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12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 15:59

C’est en visitant le musée Branly et surtout sa boutique-librairie que j’ai craqué sur ce livre et que j’ai eu une subite envie de lire autre chose que de la littérature, autre chose que de la fiction. J’en ai eu pour mon compte !

            Philippe Descola est un ethnologue qui, avec son épouse Anne-Christine, va partir en immersion totale (il n’y a pas d’autre mot…) en Amazonie, découvrir les Achuar, cette tribu indienne également appelée Jivaros qui vit entre Equateur et Pérou. Difficile de résumer un tel bouquin, si riche, si complet. Disons que les Achuar mangent principalement du manioc, qu’ils sont bien sûr totalement indépendants, que l’argent n’existe pas chez eux, tout fonctionne par troc. La tribu vit des produits de la chasse : pécaris, agoutis, toucans et petits singes. Les chiens, qui sont partout, revêtent pour eux une grande importance. Les hommes sont polygames mais traitent et honorent leurs épouses avec égalité. Le tabac vert est utilisé pour soigner mais, d’après les croyances achuar, les maladies sont toujours issues d’influences malveillantes, de mauvais sorts ; et ils pensent que le paludisme est transmis par la nourriture. Les hommes sont très attachés à leurs mondanités : quand ils reçoivent ou visitent un ami ou un parent, ils passent un temps fou à se dire des banalités comme ça va, je suis content d’être là, , oui, je suis bien là, etc. et le crachat fait partie de ces bonnes manières conviviales : « le crachat ponctue, souligne et donne de l’emphase ; son chuintement confère une sorte de rime aux dialogues. ».  Les Achuar ne se tournent jamais vers le passé, l’Histoire n’existe pas pour eux, pas plus que l’avenir, ils vivent uniquement dans un présent immuable.

Connus pour la coutume des « têtes réduites », les Achuar n’ont plus recours à cette méthode barbare qui consistait à décapiter un cadavre, ôter et jeter le crâne à la rivière en hommage au dieu Anaconda, « préparer » et réduire la tête au tiers de sa taille originelle. Pourtant, chaque homme a déjà tué un ennemi.

Complètement subjuguée et passionnée par les premières pages, cette découverte de l’autre et cette leçon d’humilité m’ont enchantée. Petit à petit, je me suis lassée, le mysticisme occupant une grande place dans la vie des Achuars, j’ai un peu perdu pied. J’ose dire que l’auteur lui-même a ressenti une forme de lassitude face à une tribu qu’il accepte mais ne comprend qu’en partie puisque sa culture n’est pas la même, il a éprouvé le besoin très fort de rentrer chez lui.

Je retiendrai trois choses dans le traitement et la mise à l’écrit de cette découverte d’un autre peuple : l’accueil complètement favorable des Blancs ; le fait que Philippe et Anne-Christine soient venus en couple y est pour quelque chose. Ensuite, le texte est superbement bien écrit. L’auteur le dit lui-même, littérature et ethnologie sont proches et l’ethnologue, pour raconter ce qu’il a vécu, brode à la manière d’un écrivain. Une chose m’a manqué : les sentiments réels des deux Blancs confrontés à ce choc culturel. C’est sans doute le travail de l’ethnologue d’être objectif et neutre mais j’aurais vraiment voulu savoir comment il a dormi, mangé, aimé ou détesté toutes les nouveautés rencontrées. Données personnelles quasi absentes. Au final, la lecture fut longue et parfois éprouvante mais je ne regrette rien et compte bien me plonger à nouveau dans ce genre.

Une coutume peu ragoûtante mais qui se défend: « J’accompagne donc Wajari dans les fourrés qui brodent le Kapawi et me chatouillant la luette, comme il se doit, avec une petite plume, je sacrifie au milieu des vapeurs de l’aube à la coutume quotidienne du vomissement. Les hommes ne sauraient débuter la journée sans cette énergie purgation qui redonne à l’organisme la virginité du ventre vide. Par l’expulsion purificatrice des résidus physiologiques, les Achuar ont trouvé un moyen commode pour abolir le passé et renaître chaque matin au monde avec la fraîcheur de l’amnésie corporelle

« Evidente et détestable, la violence trop commune des époux n’exclut pas la délicatesse des sentiments, voire une conception presque romantique de la sensibilité amoureuse. Ainsi, et malgré l’attitude fanfaronne qu’ils adoptent volontiers, les jeunes gens sont sujets à des accès de langueur où les plonge le désir insatisfait d’une tendresse féminine. »

 

Un petit mythe justifie l’inégalité entre Blancs et Achuar : « Autrefois les ancêtres des Blancs et ceux des Achuar étaient identiques ; un jour un avion est venu ; les ancêtres des Achuar ont eu peur de monter dans l’avion, ceux qui sont partis dans l’avion sont devenus des Blancs ; ils ont appris à tout fabriquer avec des machines, tandis que les Achuar devaient tout faire péniblement avec leurs mains ».

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commentaires

Alex-Mot-à-Mots 15/08/2014 10:13


Une lecture que l'on sent difficile, tout de même.

Violette 15/08/2014 15:12



érudite et pointue, oui.



Odeurs de livres 13/08/2014 06:36


cela doit être interressant à lire .

Violette 13/08/2014 18:25



complètement dépaysant !



Manu 12/08/2014 21:32


C'est sûr que ce genre de livre doit être passionnant mais pas facile à lire.

Violette 13/08/2014 18:19



c'est cela, mais ça doit être une habitude à prendre...



Céline 12/08/2014 16:33


Cela a l'air intéressant, maintenant c'est pas trop mon genre de lecture.


En tout cas, c'est une belle chronique ;)

Violette 13/08/2014 18:19



je n'en lirais pas trois par mois, je te l'avoue. Merci pour le compliment!



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