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12 avril 2022 2 12 /04 /avril /2022 18:28

Les abeilles grises – Andréï Kourkov – Éditions Liana Levi – – Blog Page &  Plume

         Dans la zone grise, un no man’s land entre la Russie et l’Ukraine, un petit village est déserté par ses habitants… pas tout à fait puisque deux hommes sont restés. Sergueïtch, le personnage principal et, dans la rue d’à côté, non loin de l’église bombardée, Pachka, qui, depuis l’enfance, est son ennemi juré. Pourtant les deux hommes sont bien obligés de communiquer et de s’entraider dans cet univers hostile troublé par les bruits des détonations et des explosions, quelques kilomètres plus loin. Sergueïtch, apiculteur à ses heures perdues, cherche un endroit tranquille pour ses abeilles, il décide donc de se réfugier en Crimée avec ses ruches. Le voyage, semé d’embûches, le conduira d’abord chez une jeune vendeuse sympathique, Galia, qui fera de lui son amant pendant quelques jours, puis chez un vieil ami apiculteur tatar. En Crimée, il ne voit pas son ami, enlevé pour d’obscures raisons mais sa famille l’aide à installer ses ruches et lui procure à manger. Après une pause dans les prairies ensoleillées et paisibles, Sergueïtch devra affronter la méfiance des autorités et les conflits entre les différentes ethnies et religions. Il poursuivra son bonhomme de chemin tel, au choix, un type un peu naïf ou un anti-héros flegmatique.

         On comprend aisément que ce roman, publié en France début février, connaisse aujourd’hui un grand succès. Mais, si c’est encore « l’avant-guerre » qui est décrit, on saisit immédiatement que la vie en Ukraine n’était pas un long fleuve tranquille avant le déclenchement des hostilités. Le roman m’a beaucoup appris, ignare que j’étais, notamment sur les Tatars, ces musulmans d’origine turque, victimes des discriminations de plus en plus violentes depuis l’annexion de la Crimée en 2014. Planent également sur ce road trip étrange, la propagande russe, les non-dits, la méfiance omniprésente, les incohérences qui rendent parfois le roman cocasse par ses absurdités. Certains passages m’ont paru un brin longuets mais le style de Kourkov sublime le tout, rendant ce petit village perdu et déserté plus proche de nous. Le roman, poétique, prend des allures de fable. J’ai écouté l’auteur parler de son roman et de la situation de son pays début février alors qu’il ne croyait pas une guerre possible, c’était émouvant sachant qu’aujourd’hui, il a dû fuir Kiev avec sa famille et qu’il accueille régulièrement des réfugiés.

Si ce n’est pas déjà fait, lisez Le Pingouin du même auteur.

« Quand on vit longtemps dans un endroit, on a toujours plus de famille en terre qu’en bonne santé à côté de soi. »

Une vendeuse : « Poutine ne me ment pas. »

Un thème cher à l’auteur, le silence : « Le silence ici était comme une énorme bouteille en verre épais. En approchant l’oreille du goulot, on pouvait néanmoins le décomposer en menus bruits à peine perceptibles, non sans mal, certes, et à condition d’être attentif, mais c’était possible. »

« Cinq jours passèrent, tous identiques, tels des corbeaux. Pareille comparaison ne serait pas venue à l’esprit de Sergueïtch si au cours de ces journées tranquilles et monotones, le seul bruit à emplir de temps à autre les alentours n’eût été le croassement de ces oiseaux. »

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commentaires

G
J'ai lu le Pingouin il y a un moment déjà, mais sans la culture et l'information nécessaire pour l'apprécier alors. Dommage car quelque temps plus tard, j'ai rencontré l'auteur, et tout c'est éclairci avec ses explications.<br /> Ces abeilles grises me tentent évidemment... mais j'ai d'abord un autre de ses romans dans ma PAL.<br /> Et demain sur mon blog, je publie mon billet sur "Mon mari", lu grâce à ton billet !
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P
J'ai lu le Pingouin (beaucoup aimé) il y a très longtemps et je viens de l'offrir à mon cher et tendre ( pour pouvoir aussi le relire... Un cadeau double emploi donc !).
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K
Comme moi, tu as beaucoup appris, j'ai l'impression de me lire en lisant ton billet... Seule différence, je n'ai ressenti aucune longueur...
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V
rien de bien méchant, je ne peux que recommander cette lecture.
A
J'ai Le pingouin dans ma liseuse depuis peu. Je commencerai donc par le premier traduit de l'auteur.
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V
j'ai tellement adoré Le Pingouin !
C
Et dire que je n'ai toujours pas lu cet auteur.... je commencerai certainement par "Le Pingouin" ;)<br /> Bonne journée !
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V
au moins les affreux événements auront permis (un peu) de faire connaître la littérature ukrainienne...
A
J'avais lu Le pingouin il y a moult temps, j'en garde un bon souvenir mais je ne suis jamais revenue à cet auteur. Probablement avec ce roman-ci prochainement, on le voit partout...
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V
c'est moins drôle et plus tragique mais l'auteur manie bien le second degré tout de même
E
Un livre qu'on croise pas mal, je pense le lire et je suis sûre d'apprendre beaucoup de choses. Je n'ai d'ailleurs pas lu Le pingouin non plus !
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V
J'ai tout de même préféré Le Pingouin.
M
Je n'ai lu de cet auteur que "le pingouin". Je lirai celui-ci plus tard, même s'il est d'actualité je n'en ai aucune envie pour l'instant et une pile impressionnante à résorber...Merci pour ta présentation
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V
Il explique bien les prémices de cette p... de guerre.
A
Je reviendrai lire ton billet plus tard ; je n'ai plus qu'une cinquantaine de pages à lire pour le terminer.
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V
ah, je lirai ton avis bientôt alors !
L
Ah oui, tristement d'actualité en effet ! Les extraits sont jolis, par ailleurs.
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A
Ça y est, je l'ai terminé. Je ne sais pas ce que j'en aurais pensé avant le 24 février, mais là évidemment on le lit en ayant à l'esprit la situation qui a dégénéré encore plus. Il y a des passages un peu longuets c'est vrai, mais j'ai fini par m'attacher à Sergueï et à son errance. Quand il rejoint la Crimée, je me suis dit que c'était très compliqué (et dangereux) de sillonner ces pays-là, où il y a tant de problèmes entre frontières et mouvements de population.