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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 03:29

 

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           Le projet me tenaille depuis plusieurs années : lire (ou relire) les Rougon-Macquart. Il faut bien parler de « projet » vu l’étendue du programme ! J’ai mis un temps fou à lire ce premier tome, mais ce fut un délice. J’ai dû lire 7 – 8 Rougon-Macquart il y a de cela plus de dix ans. Mon préféré parmi les préférés reste L’œuvre que j’ai dévoré comme le meilleur des plats du monde…

Ce premier tome de cette longue Histoire naturelle et sociale d’une famille sous le Second Empire est le piédestal de ce qui va suivre, c’est le récit des « Origines » comme le rappelle Zola lui-même.

Tout commence avec le personnage d’Adélaïde Fouque surnommée « tante Dide » nerveuse et « dévergondée » puisqu’après la mort de son mari, Rougon, elle se met en couple avec celui qu’elle aimera passionnément, Macquart. Pierre naît de son union avec Rougon, Ursule et Antoine de son amour avec Macquart. Pierre hait ceux qu’il nomme ses bâtards de frères, le conflit qui se poursuivra sur des générations prend sa source ici-même.

Pierre Rougon qui pourrait être le personnage principal de ce roman est un être vil, ambitieux, calculateur et prêt à écraser tout le monde pour devenir riche et reconnu. Il rêve qu’on oublie ses liens de sang avec Macquart. Il épouse son alter ego, Félicité, une femme avide d’argent, rusée (sans doute plus que son mari). De leurs trois fils (Aristide, Pascal et Eugène), seul Pascal semble être différent, il deviendra médecin, non pour l’argent mais pour servir la bonne cause.

Antoine Macquart ne vaut guère mieux, il est paresseux, sournois et ivrogne, il a eu la chance d’épouser une femme très masculine et active, Joséphine, qui abattra le travail à sa place et ramènera l’argent au foyer. Foyer où naîtront Lisa, Gervaise et Jean… qui, dès la mort de leur mère, s’enfuient de la maison familiale.

Nous ne savons que peu de choses sur le troisième enfant d’Adélaïde : Ursule. Elle fait un mariage d’amour avec Mouret mais meurt prématurément en laissant trois enfants : Silvère, Hélène et François. 

Tous ces personnages évoluent dans une époque sombre et tourmentée : le milieu du XIXème siècle, le début du Second Empire marqué par le coup d’état du 2 décembre 1851. Tous sont peu ou prou liés à cet événement historique.

Plutôt que de résumer en détails le roman, je vais m’attacher à vous parler de ce qui m’a le plus frappée :

-         Deux lumières se font une place dans ce roman caractérisé par des personnalités aux sombres intentions : Silvère Mouret et Miette, fille d’un meurtrier. Leur amour innocent, chaste et juvénile brille d’émotion et de pureté et m’a complètement retournée. Enfants, ils se voyaient tous les jours et dans les premiers temps de ce qui n’était d’abord qu’une amitié profonde, ils communiquaient par l’intermédiaire d’un puits en ne voyant que le reflet de l’autre dans l’eau du puits. Ensuite, ils se sont rencontrés quotidiennement dans un cimetière abandonné, et enfin, ils ont été parmi les insurgés les plus virulents dans la marche du coup d’état du 2 décembre.

-         Le rythme de la narration m’a surprise, je ne crois pas que Zola opère ainsi dans tous ces romans, mais ici, il emmène le lecteur faire des sauts dans le temps absolument vertigineux. Il ralentit, il accélère, il fait de grandes pauses pour mieux se préparer à bondir trente ans plus tard… enfin, j’ai adoré ça !

-         Le personnage d’Adélaïde est intéressant dans ses relations avec les autres. Pierre la manipule, la prend pour une esclave et en fait une femme soumise. Aucune trace d’amour filial. La seule personne qui montrera un peu  d’attention pour cette femme devenue vieille sera Silvère, son petit-fils, élevé par elle (et plutôt bien !)

-         Cette phrase qui résume toute la série et apparaît à la fin du roman : « l’avenir des Rougon-Macquart, une meute d’appétits lâchés et assouvis, dans un flamboiement d’or et de sang ».

