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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 09:56

 

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Un des livres les plus éprouvants que j’ai pu lire de toute ma vie.

 

            L’auteur-narrateur raconte ses enfants, ses deux fils handicapés mentaux. Il décrit sa vie avec eux, il décrit leur vie. Simplement, crûment, sans détour. La réalité dans toute sa vérité.

J’aurais pu citer tout le livre tant il est fort et émouvant. D’espoir, il n’y en a guère. L’humour est noir et caustique, la culpabilisation omniprésente, l’avenir complètement bouché.

« Grâce à vous, j’ai eu des avantages sur les parents d’enfants normaux. Je n’ai pas eu de soucis avec vos études, ni votre orientation professionnelle. Nous n’avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de ce que vous feriez plus tard, on a sur rapidement que ce serait : rien. »

            Mathieu vient au monde déjà bien affaibli ; les parents apprennent d’abord qu’il a un gros retard physique puis que le garçon est également handicapé mental. « On aurait bien voulu le défendre contre le sort qui s’était acharné sur lui. Le plus terrible, c’est qu’on ne pouvait rien. On ne pouvait même pas le consoler, lui dire qu’on l’aimait comme il était, on nous avait dit qu’il était sourd.
Quand je pense que je suis l’auteur de ses jours, des jours terribles qu’il a passés sur Terre, que c’est moi qui l’ai fait venir, j’ai envie de lui demander pardon
 ».

            Un second bébé pointe le bout de son nez et… Thomas est blond, souriant, vif, mais très vite, parents et médecins se rendent compte de sa fragilité. Second coup du sort, Thomas est également handicapé.

Le père semble maintenir la tête de l’eau grâce à l’humour : «  Avec moi, la nature a eu la main lourde.

Même TF1, pour rendre le héros bouleversant et faire pleurer dans les chaumières, n’oserait pas mettre ce genre de situation dans un téléfilm, par peur d’en faire trop, de ne pas être pris au sérieux et, finalement, de faire rire. »

C’est l’impossibilité de vivre une existence ordinaire qui cadence le livre, les rêves tombent à l’eau et les espoirs sont inimaginables. Les garçons ne connaîtront jamais la musique, n’apprécieront jamais un beau paysage.

« On ne pourra jamais rien admirer ensemble » est la phrase qui m’a peut-être le plus remuée.

            Mathieu meurt à 15 ans quelques jours après avoir été opéré pour redresser sa colonne vertébrale.
Car ces enfants vieillissent plus vite que les autres. Ils passent d’un état de bébé à celui de vieillard. Courbés et bossus à trente ans, l’emploi du temps de leur journée consiste à suçoter leur ours en peluche, à gribouiller sur des feuilles en papier (ou ailleurs) et à répéter inlassablement les mêmes phrases. « Où on va, papa ? » fait d’ailleurs partie de ces questions qui n’attendent même pas de réponse.

L’auteur parle très peu d’amour, il se moque de ses fils, se montre souvent cruel, cruel avec eux, avec lui-même, avec la vie. Mais certaines remarques ne sont pas dénuées de tendresse et de poésie. Thomas et Mathieu parlent le lutin et ont « de la paille dans la tête ». Il les compare souvent aux animaux aussi, avec leur cervelle de moineaux. C’est dur, rude mais vrai.

Du début à la fin du livre, je ne cessais de me dire quelle chance j’ai, quelle chance… on l’oublie parfois.

« Que ceux qui n’ont jamais eu peur d’avoir un enfant anormal lèvent la main. 

Personne n’a levé la main.

Tout le monde y pense, comme on pense à un tremblement de terre, comme on pense à la fin du monde, quelque chose qui n’arrive qu’une fois.
J’ai eu deux fins du monde
  »

 

Le jour de la fête des Pères : « ce jour-là, pourtant, j’aurais donné cher pour un pot de yaourt que Mathieu aurait transformé en vide-poches. Il l’aurait habillé avec de la feutrine mauve et il aurait collé dessus des étoiles qu’il aurait découpée lui-même dans du papier doré. Ce jour-là, j’aurais donné cher pour avoir un compliment mal écrit par Thomas, où il aurait réussi à tracer, avec beaucoup de difficulté : « Je tème bocou ». (…) Ils n’ont rien fait. Pas par mauvaise volonté, pas parce qu’ils n’ont pas voulu, je pense qu’ils auraient bien voulu, ils n’ont pas pu. A cause de leurs mains qui tremblent, de leurs yeux qui ne voient pas bien clair et de la paille qu’il y a dans leur tête. »

Ca nous remet en place et nous protège aussi des conneries du style, dire devant le berceau de son bébé « On ne voudrait pas qu’il grandisse, on voudrait qu’il reste toujours comme ça. »

L’acmé du roman, c’est cette lettre fictive écrite par Thomas et adressée à son père. Elle commence ainsi :

