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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 14:04
Yann Queffélec a obtenu le prix Goncourt 1985 avec son excellent roman, Les Noces barbares.

La dégustation (publié en 2003) mêle plusieurs thèmes : les dangers de l'alcool, la collaboration sous la Seconde Guerre mondiale, l'amour.
    Michel, 50 ans, est producteur du "château-bellevue", un vin renommé. Il tombe amoureux et épouse Ioura, 20 ans. Ce n'est pas la différence d'âge qui crée le fossé entre ces deux êtres mais le passé de Michel. C'est un ancien collabo chargé de réquisitionner les condamnés aux camps.
Quant à Ioura, "sa mère avait connu les camps, mais Ioura vivait dans un camp, elle aussi, lorsqu'elle habitait chez cette écorchée vive - aucune intimité, aucune vie privée, dévotion permanente au malheur de la tribu. Juifs, ils étaient juifs, condamnés à traîner derrière eux à tout jamais la fumée des crématoires." 

   Ioura est sur le point de devenir oenologue, elle passe le concours, ce "tournoi porte-couilles" réservé traditionnellement aux hommes. Certains passages sont une véritable ode au vin, alléchante et enivrante :
"Le serveur lui présenta le verre n°3, belle couleur de mûre ou de pif de cow-boy écrasé par une pouliche de bastringue. Elle approcha son nez et reconnut à coup sûr un américain, mais un deuxième choix. Du picrate, aurait dit Michel. Quelque vin massif de Nappa Valley, surmusclé, dressé comme une bête de concours, issu d'une vinification gonflette. Elle but une demi-gorgée, mâcha pour la forme et déglutit distraitement.
- Un beau parleur, déclara-t-elle avec emphase. Il a la puissance du cabernet sauvignon, un avant-goût de chêne à merrains, la fantaisie du fruit rouge, le tonus de l'alcool. Certes il est agréable au nez mais le goût précipité nuit à la bonne lisibilité des sensations. En fait, un ensemble aromatique chargé masque la finesse du cabernet. Le bois veut signaler la qualité d'un vieillissement en tonneau, le fruit rouge veut flatter les gosiers profanes, l'effet de brouillage est significatif. Outre la standardisation du goût, il cache peut-être un défaut majeur, comme le stress hydrique d'une vigne ayant subi les coups de chauffe, ce qui est la caractéristique de régions comme Nappa Valley. C'est donc un vin d'outre-Atlantique mal vieilli, d'où cette impression de comestible confit, façon chutney
".
En dire tant sur une seule gorgée m'a toujours épatée!

Le roman part un peu dans toutes les directions, Queffélec n'est pas tendre avec ses personnages et les liens qu'il tisse entre eux ne sont pas clairs : entre Michel et Ioura, haine ou amour? Rancoeur ou pardon?

Le roman est à lire si on aime le vin, si on aime aussi les descriptions de l'auteur, à la fois cruelles, réalistes, terrifiantes et sans appel.


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commentaires

Mirontaine 20/11/2009 16:39


J'aime bien le style de Queffélec,celui-ci me tente bien (même si je n'aime pas vraiment le vin ^_^.)


Violette 20/11/2009 19:20


un style assez cru, oui !
la fin m'a quand même un peu déçue...


Caroline 20/11/2009 15:51


Bonjour Violette,

Votre article me donne envie de me réconcilier avec Yann Queffélec, qui m'avait beaucoup déçue dans "L'amour est fou", que j'avais trouvé très ennuyeux - même si admirablement écrit. Merci à vous !


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