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14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 21:42

 

Le bras extirpeur a choisi ce livre qui prenait la poussière dans ma PAL. Allez savoir pourquoi celui-ci plutôt qu’un autre ? Il est des livres qui distraient, d’autres qui font réfléchir, qui font peur, qui amusent, qu’on oublie très vite… ce roman fait partie de ceux qui marquent profondément.

            Brodeck est un villageois qui sait écrire. Dans cette période de l’après-guerre, ce talent est rare et c’est pour cela qu’il a été choisi pour rédiger un certain rapport. Ce rapport concerne les circonstances de la mort de l’Anderer, un « étranger » venu vraisemblablement troubler l’équilibre du village. Le roman va bien au-delà que le simple rapport des faits. Il revient sur la guerre, la déportation de Brodeck, sa miraculeuse survie, son nom qu’on a effacé du monument aux morts, du « chien » qu’il a joué à être pour satisfaire les officiers allemands dans le camp d’extermination, le boulot de « nettoyeur de merde » qu’il a endossé sans rechigner et qui l’a sans doute permis de sortir vivant du camp. Brodeck raconte aussi sa rencontre avec son épouse, le viol qu’elle a subi pendant la guerre, la fille qui est née et que Brodeck a adoptée.

Je ne dirais pas que ce livre m’a plu, il est effrayant, extrêmement violent et bouleversant. Il dépeint la vie d’un village habité par des hommes qui n’ont rien d’humain, mus par une même volonté : faire disparaître celui qui est différent, celui qui est étranger, celui qui, peut-être, symbolise leur conscience, la vérité ou une pureté absente de leur vie depuis toujours.

Les quelques passages concernant les camps sont évidemment terrifiants, être rescapé de l’horreur n’est pas un cadeau, et, en sus des souvenirs, l’enfer continue dans ce petit village qu’on pourrait situer en Autriche, en Suisse ou encore en Alsace. La méfiance est un poison qui tue les hommes, la culture, l’art et la réflexion sont des sources de méfiance chez ces habitants ignares et ivrognes. Malgré tout, une lueur d’optimisme point à la fin du roman, véhiculée par ce magnifique personnage qu’est Brodeck, un exemple d’humilité, de bonté et d’espoir en un avenir meilleur.

Ø  Les aveux du prêtre du village, Peiper : « "Les hommes sont bizarres. Ils commettent le pire sans trop se poser de questions, mais ensuite, ils ne peuvent plus vivre avec le souvenir de ce qu'ils ont fait. Il faut qu'ils s'en débarrassent. Alors, ils viennent me voir car ils savent que je suis le seul à pouvoir les soulager, et ils me disent tout. Je suis l'égout, Brodeck. Je ne suis pas le prêtre, je suis l'homme-égout. Celui dans lequel on peut déverser toutes les sanies, toutes les ordures pour se soulager, pour s'alléger. Et ensuite, ils repartent comme si de rien n'était. Tout neufs. Bien propres. Prêts à recommencer. Sachant que l'égout s'est refermé sur ce qu'ils lui ont confié. Qu'il n'en reparlera jamais, à personne. Ils peuvent dormir tranquille, et moi pendant ce temps, Brodeck, moi je déborde, je déborde sous le trop-plein, je n'en peux plus, mais je tiens, j'essaie de tenir. Je mourrai avec tous ce dépôt d'horreur en moi. Vois-tu ce vin ? Eh bien c'est mon seul ami. Il m'endort et me fait oublier, durant quelques instants, toute cette masse immonde que je transporte en moi, ce chargement putride qu'ils m'ont confié. Si je te dis cela, ce n'est pas pour que tu me plaignes, c'est pour que tu comprennes... Tu te sens seul de devoir dire le pire, moi, je me sens seul de devoir l'absoudre."

 

Ø  « L'idiotie est une maladie qui va bien avec la peur. L'une et l'autre s'engraissent mutuellement, créant une gangrène qui en demande qu'à se propager. »

 

Ø  Cette magnifique réflexion sur l’écriture : « Ce récit, si jamais il est lu, le prouve assez, où je ne cesse d’aller vers l’avant, de revenir, de sauter le fil du temps comme une haie, de me perdre sur les côtés, de taire peut-être, sans le faire exprès, l’essentiel. Quand je relis les pages précédentes de mon récit, je me rends compte que je vais dans les mots comme un gibier traqué, qui file vite, zigzague, essaie de décroûter les chiens et les chasseurs lancés à sa poursuite. Il y a de tout dans ce fatras ? J’y vide ma vie. Ecrire, soulage mon cœur et mon ventre…. »

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commentaires

Philisine Cave 29/09/2012 11:04


Pour ce livre que je n'ai pas chroniqué, je ne suis pas sûre de l'avoir parfaitmeent interprété. En en discutant avec d'autres lecteurs, j'ai constaté que nous avions tous des perceptions
différentes de ce livre. En aucun cas, l'histoire ne m'a dérangée mais je dirais très marquée (je garde en souvenir le personnage de la femme de Brodeck, et tu sais pourquoi). Bien à toi.

Violette 07/10/2012 21:07



moi, il m'a dérangée ET marquée! perturbée, je dirais même...



Alex-Mot-à-Mots 18/09/2012 17:25


Un roman dérangeant, tant pas le fond que par la forme, j'avais trouvé.

Violette 23/09/2012 12:16



tu as raison!



Midola 16/09/2012 10:07


Un roman très fort en effet et qu'on garde en mémoire longtemps.

Violette 23/09/2012 20:38



oh oui, très marquant!



béat 15/09/2012 23:12


abandon de lecture très rapidement ..... univers "glauque" .....

Violette 23/09/2012 20:39



je peux le comprendre, j'ai dû un peu me forcer au début...



Philippe D 15/09/2012 21:19


Je n'ai pas pu aller jusqu'au bout. Je pense que j'ai arrêté à la page 90. Je ne l'ai peut-être pas lu au bon moment...


Bon dimanche. 

Violette 23/09/2012 20:40



c'est très difficile à lire, l'écriture n'est pas très fluide et le sujet guère enthousiasmant, je te comprends donc!



saxaoul 15/09/2012 18:52


Je n'ai pas aimé "La petite fille de Monsieur Linh" mais celui là m'a marquée.

Sara 15/09/2012 14:13


Un vrai choc que la lecture de ce roman. J'avais adoré mais c'est un récit assez dur.

Violette 23/09/2012 20:45



je l'ai aussi vécu comme un choc (et j'ai été tentée, plus d'une fois d'en abandonner la lecture)



Jeanmi 15/09/2012 08:37


Un livre vient confirmer un fait qui s'est produit hier. L'un des deux survivant d'Oradour sur Glane vient d'être condamné à 10 000 € de frais de justice et à 1 € de dommages pour avoir
écrit que dans la division "Das Reich" il n'y avait pas que des "Malgré-nous" alsaciens. C'est cette division qui a massacré le village. Or il y a quelques années le maire de Strasbourg avait
présenté ses excuses officielles....

keisha 15/09/2012 07:31


J'avais beaucoup aimé La petite fille de M Linh, pour celui ci, ton billet me tenterai bien, mais le temps, le temps...

Violette 23/09/2012 20:43



je crois que j'ai lu autre chose de cet auteur (mais incapable de m'en souvenir) et je crois aussi que je ne suis pas très fan de son style...



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