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5 novembre 2022 6 05 /11 /novembre /2022 19:20

Stardust, de Léonora Miano | Éditions Grasset

L’autrice revêt le prénom de Louise pour nous raconter son séjour en centre d’hébergement pour jeunes femmes appelé Crimée. Partie du Cameroun et arrivée en France quelques années auparavant, elle a vécu une histoire d’amour avec un homme qui s’est finalement montré lâche et qu’elle a eu le courage de quitter. Avec dans ses bras sa petite fille de quelques mois, Bliss, et son gros baluchon, la jeune femme de 23 ans va tenter de surmonter l’insurmontable, c’est-à-dire se faire une place dans la société française en tant qu’émigrée africaine. Dans le foyer qui l’héberge, elle épie et observe ses congénères sans lier de véritable amitié, sans s’intégrer réellement. De concessions et sacrifices, elle fera tout pour être admise dans ce pays et donner le meilleur à sa fille. Elle parviendra à ses fins en entrant dans une maison maternelle à la fin du récit.

Roman autobiographique écrit durant les années de jeunesse de l’autrice et publié tout récemment, à une époque où, après avoir eu moult récompenses et prix littéraires, elle n’a plus rien à prouver. Un livre nécessaire qui dénonce les injustices mais aussi les dysfonctionnements de notre système, la quasi impossibilité de s’en sortir quand on est une femme, Noire, célibataire avec enfant. Comme j’ai déjà pu le constater pour Contours du jour qui vient, la belle plume de Léonora Miano est un uppercut qui marque, elle varie les rythmes, tranche dans le vif, lacère la petite tranquillité du confort du lecteur. Diversité qui se retrouve aussi dans la narration : tantôt à la première personne, tantôt à la 3ème, les écrits sont des lettres adressées à la grand-mère maternelle restée au pays mais également des retranscriptions des voix des autres femmes. A la fois témoignage et récit intime d’un souvenir fondateur, le roman est surtout un formidable hommage rendu à ces femmes à la marge de la société.

Merci à Michaël pour ce joli cadeau !

« Vivre ici m’enseigne chaque jour ce qu’est le sous-développement. Atrophie de la matière grise. Ignorance. Je pense à mes camarades de faculté, aux questions stupides qu’ils me posaient. Pourquoi je parlais si bien leur langue. Parce qu’ils s’en croyaient les propriétaires, après que leurs ancêtres l’avaient répandue dans nos pays à coups de trique. Comment j’étais arrivée là. Comme si j’avais pu faire le voyage à la nage. Longtemps, je leur ai fait croire que nous habitions dans un arbre. »

« Louise oscille encore. Elle vit sur la frontière, ni d’un côté, ni de l’autre. Dans un espace sans nom, sans réalité physique. Peu à peu, elle se met à haïr les concepts de nation, de patrie. »

Les femmes de Crimée : « Les galériennes habitent étrangement leur corps. Le mouvement est soit un hurlement, soit un effacement. Elles prennent l'air, vaquent au meurtre du temps. Assassinat sans fin. Crime toujours imparfait car illusoire. Le temps est impérieux. Il est une distance à tenir. Une obligation d’endurance, vaille que vaille. Il lui faut des activités, des objectifs. Sans quoi, il érode le vivant. »

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commentaires

G
de cette remarquable femme, j'ai lu les terribles "aubes écarlates". Lors de son passage récent à LGL lors de la rentrée, j'ai pu mettre un visage et des expressions sur ce nom. Elle m'a donné envie de lire ce livre, tout comme toi.
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L
j'aime ce que tu dis de cette autrice un de ses romans croisera un jour ma route.
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V
Elle vaut la peine qu'on la découvre
A
Chic, ce sera ma prochaine lecture. J'ai hâte de commencer.
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V
je viendrai lire ton avis !
M
Je compte bien le lire mais j'attends de l'emprunter à la médiathèque et d'avoir un peu de temps devant moi parce que j'aime bien prendre tout mon temps pour découvrir ses romans. Merci pour cette belle chronique, je vois que tu as aimé sa plume
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V
Ce n'est que mon 2nd titre de l'autrice mais j'ai l'impression que celui-ci se lit plus "facilement" que les autres...
A
Ah mais tu as vite enchaîné avec un autre texte de Leonora Miano après Contours du jour qui vient. C'est que tu as vraiment adhéré à son style et univers. Il faudra que je tente un jour.
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V
Le hasard y a aussi contribué, j'avais le premier titre dans ma PAL depuis des lustres, on m'a offert le 2nd tout récemment.
E
il ne fait hésiter aussi, j'espère qu'il arrivera à la bibli pour que je puisse me faire une idée!
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V
Il est vite lu, est-ce un argument?
K
Comme Aifelle, je ne suis pas sûre d'adhérer au style. Je tenterai sans doute celui-ci en médiathèque, c'est celui qui me tente le plus.
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V
Sa plume est maîtrisée et percutante.
A
C'est une autrice que j'ai envie de découvrir, mais j'ai un peu peur de ne pas me faire à son style d'écriture.
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V
Oh pourquoi? Elle écrit vraiment très bien !
S
J'avais aimé "contours du jour qui vient" mais je me souviens d'une lecture exigeante.<br /> J'imagine que celle-ci l'est aussi ?
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V
Elle l'est moins, quand même. Contours du jours qui vient m'a aussi parfois perdue. Ici, c'est plus clair.