 

Ce joli moment où Silvère apprend à Miette à nager :

« C’était, sous la nuit tiède, au milieu des feuillages pâmés, deux innocences nues qui riaient. Silvère, après les premiers bains, se reprocha secrètement d’avoir rêvé le mal. Miette se déshabillait si vite, et elle était si fraîche dans ses bras, si sonore de rires !

Mais, au bout de quinze jours, l’enfant sut nager. Libre de ses membres, bercée par le flot, jouant avec lui, elle se laissait envahir par les souplesses molles de la rivière, par le silence du ciel, par les rêveries des berges mélancoliques.

Quand tous deux ils nageaient sans bruit, Miette croyait voir, aux deux bords, les feuillages s’épaissir, se pencher vers eux, draper leur retraite de rideaux énormes. Et les jours de lune, des lueurs glissaient entre les troncs, des apparitions douces se promenaient le long des rives en robe blanche. Miette n’avait pas peur. Elle éprouvait une émotion indéfinissable à suivre les jeux de l’ombre. Tandis qu’elle avançait, d’un mouvement ralenti, l’eau calme, dont la lune faisait un clair miroir, se froissait à son approche comme une étoffe lamée d’argent ; les ronds s’élargissaient, se perdaient dans les ténèbres des bords, sous les branches pendantes des saules, où l’on entendait des clapotements mystérieux ; et, à chaque brassée, elle trouvait ainsi des trous pleins de voix, des enfoncements noirs devant lesquels elle passait avec plus de hâte, des bouquets, des rangées d’arbres, dont les masses sombres changeaient de forme, s’allongeaient, avaient l’air de la suivre, du haut de la berge. Quand elle se mettait sur le dos, les profondeurs du ciel l’attendrissaient encore. De la campagne, des horizons qu’elle ne voyait plus, elle entendait alors monter une voix grave, prolongée, faite de tous les soupirs de la nuit. »

Les nobles… : un tableau !

« Les nobles se cloîtrent hermétiquement. Depuis la chute de Charles X, ils sortent à peine, se hâtent de rentrer dans leurs grands hôtels silencieux, marchant furtivement, comme en pays ennemi. Ils ne vont chez personne, et ne se reçoivent même pas entre eux. Leurs salons ont pour seuls habitués quelques prêtres. L’été, ils habitent les châteaux qu’ils possèdent aux environs ; l’hiver, ils restent au coin de leur feu. Ce sont des morts s’ennuyant dans la vie. Aussi leur quartier a-t-il le calme lourd d’un cimetière. Les portes et les fenêtres sont soigneusement barricadées ; on dirait une suite de couvents fermés à tous les bruits du dehors. De loin en loin, on voit passer un abbé dont la démarche discrète met un silence de plus le long des maisons closes, et qui disparaît comme une ombre dans l’entrebâillement d’une porte. »

… et les observations du Docteur Pascal dans le salon de Pierre et Félicité et cette fameuse notion d’hérédité (j’adore !!) :

« La première fois, il fut stupéfait du degré d'imbécillité auquel un homme bien portant peut descendre. Les anciens marchands d'huile et d'amandes, le marquis et le commandant eux-mêmes, lui parurent des animaux curieux qu'il n'avait pas eu jusque-là l'occasion d'étudier. Il regarda avec l'intérêt d'un naturaliste leurs masques figés dans une grimace, où il retrouvait leurs occupations et leurs appétits ; il écouta leurs bavardages vides, comme il aurait cherché à surprendre le sens du miaulement d'un chat ou de l'aboiement d'un chien. A cette époque, il s'occupait beaucoup d'histoire naturelle comparée, ramenant à la race humaine les observations qu'il lui était permis de faire sur la façon dont l'hérédité se comporte chez les animaux. Aussi, en se trouvant dans le salon jaune, s'amusa-t-il à se croire tombé dans une ménagerie. Il établit des ressemblances entre chacun de ces grotesques et quelque animal de sa connaissance. Le marquis lui rappela exactement une grande sauterelle verte, avec sa maigreur, sa tête mince et futée. Vuillet lui fit l'impression blême et visqueuse d'un crapaud. Il fut plus doux pour Roudier, un mouton gras, et pour le commandant, un vieux dogue édenté. Mais son continuel étonnement était le prodigieux Granoux. Il passa toute une soirée à mesurer son angle facial. Quand il l'écoutait bégayer quelque vague injure contre les républicains, ces buveurs de sang, il s'attendait toujours à l'entendre geindre comme un veau ; et il ne pouvait le voir se lever, sans imaginer qu’il fallait se mettre à quatre pattes pour sortir du salon ».

