
Yvan, cinquante ans, a perdu récemment son boulot, ses parents et sa femme qui s’est éloignée vivre et travailler à Taïwan. Père de deux enfants adultes vivant chacun de leur côté, il trouve refuge dans une maison dans le Jura où il va entreposer les cartons contenant les souvenirs de sa vie, de celle de ses parents. Il passe son temps à déblayer les tas de neige devant la maison, à regarder les avions passer dans le bleu du ciel, à prendre en photo les objets de son enfance et à tenter d’inviter des amis pour éviter la solitude… Une courte liaison va briser sa routine sans l’aider à se sentir mieux.
Dans cette bonne grosse BD de 108 pages, le personnage principal passe par une étape qui pourrait être une parenthèse dans sa vie, il évoque lui-même un « sas » où il se remet en question. Bien obligé de faire le deuil d’une partie de son passé, il peine à se projeter dans un avenir plus qu’incertain. Dit autrement, c’est une BD sur l’art d’assumer ses cinquante ans, sa bedaine, sa calvitie, son manque de tact, ses erreurs, sa solitude, cette nostalgie omniprésente. J’ai passé un très agréable moment, les dessins de Davodeau sont un bonheur visuel et l’histoire est attendrissante. Les photos qui remplissent une petite dizaine de planches m’ont rappelé de propres souvenirs, le côté kitsch et obsolète des objets se fait oublier : est mis en valeur tout ce qui a été et ne sera plus. A noter, les trois auteurs se sont inspirés d’une page de la vie réelle de l’un d’entre eux. La symbolique de la neige est forte : Yvan s’y enfonce souvent, peine à ressortir de cette poudreuse qui s’accumule, emplit tout l’espace, il déneige, range, trie… pour finir dans un avion, dans un ciel limpide. Une belle conclusion : « On est vivants, mec ! Je ne sais pas à quoi ça sert, mais on est vivants ! »
La BD... j'ai découvert cet univers génialissime très tard, et une de mes premières heureuses découvertes fut Davodeau.

