Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
2 février 2022 3 02 /02 /février /2022 16:54

Jeu blanc - Richard Wagamese - 10/18 - Poche - Librairie Gallimard PARIS

J’avais déjà lu le beau roman Les étoiles s’éteignent à l’aube du même auteur. Il me tardait d’en découvrir davantage de cet écrivain indigène canadien.

Saul est un Indien de la tribu Ojibwé. Enfant, il a été élevé dans les traditions amérindiennes, entre légendes, pêche et culture du riz. Puis, il a tout perdu : sœur et frère ont été kidnappés par les Blancs, ses parents sont partis sans plus jamais revenir, sa grand-mère est morte d’épuisement et de faim à vouloir le sauver, lui. Le petit garçon a donc été placé, à sept ans, dans une pension, St. Jerome’s. Là, c’est l’enfer : les religieux font vivre aux orphelins de telles humiliations, maltraitances et atrocités que certains enfants deviennent fous, d’autres fuient, d’autres encore -nombreux- se suicident.  Saul sera « sauvé » par le hockey sur glace, ce sport que lui fait découvrir le Père Leboutilier, un religieux qui semble bon avec lui. Dans des conditions misérables, avec un crottin en guise de palet, des patins trop grands et une glace qu’il doit lui-même préparer, Saul va s’entraîner, s’améliorer, se perfectionner, devenir un des meilleurs au point de pouvoir quitter cette pension sordide. Recueilli par une famille où il va connaître un certain équilibre heureux, il va intégrer l’équipe amérindienne des Moose avant de se voir proposer l’entrée dans la Ligue nationale de Hockey. Mais face aux marques de racisme, aux injures, aux coups, il fuit et trouve refuge dans l’alcool.

Roman initiatique par excellence dans un univers raciste où même un talent incroyable ne suffit pas à se faire une place dans le monde. J’ai souvent été émue et bouleversée au cours de ma lecture par ce parcours hors normes d’un garçon qui a toujours su rester humble et discret malgré son passé terrifiant, malgré ses prouesses sportives incomparables. L’écriture de Wagamese a quelque chose d’hypnotique, il rend le hockey sur glace passionnant pour ceux ou celles qui, comme moi, n’y connaissent rien. Il sait aussi, à la manière de son personnage principal, se faire subtil et sobre dans cette dénonciation de l’intolérance alors qu’on aimerait crier à l’injustice avec lui. Les dernières pages gagnent encore en puissance avec le retour de Saul sur les traces de son enfance et la révélation d’une effarante vérité trop longtemps cachée. Ce roman très fort qui nous emmène dans les forêts canadiennes mais aussi sur un stade hockey à la découverte de ce « jeu blanc » est un petit bijou qui mérite d’être lu, prêté, donné. Je me dis que j’ai beaucoup de chance, depuis mon petit village alsacien, de découvrir cette culture ojibwé et la voix de ce romancier. La magie de la littérature.

 COUP DE COEUR !

« A St. Jerome’s, j’ai vu des enfants mourir de tuberculose, de grippe, de pneumonie et de cœur brisé. J’ai vu des jeunes garçons et des jeunes filles mourir debout sur leurs deux pieds. J’ai vu des fugitifs qu’on ramenait, raides comme des planches à cause du gel. J’ai vu des corps pendus à des fines cordes fixées aux poutres. J’ai vu des poignets entaillés et les cataractes de sang sur le sol de la salle de bains, et une fois, un jeune garçon empalé sur les dents d’une fourche qu’il s’était enfoncée dans le corps. J’ai observé une fille remplir de pierres les poches de son tablier et traverser le champ en toute sérénité. Elle est allée jusqu’au ruisseau, s’est assise au fond et s’est noyée. Ça ne cesserait jamais, ça ne changerait jamais, tant qu’ils continueraient à enlever des jeunes Indiens à la forêt et aux bras de leur peuple. Alors je me suis réfugié en moi-même. »

Dans l’équipe des Moose, ces « vagabonds du hockey », qui jouent de ville en ville : « Des petits bonheurs. Tous reliés les uns aux autres, imbriqués pour former une expérience que nous n’aurions échangés contre aucune autre. Nous étions une ligue de nomades, fous de ce jeu, fous de la route, fous de la glace et de la neige, un vent arctique sur le visage et une rondelle gelée sur la palette de nos crosses. »

