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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 08:45

Moi qui avais pour projet de m’envoyer toute la série des Rougon-Macquart devant les mirettes en 2012, m’en voilà à mon 2ème tome seulement !

Renée, enceinte sans être mariée, épouse Aristide Rougon devenu Saccard. C’est ce même Aristide Rougon qu’on avait rencontré dans le premier tome, le journaliste opportuniste qui n’hésitait pas à profiter de chaque occasion pour s’enrichir. Il va continuer ici, et de plus belle. La spéculation immobilière va l’amener à s’enrichir, son mariage et l’appauvrissement progressif de Renée à son insu  va contribuer à agrandir sa fortune également. Si Aristide représente l’argent, son frère, Eugène Rougon, « monté » à Paris peu avant lui, représente le pouvoir. La sœur n’est pas en reste, elle complote, elle spécule, elle joue l’entremetteuse. Ce personnage m’a beaucoup amusée, discrète et constamment vêtue de noir, elle joue cependant un rôle essentiel dans la réussite de chacun.

Mais c’est bien Renée le personnage central, une Renée égoïste, coquette, blasée, capricieuse. Née riche, elle ne se complaît que dans le luxe. Pourtant, l’oisiveté et l’opulence créent chez elle l’ennui. Ennui égayé par la venue de Maxime, le fils d’Aristide et d’Angèle (décédée au début du tome… les personnes bonnes et aimables ne font pas long feu chez Zola !). Le jeune homme, efféminé et espiègle distrait Renée et devient vite son compagnon de tous les jours. Elle le materne, il la conseille, elle le dorlote, il l’amuse. La routine reprend ses droits et Renée, se cherchant une nouvelle distraction… tombe dans les bras de son beau-fils. Cet inceste la stimule tous les jours et l’excite. . « Quand Maxime allait au Bois, pincé à la taille comme une femme, dansant légèrement sur la selle où le balançait le galop léger de son cheval, il était le dieu de cet âge, avec ses hanches développées, ses longues mains fluettes, son air maladif et polisson, son élégance correcte et son argot des petits théâtres. Il se mettait, à vingt ans, au-dessus de toutes les surprises et de tous les dégoûts. Il avait certainement rêvé les ordures les moins usitées. Le vice chez lui n'était pas un abîme, comme chez certains vieillards, mais une floraison naturelle et extérieure. Il ondulait sur ses cheveux blonds, souriait sur ses lèvres, l'habillait avec ses vêtements. Mais ce qu'il avait de caractéristique, c'était surtout les yeux, deux trous bleus, clairs et souriants, des miroirs de coquettes, derrière lesquels on apercevait tout le vide du cerveau. Ces yeux de fille à vendre ne se baissaient jamais; ils quêtaient le plaisir, un plaisir sans fatigue, qu'on appelle et qu'on reçoit. » Le trio vit sous le même toit, mari et femme ayant depuis longtemps accepté l’absence d’amour dans leur relation, Maxime jetant une bouffée de jeunesse dans la maison et Saccard ignorant tout des coucheries entre sa femme et son fils.

Si le lecteur assiste à la progression financière d’Aristide, au crescendo amoureux de Renée, la deuxième partie du roman met en scène la dégradation morale et physique (et même financière !) de la jeune femme. Maxime va épouser une jeune fille de son âge (non par amour mais pour son argent, et on retrouve l’épais fil de l’hérédité !) et quitte Renée. A trente ans, elle se retrouve, seule, vieillie et ruinée.

Les cinquante premières pages du roman m’ont ennuyée, je l’avoue, les histoires immobilières m’ont aussi lassée mais lorsqu’on arrive au cœur du roman avec cette histoire d’amour qui porte le sceau de l’interdit, qu’en parallèle, un reflet si net de la bourgeoisie parisienne sous le Second Empire nous est offert, on retrouve tout le talent de Zola, son admirable écriture qu’on ne saurait imiter, ses métaphores, sa polysémie et sa richesse.

