
C’est l’histoire de deux êtres brisés par une enfance et une adolescence malheureuses. Camille a dû vivre avec une mère célibataire volage et méchante, des deux, c’est elle qui s’est toujours montrée la plus sérieuse. Jérémy, lui, porte un fardeau peut-être encore plus lourd puisqu’adolescent il a perdu sa mère dans un accident de voiture, avant d’apprendre quelques mois plus tard, qu’elle s’était en réalité suicidée. Camille et Jérémy se retrouvent un peu par hasard, à vivre ensemble et à « essayer de s’aimer, de respirer, de vivre. Essayer de se lier et de porter ensemble le poids des chagrins » même si Jérémy le mutique ne parvient qu’à ériger des barrières autour de lui. Réussiront-ils à vivre ensemble voire à fonder une famille ?
C’est un roman triste, percutant mais somptueusement écrit qui m’a envoûtée de bout en bout. Antoine Dole s’extrait pour la première fois de la littérature jeunesse pour nous livrer une œuvre âpre qui remue nos tripes (parfois un peu trop). Fin psychologue, il ausculte les méandres d’une âme blessée. Il faut avouer qu’on attend un sursaut de vie pour Jérémy (qui arrivera – ou pas – je ne vous dirai rien mais cette accélération finale du rythme m’a beaucoup plu). Je ne suis pas passée loin du « coup de cœur », j’y ai renoncé parce que le personnage central s’enlise tout de même un peu trop dans sa noirceur. J’ai pensé à Olivier Adam tout le long de ma lecture -lui aussi aime sombrer pour mieux jaillir. Un livre marquant.
« Vivre est une inquiétude qui ne s’apaise pas. Une démangeaison. Alors on gratte, et on gratte encore. A la recherche d’une sensation plus forte que les autres. D’une raison qui justifie qu’on s’inflige ça. On ne trouve rien. Le plus infime morceau de soi à ciel ouvert, on ne trouve rien. Vivre, c’est courir après l’espoir d’être vivant, accepter en soi une faim que rien ne peut éteindre. S’essouffler à croire, vouloir, à demeurer dans le mouvement. »
« On fait ce qu’on peut, avec ce qu’on a. C’est ça la vérité. La seule chose à comprendre. Pour le deviner il faut s’être tenu à la frontière de soi. Cet endroit des limites solides, celles auxquelles on se heurte un jour, malgré toute la bonne volonté, tout le courage. On découvre l’évidence : cette vie n’est facile pour personne et elle ne nous doit rien. »
