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7 juillet 2014 1 07 /07 /juillet /2014 15:03

Ce récit autobiographique, sorti en janvier de cette année, a déjà fait beaucoup parlé de lui.

            Eddy est né dans un petit village du Nord. Ses parents sont des rustres incultes gouvernés par la télé et les beuveries, et son entourage sans exception se complaît dans une vie faite de vulgarités et de violences. Si Eddy fait très vite ce constat, c’est aussi qu’il se sent différent des autres. Il est maniéré, il n’arrive pas à faire la brute, il n’aime ni le foot ni le rap mais apprécie « le théâtre, les chanteuses de variétés, les poupées ». Ses attitudes lui valent des « gonzesse » et « pédé », on l’insulte, on l’injurie et surtout on le frappe. Pendant des mois et des mois, Eddy va accepter sans broncher, sans se rebeller, que deux collégiens plus âgés le battent, presque tous les jours, dans un couloir de l’école, à l’abri des regards.

L’apprentissage de la sexualité passe par la douleur : entre les films pornos et l’insistance de son entourage pour qu’il sorte avec une fille, Eddy ne s’y retrouve plus et constate avec effarement que seuls les garçons le font bander…

Ce livre est extrêmement violent. L’enfant puis ensuite l’adolescent est constamment humilié dans un univers qui n’est pas le sien. La différence quelle qu’elle soit n’est pas acceptée, l’homophobie et le racisme ont encore de beaux jours devant eux, les mentalités sont figées et sclérosées et on ressort effaré de cette tragédie du XXIème siècle. Eddy a subi une malédiction et, heureusement pour lui, il va réussir à fuir. Ce récit a sans doute une visée thérapeutique, mais l’auteur l’a souvent expliqué, il a aussi éprouvé ce besoin de montrer ce qu’il se passait (encore !) dans certaines contrées isolées, comment on y vivait, comment on pensait. Une photographie de la misère intellectuelle et sociale.

Ce qui m’a le plus touchée, c’est cette volonté admirable du garçon à vouloir se couler dans un moule qui n’a pas fait pour lui. Il essaye d’avoir des discussions « meufs » avec des mecs qui ne sont pas des copains, il tente de fourrer lui aussi sa langue dans la bouche d’une fille (expérience dégoûtante pour lui), il ira même jusqu’à frapper une fille, motivé par les encouragements des autres enfants.

Moi qui ne suis pas une adepte de l’étalage de sa propre vie à la façon Annie Ernaux, j’ai beaucoup apprécié le procédé brut de décoffrage qui permet de connaître les souffrances de ce jeune garçon, sans jamais tomber dans la sensiblerie ni la caricature. D’une simplicité rudement efficace.

 

Lorsque la mère d’Eddy lui explique qu’elle aimerait qu’il fasse des études parce qu’elle a raté sa vie : « Elle pensait avoir fait des erreurs, avoir barré la route, sans vraiment le souhaiter, à une meilleure destinée, une vie plus facile et plus confortable, loin de l’usine et du souci permanent (plutôt : l’angoisse permanente) de ne pas gérer correctement le budget familial – un seul faux pas pouvait conduire à l’impossibilité  de manger à la fin du mois. Elle ne comprenait pas que sa trajectoire, ce qu’elle appelait ses erreurs, entrait au contraire dans un ensemble de mécanismes parfaitement logiques, presque réglés d’avance, implacables. Elle ne se rendait pas compte que sa famille, ses parents, ses frères, sœurs, ses enfants même, et la quasi-totalité des habitants du village, avaient connu es mêmes problèmes, que ce qu’elle appelait donc des erreurs n’étaient en réalité que la plus parfaite expression du déroulement normal des choses. »

 

« A table, lui (mon père) parlait de temps en temps, il était le seul à en avoir le droit. Il commentait l’actualité Les sales bougnoules, quand tu regardes les infos tu vous que ça, des Arabes. On est même plus en France, on est en Afrique, son repas Encore ça que les Boches n’auront pas. Lui et moi n’avons jamais eu de véritable conversation. Même des choses simples, bonjour ou bon anniversaire, il avait cessé de me les dire. »

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commentaires

yuko 24/07/2014 15:23


Apparemment, l'aspect autobiographique est la vraie force de ce roman...

Violette 25/07/2014 10:16



oui sans doute



dasola 18/07/2014 10:26


Bonjour Violette, je suis désolée mais ce livre ne me tente pas du tout, du tout. Bonne journée.

Violette 18/07/2014 20:30



mais tu n'as pas être désolée pour cela! Chacun ses goûts et ses envies ! Bon week-end !



Emma 17/07/2014 13:46


Peut-être un jour, tellement j'en ai lu sur ce livre...

Violette 18/07/2014 20:29



je te comprends.



krol 13/07/2014 22:14


Abandonné ! Je n'ai pas accroché au style de l'auteur et puis... je ne sais pas définir pourquoi je n'ai pas aimé... c'est pourquoi je me suis bien gardée d'en parler sur mon blog. Peut-être le
reprendrai-je un jour...