 

Je n’aurais pas pu ne pas choisir l’extrait qui cloître nos deux amants dans la serre,  cette serre tropicale qui fait rêver et qui voit éclore leur amour.

« S’ils avaient fermé les yeux, si la chaleur suffocante et la lumière pâle n’avaient pas mis en eux une dépravation de tous les sens, les odeurs eussent suffi à les jeter dans un éréthisme nerveux extraordinaire. Le bassin les mouillait d’une senteur âcre, profonde, où passaient les mille parfums des fleurs et des verdures. Par instants, la Vanille chantait avec des roucoulements de ramier ; puis arrivaient les notes rudes des Stanhopéa, dont les bouches tigrées ont une haleine forte et amère de convalescent. Les Orchidées, dans leurs corbeilles que retenaient des chaînettes, exhalaient leurs souffles, semblables à des encensoirs vivants. Mais l’odeur qui dominait, l’odeur où se fondaient tous ces vagues soupirs, c’était une odeur humaine, une odeur d’amour, que Maxime reconnaissait, quand il baisait la nuque de Renée, quand il enfouissait sa tête au milieu de ses cheveux dénoués. Et ils restaient ivres de cette odeur de femme amoureuse, qui traînait dans la serre, comme dans une alcôve où la terre enfantait.

D’habitude, les amants se couchaient sous le Tanghin de Madagascar, sous cet arbuste empoisonné dont la jeune femme avait mordu une feuille. Autour d’eux, des blancheurs de statues riaient, en regardant l’accouplement énorme des verdures. La lune, qui tournait, déplaçait les groupes, animait le drame de sa lumière changeante. Et ils étaient à mille lieues de Paris, en dehors de la vie facile du Bois et des salons officiels, dans le coin d’une forêt de l’Inde, de quelque temple monstrueux, dont le sphinx de marbre noir devenait le dieu. Ils se sentaient rouler au crime, à l’amour maudit, à une tendresse de bêtes farouches. Tout ce pullulement qui les entourait, ce grouillement sourd du bassin, cette impudicité nue des feuillages, les jetaient en plein enfer dantesque de la passion. C’était alors au fond de cette cage de verre, toute bouillante des flammes de l’été, perdue dans le froid clair de décembre, qu’ils goûtaient l’inceste, comme le fruit criminel d’une terre trop chauffée, avec la peur sourde de leur couche terrifiante. »

Le deuxième extrait renvoie au cotillon, cette danse-jeu qui amusait tant les bourgeois au XIXème siècle… ou quand le luxe se mêle au ridicule…

« M. de Saffré plaçait le duc de Rozan, le dos contre le mur, dans un angle du salon, à côté de la porte de la salle à manger. Il mit une dame devant lui, puis un cavalier dos à dos avec la dame, puis une autre dame devant le cavalier, et cela à la file, couple par couple en long serpent. Comme des danseuses causaient, s'attardaient :
- Voyons, mesdames, cria-t-il, en place pour les « Colonnes ».
Elles vinrent, les « colonnes » furent formées. L'indécence qu'il y avait à se trouver ainsi prise, serrée entre deux hommes, appuyée contre le dos de l'un, ayant devant soi la poitrine de l'autre, égayait beaucoup les dames. Les pointes des seins touchaient les parements des habits, les jambes des cavaliers disparaissaient dans les jupes des danseuses, et, quand une gaieté brusque faisait pencher une tête, les moustaches d'en face étaient obligées de s'écarter, pour ne pas pousser les choses jusqu'au baiser. Un farceur, à un moment, dut donner une légère poussée ; la file se raccourcit, les habits entrèrent plus profondément dans les jupes ; il y eut de petits cris, et des rires, des rires qui n'en finissaient plus. On entendit la baronne de Meinhold dire : « Mais, monsieur, vous m'étouffez ; ne me serrez pas si fort ! » ce qui parut si drôle, ce qui donna à toute la file un accès d'hilarité si fou, que les « colonnes », ébranlées, chancelaient, s'entrechoquaient, s'appuyaient les unes sur les autres, pour ne pas tomber. M. de Saffré, les mains levées, prêt à frapper, attendait. Puis il frappa. A ce signal, tout d'un coup, chacun se retourna. Les couples qui étaient face à face, se prirent à la taille, et la file égrena dans le salon son chapelet de valseurs.
Il n'y eut que le pauvre duc de Rozan qui, en se tournant, se trouva le nez contre le mur. On se moqua de lui. »

