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8 mai 2022 7 08 /05 /mai /2022 15:11

Grand menteur | Actes Sud

Ce très court livre est composé de trois monologues.

Dans « Grand menteur », c’est le personnage éponyme qui prend la parole. Il ment depuis toujours, depuis sa naissance quand sa mère lui a dit que le monde était trop petit pour lui et que son père ne faisait que des apparitions aussi épisodiques qu’alcoolisées.

« La mariée gare centrale », sous l’impulsion d’une phrase sortie « de mon ventre, de ma gorge et de toute ma chair » : « Où c’est donc que tu vas te fourrer pour te cacher de vivre ? », elle décide de partir, d’agir, de prendre le large, de s’enfuir pour mieux vivre. C’est ainsi qu’elle va rencontrer Grand Menteur.

« Fille Fiston » naît de cette union unique entre les deux protagonistes précédents. Être hybride, il/elle se bat pour vivre et faire du moment le plus beau des instants, de la vie « une grande fête fêlée, rudement belle »

Ces trois textes, que l’auteur appelle « triptyque de l’amour chaviré » donnent la parole à de petites gens peut-être nées dans la boue mais dont les paroles valent de l’or. C’est surtout une ode à la vie malgré tout. Malgré les obstacles, le noir, le laid, la peur. Trois poèmes qui, d’un seul souffle, nous poussent un peu en avant, nous aident à mieux grandir, à regarder l’autre différemment, peut-être mieux. C’est court, c’est fort, c’est précieux. Laurent Gaudé est un magicien des mots.

Un passage tellement fort, tellement vrai :

« Une seule vie, c'est trop triste à pleurer. Et laquelle alors ?

Laquelle, qui d'emblée exclut tout le reste ?

Je veux être mendiant et faire de l'or,

Je veux être fidèle et dissolu,

Je veux une famille de grande tablée

Et rester seul dans le silence du temps,

Je veux être femme

Mais comme le père,

Manouche torse nu avec son grand manteau de laine retournée,

Chaînes autour du cou

Et chiens aux poignets,

Seigneur des parkings au sourire de dents en or.

Je veux être personne dans la foule qui sue sa carcasse.

Je veux être Noir

Et puis Blanc,

Je veux parler la langue des animaux

Et boire des ti-punchs sur les volcans

Parce que je suis un timoun comme les autres devant le bruit du vent.

Je veux tout et tant pis si ça se mélange,

Qui c’est qui peut me dire que c'est pas bien de vouloir tout bâfrer jusqu'à la dernière goutte avant d'aller clamser ? »

 

La deuxième narratrice :

« Grand ouste la vie d’avant !

Il y a plus de retour

Même si j’ai la trouille,

Faut bien l’avouer,

Parce qu’il y a la voix de panique qui ricane : « Où est-ce que ça va finir tout ça, toutoule ? »

Qu’elle me dit en secret,

« Où est-ce que tu vas aller chialer, pigrette, quand t’auras tout raté ? »

 

Quelques autres titres de l'auteur : La mort du roi Tsongor, Salina, Eldorado, Cris.

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commentaires

E
Un auteur que j'aime bien et que je n'ai pas lu depuis longtemps, je ne suis pas sûre d'accrocher à ces monologues.
Répondre
V
c'est particulier parce que très poétique.
M
J'aime beaucoup cet auteur et je ne connaissais pas ce titre. Vu les extraits que tu partages, c'est une sorte de long monologue pour chacun des personnages donc...
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V
le livre est sorti en février. Oui, trois longs monologues qui pourraient être trois longs poèmes aussi.
D
J'aime beaucoup les livres de Gaudé (avec une préférence pour "Salina" mais je n'ai pas lu celui-ci. Ce n'est pas un roman ?
Répondre
V
c'est officiellement du théâtre mais ça pourrait aussi être estampillé "poésie", trois longs monologues.

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