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27 février 2015 5 27 /02 /février /2015 10:24

 

 

            J’avais laissé Marco Louis, à la fin du tome 2, avec une nouvelle terrifiante (si vous avez pour projet la lecture de la série, ne continuez pas à lire…) : le suicide de son père. Comment vit-on avec ça ? Marco va passer par différentes étapes. Il va tenter de reconstruire le passé d’un père mystérieux et silencieux sur ses envies, ses amours, ses projets. Même son journal soi-disant intime ne révèle rien de personnel. Il n’y parle même pas de ses deux fils…

            A côté de ça, la vie doit continuer. Emilie et Marco poursuivent leur petit bout de chemin de couple, parfois troublé par l’envie grandissante d’Emilie d’avoir un bébé. Marco a aussi la bonne surprise de se voir proposer la publication d’un livre reprenant les photos des ouvriers (voir tome 2). Il y a, encore une fois, des moments magnifiques, comme celui où un vieil homme parvient à attirer une chouette tout près de lui, celui où un psy (car Marco retourne voir un psy, après une pause – de courte durée) lui demande s’il est libre les vingt prochaines années…

            Je baisse légèrement ma note en assumant totalement mon ingratitude et ma mauvaise foi. L’album est excellent mais il m’a sérieusement déprimée, les rayons de soleil propres à Larcenet ne sont que trop rarement apparus ici.

 

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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 20:37

 

 

Encore un album de Lupano tout à fait extraordinaire !

               Un pêcheur breton s’en va, comme tous les matins, sur son petit bateau, avec son copain pêcheur. Il s’est levé tôt mais sa bigoudène d’épouse lui avait préparé une galette œufs/lard avec amour, il est d’aplomb pour commencer la journée. Un peu déprimés par les minuscules poissons pêchés, les deux compères s’aperçoivent trop tard qu’ils sont sur le point d’heurter un énorme chalutier. Le petit bateau « Maria » se fait happer par les immenses filets du « Goldfish » et se fait traîner sur des centaines de kilomètres. Lorsque l’épouse fidèle constate la disparition de son cher et tendre, elle va tout entreprendre pour le retrouver, et ça va la mener bien loin, notamment sur un paquebot de croisière et aux côtés de Fidel Castro, à Cuba.

               Sans dialogues, sans bulles, « sans textes ni onomatopées », cette belle histoire « se lit » avec plaisir. A mi-chemin entre l’épopée et le road trip, cette BD aux dessins sublimes se fait tantôt histoire d’amour, tantôt satire de notre société de consommation. Avec plein d’humour, beaucoup de tendresse et juste ce qu’il faut de poésie, comme toujours chez Lupano, les personnages suivent leur petit bout de chemin, avec détermination et assurance. On a ainsi une grosse bigoudène avec sa coiffe traditionnelle qui apprend à faire de la dentelle à des bimbos en croisière sur l’Atlantique, on a un petit bonhomme aux grandes lunettes perdu au milieu de l’océan et qui n’a pour seule compagne qu’une mouette efflanquée.  Et on se demande comment on peut mêler à ce point le subtil et le brut, le vrai, l’authentique.

 

« 19/20 »

 

 

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13 février 2015 5 13 /02 /février /2015 12:07

 

 

              Si Marco Louis, le photographe en congé sabbatique, affirmait qu’il n’avait plus besoin de psy au début du tome 1, c’est tout le contraire à la fin de ce 2ème tome. Et pour cause… ses angoisses l’handicapent au point de le rendre incapable de s’occuper de sa petite nièce. Il avance doucement dans la vie, accepte de déménager avec sa compagne, découvre avec horreur que son père est atteint de la maladie d’Alzheimer, se réjouit d’exposer des portraits d’ouvriers auprès d’un grand photographe qu’il admire avant de se rendre compte que c’est un salaud, … Les portraits des ouvriers du chantier naval sont l’occasion de s’interroger sur l’art : « J’ai longtemps confondu l’artiste et son œuvre… ce n’est que grâce à la psychanalyse, par étapes successives, que j’ai vaguement pu dissocier les deux . On peut être un grand artiste et un sale con. On peut faire des choses très belles en étant soi-même assez moche. On peut saisir toute la beauté du monde sur du papier mais n’en jamais faire partie… »

               Larcenet avait réussi à nous amuser et à nous faire rire avec Le Retour à la terre, ici, il nous émeut avec le même talent. Sans être jamais larmoyant, il sonde l’âme humaine en extrayant le meilleur et le pire. Superbe. Ce n’est pas étonnant que ce tome ait reçu le Prix du Meilleur Album à Angoulême en 2004.