Malgré ses exploits, Saul a droit à des « Peau-Rouge déchaîné », des poupées indiennes en plastique ou encore des crottins de cheval : « Je voulais atteindre de nouveaux sommets, être l’une des rares étoiles. Mais ils ne voulaient pas me laisser être tout simplement un hockeyeur. Il fallait toujours que je sois un Indien. »

Partager cet article
Repost0

commentaires

T
Mission accomplie pour toi alors, tu as su transmettre l'envie de le lire et j'ai moi aussi adoré !!! Merci! Quelle lecture! C'est puissant et douloureux... Et révoltant de voir qu'il y a moins de 50 ans ces tribus étaient encore si malmenées ! Ça me debecte... Ça m'a fait penser à deux romans, nickel boy, et celui de Sherman Alexis que tu devrais absolument lire! Et tu as raison, toutes ces pages sur le hockey c'est hypnotique ! Bref j'ai adoré !
Répondre
C
Je pense que je vais commencer par découvrir Les étoiles s'éteignent à l'aube, mais je note assurément ce titre-ci !
Répondre
D
Un livre dont je garde un souvenir fort. Il m'a bouleversé...<br /> Daphné
Répondre
M
Si je fais les comptes, il ne te resterait que Starlight à découvrir. J'adore cet auteur. Ayant tout lu, je vais me rabattre sur le roman graphique des Étoiles s'éteignent à l'aube qui vient de paraître. Après, il restera la relecture !
Répondre
K
Ah enfin tu l'as lu ! Je l'ai adoré bien évidemment...
Répondre
M
Un superbe roman qui m'a bouleversée également. Il ne me reste plus qu'à découvrir Starlight qui m'attend.
Répondre
V
pareil, il faut que je mette la main dessus!
T
oh ça me donne vraiment envie! La volonté de vouloir assimiler les amérindiens a poussé les nord-américains à faire des choses terribles! Je le fais rarement mais j'aime lire sur ces sujets. Quand tu penses qu'il existe toujours des réserves, ça me fait toujours quelque chose de le savoir.
Répondre
V
je te le prête si tu veux!?
A
Un auteur parti trop tôt dont j'ai aimé tous les écrits.
Répondre
V
ah je ne savais pas qu'il était mort, je viens de voir... 2017 déjà
I
Il faut que je le lise, il est sur mes étagères depuis un moment, et j'avais beaucoup aimé "Les étoiles s'éteignent à l'aube".<br /> Sur le même thème, j'ai lu l'an dernier "Maikan" de Michel Jean.
Répondre
V
ok, je le note. Je ne pensais pas aimer autant Jeu blanc, c'est une excellente surprise.
C
j'ai lu avec consternation des articles et vu un documentaire (Tuez l'indien) sur le sort terrible des enfants puis adultes des Premières nations. Ce livre m'intéresse donc énormément. merci!
Répondre
V
j'ai découvert pas mal de choses, j'étais plutôt ignare sur le sujet, que d'horreurs, en effet !
K
Je retrouve des faits déjà appris dans d'autres livres, mais c'est frappant, en effet.
Répondre
V
des atrocités, oui :(
M
Pour une fois je ne lis pas ta chronique car je viens de l'emprunter cette semaine à la médiathèque, ayant comme toi beaucoup appréciée la lecture de son roman "les étoiles s'éteignent à l'aube". Je reviendrai te lire après :)
Répondre
V
ah, et je viendrai lire ton billet !!
A
J'ai beaucoup aimé moi aussi, tout comme "les étoiles s'éteignent à l'aube".
Répondre
V
Je crois que j'ai préféré celui-là mais pour Les étoiles s'éteignent à l'aube, j'avais perdu mon papa lors de la lecture, c'est forcément complètement faussé et subjectif.
B
Deux livres bouleversants, un grand talent, disparu trop tôt, on aurait tant voulu d’autres œuvres de cet auteur.
Répondre
V
oui ! Je viens d'apprendre qu'il est déjà décédé... une perte.
L
un grand auteur je suis bien d'accord
Répondre

Présentation

  • : Le blog de Violette
  • : Un blog consignant mes lectures diverses, colorées et variées!
  • Contact

à vous !


Mon blog se nourrit de vos commentaires...

Rechercher

Pages