Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 13:22

 

null

 

Certains savent que Gide est un de mes écrivains fétiches et je suis ravie de découvrir, encore, des livres qui m’étaient inconnus il y a quelques jours…

La Porte étroite, c’est une lutte entre deux forces apparemment contraires : l’amour et la vertu. Jérôme, le narrateur, s’éprend de sa cousine, Alissa. Alors que cet amour réciproque semblait mener à une union officialisée, ils apprennent que Juliette, la jeune sœur d’Alissa est, elle aussi, éprise de Jérôme. Dans ces conditions, le mariage ne se fera pas. Pourtant, Juliette arrive à oublier son premier amour, se marie avec Edouard et quitte la demeure familiale. Alissa renonce néanmoins aux joies simples de l’amour pour se tourner vers un idéal inaccessible. Elle s’en remet à Dieu : « Grâce à toi, mon ami, mon rêve était monté si haut que tout contentement humain l’eût fait déchoir. J’ai souvent réfléchi à ce qu’eût été notre vie l’un avec l’autre ; dès qu’il n’eût plus été parfait, je n’aurais plus pu supporter … notre amour. »

Nous suivons à travers ce roman initiatique l’évolution des sentiments et la progression du renoncement d’Alissa. Se voyant peu et s’écrivant beaucoup, les deux êtres semblent indissociables, unis pour toujours : « O mon frère ! je ne suis vraiment moi, plus que moi, qu’avec toi… » mais Alissa vise plus haut, toujours plus haut, et leur relation virtuelle et platonique cède peu à peu la place à une ambition plus élevée. Alissa prononce ainsi des phrases cruelles à l’égard de son bien-aimé : «  De loin, je t’aimais davantage  » ; « nous ne sommes pas n’a pour le bonheur  » ou encore : « Tu tombes amoureux d’un fantôme  ». Cette recherche d’absolu et d’abnégation conduira pourtant les deux amoureux au malheur. Alissa mourra seule et incomprise et Jérôme n’aura plus que le journal intime de sa promise pour se consoler. Elle écrit : « Lorsque j’étais enfant, c’est à cause de lui que je souhaitais d’être belle. Il me semble à présent que je n’ai jamais « tendu à la perfection » que pour lui. Et que cette perfection ne puisse être atteinte que sans lui, c’est, ô mon Dieu ! celui d’entre vos enseignements qui déconcerte le plus mon âme  ». Cette remarque est importante. Pour Alissa, l’amour éprouvé pour Jérôme n’est qu’un tremplin pour atteindre une perfection éloignée des réalités terrestres. Plus loin dans son journal, elle écrira « Mon Dieu, vous savez bien que j’ai besoin de lui pour Vous aimer », cette ambigüité, cette complexité suivra les deux êtres jusqu’au bout et sera la source de souffrances immenses. Mais pour Alissa, ce sacrifice est nécessaire, le chemin étant inévitablement douloureux, long et « étroit ». « la route que vous nous enseignez, Seigneur, est une route étroite – étroite à n’y pouvoir marcher deux de front ».

Juliette, la sœur d’Alissa, pourrait symboliser la raison qui se rallie aux joies terrestres, pratiques et maternelles. Elle préfère l’ordinaire à l’extra-ordinaire, le réel à l’idéal et… la vie à la mort. C’est en tous cas ainsi que j’ai perçu le récit. Je crois aussi qu’on peut voir en Gide un défenseur des bonheurs simples et accessibles. La porte étroite  est le versant opposé de L’Immoraliste  qui célèbre la liberté des sens, et aussi la première œuvre à succès de Gide.

J’ai trouvé quelques points communs aussi entre ce récit et L’école des femmes, ne serait-ce que pour la forme, les deux se veulent plus ou moins autobiographiques, l’un comme l’autre nous présentent un journal intime ; et on sait que Gide était à la fois diariste et épistolier.

Pour finir avec un peu plus d’humour (parce que l’œuvre est triste, je ne peux vous le cacher), je vous renverrai à l’atmosphère créée par Gide, délicieusement surannée, un brin désuète, qui, inévitablement, fait sourire…  ou dites-moi si vous avez les mêmes loisirs et occupations que nous personnages : « nous occupâmes la fin du jour à relire Le Triomphe du temps de Swinburne, chacun de nous en lisant tout à tour une strophe ». Et puis, on se soigne au lait. Cure de lait quand ça va mal.

La relecture de L’Immoraliste est au programme de ces prochains mois…

 

     null      null      null

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Schvartz Christian 14/07/2015 20:55

Un peu avant d'arriver au chapitre trois de La Porte étroite, mon impression de déjà lu se confirme. Dès les premières pages, l'image s'imposait à moi de Jérôme descendant au jardin à la fin du jour en compagnie d'Alissa… mais ce n'était pas Alissa : " je descendais avec Juliette vers le bosquet du bas-jardin. " Quand avais-je déjà lu ce roman ? En ayant lu quelques autres, je m'imaginais, en reprenant les deux premiers chapitres, que Gide avait écrit celui-ci à ses débuts, en tout cas avant L'Immoraliste ; or c'est l'inverse ! Quant à moi, qui n'ai pas encore lu L'Immoraliste - au contraire des Caves du Vatican, des Nourritures terrestres, des Nouvelles nourritures terrestres, du Voyage d'Urien -, je ne sais plus à quel âge j'ai découvert celui-là, mais j'en goûte à nouveau le charme, et l'espérance qu'il suscite en moi ! J'aime l'écriture de Gide, avec toutes ses audaces syntaxiques, si élégantes, ses néologismes qui n'ont jamais rien du barbarisme…

Je suis tombé sur votre blog en recherchant sur GOOGLE le poème de Swinburne ! Heureuse trouvaille que "Doucettement" car, amoureux de littérature et de beau français, je n'ai jamais l'occasion d'en parler avec les personnes que je côtoie. Donc merci ! et à bientôt…

Christian Schvartz

Présentation

  • : Le blog de Violette
  • Le blog de Violette
  • : Un blog consignant mes lectures diverses, colorées et variées ... et d'autres blabla en prime.
  • Contact

à vous !


Mon blog se nourrit de vos commentaires...

Rechercher

Pages