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5 février 2015 4 05 /02 /février /2015 15:04

 

 

              Mon chagrin de quitter Manu Larcenet à la fin du Retour à la terre a été atténué lors de la découverte de cette série, avec ce premier tome très prometteur.

              Le héros de cet album s’appelle Marco, il est photographe mais a préféré faire une pause dans son métier de reporter. Il vit seul à la campagne et connaît régulièrement des crises d’angoisse. Pourtant, il a fait le choix de quitter le psy qui le suivait depuis huit ans. Marco a aussi un frère avec qui il fume de « gros pétards », un chat très méchant (Adolf !) qui lui fait malgré tout des câlins (j’ai le même à la maison !) et des parents qu’il ne voit pas souvent pour cause d’incompatibilité.

               Le « combat ordinaire », c’est celui de la vie de tous les jours ou comment vivre avec les autres, comment établir une relation stable et épanouissante avec sa nouvelle copine (la vétérinaire qui a soigné son chat), comment accepter que le gentil pêcheur à qui on se confie est un ancien tueur (et ce personnage a une ressemblance très forte avec l’ermite du Retour à la terre) ou comment supporter un voisin très con.

               Moins drôle que Le retour à la terre, l’album se veut plus sérieux, plus introspectif, plus pessimiste aussi à travers une vision sombre de la société actuelle. Il me tarde de découvrir la suite.

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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 15:53

 

          Le hasard a encore une fois bien fait les choses. Cette première de couverture farcie de gens qui font la tête m’intriguait.

          Cet album est dédié aux malheurs de la vie, à l’ironie du sort, aux tournures fâcheuses que peut prendre l’existence de chaque homme. En deux temps trois mouvements, les auteurs se moquent de nos travers, les amplifie, et on obtient une vision satirique bien désastreuse sur la condition humaine, et pourtant c’est très drôle. Quelques exemples :

  • Un petit marchand de légumes vend ses biens dans une camionnette. Une case plus loin, il se pose dans une petite boutique, avant de s’agrandir en « Légumes World ». Enfin la marque devient internationale puisqu’elle recouvre camions et avions. Jusqu’au jour où l’homme d’affaires chanceux est victime d’une attaque cardiaque et devient… un légume !
  • C’est un ouvrier qui assemble des pièces de tondeuse… le lundi, le mardi, le mercredi, le jeudi, le vendredi… et qui tond le gazon les samedi-dimanche.
  • On suit un homme à toutes les étapes de sa vie, englouti par la ville, les bruits des rues, la pollution. Il n’a qu’un rêve : trois arbres symbolisant la nature et le calme. Il va les retrouver… quand il sera enterré, au cimetière.
  • C’est un petit Africain, presque nu, qui va remplir sa bassine à l’unique robinet du village. La remplir, il ne pourra pas car seules quelques gouttes en sortiront. La dernière case montre un père de famille qui asperge abondamment ses enfants jouant dans une piscine emplie d’eau.

           De l’humour noir à un cynisme délicieux, en passant par un humour pince sans rire, c’est la brièveté qui crée l’efficacité pour ces histoires très courtes, presque sans texte, dignes de figurer sur le site VDM. On se moque de tout, sans honte aucune, et ça fait du bien !

 

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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 20:33

 

 

         Voilà, c’est fini… Encore une série que j’achève dans les larmes et la souffrance (mon mari dit que j’ai un petit côté marseillais, naaan, à peine !)

