindres pistes et indices le mèneront. Et retrouver Elda, la femme qui a vu Silva pour la dernière fois…
C’est un polar totalement réussi qui prend son temps et se laisse goûter doucettement. Ce qui est appréciable, c’est, qu’en plus de l’enquête, du portrait précis et juste qui est brossé des personnages, une photographie de la Yougoslavie puis de la Croatie est faite sur une période allant de 1989 à 2017. Roman noir qui offre la rétrospective d’un pays qui a été communiste, qui a connu la guerre civile, qui est entré dans l’Europe avant de voir le tourisme se développer… et fait un constat plus négatif que positif : simplicité et authenticité ont cédé la place à quelque chose de surfait et d’artificiel, la gangrène a pris. En somme, un roman prenant et intéressant qui a obtenu de belles récompenses amplement méritées ; je recommande vivement !
Le jour des dix-sept ans de Silva, sans elle : « Silva, elle, n’est ni morte ni vivante. Silva a disparu et pour une personne disparue, vous n'allez pas au cimetière, vous ne préparez pas de gâteau. Vous ne pouvez rien fêter avec elle, vous ne pouvez pas la pleurer, vous ne pouvez pas échanger avec elle ou échafauder des projets. Si Silva p n'avait pas disparu, ils parleraient avec elle de ses études futures, de son permis de conduire, de sa place à la cité universitaire. En lieu et place de Silva vivante, ils ont maintenant une photo d'elle. Vesna l’a placée à un endroit visible, au-dessus de la table de la salle de séjour. Elle l’a placée là comme le rappel constant qu'ils ne sont pas au complet, qu'il leur reste en permanence une tâche à accomplir, un manque à combler. »
« Bien que la nuit soit calme, qu'il n'y ait pas de vent, l'eau n'est pas tranquille. Elle ondule, elle se cabre et vient cogner contre la roche, elle fait des vagues qui s'entrechoquent et s'écrasent contre les parois verticales. C’est le soir. L’eau est d’un bleu foncé. Et d’un coup, de bleue elle devient rouge. Elle prend la couleur du sang et commence à grossir, comme lors de l’inondation biblique de l’Egypte. Les eaux rouges grossissent et grossissent. »
C'est encore un cadeau de Michaël que je remercie +++ et qui décidément a encore tapé dans le mille !