 

 

 

                                                

(vous en voulez encore, des couvertures ?)

 

 

            Et ci-dessus (tout en haut) ma vieille édition, introuvable sur le net. J’aime les vieux livres mais j’avoue qu'ici les caractères étaient un peu délavés voire presque effacés…

 

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commentaires

La fortune des Rougon 12/07/2012 15:11


Bravo !! quelle somme d'infos !!


Plus modestement j'ai réalisé un site sur les Rougon-macquart avec notamment une approche sur les adaptations au cinéma.


Si cela vous intéresse.


Cordialement.


 

Violette 13/07/2012 22:35



oh oui, ça m'intéresse!!!



keisha 16/01/2012 14:11


Ouch, la couverture super vintage!


De temps en temps, j'ai bien envie de relire ces RM, mais sans doute pas tous...

Violette 16/01/2012 20:32



elle est classe, hein?! Si je dois tous les relire, je prendrais mon temps, rien ne presse, je me suis dit 1/trimestre, tu vois, rythme pépère...



soukee 10/01/2012 18:34


Un projet que j'ai aussi... le problème, c'est que le temps me manque ! ;)

Violette 10/01/2012 21:41



ah oui, le temps!!! je suis d'accord avec toi! Je regrette toujours d'avoir besoin de dormir, quel gâchis de temps ^^



Catherine 08/01/2012 17:24


Euh, j'ai écrit Balzac (ci-dessus) alors que c'est Zola !!! Faut dire que je suis bien malade en ce début d'année avec ma conjonctivite, sinusite, trachéite... Mais j'ai pensé à Balzac parce que
j'ai fait de même avec son œuvre (pas réussi à reprendre tout depuis le début).

Violette 08/01/2012 22:03



ne t'inquiète pas, j'avais compris! Très bon rétablissement, que ces microbes s'en aillent pour de bon!



Catherine 08/01/2012 17:24


Euh, j'ai écrit Balzac (ci-dessus) alors que c'est Zola !!! Faut dire que je suis bien malade en ce début d'année avec ma conjonctivite, sinusite, trachéite... Mais j'ai pensé à Balzac parce que
j'ai fait de même avec son œuvre (pas réussi à reprendre tout depuis le début).

Catherine 08/01/2012 17:22


Quel projet ! Bon courage !


J'en ai lu quelques-uns (séparément) car j'aime Balzac mais j'ai essayé 2 fois de tout reprendre depuis le début et je n'ai pas réussi...

Violette 08/01/2012 22:03



je vais y aller petit à petit...!



Philippe D 08/01/2012 07:55


Je crois n'avoir lu que deux Zola dans ma vie de lecteur. La suite sera pour plus tard, bien plus tard, quand j'aurai le temps...


Bon dimanche.

Violette 08/01/2012 22:06



quand tu seras un vieux retraité tranquille, c'est ça? ^^ Bon début de semaine à toi!



Za 07/01/2012 19:46


On y est attachées à nos vieux livres...


Mes Zola de chevet sont Nana et La faute de l'Abbé Mouret. Et surtout, mais écrit avant les Rougon Macquart, Thérèse Raquin. J'en garde un souvenir incroyable, à tel
point que j'ai peur de la relire !


Sinon, une perle de librairie, rapportée hier par une collègue  : "Bonjour madame, est-ce que vous avez les Rognon Macquart ?".


Grand momment de solitude...

Violette 07/01/2012 21:41



ah ben tiens, ça me fait la même chose pour Thérèse Raquin! Quel livre aussi! roohhh, les "Rognon"!!! bon, y'a eu, en tous cas, tentative de se procurer la série! :-/



Emma 07/01/2012 16:16


En fait toujours au même stade, je compte continuer durant 2012 mais je traverse un coup de mou côté lecture donc La curée ne sera pas pour tout de suite mais je ne désespère pas...