          Manu se sent un peu seul. Certes, Capucine a grandi, elle est maintenant une adorable mignonette, mais elle est très occupée à faire des papouilles à ces pingouins en peluche et à poursuivre le chat (qui va parfois si loin !). Mariette s’affaire avec passion à ses cours à la fac. Alors Manu, en papa solo, gère tant bien que mal le repassage et la cuisine. Il essaye de chercher une nounou pour Capucine mais aucun n’est assez bien pour la mini-demoiselle. Il se change les idées en prenant part aux élections municipales et, attention, même si les Ravenelles est un petit bled paumé, il est aussi question de corruption, de fraude et de diffamation.

            Lorsque le couple Mariette et Manu se remet en question, c’est à cause de l’arrivée du pote Ferri, oui, le scénariste de la BD lui-même. Il se trouve que Mariette rit à ses blagues, le trouve drôle lui, et ça, Manu a du mal à l’accepter. Heureusement que son ermite est toujours là pour lui permettre de prendre de la hauteur (dans tous les sens du terme).

            Au final, une BD attendrissante, attachante parce qu’elle est simple, parce qu’elle nous parle des problèmes quotidiens, parce que le narrateur-personnage principal-auteur sait pratiquer l’auto-dérision avec justesse et raffinement. J’ai l’impression d’avoir encore plus ri pour ce tome que pour les précédents. Ce sont de petits détails qui font le charme de cette BD si humaine, comme la chatière que Manu installe et que le chat refuse de prendre, comme le pull qu’il se commande sur Internet et qui est ridiculement trop grand et trop coloré. Il va me manquer ce Manu Larssinet… heureusement que j’ai encore du Manu Larcenet sous le coude !

 

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 15:13

 

Encore une BD gastronomique !

           Ici, c’est le dessinateur qui a accompagné le célèbre et médiatique cuisinier sur les routes de France à la rencontre de ses producteurs préférés : un spécialiste du Beaujolais, un pêcheur à Chausey, un coutelier à Thiers ou encore une truffière (le mot existe ?) à Gramenon. C’est bien sûr un hommage à la bonne bouffe, aux bons produits du terroir, aux rencontres intéressantes et délicieuses. J’ai ainsi compris pourquoi le Côte-Rôtie était si cher (avec ses impressionnants sols en pente), j’ai appris à fabriquer un couteau (je fais à peine un raccourci !), j’ai découvert qu’Yves Camdeborde était à l’origine de la « Bistronomie » (une très bonne cuisine ouverte à tous… bon, 60 euros le menu un midi de semaine, quand même…) et j’ai suivi la fabrication du  beurre de baratte.

              Moi qui suis pourtant une sacrée amatrice de bonne chair et de bons vins, je me suis un peu ennuyée par moments. Yves Camdeborde veut rendre hommage à ses producteurs et ça a un côté un peu trop personnel. Elitiste peut-être aussi, à en juger les quelques (trop rares !) recettes proposées (sans truffes, ni homard, ni foie gras, vous n’irez pas bien loin.) Ça manque de piment, de chaleur. Et puis encore s’entendre dire qu’il ne faut pas se laisser bouffer par l’industrie, et acheter local et bio, et ne pas consommer des fraises en hiver, bof.

            Restent les très beaux dessins de Ferrandez et là, on se régale vraiment, les paysages sont succulents, des aquarelles douces qui occupent une double planche. C’est ce qu’il fait de mieux, Ferrandez, les paysages, je m’en étais déjà rendu compte lors de la lecture de L’Étranger. Ses Carnets d’Orient doivent valoir le détour, pour cette même raison.

« 15/20 »

 

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6 janvier 2015 2 06 /01 /janvier /2015 18:10

             Non seulement le Grand Scénariste Lupano est bien incapable de faire quelque chose de juste moyen mais en plus, il sait toujours s’accompagner des meilleurs.

           Vincent n’a que 30 ans et pourtant, il a déjà en partie raté sa vie. Après une enfance médiocre, des passages à vide, des années dédiées à l’alcool et à la drogue, d’autres aux petits boulots minables, il rencontre enfin le bonheur et l’amour au Sénégal, avec une belle jeune Noire appelée Rana. Mais Vincent fout tout en l’air : Rana tombe enceinte, notre blondinet français panique et retourne à Paris. Ce n’est que quelques mois plus tard qu’il se rend compte de son erreur et n’a qu’une envie : trouver assez d’argent pour retourner en Afrique et vivre avec Rana.