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commentaires

céline 08/08/2012 16:34


Je garde un très bon souvenir de cette lecture de Lycée, la seule de la série des Rougon Macquart pour moi malheureusement. Je me dis si souvent que devrais me replonger dans des classiques, et
finalement, l'attraction de la nouveauté a raison de moi et de mes résolutions !!!

Sara 03/08/2012 19:47


Ah la serre tropicale, un grand moment d'érotisme...et de clichés. Un de mes Zola préféré ! J'adore le personnage de Renée ! 

Violette 14/08/2012 15:44



où trouve-t-on de pareilles serres actuellement??? ^-^



Philippe D 31/07/2012 12:57


Je n'ai lu que deux Zola, je pense. Je réserve ça pour plus tard,lorsque j'aurai plus de temps ... hum...

Violette 14/08/2012 15:47



il ne faut pas tout repousser à plus tard... :-)



Alex-Mot-à-Mots 30/07/2012 11:31


Un roman étudié à la Fac, j'en garde un bon souvenir.

Violette 14/08/2012 17:02



ce n'est pas mon préféré!



Margotte 29/07/2012 13:13


L'un de mes préférés de Zola. Lu en pleine période de sarkosysme... ce livre avait un étrange parfum d'actualité... Bon dimanche !

Violette 14/08/2012 17:02



Zola est actuel, c'est triste à dire!!



Adalana 25/07/2012 00:45


Moi un jour il va falloir que je m'attaque à toute la série des Rougon-Macquart, je n'en ai lu que quelques-uns. Un jour...

Violette 25/07/2012 18:12



ben pour moi tu vois, ce jour est arrivé... mais je les lis au compte-goutte :-)



Céline72 24/07/2012 10:10


Il va falloir que je découvre cela.

Violette 24/07/2012 10:12



oh oui :-)



niki 23/07/2012 17:18


et évidemment j'oublie d'ajouter le principal = j'ADORE emilé zola, c'est un homme qui n'a pas hésité à déendre des idées qui lui valurent d'être pratiquement assassiné, c'est un écrivain dont
les mots sont magnifiques


bref, pour l'instant je suis en plein dans la bio qu'a écrit de lui henri guillemin et mon petit coeur est tout ému - ensuite je m'attelle à la bio de madame zola, une sacrée belle personne aussi

Violette 24/07/2012 10:10



je ne connais pas Mme Zola :) mais tu me donnes envie de la découvrir, merci pour ces deux idées!



niki 23/07/2012 17:16


donc toi aussi tu comptes relire tout zola ? 


je m'étais aussi fixée cet objectif, mais pas pour l'année 2012, je me laisse un peu plus de marge - d'autant plus que je veux relire tout agatha christie 


de "la curée" je ne connais que la version cinéma, avec jane fonda, mais je dois reconnaître que la plupart des romans d'émile zola me donnent la chair de poule, une espèce d'attraction et de
répulsion tout à la fois 

Violette 24/07/2012 10:05



oh oui, tout Agatha Christie!!! mais il faut une vie! :) Ce que tu dis de Zola est justement ce qui me fascine !



Catherine 23/07/2012 10:46


Tu t'est attelée à une bien noble lecture, bon courage et bonnes lectures ! J'aimerais aussi avoir (pouvoir prendre) le temps de tout (re)lire dans l'ordre chronologique car je n'ai lu que
quelques titres de façon désordonnée... Bonne semaine.

Violette 23/07/2012 11:29



c'est une tâche de longue haleine, je me prends vraiment le temps et je n'arriverai au bout (si j'y arrive!) que dans quelques années! Bonne semaine à toi !



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