Violette 07/01/2012 21:42



je comprends ça, j'ai moi-même du mal à enchaîner les pavés, il me faut toujours une petite BD, une petite pièce ou un petit livre jeunesse pour "respirer". Ce n'est pas péjoratif. Et puis la
lecture est un plaisir, pas une contrainte!



Emma 07/01/2012 14:22


Au mois d'octobre dernier je me suis décidée à lire l'intégralité des Rougon Macquart (je n'en ai lu que deux il y a plusieurs années), j'ai aussi passé un bon moment avec La fortune des
Rougon mais j'étais tout de même moins enthousiaste que toi car j'ai traversé des moments où je décrochais un peu, il me faut maintenant continuer cette série passionnante...

Violette 07/01/2012 15:44



ah oui, tu as raison, le côté politique peut être barbant. Tu en es où maintenant?



clara 06/01/2012 18:16


je me suis régalée adolescente de toute son oeuvre lue et relue !Tu me donnes presque envie de le relire pour la énéième fois. Bises, Clara de retour...

Valérie 05/01/2012 18:27


Mon fils va lire son premier Zola pour son cours de français: il est en seconde. J'ai hâte de voir ce qu'il va en penser, moi qui les ai tous dévorés (sauf le dernier). 

Violette 05/01/2012 18:49



toi, tous? whaouh, bravo ! Pour ton fils, je crois que ça passera tout seul s'il est bon lecteur. Tu me diras ce qu'il en a pensé, hein?



-Perrine- 05/01/2012 16:05


Un beau billet qui nous explique bien le pourquoi de cette grande fresque !! Il faudra, dans ma vie, que je les lise tous les Zola !  Les as-tu tous lu déjà ?

Violette 05/01/2012 20:13



mezric ! non, je ne les ai pas tous lus, comme dit dans le billet, 6 ou 7 je crois... y'a du boulot!



Malika 05/01/2012 12:21


Ah!!! Zola !! La Fortune des Rougon est l'un de ceux qu'il me reste à lire ...


Je partage ton enthousiasme pour "L'oeuvre", c'est également l'un de mes préférés avec "La Terre" et "Le bonheur des dames" jusqu'à maintenant ...

Violette 05/01/2012 20:15



Jamais lu La Terre (et je m'en réjouis finalement, ... une belle découverte en perspective!)



Alex-Mot-à-Mots 05/01/2012 11:33


Une édition qui doit valoir des fortunes, maintenant.

Violette 05/01/2012 20:16



bah, tu crois? ^^



sophie57 04/01/2012 19:49


quel beau projet de lecture que celui-là! Zola, un des plus grands, et pas par hasard...

Violette 04/01/2012 22:13



son oeuvre est titanesque, son écriture grandiose. J'en reviens pas à chaque lecture!



Nadael 04/01/2012 19:25


Ah Zola...! J'en ai lu plusieurs il y des années mais tout comme toi j'ai très envie de lire ceux que je ne connais pas - et relire ceux que je connais!! J'envisage de lire Le ventre de Paris
bientôt. Je crois que Le bonheur des dames et La faute de l'abbé Mouret sont les deux Zola que je préfère.

Violette 04/01/2012 22:15



J'avais aussi adoré Le bonheur des dames, et je crois que je n'ai pas lu ni Le Ventre (quoique, j'ai un doute maintenant!) ni La faute... Encore de bien beaux moments
de lecture en perspective, chouette! :))



Clémentine 04/01/2012 15:17


Quelle bonne idée pour la nouvelle année! Une petite rétrospective Zola! Tu me donnes envie à moi aussi! 

Violette 04/01/2012 22:16



tant mieux si je te donne envie! y'a que ça de vrai, un bon vieux classique :-)



niki 04/01/2012 13:40


c'est génial ! moi aussi j'ai décidé de me relancer dans zola 


ton billet m'en donne encore plus envie

Violette 04/01/2012 22:17



2012, l'année Zola? ^^



Anis 04/01/2012 08:48


C'est vrai que la lecture de ces classiques est inépuisable et j'ai bien envie de fzire le mêmle chose, lire ceux que je n'ai pas lus et relire les autres.

Violette 04/01/2012 10:08



oh oui, c'est un bonheur! Je vais allez à mon rythme parce qu'il faut trouver du temps pour lire des pavés pareils :)) Balzac me tente aussi, ça fait si ltps!



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