           Pour se faire assez de blé, Vincent a une idée qu’il trouve géniale. Avec un pote, Gaby, qui ne fait que se battre, jurer et se saouler, il décide de braquer un fourgon. Mais attention, chaque détail a été étudié et surtout, les pseudo malfaiteurs n’auront pas recours à la violence. Ils prendront le fils de Bernard, le convoyeur de fonds, Ludo, en otage. Ils utiliseront des armes factices et, cerise sur le gâteau, ils donneront même 30% de l’argent volé aux trois convoyeurs de fond. La veille du jour J, un fâcheux événement vient contrarier les plans de nos criminels en herbe. Ils surprennent le convoyeur de fond et sa femme dans un bar homo. Atterris là un peu par hasard, Bernard et son épouse y trouvent Ludo, leur fils, en train d’embrasser le barman. Cette révélation sera un électrochoc pour les parents mais aussi pour Ludo qui va tenter de mettre fin à ses jours.

            Dans une trame qui est tout sauf linéaire, on découvre petit à petit la vie et les motivations d’un gars paumé et gentil. Outre la belle leçon d’humanité, on comprend aussi que le con ne s’est pas fait tout seul, que c’est parce qu’il a vécu des trucs très moches dans une société souvent pourrie jusqu’à l’os ou parce qu’il a des parents cons qu’il l’est aussi… et qu’en nous tous sommeille peut-être un con. Sur ces jolies paroles poétiques, je vous invite vivement à lire Lupano, à même tout lire de lui, tellement ce scénariste a du talent ! 

BD copieuse et mouvementée.

 

« Réussir sa vie dans le monde qui est le nôtre est un projet qui me semble aussi raisonnable que d’essayer de s’accrocher au pinceau quand quelqu’un t’enlève l’échelle… et j’ai même la sensation qu’aujourd’hui, on s’enlève nous-mêmes l’échelle sur laquelle on tient… »

 

« 19/20 »

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26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 16:53

 

 

               Faut-il encore présenter cette BD qui sommeillait dans ma PAL, l’air de rien, depuis des mois et des mois ?

               C’est dans un tribunal que démarre l’histoire. Un jugement doit être rendu, on ne sait pas exactement de qui et pour quoi mais on a besoin de connaître l’extraordinaire histoire de Paul et de Louise.

               Paul et Louise sont jeunes et amoureux. Tout se passe très vite entre eux, très bien aussi. Jusqu’au jour où Paul est appelé à défendre son pays. En 1918, devenir caporal n’est pas une mince affaire. Lorsque Paul voit la tête d’un copain arrachée par un obus, c’est trop. Il se coupe un doigt, feint une surinfection pour éviter les tranchées et retrouver sa jeune épouse mais ça ne suffit pas. Il décide alors de déserter. Après un long temps d’ennui et de solitude de reclus dans une chambre minable, Paul, aidé de Louise, se travestit en femme pour pouvoir sortir impunément. Il prend non seulement goût à cette liberté retrouvée mais aussi aux manières, aux vêtements, aux allures, aux conversations des femmes. Bref, être une femme, être cette Suzanne qu’il s’est inventé, lui plaît au point d’en jouer. Il séduit les hommes, se fait des copines. Louise suit tant bien que mal la cadence effrénée et alcoolique de son compagnon. Quand, dix ans plus tard, les déserteurs sont amnistiés, c’est la fête. Paul se coupe les cheveux, veut se trouver un travail à l’usine, se bat comme un homme. Oui, mais on n’oublie pas si vite dix ans de sa vie. Paul est en manque de la femme qu’il a été et une nuit, Louise le surprend à se peindre les ongles en rouge. La fin de l’histoire est violente et passionnelle… et si c’est Louise qui est dans le box des accusés, c’est parce qu’elle a tué par amour, et pour lui, et pour l’enfant qu’elle portait de lui.