Violette 15/07/2014 10:04



je peux comprendre que tu n'as pas aimé, je ne le classerais jamais dans mes coups de coeur non plus... mais intéressant, oui.



Margotte 13/07/2014 14:46


Un peu trop violent pour moi ce livre... même si j'aime bien Annie Ernaux ;-)

Violette 15/07/2014 10:01



c'est mieux qu'Annie Ernaux d'après moi... mais oui, violent!



A_girl_from_earth 12/07/2014 15:05


Je vais bientôt être la seule à ne pas l'avoir lu ce livre ! Toujours pas tentée cela dit, même si intriguée bien évidemment.:-)

Violette 13/07/2014 10:53



c'est ce que je me disais moi aussi. Avec cette envie de ne pas suivre le mouvement mais de savoir de quoi il en retourne quand même :-)



sous les galets 10/07/2014 17:57


Il y a quand même une certaine indignité dans ce livre, une colère, une rage et une certaine forme de méchanceté pour les siens dont il refuse de porter le nom. Pour autant, Bellegueule a compté
pour moi, je pense qu'il marque une étape littéraire dans le panorama français. 

Violette 12/07/2014 10:00



Je ne suis pas sûre que ce soit de la méchanceté mais si c'est le cas, n'est-elle pas justifiée? C'est un livre autour duquel il y a matière à discuter...



Alex-Mot-à-Mots 10/07/2014 10:32


Il m'attend dans ma PAL. J'hésite à l'ouvrir.

Violette 12/07/2014 09:49



pas dans un moment de déprime en tous cas!



Leiloona 10/07/2014 10:05


Je le lirai, c'est sûr, car je suis intriguée, peut-être en poche ... ;)

Violette 12/07/2014 09:49



je suis contente de ne pas l'avoir acheté mais contente de l'avoir lu!



saxaoul 09/07/2014 22:42


Ce livre a fait couler beaucoup (trop ?) d'encre mais je ne l'ai toujours pas lu.

Violette 09/07/2014 22:50



beaucoup d'encre parce qu'il décrit ce qu'il y a de plus bas et de plus vil dans notre société (et qui existe vraiment, j'en suis sûre!), mais ce n'est pas pour moi, un chef d'oeuvre
incontournable. Il marque, cependant...



L'or rouge, l'or des chambres 09/07/2014 19:58


Il ne me tente pas trop pour l'instant, ça m'a l'air bien trop déprimant... Le temps est déjà assez déprimant comme ça pour en rajouter  Pluie depuis 3 jours et 17° ce soir... Pffffff, ça commence mal cet été, déjà que le printemps n'était pas terrible ! Néamoins je te
souhaite un bel été Violette, et de bonnes vacances si tu compte en prendre, bisous, et j'espère que ton été continuera mieux qu'il n'a commençé !!

Violette 09/07/2014 22:10



merci beaucoup, ton commentaire est adorable. Ici, il a fait 13 degrés tout l'après-midi, un vrai temps d'automne! Bonne soirée à toi!



Philisine Cave 09/07/2014 11:14


Annie Ernaux décrit son intimité sans voyeurisme et de façon méthodique (trop pour certains). Concernant le roman que tu commentes, j'ai bien conscience de sa grande qualité mais je n'ai pas
encore envie de le découvrir. J'attends l'auteur sur un autre thème.

Violette 09/07/2014 16:16



Je me demande justement ce que l'auteur peut nous raconter après ça ! on verra bien.



Valérie 08/07/2014 15:14


Je ne suis pas d'zccord sur l'basence de caricature. Tout comme à plusieurs moments, j'ai trouvé que des éléments de l'histoire ne sont pas crédibles. 

Violette 09/07/2014 16:15



je te jure que, venant d'un petit village paumé, je n'ai pas vu ou entendu la même chose mais on y était presque... L'absence totale d'éducation et de culture, ça peut faire très mal!



Noukette 08/07/2014 11:33


Pour l'instant, j'ai abandonné l'idée de lire ce livre un jour... J'ai l'impression qu'il n'est pas fait pour moi.

Violette 09/07/2014 16:04



c'est particulier et clairement déprimant.



L'Irrégulière 08/07/2014 10:56


Beaucoup le comparent à Annie Ernaux... je trouve personnellement que c'est mieux écrit !

Violette 09/07/2014 16:03



tout à fait d'accord, je n'aime pas Ernaux et je trouve que pour un premier roman, c'est de qualité!



keisha 08/07/2014 09:13


Je tourne autour à la bibli, pas décidée. Ces parents (la mère en tout cas) n'a pas l'air si méchante, tout est triste, quand même.

Violette 09/07/2014 16:02



affreusement triste, oui, mais malheureusement réaliste !



sylire 07/07/2014 20:54


Je viens de le lire (ou plutôt de l'écouter) et j'avoue que je suis partagée sur ce livre. Très intéressant sans nul doute mais j'ai une pensée pour les parents d'Eddy. Rustres certes mais sans
doute pas méchants. 

Violette 08/07/2014 09:44



j'ai éprouvé un certain malaise aussi lors de cette lecture. 



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