« On ne te félicite pas pour ce que tu as fait : regarde-nous. C’était si difficile de faire des enfants comme tout le monde ? Quand on sait le nombre d’enfants normaux qui naissent tous les jours et qu’on voit la tête de certains parents, on se dit que ça ne doit pas être bien sorcier. On ne te demandait pas de faire des petits génies, seulement des normaux. Une fois encore, tu n’as pas voulu faire comme les autres, tu as gagné, et nous on a perdu. »

Je ne sais que rajouter, quelle conclusion tirer de cette inoubliable lecture. Le mot « injustice » m’est venu à l’esprit plus d’une fois. J’ai pensé aux parents qui se doivent de continuer à vivre malgré tout, même si la folie les hante, même si la mort les côtoie de près. C’est peut-être la touche positive du roman. Un hymne à la vie : il faut poursuivre, avancer, se battre, lutter, vivre ou survivre … malgré tout.

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commentaires

calypso 25/01/2011 21:27



J'avais été également très touchée.



Karine:) 22/01/2011 17:56



J'ai été moins touchée que toi, peut-être parce que ce discours, je l'ai entendu souvent dans le cadre de mon travail, de la bouche de parents d'enfants que je connaissais.  C'est une
manière de survivre dans une situation qui n'est pas rose tous les jours...



Violette 22/01/2011 22:27



une vision donc bien réaliste...



pimprenelle 22/01/2011 11:11



J'ai été très touchée par ce livre. Plus généralement, j'aime beaucoup ce qu'écrit cet auteur et son humour si particulier.



Violette 22/01/2011 12:06



je lirai d'autres titres de cet auteur, celui-là m'a donné envie.



Géraldine 20/01/2011 21:16



Je n'ai pas envie de lire ce livre et n'en ai jamais eu envie. PAr contre, découvrir l'auteur oui, j'ai 2 livres de lui dans ma PAL depuis un moment.



Violette 21/01/2011 09:28



pour moi, c'était une première et effectivement, j'aimerais lire autre chose de lui.



Theoma 19/01/2011 10:41



Une lecture très forte, la vision d'un père. La maman avait souhaité donné sa version et j'en avais été touchée. Elle a dû fermer son blog par décision de justice. Triste.



Violette 19/01/2011 11:20



justement, je n'ai pas réussi à trouver la version de la mère.



lasardine 18/01/2011 17:08



un livre qui j'avais beaucoup aimé à sa sortie et que je suis très contente d'avoir lu avant d'avoir entendu la polémique l'entourant, celle qui freine maintenant d'éventuels futurs lecteurs,
dommage... je crois qu'il faut le prendre comme il est!


un livre marquant quoi qu'il en soit!



Violette 18/01/2011 20:04



je n'ai pas entendu parler de polémique mais j'ai cherché un peu sur le net. Rien ne m'a choquée. Y'en a peut-être qui se voilent la face et qui crient ainsi au scandale...



Irrégulière 18/01/2011 12:50



éprouvant = je fuis.



Violette 18/01/2011 15:33



le sujet m'effrayait mais Fournier en parle bien, de manière émouvante et drôle.



Lystig 17/01/2011 21:59



je fus qq peu refroidie par les polémiques



Violette 18/01/2011 15:31



je me suis un peu renseignée à ce sujet... bon...



Neph 17/01/2011 17:54



J'en ai aussi beaucoup entendu parler à sa sortie, mais jamais lu tant d'extraits : merci ! Bien que le sujet ne soit pas facile à aborder, je serais curieuse de le lire...



Violette 17/01/2011 21:03



je crois qu'il mérite vraiment d'être découvert.


(et... de rien! ;-))



Alex-Mot-à-Mots 17/01/2011 15:24



Un roman qui a suscité des polémiques à sa sortie, mais que j'ai trouvé pleins de détachement par arpport à une situation pas facile à vivre au quotidien.



Violette 17/01/2011 15:32



ah oui, ça, il a pris du recul, l'auteur ! ... quel genre de polémiques?



sophie57 17/01/2011 13:11



tu as écrit un billet très juste sur un livre émouvant mais pas dénué d'espoir finalement;



Violette 17/01/2011 13:44



merci. Oui, une pointe d'espoir mais elle est si petite :-((



zarline 17/01/2011 10:39



Je n'ai jamais vraiment eu envie de lire ce livre, trop émotionnel pour moi et le thème de la maternité/paternité me touche moyen mais ton billet donne quand même envie et les extraits sont
intéressants. Si je tombe dessus, je l'embarquerai sûrement. Seuls les imbéciles ne changent pas d'avis



Violette 17/01/2011 10:42



tout à fait ! il se lit d'une traite ce bouquin. Je prends ton message comme un compliment, alors merci ;-)



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