             Inspirée d’une histoire vraie, l’intrigue passionnante m’a fait penser à Au revoir là-haut de Lemaitre. Ici aussi, il est question de transformation physique liée aux traumatismes de la guerre. J’ai préféré le passage où Paul, petit à petit, apprend à changer de sexe, à se fondre dans la foule féminine, ce qui a modifié ses droits et devoirs.  Il n’est plus vraiment un homme, il n’est pas tout à fait une femme, et ce mélange des genres ouvre une belle réflexion sur l’identité et le paraître. Emportée par la musique des Années folles, j’ai été complètement happée par cette fabuleuse histoire romanesque. Le dessin laisse une grande place à l’imagination : peu de couleurs, aucun cadre, des traits souvent imprécis. J’ai été bluffée par le talent de Chloé Cruchaudet et je fais de cet album un grand coup de cœur ! Bravo l’artiste !

20/20

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19 décembre 2014 5 19 /12 /décembre /2014 11:14

 

D’après les souvenirs d’Alan Ingram Cope.

            Ce gros album, étonnant, riche et dense raconte une partie de la vie d’Alan Cope. Emmanuel Guibert l’a croisé par hasard à trente ans, Alan en avait soixante-neuf et les deux hommes sont devenus amis. C’est le talent de conteur de l’Américain qui a décidé le Français à faire de ses souvenirs un livre.

             Alan a dix-huit ans en 1942 quand il a été appelé, comme tous les jeunes Américains, à défendre son pays, les Etats-Unis, contre l’Allemagne. Il ne sait pas trop ce qui l’attend et c’est le jour de ses vingt-ans, le 19 février 45, qu’il foule, pour la première fois, le sol français. Il arrive au Havre, ville détruite, après un entraînement long et intensif aux Etats-Unis.

             C’est donc la guerre vue par Alan qui nous est contée. De guerre, au final, il n’en aura pas fait grand-chose mais ce voyage à travers la France puis l’Allemagne puis la Pologne lui permettra surtout de faire de belles rencontres. Au quotidien, la vie d’un GI peut se révéler difficile : se dépatouiller avec des morpions mal placés, conduire des chars trop lourds, manger des rations de campagne peu ragoûtantes, passer des nuits blanches, … mais Alan connaît aussi des moments très agréables : il est souvent bien accueilli par l’autochtone et scelle des amitiés qui vont durer longtemps.

           Ce qui m’a frappée, c’est l’absence d’action à partir du moment où les GI avaient mis le pied sur le sol européen. Les soldats ne font rien à part avancer avec leurs chars. Ils risquent leur vie à plusieurs reprises mais pas dans le sens où on s’y attend. Alan tombe de la lucarne d’une grange parce qu’on y avait ôté l’échelle, un autre soldat se fait écraser par le char qui lui suivait parce qu’il a fait du surplace, certaines jeeps sont tombées dans le vide à cause de ponts soudainement brisés. L’absurdité et l’inutilité des faits et gestes des GI est effarante. Alan n’en reste pas moins un homme cultivé, bon et sincère. Son récit (car on suppose que Guibert a repris presque telles quelles les paroles de l’Américain) simple et chronologique, laisse une grande place à la candeur. Alan dit quand il a été très bon, il avoue aussi ses torts à plusieurs reprises. On n’a pas l’impression que l’homme est parti faire la guerre, il n’évoque presque jamais l’ennemi ni le nazisme qu’il est censé combattre.

          Moi qui me plains souvent de la brièveté des BD, j’en ai eu pour mon compte cette fois-ci avec ce volume qui contient trois tomes et pas moins de 298 pages. Il sommeillait depuis un moment dans ma PAL parce que je craignais de m’ennuyer avec un tel sujet. Ça n’a pas été le cas, cette lecture a été un plaisir. Le noir et blanc ne m'a pas du tout dérangée. Plus qu’un récit de guerre, c’est une leçon de vie qu’on trouve parmi toutes les aventures et pérégrinations d’Alan. Voilà le résultat de deux philanthropes : Guibert qui rend merveilleusement hommage à un homme qui n’est plus et Alan qui s’est toujours souvenu de toutes ses rencontres avec une remarquable précision, car c’est l’Homme qui compte le plus ici.

 

18/20

 

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