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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 12:47

 

 

Moi qui pensais découvrir avec un auteur québécois, un petit pan de paysage et de vie québécoises, j’ai eu droit à une douche froide ! C’est une histoire condensée du Rwanda que l’écrivain nous propose. Le style est journalistique, sans détour et sans apprêts.

Réalité historique romancée, cette fiction se veut aussi une chronique du génocide rwandais des années 90. Courtemanche précise dans son préambule que les scènes de violence et de cruauté décrites dans le livre sont bien réelles. Une impression de malaise perdure pendant la lecture du roman et quitte difficilement le lecteur une fois le livre refermé. Non, ce n’est pas une partie de plaisir ni une lecture-divertissement.

C’est à travers le regard, les pensées et les pérégrinations de Bernard Valcourt, un journaliste (sans doute un miroir de Courtemanche lui-même, lui aussi journaliste, lui aussi spécialiste du Rwanda) qui tente de mettre sur pied un service de télé, que l’on découvre un pays blessé, mutilé, suintant. Les Hutus sont quantitativement supérieurs aux Tutsis ; ils ont donc décidé de les exterminer. L’auteur parle, à juste titre, de « nazisme tropical » : « ici, ce serait l’Holocauste barbare, le cataclysme des pauvres, le triomphe de la machette et de la massue. Déjà dans la province de Bugesera, les cadavres flottaient sur le lac Mugesera et allaient rejoindre la Kagera, source légendaire du Nil ». Comme si les cruautés humaines ne suffisaient pas, le sida sévit dans ce pays régi par le sexe et les viols. Un tiers de la population est atteinte du sida et certains sont soulagés de mourir de cette maladie plutôt que de coups de machette. La mort n’est, par ailleurs, « rien d’autre qu’un geste quotidien ».

            Revers positif : les Rwandais vivent au jour le jour, ils arrivent à être heureux parce qu’aujourd’hui, à ce moment x,  tout va bien même s’ils sont sidéens et en guerre. Un Africain s’adresse en ces termes au pessimisme de l’Occidental : « Je te dis, tu nous fais peur un peu parce que tu nous fais réfléchir. Nous sentons dans tes yeux ce que tu vois dans ta tête. Tu vois des morts, des squelettes, et en plus tu voudrais que nous parlions comme des mourants. Je le ferai quelques secondes avant de mourir, mais jusque-là, moi, je vis, je baise, je ris. C’est toi qui parles comme un mourant, comme si chaque phrase était la dernière. (…) Tu nous laisses tranquillement mourir en vie ».

Les Tutsis sont plus pâles, plus grands et plus élancés que les Hutus. Gentille, une jeune Hutu dont Valcourt s’éprend avant de l’épouser, a le malheur d’être belle comme le jour et de correspondre au physique des Tutsis. Dans ce pays où la vie ne tient « qu’à un mot, à un caprice, à un désir, à un nez trop fin ou à une jambe trop longue », elle se fera capturer, violer des dizaines de fois, couper les mamelons à la hachette et transformée en morte même avant de quitter la vie.

On se sent cons et démunis en tant qu’Occidentaux forcément ignorants et sourds à ce qui se passe ailleurs dans le monde, mais également honteux d’appartenir à cette race d’humains capables des pires horreurs.

C’est un livre qu’on ne relit pas, non, mais qu’il faudrait avoir lu.

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commentaires

E
<br /> N'étant pas sûre de supporter, je passe.<br /> <br /> <br />
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A
<br /> Pas un peu trop dur tout de même, surtout si tu dis que l'auteur ne prend pas de gants.<br /> <br /> <br />
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V
<br /> <br /> si ... et j'en ai subi un sacré contre-coup après lecture... :-/<br /> <br /> <br /> <br />
I
<br /> Ce n'est vraiment pas le type de livre qui m'attire...<br /> <br /> <br />
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